CHAPITRE III
Du Latédan ; gorges de Valsouriguère et de Castellonbon j
Talion d'Argelès.
En quittant la plaine et les coteaux du Bigorre, pour se diriger vers la région des montagnes, deux vallées se présentent : l'une, moins avancée dans la chaîne, et qui ne fait pour ainsi dire qu'en effleurer la base ou les premiers gradins, est celle de Bagnères et de Campan, élégant vestibule d'un des plus beaux édifices de la nature ; l'autre , la plus étendue et la plus remarquable de toutes celles des Hautes-Pyrénées, qu'elle sillonne par ses nombreux embranchemens , est celle qui prend successivement les noms de Lavèdan , ArgeUs , Barèges et Gaparnie : elle débouche près de la ville de Lourdes. Nous allons d'abord conduire les pas du voyageur vers cette dernière vallée, afin de suivre exactement la marche indiquée, du couchant au levant de la chaîne.
On peut parvenir à son embouchure par plusieurs directions , selon le point du départ. Le
bassin de Lourdes, qui est à l'entrée, offre d'agréables approches , soit qu'on arrive par la route de Tarbes, qui serpente à travers de charmantes collines , et près de laquelle on croit reconnoître , à mille toises de Lourdes, la trace d'une voie romaine dans le nom de Strada, Strata y que conserve une fort jolie métairie, où la Notice des Gaules place l'ancienne ville d'Oppidum Novum (i) ; soit qu'on vienne par la route plus agreste de Bagnères, qui traverse le joli territoire des Angles, ancienne baronie britannique, qui renfermait dix-neuf villages riches et bien peuplés: ce vallon des Angles est jonché de cailloux et de gros blocs de granit , descendus du sommet des monts.
Mais le plus intéressant et le plus gracieux des abords de la vallée de Barèges , est par la vallée de Betharram, qui la précède, lorsqu'on vient de Pau , et qui en fait en quelque sorte partie. Nous avons déjà fait connoître ce charmant trajet, dans la description du Béarn.
En sortant du bassin de Lourdes, on entre dans
le Lavèdan (2) , et dès-lors les monts se rappro-
(1) Notice de l'ancienne Gaule , p. 5§5.
(2) Le Lavédan, suivant un vieux titre de l'an i34a, s'étend dans les vallées de Barèges , Cauteretz, Azun, Sales et Valsouriguère (manusc. de l'Hist. de Bigorre, liv. II, eh. 5). 11 fut érigé en duché-pairie Tau i65o, en faveur de Phi-
client, se redressent; et les aspects que Ton rencontre, sont aussi sauvages que bornés ; des roches nues et décharnées , qui menacent ruine et présagent la destruction; quelques misérables lopins, entourés de larges dalles de schiste placées de champ; des pâturages sur les hauteurs; des crêtes hérissées d'aspérités qui dominent tout: tel est le coup d'oeil général.
La route est pratiquée d'abord sur la rive droite du Gave; on le traverse, à peu de distance de la ville , sur le poot neuf, après une descente assez rapide, heureusement garnie d'un parapet qui garantit de tout accident.
Près du pont se voient, sur la droite , l'embouchure de la gorge de Valsouriguere (1), et sur la gauche , celle de la gorge de Castelloubon (2) , qui est beaucoup plus étendue.
La première, qui renferme cinq communes, présente un territoire assez borné, mais abrité de tous côtés et couronné par les bois de Subcrcarrère;e\\e produit plusieurs espèces de graine ; on y cultive le lin ; les hauteurs offrent d'immenses et beaux pâturages, où paissent, dans la belle saison, de nombreux troupeaux, principale richesse du canton.
lippe II, duc de Na vailles, marquis de Montant Benac , qui avoit épousé l'héritière de Lavédan, comme son père Philippe I er avoit épousé celle de NavaiHes.
(1) Vallée des Sourires.
(2) Bon château.
