LES ILES
Section I — Iles Ioniennes.
On nomme îles Ioniennes un groupe d'iles étendu irrégulièrement du N. au S. le long de la côte occidentale de la Grèce.
Elle9 sont au nombre de sept îles principales, Corfou, Paxo, Sainte- Maure, Thiaki, Céphalonie, Zante et Cérigo. Il faut y joindre un certain nombre d'ilots sans importance, Merlera, Fano, Samothraki, Antipaxo. Méganisi, Cérigotto, etc., et les îles Strophades ou Strivali, plus éloignées de la côte vers l'O. et qui ne sont connues que par la fable des Harpies, chantées par les poëtcs. Les îles Ioniennes , séparées et indépendantes dan s l'antiquité, n'ont d'histoire commune qu'à partir de la domination vénitienne ; nous indiquerons à l'article consacré à chacune d'elles le rôle qu'elle n joué dans les temps anciens. Tombées aux mains des Humains , comme le reste de la Grèce, négligées et presque constamment abandonnées sous le Bas-Empire aux incursions de tous le3 corsaires, de tous les aventuriers , les lies Ioniennes se placèrent d'ellesmêmes, à partir de 13*0, sous la souveraineté de la République de Venise et prirent une part glorieuse aux luttes soutenues contre les Turcs. Dans cette période de guerre. Venise chercha à se concilier l'affection de ses nouveaux sujets parune sage administration, laissant le pouvoir municipal aux mains de la noblesse du pays.
Mais à partir de la paix de Passarowitz (1718), les îles Ioniennes, abandonnées à toutes les exactions des provéditeurs vénitiens, tombèrent au dernier degré de la misère et de la démoralisation : les principales ressources des insu— îaires étaient la contrebande et la piraterie. Vers la fin du xvin« siècle, la Russie sut s'en faire d'utiles auxiliaires dans sa lutte contre les Turcs. Lorsque Venise tomba, en 1797, la traité de Campo-Formio donna à la France les iles -Ionien»
nés, qui furent occupées par le général Gentilly. Mais pendant les désastres de 1799, une flotte turco-russe s'en empara , et les garnisons françaises durent capituler. Une convention signée à Constantinople le c2l mars 1800 fit des iles une république tributaire de l'empire ottoman. La paix d'Amiens les déclara indépendantes sous le protectorat de la Russie.
Le comte Capo d'istria fut chargé de les organiser, et une constitution fut promulguée le f> décembre lh03. La paix de Tilsit rendit les iles Ioniennes à la France, qui les garda jusqu'en 1814. Les traités de 1815 placèrent la République des tles'Ioniennes sous le Protectorat de l'Angleterre. Occupées d'abord par le général Campbell, les iles reçurent bientôt pour gouverneur, avec le titre de Lord haut Commissaire, sir Thomas Maitland, qui leur fit sentir durement cé qu'était le protectorat anglais. Ses succès-
1 Nous avons drjl décrit dan» le* chjpilrei précédents pluiieun de* îles de U Grèce, l'Eubée, Salainine, Kgine, etc. Le présent chapitre contient le* île* Ionienne* et le» CycUdet, auxquelles nou» joindront Cindic. Le» Sponde* seront décrite» avecUcùic de l'A sa; Mineur* partie).
[Rot- TE 51.]
seurs montrèrent heureusement plus de modération et introduisirent peu à peu dos améliorations matérielles et administratives qui ne suffirent pas cependant à ramener l'affection des Ioniens et aies consoler de la perte de leur indépendance. En 1848, les Ioniens firent une tentative qui fut comprimée par des mesures rigoureuses.
Mais, après avoir raffermi son autorité, l'Angleterre a senti la nécessité d'entrer dans une voie plus libérale et leur afaitd'importantes concessions. Aujourd'hui, le gouvernement des lies Ioniennes est constitué ainsi : le Lord HautComon?saire (' A^uorr^), un sénat (!'*cïïcist.) et une assemblée (Roj/.*,). Le Lord Haut Commissaire représente le souverain protecteur; il s le droit de veto sur tous les actes du sénat et de l'assemblée; il a la direction des affaires extérieures, de la police et de la santé.
Il réside à Corfou, et il est représenté dans les six autres lies par on fonctionnaire anglais nommé résident. Le sénat représente à la fois la. chambre haute et un conseil d'État exécutif. Il se compose d'un président, nommé pour cinq ans par le souverain, et de cino membres, nommés par le Lora Haut Commissaire. Trois d'entre eux doivent être choisis parmi les membres de l'assemblée. Celle-ci »e compose de quarante-deux députés, qui s'assemblent tous les deux ans, le Ier mars, à Corfou. Ils Totent le budget, qui s'élève annuellement à 160000 liv. st., dont 25 000 ?ont assurées au commissariat de Corfou, comme contribution militaire pour les dépenses de la garnison, et 13 000 pour les appointements du Lord Haut Commissaire et des*principaux fonc- Uonnaires. La législature dure ordinairement cinq ans. Outre le gouvernement central, chaque île possède un conseil municipal, élu par le peuple et présidé par le résident. — Depuis 1M51, la langue grecque a remplacé l'italien dans Tes actes administratifs et parie-
Orient.
DE TRÎESTE A CORFOL. 241
mentaires. Le pouvoir judiciaire est exercé par une cour d'appel siégeant à Corfou, et oardes tribunaux civils, criminels et correctionnels, établis dans toutes les lies. La législation est en grande partie empruntée au Code Napoléon. L'Eglise grecque domine dans les îles lonie'nnes ; elle compte sept évéques, élus par le clergé, sous l'approbation du Lord Haut Commissaire etdu patriarche de Consiantinople. Les évoques de Corfou, Céphalonie, Zanteet Loucade, portent le,litre de métropolitains et ont la prééminence sur ceux des petites îles. Chacun des quatre premiers exerce à tour de rôle pendant cinq ans les Jonctions d'exarque. Il y a un évéque catholique à Corfou, bien que le nombre des latins dans les îles Ioniennes s'élève à peine à quelques milliers.