‹ Itinéraire descriptif et pittor. des HautesPyrénées françChapitre 3 sur 31 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la plaine de Bigorre , et de la ville de Tarbes.

La plaine de Bigorre offre une surface de sol sensiblement inclinée du midi au nord , et ne présente que de très-légers mouvemens de terrain ; elle peut être comparée à un immense parc , de plus de vingt-cinq lieues carrées, qui auroit pour enceinte de sa jolie forme ovale allongé, deux chaînons détachés des hautes montagnes , boisés dans toute leur longueur , et offrant mille aspects divers ; pour eaux vives, le fleuve Adour (1), la

(1) Ptolemeus Aturium vocat fluvium. Quamquam , est in graecis exemplaribus , nunc Aroùptoç , nunc à^où/hoç , nunc ifop (Comment, sur Ausone. ) /. L'Adour, Aturus, racine Tur, Tour, Dour, dénomination commune à beaucoup de rivières; la Stura, la S tour , la Dore , la Doire , la Durance , et d'où viennent les noms de villes gauloises : Divo-Durus , Octo-Durus , Brevio-Durum , Velato-Durum j puis Duro-Cortorum, Duro-Catalonum, etc. Tous noms qui indiquent la position sur une rivière, ou le passage d'une rivière. (M. le comte de Vaudreuil, Promenade de Bagnères du Luchon à Paris , I ra partie , lettre S.)

rivière d'Eches , le canal d'Alaric et nombre d'autres de'rivations , outre une multitude de ruisseaux et de fontaines naturelles; pour allées droites ou sinueuses , cinq grandes routes et leurs nombreux embranchemens, qui la traversent dans tous les sens, comme autant de rayons, dont le point milieu ou l'étoile , est la ville centrale de Tarbes ; pour fabriques , quantité de villes , de bourgs , de villages et de hameaux * répandus sur toute la surface et dans toutes les directions.

Cette délicieuse plaine de Bigorre, si propre à surprendre l'admiration , à charmer les premiers regards qui se fixent sur elle , d'un point quelconque des hauteurs qui la bordent ; qui ne cesse de paroître riante, aux yeux les plus habitués à la voir, et qui, de même que les beautés régulières, supporte le détail et plaît d'autant plus qu'on la connoît davantage, est sans contredit, la partio des Hautes-Pyrénées la plus productive. Sa fertilité, secondée par de nombreux moyens d'exploitation, en fait un point privilégié par l'auteur de la création et par les soins de l'homme ; l'agriculture s'y montre environnée de ses plus brillans attributs, couronnée de ses plus beaux dons; elle y réalise les plus douces espérances du propriétaire et du cultivateur. Des prairies toujours verdoyantes; des champs couverts de céréales; des bois en futaie et en taillis; des vignobles pittoresques ; tous les genres de production, en un mot,

y sont entremêlés avec une sorte d'art , quoique sans dessein. Constamment arrosée dans toutes ses directions , elle a un air de fraîcheur et de vie, qui pénètre les sens et réjouit l'âme de l'observ** teur.

Chaque époque de l'année y procure des sensations nouvelles; de nombreuses prairies offrent, en hiver même, de verts tapis qui contrastent avec les rigueurs de cette saison morte : elle ne l'est point dans cette région , puisque les champs sont encore animés par la présence d'une foule d'animaux domestiques de toute espèce, qui trouvent sans cesse hors de l'éiable une partie de leur nourriture : ils respirent , loin du bercail , un air doux et salubre , surtout dans ces jours assez communs, où le soleil du solstice austral vivifie encore la nature, par ses rayons toujours bienfaisans, même dans leur plus grande obliquité. Dès les premiers jours du printemps, lorsque la .vigne taillée offre ces jolis quadrilles formés par l'union de ses longs bras , l'aubépine reverdit en de longues et fortes haies, qui blanchissent presqifaUssitÔt de tous côtés , annonçant ainsi le règne des fleurs ; bientôt après, paroissent à distance, et parmi les dîfféreus verts des bleds croissans , celui des lins d'hiver qai ne tardent pas à se dessiner sur la terre 9 en larges platebandes d'un azur céleste , auxquelles il en succède d'autres plus éclatantes encore , formées par la subite apparition des panicules ama-