Cette gorge communique vers le nord-ouest, avec la vallée de Belharram , par la foret de Lourdes , et vers le sud-est, avec le vallon d'Argelès, par la montagne de V ergoms et le pays appelé Extrême de Sales. Les moeurs des habitans sont presqu'entièremcnt*pastorales$ elles ont conservé, plusqu'en aucun autre lieu des Pyrénées, des restes de la simplicité primitive; on exploite près de là, des carrières de marbre d'aspin et d'ardoise , dont nous avons déjà parlé.
La gorge de Castelloubon , qui se dirige au sud-est, et a pris son nom d'un château situé sur une élévation, près le village de Cotdoussan , est étroite, aride, et n'offre aucune perspective agréable. De nombreux éboulemens en ont encombré le fond, en formant de grands attérissemens; aussi renferme-l-elle seize villages escarpés et comme inabordables. UOuey et le Nez, torrens qui abondent en truites et en excellentes écrevisses, se partagent ses deux branches et la parcourent dans toute son étendue ; le dernier tire sa' source des flancs du pic Montaigu, le plus élevé du chaînon qui sépare cette vallée de celle de Bagnères ou de Beaudean. On y voit plusieurs sources d'eaux minérales ; il y en a trois près du Nez, au fond du village de Gazos ; elles ne sont fréquentées que par les habitans du canton , et il n'y a point d'établissement de bains : elles tiennent cependant de la nature des sources les plus accréditées , et elles
en auroient peut-être la salubrité , si on en faisoit usage ; cette vallée a des mines d'argent, de cuivre, de zing et de plomb , dont plusieurs n'ont jamais été exploitées.
A partir du pont neuf, la route d'Argelès côtoie la rive gauche du Gave, à une distance qui varie souvent ; le voyageur, cheminant sur une espèce de corniche, entend toujours les mugisse-^ mens^u torrent qu'il domine, et dont le cours lui paroît tantôt lent, tantôt rapide.
A peine le perd-il de vue, qu'il est frappé par le superbe aspect de l'immense vallon d'Argelès, que borne au midi le pic de Soulom^ et à l'entrée duquel se présentent les hameaux à'Agos, de Vidalos, KAysac et de Piêuzac(i) , placés si près les uns des autres, qu'ils semblent ne former qu'un village.
Ils sont au débouché et font partie du territoire d'une gorge, située à droite et appelée Extrême de iSa/«5,àcausedesasituationécartée;elle commence derrière le monticule de Balandmù. Le torrent de Vergoms la parcourt ; de nombreuses sources l'arrosent ; de superbes noyers, d'énormes châtaigniers l'ombragent dans les bas fonds, taudis que
. (|) Ancien fief, qu'avoit acquis le fameux Bertrand Bar*, rère, pour s'en qualifier, ce qui a fait croire au comte Orlof qu'il étoit né là. C'est Tarbes qui est son lieu natal , et le séjour actuel de son honnête famille.
les pentes sont ornées d'une forêt de hêtres et le* hauteurs couronnées de sapins. Le sommet de la gorge offre en esplanade, les beaux pâturages de Vergoms , vaste tapis de verdure , parsemé' d'un nombre infini de granges, qui sont l'asile des troupeaux, dans l'arrière-saison et pendant l'hiver.
Au pied de la montagne à^ysi , qui sépare ce joli bassin de celui de Valsouriguère, est la grotte iïOuzous , excavation calcaire qui a servi jadis à la célébration du culte , et qu'on visite encore comme une église, les jours de la semaine sainte. On y remarque un bénitier constamment garni , par le suintement continuel de gouttes d'eau , à travers le rocher. A côté de deux sommités jumelles , qui terminent le Vergoms, est le col $Ausan , qu'on franchit pour aller aux Ferrières , en Asson.
