‹ Itinéraire descriptif et pittor. des HautesPyrénées françChapitre 4 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Autres lieux remarquables, de la plaine et des coteaux-

Tarbes est environné de villages, qui en forment labanlieue, et contribuent beaucoup à l'embellissement de cet agréable séjour. Bordères , Aurelllan , Sénécic , Soues , Laloubère et Odos , situés dans le rayon d'un à deux kilomètres , sont autant de lieux de plaisance, de buts de promenade, aussi variés que la culture des champs qui les entourent. Quelques-uns ont été habités par de grands personnages.

On voit encore à Odos l'antique château où mourut la célèbre Marguerite, reine de Navarre, sœur de François 1", le 2 décembre i549, d'où son corps fut transféré à Pau. C'est à Odos qu'elle réunissoit souvent , avec sa brillante cour , les

beaux esprits ( quj en faisoieni; partie , et qu'elle composa probablement quelques-unes de ces nouvelles galantes imitées de Bocace, dont nous avons le recueil sous le titre ïïHeptameron , les Sept Journées (i).

(i) Celle princesse avoit dessein de faire çomme Bocace.

On sait , dit un auteur , qu'elle a suivi la pente de son esprit dans ses contes; si elle en eût fait autant dans ses vers , si elle avoit pu sentir le défaut de goût de son siècle, ses poésies auroient passé à la postérité. Elle y personnifie tous les êtres moraux et enveloppe tout ce qu'elle dit d'allusions fines , dont les traits s'émoussent et dont le sel s'évapore, avec le ton et les nuances légères des ridicules qui y ont donné lieu (1).

Une remarque juste et piquante, au sujetde cette

un Décameron, c'est-à-dire 100 nouvelles en dix journées; mais elle n'en a pu achever que sept, qui contiennent 72 contes. Les 28 autres n'ont jamais existé , quoique l'on trouve des catalogues , tel que celui des manuscrits de DeThou, où ce livre est annoncé Décameron et que Brantôme , en en parlant, dise toujours : Les cent Nouvelles de la reine de Navarre. « Elle les composoit, dit-il, dans sa litière, en allant par le pays ; je l'ai ouï-dire à ma grand'mère , qui alloit toujours avec elle, et lui tenoit l'écritoire. » (Analyse de la Bibliothèque des Romans, tome H, pag. 216. )

(1) Marguerite écrivoit bien en vers et en prose , et avoit surtout une facilité singulière à faire des devises. Elle composa divers ouvrages de poésie , entr'autres le Miroir de l 'âme pécheresse, imprimé en i533, que la Sorbonne censura au mois d'octobre de la même année, l^a. même princesse composa aussi le Triomphe de l'Agneau, quelques comédies et autres pièces en vers. Le tout fut rassemblé par Jean de la Haie ou Silvius, son valet-de-chambre, et publié en i5ij , sous ce titre : les Marguerites de la Marguerite des Princesses.

princesse, c'est qu'ayant eu le cœur le plus tendre, elle ne put jamais aimer ses maris ; qu'ayant passé les plus beaux jours de sa jeunesse à la cour la plus voluptueuse , elle ne fut jamais galante ; qu'ayant éerit des aventures d'amour, avec une liberté souvent excessive, elle se fit admirer par la décence de sa conduite ; et qu'ayant eu toujours dans le cœur l'attachement le plus vif pour une religion que François I er abhorroit et persécutoit, elle conserva toujours pour ce prince l'attachement le plus tendre.

Sa devise, faite par elle-même, étoit la fleur du souci qui regardoit le soleil , avec ces mots : Non inferiora secutus. Elle en avoit fait une autre, qui étoit un lis accolé de deux marguerites, et autour de laquelle on lisoit : Mirandum opus naturœ.