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ranthes du férouch ou trèfle rouge du Roussillon (1) ; puis viennent les épis naissans des diverses céréales , et l'émail des prairies ; on trouve dans celles qui bordent l'Adour et qui lui doivent leur fertilité, ce la toque, la scabieuse, la berle, le calament , le poivre d'eau , le dompte-venin , Varthèmise , et, en grande abondance, les aristoloches, les orchis , les soucis, les renoncules, la matricaire, V armoise, etc. , etc. , et au sein de cette profusion de la nature , le paysage rit de fraîcheur, de verdure et de joie (2). »

Les pampres verts de Bacchus réjouissent encore la vue , après la disparition des gramens fleuris et des moissons jaunies , et cependant s'élèvent au-dessus du sol, ces immenses champs de maïs appelé milloc en terme originaire (5), plante superbe autant que nourricière (4) qui rend, de concert avec la nouvelle herbe des prés, comme une seconde parure printannière à la plaine ; elle la conserve jusque dans l'automne, par ses millets,

(1) Trifolium incaraatum.

(2) Voyage dans les Pyrénées franco ises , pages 48 et 2*4.

(3) En Amérique, dit Buffon, les guenons arrachent les tiges de milhioj et se les passent de main en main.

(4) De Marca avoit annoncé , en style de Nostradamus , l'utile révolution qu'opéreroit la culture de cette plante , apportée de l'Amérique , vers la fin du quinzième siècle.

La faim sera aux abois Quand les campagnes seront en bois.

et par son sarrasin , dont la feuille rougie annonce partout le retour des frimas 9 et tombe sous leur atteinte, parfois meurtrière pour ce grain délicat. Alors s'achève la maturité des raisins , suspendus en longs festons, en superbes guirlandes de grappes empourprées. Ajoutons à ce tableau enchanteur , que je n'ai fait qu'esquisser, ce qui en complète , en tous temps, les effets : la plus variée, la plus ravissante des perspectives , celle des

Pyrénées! '

Cette perspective change selon les saisons, l'état de l'atmosphère et le plus ou moins de clarté du jour. A la chute des neiges , d'abord tous les sommets blanchissent; puis la chaîne entière en devient resplendissante, lorsqu'un beau soleil l'éclairé ; souvent , dans le cours de l'hiver , une teinte jaunâtre annonce un commencement de fusion , produit par l'adoucissement de la température, et par le vent du midi qui souffle assez fréquemment; on voit paroître alors, de distance en distance, des points noirâtres plus ou moins étendus ; ces points s'agrandissent successivement de la base vers le sommet, et deviennent des stries, des canelures longitudinales, à mesure que la fonte s'opère; à la fin du printemps, lorsqu'elle est complète , toute la surface reprend un aspect uniforme et pourtant diversifié.

Les monts paroissent, en tous temps , se rapprocher et s'éloigner alternativement : simple et

admirable effet de la réfraction de la lumière , à travers une atmosphère plus ou moins chargée d'humidité! Phénomène curieux et utile, puisqu'il est un signe presque indubitable , du beau ou du mauvais temps. C'est dans Tété, que les variations sont le plus remarquables : les monts ont quelquefois la couleur des nuages, d'autres fois celle du ciel, souvent une teinte dorée ou d'un noir bleuâtre , selon qu'ils réfléchissent les rayons du soleil, ou qu'ils sont couverts d'ombre ; lorsque certain air vaporeux , en quelque sorte imprégné de lumière , les voile , ils n'en sont que plus visibles, plus rapprochés du spectateur , et leurs arêtes , leurs reins , leurs mamelons , toutes leurs formes , en un mot, se dessinent, comme s'ils étoient à la portée du tact, pour ainsi dire. Le matin, le plein midi, et le soir offrant chacun une nuance, qui par des gradations, se modifie presqu'à chaque instant. Le soleil couchant surtout y produit parfois des effets de lumière ravissants, alors que ses rayons perçant la nue, viennent colorer et animer un superbe paysage , encadré par les ombres répandues sur le reste des Pyrénées : on diroit un tableau de l'Albane. Quelle diversité n'offrent pas les phénomènes météoriques, dont ces rnonts sont le théâtre ! Tantôt, entièremén* voilés par les nues , leur existence devient un problême, que l'apparition subite de quelques sommets, semblables à. des écueils au-dessus d'une

vaste mer, commence à résoudre ; tantôt , le rapide mouvement des nuages est suivi des éclairs qui brillent, de la foudre qui gronde. Quelquefois, des nuages sombres , s'élevant comme une colonne de fumée du sommet des pics , retracent l'image d'exhalaisons volcaniques , dont cçs contrées ne furent jamais témoins ; et j'ai vu tel des monticules qui sont au pied de la chaîne et se perdent dans la plaine , présenter le beau spectacle d'une explosion continue et rayonnante , accompagnée d'un léger tonnerre. C'étoit Jéhovah , descendant dans sa gloire , sur le mont Sinaï , et dictant son divin décalogue au législateur des Hébreux !