La gorge d'Extrême de Sales, étoit habitée autrefois par une population des plus agrestes, aujourd'hui moins simple dans ses mœurs , moins étrangère aux besoins du luxe; mais aussi, par les progrès de l'aisance générale, elle est moins affectée de ces vices du sang, caractérisés sous les noms d'écrouelles , de scorbut , de goitres ; ces maladies, qu'on a regardées comme des taches originaires, et qui tiennent à l'insalubrité des lieux et du régime, sont encore endémiques, dans plusieurs cantons des Hautes-Pyrénées. »
Wallon d'Argelès.
Dès l'abord du vallon d'Argelès , les montagnes s'éloignent de tous côtés et leurs flancs s'arrondissent; la végétation se présente dans tout son luxe, et avec un caractère qui n'appartient cju'à ce magnifique bassin ; des productions de tous genres couvrent un sol arrosé et fertilisé par les nombreux torrens qui , en descendant des montagnes , ont formé l'attérissement qui compose , en ce point , le fond de la vallée ; et la main de l'homme, secondant la nature , a pris soin d'ajouter , par une culture soignée et bien entendue , à la parure de ce site, où l'on respire l'air frais des montagnes, et où le soleil, dans toute sa force , mûrit d'abondantes récoltes.
Ce vallon en forme de croissant , qui a plus d'une lieue dans son grand diamètre , est entouré de collines surbaissées , toutes couvertes d'arbustes , de châtaigniers , de noyers , de chênes même , placés Sans dessin, et avec une irrégularité qui charme la vue, en multipliant les points de repos et en fixant alternativement les regards de l'observateur : il, est étonné , transporté d'admiration , par la vaste enceinte des hautes montagnes supeiv posées en amphithéâtre, qui semble séparer du reste du monde ses fortunés habitans : abso-
lumeot étrangers au commerce , ils sont cependant plus adonnés à l'agriculture qu'à la vie pastorale.
Pour bien jouir de la vue du plus beau paysage des Pyrénées , il faut traverser le chef-lieu de l'arrondissement , Argeles (j), situé sur le gave d'Azun, adossé aux charmantes collines de Gez; puis, se porter à une demi -lieue à droite, sur le plateau de Saint- Savin , qui domine tout le vallon, au centre duquel il répond par sa situation. On voit, du jardin de l'ancien monastère, sous l'aspect le plus pittoresque , le vaste rideau de d'Avantaigue (2). Ce rideau se déploie avec magnificence, sur le versant oppose', qui , malgré son élévation, est devenu tout entier le domaine du cultivateur; il offre un mélange àgrçable et frappant de prairies , de guérets ; et toutes sortes de cultures s'y succèdent, de la base au sommet, comme une vaste échelle de végétation , qui pré-
(1) La ville d'Argelès est <à a4i toises d'élévation, selon M. Laroche ; elle est située au sud-ouest dans la vallée du La- .védan, sur la rive gauche du gave, à 3o kilomètres de Tarbes. C'est moins son importance que sa position centrale , qui l'a fait choisir pour être le siège de l'administration d'arrondissement. Cette ville ne présente rien de remarquable; elle emprunte tous ses agrémens des lieux enchanteurs qui l'environnent. Sa population croissante n'est encore que de 860, habitans. Il y a trois bonnes auberges.
(2) AnU ùqnam \ devant les eaux.
senteroit au même instant l'image de toutes leâ saisons. Tandis que dans le fond du Talion, l'épi du froment et du seigle est en pleine maturité' , il ne fait que jaunir à mi-côte, et la nuance des moissons est de plus en plus foncée, à mesure que les regards s'élèvent jusqu'à la région des nuages, où se montrent parfois la neige et les frimas, au plus fort de l'été. Nombre d'habitations rustiques, placées sans symétrie, et diversement groupées, forment plus de dix villages; et la vue se perd, à droite et à gauche , à l'embouchure des gorges de Pierrefitte et de Lourdes, où des montagnes de couleur enfumée, coupées à pic, semblent être les bornes du monde.