Sémèac étoit l'ancienne habitation de campagne desducsde Gascogne et de lamaison deGrammont. Henri de ce nom, sénéchal de Bigorre en 1678, y fit bâtir un superbe château, entouré d'un parc magnifique, dont il n'y a pas le moindre vestige ; les restes des fossés ont été comblés dans la révolution, et l'on ne désigne plus que par tradition, l'emplacement où naquirent et habitèrent divers hommes distingués de cette famille. Nous citerons Philibert, dont le spirituel et caustique Hamilton nous a plaisamment retracé l'aimable enjouement, dans ces Mémoires , modèle du genre , où se trouve

une peinture si animée et si fidèle de la cour dissolue de Charles II , roi d'Angleterre. C'est dans ces tableaux, que l'historien du chevalier se livre avec tant de charme à cette humeur satirique et légère qui a fait dire , dans son Temple du Goût, à Voltaire, écrivain spirituel par excellence, mais par trop habitué à se jouer de son sujet, de son lecteur et de lui-même ,

Auprès d'eux, le vif Hamilton, Toujours armé d'un trait qui blesse , Médisoit de l'humaine espèce Et même d'un peu mieux, dit-on.

Hamilton, dans l'épître à son beau-frère, devenu comte de Grammont, lui dit :

Si revenez ès bords de la Gironde , En coche clos et sans vous travailler, Verrez châtel sis à dextre de Ponde, Qui perron n'a ne superbe escalier, Mais dont fossés ont eau claire et profonde : Là demeurons, veuillez ne l'oublier.

Souvenez-vous-en donc , s'il vous plaît, Monsieur , si par hasard l'envie vous prend de revoir votre belle maison de Séméao :

: Honneur des rives éloignées , Où Corisandre (1 ) vit le jour, De Ménodaure (2) heureux séjour,

(0 Dont il sera parle ci-après!

(*) Mrnod.ure, un oes ancêtre, <k la famille.

D'où vos errantes destinées Semblent vous bannir sans retour ,

avoit-il dit au commencement de l'épître.

Hamilton fait dire plaisamment à Matta , par le chevalier, au commencement de son troisième chapitre : <c Je ne sais peut-être pas, qu'il n'a tenu qu'à mon père d'être fils de Henri ! Le roi vouloit à toute force le reconnoître el jamais ce traître d'homme n'y voulut consentir. Vois un peu ce que ce seroient que les Grammont, sans ce beau travers? Ils auroient le pas sur les César de Vendôme. Tu as beau rire , c'est l'évangile »

En effet, Henri-le- Grand eut dans cette famille des liaisons qui autorisoient une semblable marque d'intérêt, et il avoit souvent visité le séjour enchanteur de Séméac , pendant qu'il étoit roi de Navarre et amant de la belle et tendre Corisandre d'Audouins, comtesse de Guiche, veuve de Philibert, comte de Grammont, et aïeule du fameux chevalier : femme adorée , que ce prince appeloit son âme, son cœur, son souverain bien, et à laquelle, si je ne me trompe, étoit adressée la piquante lettre du démenti, conservée autographe parmi les manuscrits de la bibliothèque royale , et dont les termes assez libres justifient parfaitement la chanson nationale :

Vive Henri Quatre! i!

Vive ce roi vaillant! etc., etc.

(Sa)

Laloubère est un village à un quart de lieue sud de Tarbes , dont le château , ancienne résidence d'une famille de ce nom et de celui de Castelnau, est possédé aujourd'hui par M. de Palaminy ; on y voit un très-joli parc et de belles eaux , mais c'est des courses de chevaux que ce lieu tire sa célébrité actuelle ; nous parlerons de son bel hippodrome , dans la cinquième partie de cet ouvrage.

Outre sa capitale et lieux environnans , qui offrent de si beaux paysages , la plaine de Bigorre est ornée et animée par des villes propres et bien bâties, quoique peu considérables, par des villages populeux, par de nombreuses fermes et par divers châteaux, plus ou moins entourés de plantations pittoresques. En partant de Tarbes , comme point central , nous allons donner une courte notice des principaux lieux de cette plaine, de ceux surtout , auxquels se rattachent quelques souvenirs historiques.

Sur la route d' Auch , qui conduit à Rabastens par une ligne droite de cinq lieues, semblable à une avenue , se voient successivement à droite et à gauche, les villages &Aureillan,àe Bours, d'Orleix et de Chis , les châteaux de Tostat et de La Cassaigne. La ville de Rabastens, une des plus anciennes du comté de Bigorre , a eu autrefois un château fort et un mur d'enceinte ; elle a soutenu plusieurs sièges, pendant les guerres civiles et re-

ligieuses. Le plus célèbre est celui que les protestans y soutinrent contre le maréchal de Montluc , dans le seizième siècle.