C'est sur ce haut sommet, qu'en un jour d'alliance, Descendit avec pompe , en un torrent de feu , Le nuage tonnant, qui renfermoit un Dieu (1).

Dans les jours sereins , le soleil éclaire les Pyrénées, de son lever à son coucher, avec plus ou moins d'inclinaison, et sa lumière se répand diver-

(1) Discours sur la Bible, du célèbre écrivain auquel nous sommes redevables de la Forêt de Navarre, dix Cloître des Chartreux , du Jour des Morts dans une Campagne , d'un Discours suc 1! Astronomie , de l'Essai sur l'homme : poèmes où se montre un talent si élevé , et <rui font regretter, pour l'honneur des muses Iran coi ses , que des fonctions d'un ordre supérieur aient distrait par trop Me de Fontanes de la poésie, qu'U eut cultivée sans doute , avec plu» de ferveur et de nouveaux succès, a vaut une mort si malheureusement prématurée.

sèment sur les arêtes et les faces des monts, dans les anfractuosités des vallées 5 ses derniers rayons dorent les pics les plus élevés, qui semblent autant de pbares allumés par le flambeau de la nature , pour combattre les ténèbres de la nuit ; mais ces ténèbres , se propageant graduellement , éteignent l'un après l'autre ces feux éphémères, et finissent par tout envelopper de leur noir manteau , si ce n'est lorsqu'un astre moins éclatant que celui du jour, vient répandre sa douce lumière sur ces tableaux et leur donner un nouvel effet, en leur imprimant ce caractère touchant, qui inspire la mélancolie et frappe, par un contraste plus marqué entre les ombres et les clairs d'un si admirable panorama!

De la ville de Tarbes (1).

Cette capitale du département des Hautes-Pyrénées, chef-lieu du comté de Bigorre, a une trèsancienne existence. Elle fut connue du temps de César, sous le nom de Bigorra (2) qui désignoit

(1) Cette ville n'est pas la seule de ce nom. Tarbe, ville de l'Arabie Heureuse, Niebhur, tom. II.

(a) Elle est nommée Bigorra et non pas Tarbes , en l'accord • des rois Gontran et Chilpéric , cbéfc Grégoire de Tours ; et les

évêques Aper et Julian ont souscrit aux conciles d'Agde et d'Orléans quatrième , en qualité d'évèques de la cité de Bigorre, qui est la qualité que Grégoire de Tours lui donne, (De Marca, Ut. I , ch. 10.) Bigerra est aussi le nom d'une

spécialement son château-fort, et plus tard, selon divers auteurs, sous Ceux de Tarvia , Tursambilla, Tralubora, Tursa, Turba(i). En premier lieu, elle fut classée par les Romains , entre les principales cités de l'Aquitaine , et ensuite , de la Novempopulanie. Sa situation sur la rive gauche du fleuve Adour , et non loin de la rivière de Léchez , au milieu d'une plaine dont nous avons décrit les nombreux avantages , reconnus de tous temps (2); de belles avenues, des promenades charmantes; un soi, dont l'aspect est varié autant que les productions naturelles qui y croissent ; un ciel serein et pur 5 un climat doux et tempéré ; le voisinage de deux rivières et d'un grand nombre de canaux; des eaux limpides, sans cesse circulantes, jusque dans les rues , et qui y entretiennent une fraîcheur

Tille espagnole , comme on le Toit dans la capitulation générale d'Abdalasis, chef des Maures, avec Théodomir, prince des Goths.

(1) In notitia provinciarum Galliae, legitur civitas Tursa, ubi castrum Bigorra, melius , quidam codices Turba, lege Tarba (Scaliger.)

(a) Tarbe est une belle ville séant en plain pays, en beaux vignobles : et y a ville, cité et chastel, et tous fermez de portes, de murs et de tours , et séparez l'un de l'autre, car là vient d'entre les montagnes de Béarn et de Catelongne , la belle rivière de Lisse , qui court parmy Tarbe et qui le sépare, et est la rivière aussi clere, comme belle eau de fontaine. ( Histoire et Chronique de Froissart , 3 e v. , chap. 3. )

salutaire ; la perspective des Pyrénées, qui ne sont qu'à quatre ou cinq lieues de distance ; rien de plus délicieux, de plus enchanteur que cette position ! Un poète voulant peindre tous les agrémens de la ville de Tarbes, la désigne ainsi :

Clara situ, speciosa solo, jucunda fluentis.