On distingue parfaitement de là , à droite et au-dessous de Saint-Savin , le château de Miramont, près du village d'Adast , patrie et sé^ jour de M. Despourrins , poète béarnois , dont nous ferons connoître les charmantes productions, dans la cinquième partie. En face , de l'autre côté du gave, se voient les ruines de Beaucens , où est une fontaine sulfureuse de 19 degrés, à l'usage des habitans. Au-dessus de Beaucens, est la chapelle deBedouret, confiée, de temps immémorial , à trois femmes consacrées à la vie solitaire , qui se sont perpétuées par agrégation , sans vœux ni statuts. Won loin de là, sont lès restes du monastère de Saint- Orens, fils d'un duc d'Urgel,
que l'on tira de sa retraite pour lui confier le gou verj nement du diocèse d'Auch. A gauche enfin, est la perspective de Vidalos^ dont l'ancienne tour féodale se découvre de fort loin (1 ) ; le château dont elle faisoit anciennement partie, avoit été bâti par Centulle 111, comte de Bigorre.
Tout le plateau de Saint-Sapin est couvert de bois et d'un grand nombre d'habitations qui, dans la belle saison , se trouvent cachées sous un toit de feuillage; c'est le frigus opacum de Virgile « que ces abris champêtres offrent alors , en se dé-
robant à la vue de l'observateur; et c'est dans une situation inverse, c'est-à-dire d'un des points de d' Avantaigue , qu'il faut jouir de ce nouveau coup d'oeil, tout aussi riant, tout aussi beau que le précédent. La rivière de Sainl-Savin, considérée ainsi, offre un aspect enchanteur, et les diverses habitations qui la couvrent, produisent . l'effet le plus ravissant.
On ne peut se faire une idée des beautés pittoresques, prodiguées de toutes parts dans ce vallon
(i) Tout cet arrondissement est parsemé d'anciennes fortifications ; dans le seul voisinage d'Argelès , sont des restes de cliâteaux forts et de tours , à Geii , Fïdalas Saint-PastoiiSj BeaucenSj Soulom, Saint-Sapin^ Arcisas- Avant et Ar~ ras; jadis, c'étaient pour les» habitans libres et abandonnés, autant d£ moyens de défense intérieure et extérieure , et de signaux ou de communications entr'eux.
d'Argelès, dernier asile de la vigne, du figuier et des arbres fruitiers de toute espèce , à moins de l'avoir parcouru en détail, et d'y avoir fréquemment promené ses regards. Quelle surprise on peut s'y ménager, en arrivant de nuit sur un des points d'observation ci-dessus mentionnés, pour contempler, au lever du soleil, ce tableau vraiment magique ! Par un beau clair de lune , il acquiert encore un nouveau charme , celui d'un aspect mélancolique, résultant des demi-teintes et des ombres douteuses qui le gazent , et le rendent plus doux à la vue, à peu près comme une estampe qui, sous le verre, offre des traits mieux fondus, un ensemble plus harmonieux, que lorsqu'elle est à découvert , éclairée par une trop forte lumière. Quand on a le plaisir de jouir de l'une ou de l'autre de ces perspectives , les yeux y restent attachés involontairement, et l'âme de l'observateur semble s'étendre et se transformer en tous les objets, qui absorbent son attention et l'enlèvent, pour ainsi dire, à elle-même; tout son être, tout son univers , est là ; elle n'imagine ni ne désire rien, hors de cette magique enceinte, qui semble enfermer tout ce qu'il y a de plus gracieux et • de plus fortuné : c'est Y Eldorado des Pyrénées.
Saint-Sapin , connu jadis sous le nom de Villebancer, a une existence très-ancienne. Les Romains y avoient construit un fort nommé Emilien, pour
contenir tout le pays. Ce fort, abandonné après l'invasion des Francs i servit de retraite à quelques cénobites ; et le lieu acquit une nouvelle célébrité, par l'établissement d'un monastère de Bénédictins qui fut fondé par Charlemagne , détruit par les Normands et rétabli par Raymond l'S çpmte de Bigorre , qui donna aux moines la vallée et les bains de Cauteretz , à charge d'entretien (1). t L'abbaye étoit un grand et bel édifice ; et l'église attenante, beaucoup plus ancienne, avoit été bâtie près des ruines de l'antique palais Emilien.
