L'EUBÉE
CHALCIS.— L'BCRIPE.
L'Eubée (L'J&ta, , nommée dans le» temps modernes Égripo , ou Négrepont est, après la Crète, la plus grande des lies de la mer Egée: elle s'étend du N.-O. au S.-O., depuis le golfe de Lamia jusqu'au canal d'Oro, en face du cap Sunium et de l'île d'Andros.
Un canal étroit la sépare des côtes orientales de la Grèce du N., dont elle a été arrachée par un tremblement de terre, suivant l'opinion des anciens. Sa longueur est de 38 lieues, et sa plus grande largeur de 12 1. Au centrede l'Ile, et près de Chalcis , s'élève la montagne la plus haute, le Delphi ,1743 mèt.;.
Au S., une chaîne resserrée des deux côtés par la mer rejoint l'Ocha, montagne volcanique qui se dresse à l'extrémité méridionale de l'Eubée. Au N., la chaîne élevée du Kandili domine la côte occidentale, se prolonge pour former
t r. Girard, Mémmrt turl'Eubtt, Arcbit, lom. IL
L'EUBÉE.-CHALCIS. loi
la presqu'île de Lithada, et envoie vers le N.-E. des ramifications jusqu'au cap Artémisium. L'Eubée est aussi remarquable de nos jours que dans l'antiquité par son étonnante fertilité et la variété de ses productions. Nous avons déjà cité, p. 46, les mines de Koumi et deKarysto, malheureusement trop négligées. Nulle part en Grèce on ne trouve unevégétation plus belle et plus puissante que dans la partie septentrionale de l'Ile. De nombreux propriétaires français et anglais , plus heureux que dans le reste de la Grèce, ont vu prospérer leurs établissements. Leur exemple a donné à l'agriculture une impulsion favorable et augmenté le bienétre des habitants. L'Eubée n'a guère à montrer aux étrangers que ses beautés pittoresques, car elle manque presque entièrement de ruines antiques, et ne rappelle pas de grands souvenirs historiques.
Histoire. — L'Eubée a été de tout temps envahie par les peuples voisins et asservie par les différente conquérants de la Grèce. De misérables rivalités de villes , les luttes de partis toujours prêts à appeler l'étranger, l'ont constamment empêchée de résister à ses ennemis et de maintenir son indépendance. La première population, fesÀbantes, d origine phénicienne, fut remplacée de bonne heure par des colonies ioniennes de l'Attique.
L'île était divisée en plusieurs petits Etats indépendants, dont l'histoire, peu connue d'ailleurs, se résume dans celle des deux plus importants, Erétrie, et surtout Chalcis, qui a été de tout temps la ville principale et la
et la clef del'ile.
Dès les temps héroïques, mais surtout au via-* siècle, Chalcis et Erétrie, riches et puissantes par leur commerce , fondèrent de nombreuses colonies en Macédoine, en Sicile et en Italie. Elles se disputèrent avec acharnement pendant de longues années la possession de la plaine de Lélante, et finirent par s allier avec les Béotiens contre Athènes. Celle-ci
triompha et s'empara du territoire de Chalcis, qu'elle partagea entre 4 000 colons athéniens, l'an 506 av.
J.-C . Erétrie fut épargnée; mais, en 494 , les Perses la détruisirent pour se venger de l'appui qu'elle avait donné aux Ioniens de l'Asie. Après les guerres médioues, les Athéniens s'emparèrent de toute l'Eubée. Us conservèrent leur conquête, malgré deux révoltes formidables 1 445-4 11) et une occupation passagère des Lacédémoniens. L'Eubée, incorporée plus tard dans le royaume dcMacédoine, fut en 194 conquise par les Romains, qui lui rendirent une partie de son antique indépendance. Elle passa sous la. domination des Vénitiens en 1331, et sous celle des Turc* en 1470.
Chalcis. (On trouve près du port un très-bon hôtel , avec table d'hôtel — La ville, bâtie sur un promontoire , s'avance dans les eaux bleues du golfe, vers la côte béotienne, et communique avec elle par un pont. A l'extrémité de ce pont, la forteresse massive et pittoresque de Chalcis étend à droite et a gauche ses murailles crénelées et délabrées. Plus loin, les mosquées dessinent sur le ciel leurs blancs minarets, contrastant avec la toiture pointue et les sombres tours d'une vieille église franque. La bain profonde de Hagios Minias, qui sert de port, est encombrée de barques grecques, aux formes élégantes : sur le quai, qui rappelle celui de Syra, une population criarde et bigarrée se presse autour du café et du bazar.
Chalcis, moins agréable à l'intérieur, se compose de rues sales et tortueuses, bordées de misérables habitations. Cependant, le faubourg faitunelégèreexception, et l'on y construit depuis quelques années de jolies maisons.
Les mosquées sont transformées en magasin* et en casernes ; une seule est réservée aux Turcs qui habitent encore la ville. On montre dans la forteresse un énorme canon, pareil à ceux des Dardanelles ;
:CE. (Hoi tk JH.l
et, sous la Porte des Juifs, un tibia et un soulier gigantesques, suspendus à la voûte. Ces deux obm ets ont été trouvés dans un tom >eau, il y a quelques années : aucune légende ne s'y rattache.
De la Chalcis antique, qui avait trois Iipucç de tour et renfermait un grand nombre de beaux édifices, il no reste aujourd'hui que quelques débris de marbre blanc enchâssés dans les murs des églises.
Pont et canal de l'Euripe.— L'Euripe est la partie la plus resserrée du golfe d'Eubéo, outre le pied de la colline de Karababa ot la forteresse de Chalcis. Un îlot, surmonté d'un petit fort, la divise en deux parties égales , et communique avec la ville par un pont tournant en bois de 10 met., et avec la cote béotienne par un pont de pierre, long d'env. 30 mèt. Vers 410 avant J.-C., les Eubéens, pour couper aux Athéniens leurs communications maritimes avec la Thessalie, réunirent l'Ilot à la terre ferme par une chaussée, et établirent un pont sur le bras le plus étroit de l'Euripe. Ils le fortifièrent au temps d'Alexandre, et, afin d'en mieux défendre l'accès, enfermèrent le Canéthus ( probabablement Karababa} dans l'enceinte de leur ville.
Le pont, à moitié détruit sous Justinien, fut rétabli par les Vénitiens. Il a été reconstruit tout récemment et les navires pourront franchir ce canal étroit. C'est sous le pont tournant que l'on remarque le curieux phénomène du flux et du reflux de l'Euripe. Le courant, avec une vitesse de trois lieues a l'heure, se dirige pendant un certain temps du N. au S.; puis, après quelques minutes d'immobilité, se précipite en sens inverse, du S. au N., avec la même rapidité. Ces changements de courant se répètent jusqu'à quatorze fois dans les vingtquatre heures. Aristote s'est, diton, noyé de désespoir de n'avoir pu trouver la cause do ce phénomène, que la science moderne ne '»
peut encore expliquer. Au S. du pont, le golfe d'Eubée semble *e