Cette ville , qui n'a que huit mille âmes environ de population , a une très-grande traversée estouest, depuis le pont de l'Adour (i) et la vaste place du Marché , jusqu'au faubourg de Pau , et peut s'appeler Tarbes la longue. Deux autres places assez spacieuses, appelées de la Portette et du Maubourguet , la partagent en trois parties presqu'égales , et en occupent presque toute la largeur , en confinant avec les deux rues latérales qui ont remplacé les anciens fossés. La place , ou * promenade des Pradeaux, est hors de la ville , au sud-ouest; un canal la sépare du vaste tapis de verdure d'où lui vient son nom; et la vue se porte sans obstacle et se repose sur le magnifique amphithéâtre des Pyrénées. Les rues transversales sont au nombre de sept ou huit; elles sont près-

{i> Ce pont, dont Ray von fut l'architecte, commencé en 1734, et achevé en 1743, portoit les noms des consuls d'alors, Tornè , Cornes , Deeamps et Carbon. An- dessus étoit un globe monté sur un pivot et chargé de trois belles fleurs de lis ; tout cela fut brisé dans la révolution.

qu'aussi spacieuses que la grand'rue, et conduisent pour la plupart à des faubourgs distincts et séparés de l'ancienne ville , que l'on divisoit autrefois en Bourg-Vieux 9 quartier du château, et Bourg* Neuf, quartier de l'évêché. On compte cinq faubourgs à Tarbes, savoir: celui du Bout du Pont, à l'orient ; celui de Bagnères, au midi; celui de Vie, au nord; celui de Sainte- Anne , route de Pau, au couchant ; enfin , celui de Sainte-Catherine, route de Lourdes, au sud-ouest.

Le plus remarquable des édifices de Tarbes , est Y Hôtel de la Préfecture , ancienne habitation des évêques. 11 est composé d'un corps de logis et de deux pavillons, bâtis en divers temps et mal raccordés , mais néanmoins d'un assez bel effet ; il est situé à l'extrémité occidentale de la ville , sur un tertre élevé ; il offre une terrasse , d'où la vue domine les faubourgs voisins, et embrassé toute la plaine jusqu'aux Pyrénées, qui terminent l'horizon.

Les deux églises paroissiales de Saint-Jean et de la Sède n'appartiennent à aucun ordre régulier d'architecture; la seconde, qui est la plus grande des deux, étoit, dit-on, l'ancienne citadelle de la ville , dont les évêques avoient fwitJ leur cathédrale (1). On vok dan* Je diceàr de

(1) Le chapitre étoit compose de chanoines réguliers, qui furent sécularisés par Léon X. Leïi* revenù étoit de ?£,ooo IL «

cette église six belles colonnes de marbre d'Italie, qui soutiennent un couronnement d'une riche ordonnance. Les piédestaux , socles et soubassemens offrent du vert-campan et autres marbres du pays , variés et nuancés avec goût. Le pavç de l'église est en marbres communs, ainsi que la porte du couloir transversal.

Outre ces deux édifices , actuellement consacrés au culte, il existoit, avant la révolution, le couvent et l'église des Carmes , quartier du Marcadieu ; le couvent et l'église des Cordeliers , près la place du Maubourguet; le couvent des Capucins, faubourg de Bagnères : tous les trois sont en démolition 3 le couvent des Ursulines, transformé en caserne ; le Séminaire, fondé sous l'épiscopat de Marc Mallier, près de la promenade des Pradeaux, bâtiment vaste et régulier, affecté naguère au dépôt des étalons', mais enfin rendu à sa destination.

L* ancien Collège des Doctrinaires, et qui n'a pas cessé d'être consacré à l'instruction publique , est

livres , celui de l'évêché de 60,000. Douze prébendés , g33 livres 6 sous 8 deniers; huit archidiacres , 5o,ooo livres. En réduisant le nombre des prêtres à 384 paroisses, Tune comportant l'autre, a4,ooo livres ; pour les prébendes de Vie, de Lourdes , de Bagnères et d'ibos , 36,ooo livres \ les abbayes de Saint-Pé , Saint-Savin , Saint-Léger , 36,ooo livres ; neuf couvens de moines , deux de femmes , a4,ooo livres ; bénéfice* simples, etc. , on aura en tout plus de 700,000 livres. ( Voyage dans les Pyrénées françoises , p. 3 1 , note. )

très-bien bâti ; il fiit fondé en \665 par l'évêque Claude Mallier Du Houssay, père de Marc , à qui il résigna.