L'ancien domaine des moines se composoit de jolis bosquets, de riantes prairies et de fertiles guérets ; iLétoit arrosé par des sources abondantes d'une eau vive et pure. Ces moines jouissoient de plusieurs privilèges très - importans , que leur «voient concédés les comtes de Bigorre (2).
(1 ) Un seigneur de Soulom, voulant plus tard disputer cette propriété à l'abbé de Saint-Savin, on recourut au duel, selon les mœurs du temps ; mais le combat eut lieu avec le bâton , d'après l'usage local. Le champion des moines l'emporta , et le couvent eut la paisible possession de Cauteretz.
(a) Une partie de ces droits consistoit à avoir aux bonnes fêtes , des jeunes filles du pays pour faire les lits des révérends pères j dans celui de percevoir les épaules gauches des sangliers -, et dans le droit du pascal sur les prêtres du canton. Voy. Trésor des Chartes à Pau. (Voyage dans lea Pyrénées françoises, p. 11 5. )
C'est à l'abbaye de Saint-Savin que se rapporte sûrement le passage que voici, du poëme de Pulci, intitulé : 11 MorganteMaggiore (1). «Roland arrive dans une abbaye située sur les confins de la France et de l'Espagne, où il est parfaitement bien reçu ; il apprend de l'abbé , que lui et ses moines seroient très-heureux, s'ils n'avoient pas pour voisins trois géants sarrasins, qui se sont logés sur la montagne prochaine, qui infestent tout le pays, et jettent toute la journée, avec leurs frondes, de grosses pierres dans le couvent. Si nos anciens pères du désert, dit-il au chevalier , menoient une vie toujours sainte , toujours juste, et s'ils servoient bien Dieu, aussi en étoient-ils bien payés. Ne croyez pas qu'ils y vécussent de sauterelles; la manne leur tomboit du ciel, cela est certain. Mais ici , je n'ai souvent à recevoir et à goûter que des pierres, qui pleuvent du haut de cette montagne (2). » Voilà, soit dit en passant, un échantillon de la manière de l'auteur , et du ton sur lequel il traite les sujets les plus graves.
ce Roland trouve qu'il est digne de lui de délivrer le pays et les bons moines de ces tyrans: il tue le premier, nommé Pcusamont, et le second qui s'appelle Alabastre. Morgant^ qui est le troisième , auroit eu le sort de ses frères , s'il n'avoit
(1) Histoire Littéraire d'Italie, partie il , ciiap. 5 , p. 217. (a) Cant. I,«ti 25.
il. 4
pas rêvé la nuit précédente, qu'il étôit assailli par un gros serpent , que dans sa frayeur il avoit eu recours à Mahomet qui ne l'avoit point secouru , mais que , s'étant adressé au dieu des chrétiens, Jésus-Christ l'avoit délivré et sauvé. Sachant donc qu'il a affaire à un chevalier chrétien , au lieu du combat, il lui demande le baptême. Roland ne se fait pas prier, emmène Morgant avec lui au couvent , l'instruit en gros, chemin faisant, des vérités du christianisme, et il faut voir de quelle façon (1), enfin, il le présente à l'abbé, qui le baptise.
« Roland et son géant restèrent là quelque temps , menant bonne vie et faisant bonne chère. Morgant se rendoit utile dans la maison. Un jour qu'on y manquoit d'eau , Roland le charge d'en aller chercher dans un tonneau , à la fontaine voisine. 11 y est attaqué par deux gros sangliers ; il les tue , et revient au couvent, le tonneau sur uue de ses épaules et les deux sangliers sur l'autre. L'eau fait grand plaisir aux moines, mais les sangliers encore plus. Ils s'empressent autour de cette viande, de manière qu'elle n'a pas besoin d'être salée, et ne court point risque de durcir et de sentir le rance ; chacun mange à en crever, et le chien et le chat se plaignent de la propreté des os qu'on leur laisse (2). » Est-il besoin de demander quelle
(\) Cant. ï , st. 49 et suiv.
