CHAPITRE XVII
Suite du Précis historique du comté de Bigorre; assùjétissemens divers; séquestre de cent trente-trois ans.
Les comtes de Bigorre se virent forcés , plus encore que les vicomtes de Béarn, à ménager les bonnes grâces des rois d'Aragon ; et ceux-ci cherchèrent à étendre leur suzeraineté en-deçà des Pyrénées. Centulle II fit hommage de son comté de Bigorre à Alphonse , surnommé l'empereur, et Centulle III, fils de Béatrix et du comte Pierre , et sa femme , la comtesse Matelle , parente d'Alphonse H, firent à celui-ci hommage de leurs états ; mais ils en reçurent pour prix la vallée d'Aran. Ce même Alphonse la reprit en 1192, lorsqu'il maria la comtesse Pétronille leur fille avec Gaston VI de Béarn , en lui constituant en dot le comté de Bigorre , dont il avoit pris possession comme s'il en eût été souverain. Il se réserva en effet l'hommage du château de Lourdes et de tous ceux du comté, dont la pos-
session devoit revenir à lui ou à ses descendons à défaut d'enfans mâles (j).
Le comté de Bigorre n'étoit affranchi d'une tutelle que pour tomber sous une autre, faute de forces suffisantes ou de caractère êt d'habileté de la part de ses princes , ou enfin par l'intervention de puissances sulpè'rietït'ëS.
La comtesse Pétronilie avoit Substitué à son petit-fils Esquivât , Amate ou Mathe, qu'elle avoit eue de son cinquième mari, Bozon de Mathas (2). Cette fille étoit mariée à Gaston Vil , qui voulut user des droits <ie sa femme Sur-le-champ. Il prétendoit que le mariage de Gui de Montfort et de Pétronilie, duquel étoit née Alix i mère d'Esquivat, étoit illégitime , puisque INunhô , se* cond mari de Pétronilie > vivoit encore. Esquivât, incapable de résister séui âu prince de Béarn, fit h,ommage de son comité âu rôi : d'Angleterre IJenri 111 > <pii posseilui t alors la Guyenne , et qui acquit de l'église du Puy ses prétendus droits sur le comté de Bigorre , afin de s'en faire-' un titre. Es*
(1) De Marca, Histoire de Béarn, 1W. VI, çh. g.
(2) Bozon fut surnommé Grand Justicier ^ parce qu'il fit dés règlemehs d'après lesquels, le viguier du çomtç, soumettait les plaintes des parties à six jurais communaux ; il porta une loi qu'il élit soin dé iMre exécuter , par laquelle il ordonnent que tout meurtrier voiohtàîtte seroit ensetéîi vif sous le cadavre de celui qu'il auroi t tué. '
quivat alors en reçut main-forte contre 'Gastom Néanmoins la guerre continua, et né fut terminée qu'en 12.56 par une sentence arbitrale que prononça Rogèr IV, comte de Fôix , qui vouloit marier sa fille Agnès à Esquivât , veuf deMaskardsé, pëtite-fille du comte d'Armagnac Gérauld IV sur les droits de laquelle il n'eut plus de prétentions. Le vicomte de Marsan et le pays de Rivière -Basse forent cédés â Gaston et à Mathe,safemme.te comte Roger se ies^rvâ dé statuer suri la restitution du Gomminges', lorsqu'il auroit des instructions pltts amplès. Gette séntence fut prononcée dans le château noMe à Ortliez.
En 1259, Esquivât, pour enlever à Gâstôn dfc Béarn toute prétention sur le comté de Bi^br^é 1 , en fit donation entre-vifs à son grârid-onde' Simon de Montfort> comte de Leicester (v), dontîf avolt imploré le secours dans sa détresse, prèméttant de lui délivrer les châteaux de Lourdes èt^é Mauvezin. Simon ayant pris possession de cès'deùx châteaux, voulut, en vertu de la donation, jouir aussitôt du comté, et déposséder Esquivât, qui fut obligé de faire la guerre à son oncle, et de recourir à ce même Gaston qu*il avoit voulu frustrer. Le roi d'Angleterre, l'an 1264, laissa aux Etats le choix d'un comte , mais la guerre continua. A.
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(t) Voyez la Généalogie de la Maison de Montfort, Ëssàis Historiques sur le Bigorre, liv. V, ch. i cr , note 18.
l'issue de cette guerre, Esquivât promit à Gaston et au comte de Fpix de ne point vendre ni permuter, ni aliéner le comté. 11 le posséda jusqu'à sa mort, qui eut lieu en Fan ia85. 11 institua pour son héritière générale et universelle, Laure, sa sœur, vicomtesse de Turenne, au préjudice de Gaston, à qui apparlenoit sa succession, ainsi qu'il en étoit convenu. .
. Cependant, dès l'an ia65, Aliénor, veuve du comte £e Leicester, sujet insolent et dangereux, <lont la famille royale d'Angleterre fut débarrassée à la bataille d'Evesham, et leur fils Simon de Montfort, avoient fait donation à Thibaut II, Qomte de^Qiampagne et roi de ISavarre, de tous les drojts qu'ils avoient, sur le comté de Bigorre, et du (jhâteau de Lourdes , dont ce roi prit possession, faisant aussi hommage à l'église du Puy (î). Mais GJaston de Béavn fit revivre les droits de sa femme , et demanda l'investiture du comté aux Etats de Bigorre, en faveur de sa fille aînée Constance, vu la substitution ordonnée par Pétronille, sa grand'mère , et attendu qu'JÊsquivat et
(i) L/évêque et le cliapitre lui écrivirent qu'ils étoient disposés à recevoir son hommage , lorsqu'il seroit dit que le château. de Lourdes et le comté de Bigorre relevoient et étoient tenus en fiefs de leur église; leur réporise indique comhien peu ils se croyoient en possession de la suzeraineté sur ce .pays. (Essais Historiques sur le Bigorre, liv. V, ch. i".)
Jourdain , son frère , étoient morts tous les deux sans enfans. Les Etats reconnurent en effet Constance pour comtesse, et lui firent hommage.
Laure n'ayant pas les Bigorrois pour elle, recourt à Jean de Grailly , sénéchal du roi d'Angleterre en Gascogne , et demande le séquestre des domaines en litige, jusqu'à décision du monarque anglois. Edouard reçoit l'hommage de Laure , et nonobstant les suppliques de Constance, qui se rendit aussi en Angleterre, il porte l'arrêt du séquestre. Grailly se rendit à Tarbes en 3 284 pour exécuter sa commission. Gaston de Béarn y convoqua les Etats, et les engagea à obéir, protestant qu'il n'entendoit nullement préjudicier aux droits de sa fille. Les Etats consentirent , moyennantla conservation de leurs fors et privilèges, ce que Grailly leur accorda. Les parties plaidèrent longuement par-devant le sénéchal de Guyenne , les commissaires anglois ayant intérêt de prolonger l'affaire , et l'on vit s'élever des prétentions de la part de Constance, vicomtesse de Marsan, de Laure, de Guillaume de Teisson aux droits de sa mère Pétronille de Montfort, de Mathe, comtesse d'Armagnac , autre fille de la comtesse Pétronille, et de Mathilde de Courtenay , comtesse de Tyet, fille d'un second mariage d'Alix, troisième fille de Pétronille. Cependant Constance persévérant dans ses demandes, vouloit se donner un appui. Privée d'enfans et vouée au veuvage,