ROUTE 13. LES BASQUES
sorcellerie , qui seraient vraiment lamentables, si les souvenirs du paysan bascpie pouvaient remonter juscpi'au temps de Louis XIII.
« Les récréations en plein air sont :
la course, pour huiuelle les montagnards des Pyrénées ont été de tout temps renommés; le saut simple à pieds joints , «ivec ou sims l'aide du bilton; les quilles; les paris h. qui lancera le plus loin une énorme barre de charrette, de lourdes pierres ou une barre de fer.
Il n'y a pas encore longtemps ({ue dans la haute Soûle on pratiquait les jeux de la hache et du javelot, armes que le Navarrais au moyen Age, et le Cantabre dans l'antiquité, lançaient avec tant d'adresse.
Celui-là était réputé vainqueur, (|ui de plus loin plantait une petite hache ou un javelot dans un point donné. » Fr. Michel.
Mais la gloire des Hascjues est le jeu de paume; ils lui ont voué une espèce de culte- comme à leur plus précieuse institution nationale. Un beau joueur de |»aurae acquiert vite une renommée i)opulaire, et son nom vole de bouche en bouche des bords de l'Océan jusqu'aux hameaux les plus haut perchés sur les mont;»gnes. Ainsi vit le souvenir des Perkaïn , des Carutchet et des Azanza, qui furent les jdus grandes célébrités du siècle dernier, et dont la gloire se ]»erpétue aujourd'hui en France dans les Harriague, les Ga.scona, les Andrean, les Mercapide. Perkaïn, qui était réfugié en Lsj)agne pendant la Révolution, apprend que Carutchet annonce une partie aux Aldudes. Il accourt, malgré les dangers de sa présence de ce côté de la frontière , combat, remporte la victoire, et rentre en Espagne, applaudi et pro-
tégé par 6000 spectateurs. M. Germond de Lavigne raconte aussi que , sous l'Empire, quatorze soldats du même régiment, ayant appris qu'il s'organisait une partie à Saintl'Otienne de Raïgorry, partirent des bords du Rhin sans permission, remportèrent la victoire et revinrent au corps tout juste pour la bataille d'Austerlitz.
« Des enjeux énormes sont exposés plusieurs fois chaque année aux chances de ces parties. Entre jouteurs français de différents dialectes, quehiues centaines de francs forment l'enjeu nominal, qui se grossit bientôt du montant des paris multi])liés de la foule des spectateurs. Ceux-ci ne peuvent guère parier avec honneur que pour les joueurs de leur dialecte; le spéculateur qui agit autrement est honni par la clameur publique. Du reste, les sommes les plus fortes sont lancées le plus simplement du monde parmi les spectiiteurs :
a Cent francs, deux cents francs , « trois cents francs pour tels. >• On répond de même : « Accepté. »
L'argent en espèces sonnantes est jeté sur la place, un tiers ramasse le dépôt, et, bien que ce tiers soit le premier venu, connu ou inconnu, il n'y a pas d'exemple qu'il y ait eu infidélité dans la remise du dépôt au gagnant. Entre Français et Espagnols, les paris sont immen.ses.
a Au milieu de la place figurent, graves et recueillis, les héros de la journée; ils fraternisent entre eux en souriant d'un air distrait, ou ils parcourent lentement Li lice, observant d'un œil attentif les distances, les accidents du sol, et rél)ondant à peine quelques mots aux paroles d'encouragement de leurs amis. Mais l'heure sonne à l'hor-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
loge de la paroisse: au murmure bruyant de la foule succède le silence le plus solennel. Les joueurs, en lé}?ers pantalons retenus par une ceinture rouge, le col déboutonné, le bras armé d'un gantelet de cuir, se rendent au poste qu'ils doivent défendre. D'un côté, au pied du mur appelé rebot, se tient un des joueurs ayant, à droite et à gaucbe, h quel(iues i)as devant lui, mais séparés, deux compagnons des meilleurs après lui; plus loin, et sur la ligne du pasn, sont deux autres compagnons. Ainsi la défense qui occupe la première moitié de la place a pour ordre de bataille la figure représentée à peu près par un V, tandis que le parti opposé, c'est-à-dire l'attaque, dispose ses joueurs en forme de coin ou angle Raillant. Quel que soit le nombre des joueurs, le plan d'attaque et de défense reste toujours le môme.
a Une partie se compose de douze ou treize jeux et dure cinq à six heures, pour peu que les joueurs soient bons et de force à peu près égale. Des rafraîchissements qui consistent en un verre d'eau et de vin, ou simplement d'eau sucrée, sont servis aux joueurs i)ar leurs amis. Chaque parti a ses tlacons à part, crainte de fraude; en outre, les adversaires cessent de s'adresser la parole jusqu'à la fin de la partie. Un jury, composé de deux ou trois juges au plus pour chacun des camps, surveille le jeu, prononce en dernier ressort sur. tous les points douteux, veille à ce que toutes choses se passent dans les règles. Les joueurs n'ont jamais de discussion sur les coups; au moindre doute, ils crient plaza, ce qui signifie qu'ils demandent l'avis soit des juges, soit des spec-
tateurs. Une fois l'arrêt rendu, malheur à qui refuse de s'y soumettre. »
Fr. MicM.