L'Hôpital civil est encore un édifice à citer. 11 est régulièrement construit, entre cour et jardin , mais trop peu spacieux ; sa situation près de la préfecture est agréable et salubre.

Les Prisons , ancien château des comtes de Bigorre , édifice informe et délabré ; la Maison Commune, en état de ruines ; le Palais de Justice , habitation particulière restaurée, méritent à peine qu'on en fasse mention. La Maison Boisandré , habitation particulière assez distinguée , est devenue celle du nouvel évêque, restitué à un très-ancien diocèse 5 elle se trouve convenablement située, non loin de la cathédrale, qui lui formera perspective , moyennant l'élargissement d'une ruelle.

La salle de spectacle est un monument d'une construction récente , et de très-bon goût, auquel il ne manque qu'un péristyle et un foyer ; c'est une propriété particulière ; elle est située au centre de la ville , sur la petite place de Saint-Jean , près de l'église du même nom, voisinage qui n'est pas trop dans les convenances, et qu'on pourroit éviter, en procurant une entrée au midi ou au couchant, au temple de la Divinité.

Les maisons particulières, généralement peu élevées , et n'offrant qu'un et rarement deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, sont agréablement

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b;ities et bien percées. Les murs sont construits avec des cailloux roulés par PAdour, cimentés avec de la chaux, et mêlés de quelques briques ; l'encadrement des croisées et le seuil des portes sont de marbre gris , imbu d'un encaustique qui lui • donne une couleur d'un noir bleuâtre; les toits, fortement inclinés , sont couverts en ardoises. Les appartemens en sont propres et bien tenus.

Il ne reste à Tarbes aucun. monument, dont on puisse rapporter l'origine aux époques qui précédèrent et qui suivirent immédiatement la conquête des Gaules par les Romains ; on sait seulement que ce peuple y occupa , dès le commencement de son empire , comme nous l'avons dit ailleurs , une forteresse nommée Bigorra , qui a donné le nom à toute la contrée.

Tarbes étoit païenne du temps des Gaulois; elle embrassa le christianisme sous les Romains > elle étoit capitale , elle devint le siège d'un évêché , vers le temps de l'empereur Constantin. L'orthodoxie de son église fut récompensée du don des miracles , selon saint Grégoire de Tours (1) , au récit duquel, chaque année, les fleurs de Us, déposées sur le tombeau du martyr Severus, saint Sever, reprenoient leur fraîcheur naturelle, le jour de la fête de ce saint. Les Vandales, les

(0 $e la gloire des a>nfes^ttrs, chap. 49.

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Alains, les Goths et toutes les hordes venues du nord, la saccagèrent tour- à-tour ; elle fut ravagée de nouveau et subjuguée par les Arabes , en 702, lors du passage d'Abdérame (1). Enfin , l'an 843 , les Normands vinrent l'assiéger , et s étant rendus maîtres du château qu'habitoient les anciens comtes, ils pillèrent les habitans, renversèrent les plus beaux édifices, et dévastèrent toute la contrée. L'éloignement des Normands et la délivrance de la ville furent attribués à l'intercession de saint Lizier, et quelques autres saints, qui furent invoqués pendant cette horrible guerre. Un secours efficace de la part des Basques et des Béa mois , qui vinrent surprendre les Normands, suivit de près les prières du peuple. On les renouvela, par la suite, chaque année, dans une procession générale qui avoit Heu le 24 de mai, en mémoire de la délivrance de la ville (2).

Malgré toutes les dévastations dbrit oh vient de parler, ilrestoit encore, au onzième siècle, quelques vestiges du monastère de Saint-Léger, cou -

(1) Nous avons vu dans l'Introduction, que Meselin ou Missolin repoussa les Vandales. M. le comte Orlof, tome IT , lettre 22 , suivant le chapitre 3 des Essais historiques sur le Bigorre, rapporte au temps des Arabes l'action de ce prêtre, qui eut une statue dans l'église d'Àrcisac , comme saint.

(2) La fête annuelle de Tarbes, qui étoit celle de saint Lizier, pouvoibctFe commune à Missolin , et les traditions de ces temps reculé* *e confondent.

truit près de la cathédrale. L'ancien château dit àeBigorre, subsîstoit aussi en entier, à la même époque ; il paroît même , par le traité de Bretigni , qu'il fut occupé par les Anglois, en i56o.