Sur la route d'Aire, qui traverse la plaine dans toute sa longueur , sont une foule de lieux trèspeuplés , parmi lesquels nous citerons les suivans :

La ville de Vic^ une des plus considérables de la province, eut jadis un château fort, dont il reste quelques murailles et des portes surmontées de tours carrées; sa juridiction s'étendoit autrefois sur les terres de Line, Sarriac, Baliran y Cantales, Talazac y sur les comtés A\4rtagnan et de Paraèm?: possessions toutes peu distantes de cette ville, et appartenant jadis à autant de familles distinguées du pays.

La ville de Maubourguet , ainsi que la ville de Castelnau, et lieux circonvoisins, tels que Mazères, où est une ancienne église gothique remarquable, faisoient autrefois partie du territoire que l'on nommoit la Rivière Basse ou le Bas Comté de Bigorre, qui fut démembré du haut comté en 1256, pour être donné à Gaston VII dit de Moncade , vicomte de Béarn, et à Mathe de Bigorre, son épouse.

Le bourg de Lahatut- Rivière; celui iïAuriebat, situés sur une élévation , que domine encore le clocher de son église ; les anciens châteaux de Sauveterre et de Mont-Faucon , maintenant en ruine , et dont les braves habitans chassèrent les

Anglois, après le traité de Bretigny, et se donnèrent à Charles V, formoient en quelque sorte la banlieue de Mauhourguet. Toutes ces terres appartinrent aussi par héritage , aux comtes d'Armagnac , comme tout le pays de Rivière-Basse , puis à des seigneurs particuliers.

Sur la route de Pau, se voit à gauche la ville 7 d'Ibos, dont l'église a l'apparence d'un château fort, et servit souvent de refuge contre les protestans. Leshabitans leur résistèrent toujours, avec une valeur et un caractère qui démentent assez les railleries insultantes, qui sont comme passées en proverbe, sur la foiblesse de leurs facultés et la grossièreté de leur esprit.

La route de Lourdes traverse les territoires de Juillan, de Louey et #Adè; sur la droite est le bourg d'Ossun , très-ancienne et très-noble seigneurie dont le possesseur, Raymond, assista en 1096 , à la dédicace de Saint- Pé de Gennerest. Pierre d'Ossun se distingua à la bataille de Cerisoies , en i544 ; et le marquis d'Ossun fut un diplomate renommé sous Louis XV et Louis XVI ; il concourut, dans ses ambassades de Naples et de Madrid, au fameux pacte de famille des Bourbons. Ossun est renommé aujourd'hui par ses jambons de Bayonne et par ses rouliers appelés beurrères, adonnés de temps immémorial au commerce et au transport des marchandises 5 c'est là surtout, qu'ont été conservés les anciens usages et l'antique

costume de la contrée. Sur la gauche est le bourg de Benac, siïué près des sources de l'Echez, dans un riche et superbe vallon. 11 y avoit un très-ancien château, bâti par les seigneurs de Navailles, sénéchaux du pays ; il est maintenant démoli. Les chroniques locales, ou plutôt les traditions romantiques, ont conservé le souvenir d'un seigneur, Bos, de Benac , revenant de la Terre- Sainte , transporté par le démon au moment où sa femme , se croyant veuve , alloit épouser le seigneur des Angles. C'est l'histoire d'Ulysse , déjà travestie pour Charlemagne et accommodée aux mœurs, aux croyances et aux événemens du temps.

La route de Tarbes à Bagnères, dont la longueur est de cinq lieues, offre huit villages riches et populeux, placés à des distances presqu'égales, et qui semblent un prolongement des deux faubourgs correspondans de ces deux Villes ; ce sont Laloubere , dont le château et son parc ont déjà été cités ; Horgues, Momères , Saint-Martin, Arcizac- Adour , Montgaillard , Trébons et Pouzac. La petite butte de Hiis après Arcizac , et celle qu'on rencontre après Montgaillard, encore moins élevée, interrompent seules le constant niveau de cette route. Une seconde route moins fréquentée, mais presqu'aussi belle , tracée entre la rive droite de l'Adour et le coteau oriental de la plaine , conduit également à Bagnères et traverse autant de villages , à partir de celui de Barbazan Débat, 11. 5

surmonté d'une vieille tour féodale ; ils s'appellent Soues 9 Salles- Adour , Bernac-Debat , Bernac- Dessus, H iis, Antist et Ordizan.