(2) Tanto che'l can sen' doleva él gatto Che gli ossi riraanean troppo pultti.
ligure une pareille scène , ainsi racontée , feroit dans un poème sérieux ? b
Vers le onzième siècle , Savin , natif de Barce* lonne, et fils de Hentilius, comte de Poitiers, vint se faire agréger à l'ordre de saint Benoît, mais il finit ses jours dans un ermitage voisin, d'où son corps fut transféré dans l'église , et placé au fond du chœur où se voit son tombeau. On attribua à saint Savin plusieurs miracles , long-temps accrédités chez les montagnards, qui venoiènt se guérir du mal de tête , par l'apposition d'un peigne et d'une toque, qui avoient appartenu à l'ermite (1).
On trouve, dans plusieurs historiens, la relation du prétendu ensorcellement, que produisit un petit abbé de Saint-Savin , qui , monté sur un sureau , après avoir exorcisé des maraudeurs béarnois , les fit massacrer à l'aide des enchantemens. Aussitôt, excommunication du pape contre le Lavédan, qui fut frappé de stérilité pendant six ans. L'anathême ne fut levé, qu'après que deux députés se furent rendus à Rome pour apaiser le pape, et le fléchir. Les évêques de Lescar et de Tarbes furent autorisés à lever l'interdit. Le Lavédan a payé long-temps aux Béarnois, une redevance de trente sous de rente (2), en vertu du contrat de
(1) Voyez sur Saint-Savin , de Marca, Histoire de Béarn , p. 8o3.
(2) La composition pour un meurtre étoit, en Béarn, fixée
paix qui fut conclu alors; on peut le voir en entier» dans l'ouvrage imprimé à Pau , sous le titre de lous Priviledges-Franquises , etc.
L'abbaye de Saint-Savin servit d'asile à la reine Marguerite et aux dames de sa suite , lorsqu'elle fut obligée de quitter subitement Cauteretz, à cause d'une inondation dont nous parlerons ciaprès. Dans la révolution, elle a été vendue, avec toutes ses dépendances, divisées en plusieurs lots, comme propriété nationale. L'église est restée consacrée au culte de la paroisse.
Saint-Savin a été de tous temps un lieu de rendez-vous, pour les baigneurs de Barèges,de Saint- Sauveur et surtout de Cauteretz. Lorsqu'on y vient de ces divers établissemens, on monte toujours à l'ombre, par un chemin un peu raboteux , mais frais, impénétrable aux rayons du soleil et arrosé par une infinité de sources vives qui coulent de la montagne ; les voitures peuvent y aborder , mais on s'y rend le plus souvent à cheval ou sur des ânes, qu'on excède quelquefois de fatigue , ainsi qu'il arriva dans une partie que décrit le chevalier Bert'm : <c JNous célébrâmes, dit-il, dans des couplets moitié tristes et moitié
à 3oo sous; l'intérêt de cette somme au denier dix, étoit de 3o sous ; ainsi la rente imposée en faveur des aspaisj étoit le prix d'un meurtre. Quelle pouvoit avoir été l'occasion d'une querelle entre les deux vallées? On l'ignore, ( M. Faget de Baurc, Essais Historiques sur le Béarn, liv. II, chap. 2. )
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pl ai sans , auxquels chacun s'empressa de contribuer (1),
Le trépas de la vieille ânesse Qu'on magnétisa , maïs en vain , (Trop sotte étoit la sotte espèce); Le long dîner, la courte messe, La chère fine et le vieux vin , L'enjouement et la politesse Du bon prieur de Saint-Savin.
(1) Voyez le Recueil de ses Poésies, à la suite duquel est le récit de son séjour à Saint-Sauveur.