Vers la fin du quatorzième siècle , l'archevêque d'Auch convoqua à Tarbes un concile provincial, au sujet de la préséance que l'évêque de Leictour disputait à celui d'Acqs. Dans le même siècle , vers l'an 1 387, il y eut à Tarbes un congrès, composé des ambassadeurs de France , d'Angleterre, d'Aragon et de Castille , pour conférer sur les moyens de faire cesser la guerre qui existoit entre ces quatre puissances; mais on ne put conclure les articles de paix , et l'on convint de se réunir de nouveau à Oleron. , .

Pendant les troubles religieux et les guerres civiles, dont ils fuient l'occasion ou le prétexte, et qui déchirèrent la France si long-temps, Tarbes fut souvent assiégée et saccagée par les protestans; les fossés dont étoit entourée la partie nommée le Bourg-Vieux , retraite ordinaire de toute la population , dans ces momens de crise , et l'espèce de château fort qui en défendoit l'accès , ne purent jamais la garantir long-temps des efforts des assaillans, et un coup de main les rendoit bientôt maîtres de la place (1).

(1) Le 9 août 1569 , Montgowery surprend Tarbes et joint Tannée des protestans. Le 20 janvier 1570 , Montamat, à la tête des Béarnois, détruit ce qui a échappé aux flammes et

Il ne reste pas aujourd'hui la moindre trace des anciennes fortifications; les fossés ont été comblés, pour être convertis en rues; les restes du château, que l'on voit encore au centre de la ville, servent maintenant de prison ; et la ville , ouverte de toutes parts , trouve sa sûreté dans les progrès qu'a faits la civilisation et dans la protection d'un gouvernement monarchique, auquel tout est soumis.

Du temps des comtes de Bigorre , Tarbes fut leur séjour ordinaire, et le lieu principal où l'on rendoit anciennement la justice. Les juges nommés figuiers, s'appeloient en latin, vicarii commissurn, ou vwa judiccs, et en langue vulgaire, Bègues ; leur juridiction s'appeloit viguerie. C'est encore à Tarbes que s'assembloient les états de

au pillage. En \5j\, le même vient enlever à quelques habitans qui s'y étoient rassemblés , le reste de leurs dépouilles. En 1573, Sarlabous , chef des catholiques, digne compagnon de Besme, assassin de l'amiral Coligny (voy. Essais Historiques de M. de Sainte-Foix, t. III, p. 56), sous prétexte d'arrêter le juge-mage, pille la Tille. En 15/4, Lisier, partisan béarnois , s'empare de la ville. Le chapitre , retranché dans le clocher de la cathédrale, soutient le siège. Galupio obtient une capitulation honorable, après s'être bien battu, à l'exemple du chanoine Lavedan qui, à la tête d'un parti de cavalerie, avoit chassé Montgomery des faubourgs, et de Passinoles, autre chanoine, bon tireur, qui avoit tué des soldats de Montamat au clair de la lune. Le clergé d'alors, par la force des circonstances , avoit voilé la maxime : abhorrée a sanguine ecclesia.

Bigorre ; les sénéchaux ou gouverneurs ont aussi y pour la plupart, habité cette ville, dont ils préféroient le séjour à celui de tout autre lieu. La cour du sénéchal de Bigorre , qui siégeoit à Tarbes , etoit composée d'un juge-mage , et de plusieurs conseillers.

Pour compléter, jusqu'à l'époque actuelle, l'historique de la ville de Tarbes, je vais mentionner le jour mémorable du 25 juillet i8i4,où apparutdans ses murs , après la délivrance de la patrie et la restauration (lu trône , un digne petit-fils de saint Louis et de Henri IV. L'époux de la fille de Louis XVI , monseigneur duc d'Angoulême , venant de Pau, longea les Pyrénées par Bétharram, Saint-Pé , Lourdes et Bagnères, d'où il vint dans la capitale du département des Hautes-Pyrénées.

Dans tout ce trajet, la population entière se porta au-devant de S. A. R.; c'étoit à qui feroi* partie de son escorte, entoureroit sa personne , lui prodigueroit de plus près, les marques de son respect, et de son amour. Tous firent éclater la joie que leur causoit sa présence inespérée, et retentir les échos de leurs beaux vallons, des cris repétés de vive le roi! vive le duc d'Angoulême! vivent les Bourbons! L'effusion des cœurs fut universelle et impossible à décrire , si ce n'est par le mot touchant de S. A. i\. « Mon voyage dans ce « département est un enchantement continuel ! »

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