DE BAYONNE A PAMFELUNE.
101 kil. »/'2. — 27 kil. en France; i3 lieues (lii kil. i/'2)en E-pagne.
Doux entreprises de diligences, rue du (;..uverntMuent , la Suevi Union et el Sorte y Mediodia de Espana, allernent ei f(.ni le service chacune deux jours de suite. Le premier jour, la voiture va seulement à l'ampelune; le secndjour, elle prend les voyageurs pour Madrid, par Pampelune, Soiia et Guadalajara. Durée du trajet, 16 heures de Bayonne à Pampelune. Prix : tk6 réaux, 132, I07 et 80.
13 kil. De Bayonne à Ustaritz (V.
A 2 kil. environ d'Ustaritz, la route, laissant à g. celle de Cambo , se dirige au S. et s'élève de 27 met. à 140 sur des coteaux couverts d'arbres et de fougère. Après avoir laissé à g. le chemin de Cambo (V. R. lô) , on descend par une pente rapide à Espelette. Dans ce trajet, trois montagnes attirent principalement les regards : l'Ursouia à g. , le Mondarrain presque en face, et la Rhune à dr.
6 kil. (19 kil.). Espelette (hôtel du Mondarrain, chez Gracieuse), chef-lieu de canton de 1532 hab.
(dép. des Basses-Pyrénées, arrondissement de Bayonne), est situé à 62 met. sur une petite éminence, dans l'une des parties les plus accidentées et les plus riantes du pays basque. Il n'offre par lui-même rien d'intéressant. Son église, qui s'élève à la droite de la route, ne mérite pas une visite. Mais la plupart de ses maisons témoignent par leur apparence extérieure de l'aisance de ses habitants. Tous les quinze
ROUTE 14. ESPELETTE. — URDAX.
jours, en effet, il s'y tient des marchés considérables, très-fréquentés par les Espagnols.
A 1200 met. environ d'Espelette, on laisse à dr. la route de Souraïde (V. R. 15) et, 1200 met. plus loin, le chemin de Sare (V. R. 15). La route, qui décrit des zigzags habilement tracés, et qui offre de charmants points de vue sur une vaste étendue de pays, s'élève jusqu'à 176 met. entre des hauteurs qui la dominent de 100 à 150 met., puis redescend , après avoir souvent descendu et remonté, à
5 kil. (24 kil. de Bayonne), ^mhoue (754 hab.) , le dernier village français, situé à 124 met.
A 3 kil. a Ainhoue, on franchit la Nivelle sur le pont de Danchariaenea, qui forme les limites de la France et de l'Espagne.
C'est à Ainhoue que la douane française visite les bagages des voyageurs qui entrent en France ; c'est au petit hameau de Landibar, situé tout près de la frontière, et dépendant de la commune espagnole d'Urdax, que les autorités espagnoles procèdent à l'examen des passeports et au signalement minutieux de la voiture et des chevaux (si l'on voyage avec une voiture particulière qui doit rentrer en France).