Pour achever l'esquisse des principaux lieux du Bigorre, situes au pied des montagnes, et indiquer en même temps les autres abords de sa belle plaine , il me reste à mentionner , dans la région des coteaux ou le Rustan> ce que présentent les deux routes de Tarbes à Toulouse, par Trie et par Lannemezan. Ces routes, quoique moins fréquentées des voyageurs, parce qu'elles sont encore privées de relais de poste, sont préférables pour les voitures particulières; elles offrent un tracé à la fois plus court et moins pénible ; la seconde surtout, plus rapprochée de la racine des monts, qu'on ne perd jamais de vue, est douce et unie dans presque toute son étendue.

On trouve sur la route de Lannemezan , la ville de Tournay, autrefois appelée Rustan comme le territoire. Elle eut un couvent de Minimes, fondé par Raymond de Cardeilhac; elle occupe le plus large bassin de l'Arros. Cette rivière , près de son origine vers les montagnes , embellit le charmant site de Lescaladieu , où fut autrefois une abbaye de l'ordre de Citeaux, transférée du voisinage de Campan, l'an n3o. Cette abbaye fut célèbre par la régularité qu'on y observoit , et le grand nombre de pieux personnages qui la choisirent pour retraite. Parmi ceux-ci , fut Pétronille , comlesse

de Bigorre ; elle y fut enterrée , après avoir fait donation au monastère , de biens considérables. Dans la démolition partielle des bâti mens , on a retrouvé son tombeau et celui de son fils, avec des restes de leurs dépouilles , notamment des cheveux parfaitement conservés. Près de là, est l'ancien cliàteau de Mauvezin , qui appartint d'abord aux comtes de Bigorre, puis aux comtes de Foix. Cette forteresse féodale, placée sur un monticule qui domine les gorges voisines, étoit réputée imprenable; elle tombe en ruines, et il n'en restera bientôt plus de vestiges.

Le cours inférieur de l'Arros traverse le territoire de Saint- Sever de Rustan, où fut aussi un beau monastère richement doté. Ce couvent de Bénédictins a été bâti sur un plan vaste et régulier, mais qui n'a pu être achevé et ne le sera probablement jamais; l'escalier, tout en pierres de taille , est magnifique. Son heureuse situation et les dépendances qui entourent cette propriété d'Un particulier , en font un séjour enchanteur.

Sur la route de Trie, est la ville de ce nom, située sur la Baize d'Arré ; elle date de plus de quinze siècles. On voit dans les chroniques du diocèse d'Auch , que sa fête locale fut instituée à Rome en l'an 56o, pour le 5 d'août , jour de Notre-Dame des Neiges, à laquelle est dédiée l'église. Un roi de Navarre , dont on ignore le nom , y fonda le monastère des Carmes, on ne sait aussi à quelle

époque. Tous les titres furent brûlés, en 107! $ par Montgomeri, chef des huguenots, qui fit démolir le couvent, après avoir fait pendre le prieur son oncle, devant la porte de l'église, et jeter les autres religieux , au nombre de vingt , dans le puits du cloître. Les maisons de Montespan, d'Antin, Sarran et autres, concoururent dans la suite, au rétablissement de ce monastère ; il est devenu, ainsi que son église, la propriété de plusieurs particuliers.

La ville de Galan est non loin de là, sur la Baize d'avant. L'église, entourée d'une fort belle" esplanade , remonte aux premiers temps de la féodalité , et paroît avoir été originairement une espèce de château ou de forteresse. H y a des traces d'anciens fossés; on voit dans cette église deux statues en bois, de saint Julien et de saint Michel , costumés à la grecque ; c'est l'ouvrage d'un habile sculpteur de Tarbes , M. Ferrère , qui aura reproduit sûrement d'anciens modèles (1).

(1) Les beaux-arts devenus chrétiens, n'ont pas craint ni dédaigné de s'enrichir des dépouilles de l'antiquité païenne* C'est ainsi que sur les portes de Saint-Pierre de Rome , sont représentées en bas-reliefs les métamorphoses d'Ovide , et qu'on voit aux beaux vitraux de Notre-Dame d'Audi , la Si-» bylle peinte à côté des rois ou patriarches juifs.

Teste David cum Sibyllà , dit le cantique chrétien.

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