La frontière franchie — frontière toute politique et sans aucune raison géographique, — on remonte la rive g. de la Nivelle, et, après avoir traversé le hameau de Leordas . d'où un chemin conduit, à dr. , par Alquerdy , à Zugaramurdy , on ne tarde pas à atteindre
3 kil. (30 kil.) Urdax {Posada de la Torcta) , v. de 600 hab. , qui doit son origine à un vieux monastère de San Salvador, aujourd'hui inhabité, dont la chapelle est l'église parois-
siale de la ville. « Là, dans une délicieuse position qui rappelle celle de Lescaladieu dans le Bigorre , et celle du val Suzon dans la Bourgogne, vivait, dit M. Cénac Moncaut, une pieuse colonie monastique, établie d'abord dans les bruyères et les forêts , près d'une étable à pourceaux , comme l'indique le nom d'Urdach (Urdetche, maison des porcs). Cette circonstance vient d'ailleurs confirmer tout ce que nous connaissons des habitudes agricoles basques. Nous voyons, dès la plus haute antiquité, les Béarnais et lesCantabres se livrer sur la plus grande échelle à l'élève des pourceaux. La principale générosité des rois de Navarre et d'Aragon envers les abbayes fut toujours d'ouvrir leurs forêts aux troupeaux de porcs des monastères, et Bayonne dut peut-être à la prospérité de ce système agricole la réputation européenne de ses jambons. Les premiers moines d'Urdach défrichèrent les landes, les bois, et appelèrent autour d'eux les pâtres du voisinage.... Les descendants de ces bergers occupent maintenant une dizaine d'habitations disséminées dans les prairies, et le bourg moderne, éclos sous la protection de l'abbaye, a payé sa dette de reconnaissance en expulsant les religieux, ou plutôt en les laissant expulser par les décrets récents des progressistes espagnols.... Toutefois les ravages que le temps a exercés sur les bâtiments d'Urdach n'éveillent pas des regrets bien amers. Un lourd clocher carré, à toiture aplatie, qui pourrait aisément devenir' le donjon de la bourgade, domine une église noire et solide comme une forteresse féodale. Le autres con-
ITINERAIRE DES PYRENEES
structions, dans le flanc (lesquelles le regard peut indiscrètement se glisser du haut de la montagne, ne présentent que cette suite de lignes sèches et roides du dernier siècle, qui fait ressembler le corps principal à une manufacture, et le cloître aux arcades de la rue de Rivoli Urdach n'offre donc aucun détail intéressant. Si le clocher et les murs de l'église appartiennent à la fin du xve siècle, les galeries du cloître ne remontent qu'au xvir.
Le souvenir le plus intéressant que réveille cette espèce de spectre monastique, c'est que l'établissement fut fondé par l'abbé de la Case-Dieu dePardiac, au commencement du xviiie siècle. »
Le vallon où se trouve Urdax, et qu'arrose le ruisseau d'Ugarana, affluent ae la Nivelle, forme presque une enclave au milieu du territoire français. Bien que séparé de la vallée de Bastan par 1 une des ramifications des Pyrénées, et principalement par la montagne d'Ochondo, d'où descend la Nivelle, il appartient administrativement h cette vallée.
C'est par Urdax que le prétendant don Carlos entra en Espagne. le 9 juillet 1834, et qu'il se retira en France, le 13 septembre 1839, après la transaction de Vergara, avec environ ,')000 hommes, reste de son armée. Le général Espartero, qui le poursuivait, arriva à Urdax deux heures après lui. et s'empara de l'artillerie et des munitions qu'il y avait abandonnées.
Sept jours auparavant, le général espagnol Vincente Moreno y avait été fusillé et massacré. Dès qu'il eut appris la trahison de Maroto , Moreno avait cru prudent de se retirer en France avec .sa
femme et sa famille. Il était près d'atteindre la frontière, quand il fut rejoint et arrêté par des soldats du 11' bataillon de Navarre. En vain il s'adre.ssa pour obtenir un sursis à l'officier <[ui les commandait.
Il ne demandait (jue le tem[)s de se confesser. « Tuez-moi demain, s'écriait-il, lais.se/, -moi vivre encore aujourd'hui, seulement une demiheure. — Meurs , traître , lui répondirent ses jis.sassins ; on n'aura pas plus pitié de toi que tu n'as eu l»itié de Torrijos. » Moreno .s'était fait connaître en 1808, en mas.sacrant les Français h Valence. En 1831 . il feignit, sous le nom de Viriatus, de cons|)irer contre Ferdinand VII avec Torrijos, et, quand il eut suffisiimment comj)romis Torrijos, il le fit fusiller avec cinquante de ses complices, comme rel)elle et traître, sans jugement, sur la plage de Malaga. Ferdinand VII le récompensa de ses infamies en le nommant capitaine-général de Grenade.
Mais, en 1832, la reine Christine le disgracia lorsqu'elle voulut se rapprocher du parti libéral. .Mors il se fit carliste.
.Vu delà d'Urdax, la roule .s'élève peu ;\ peu , sur les versants occidentaux des monts -\guerre et Urtamendi, jusqu'au pori (VOchouda ou de Maya.
En 1813. ce port fut le théâtre d'un combat acharné entre les Français et les .\nglais. Après la défaite de Vittoria, les Français voulaient reprendre l'offensive pour aller dégager Pampelune. Le 2.5 juillet, les divisions d'.Vrmagnac et de Marransin enlevèrent le col de Maya, malgré la vigoureuse résistance des alliés. Malheureusement le comte d'Erlon se contenta d'occuper cette importante position . au lieu «le