FINANCES. -ARMÉE
le vergu ou impôt foncier, qui consiste en une taxe de 10 à 25 0/0 sur la fortune mobilière, immobilière ou commerciale de tous les particuliers; 3° la capitation (haradj), a laquelle sont soumis tous les adultes mâles non musulmans. Elle est considérée comme compensation de l'impôt du sang; sa quotité varie entre deux et quatre journées de travail ; enfin elle est perçue par les chefs religieux des communautés juive et chrétienne qui serrent d'intermédiaire entre le contribuable et l'État; 4° les douanes* qui prélèvent sur toutes les marchandises sans distinction importées en Turquie un droit de 3 p. 0/0, et uh droit de J2 p. 0/0 sur les marchandises exportées ;5« les impôts indirects autres que les douanes, et qui sont les droits do patente, de timbre, d'octroi, de péages divers, le revenu des mines et celui des postes ; 6« les tributs de l'Égypte, de la Valachie, de la Moldavie et de la Servie.
Le montant de ces divers impôts est tout à fait insuffisant pour permettre de penser aux améliorations matérielles que réclamerait l'état de la Turquie. Dans les années moyennes, lorsque l'impôt, qui se perçoit le plus souvent en nature, peut être aisément converti en argent, ou lorsque les circonstances politiques ne nécessitent pas des dépenses extraordinaires, l'équilibre est à peu près obteou. Lorsqu'au contraire l'État se voit obligé a des dépenses imprévues, il y pourvoit par des emprunts onéreux ou par l'émission d'Un papier-monnaie {katmé, V. $ 11), généralement déprécié.
Dans ce total de 168 millions, les divers services de l'armée (personnel, matériel, artillerie, pinces), figurent pour 75 millions; ceux de la marine pour 8; les travaux publics pour 2 300 000, le service de la dette pour S millions, le traitement des employés civils pour la somme énorme de 44 millions. Ce dernier chiffre , hors de toute proportion avec ceux qui le précèdent, est produit par les traitements exorbitants alloués aox grands fonctionnaires civils. Malgré ce système de rétributions exagérées, la corruption existe partout dans l'administration ottomane. Elle tient à des habitudes invétérées, et aux conditions mêmes de l'existence luxueuse que se font les hauts fonctionnaires. Aussi les exhortations et les exemples donnés par les sultans réformateurs sont-ils demeurés sans résultat. Tout au plus est-on parvenu, par la division des fonctions dont l'ensemble était autrefois réuni entre les mains des pachas, par l'intervention des conseils (medflù) dans la répartition et la rentrée de l'impôt, enfin par la création d'agents spéciaux, opérant pour le compte des fermiers, mais sous la surveillance de l'administration, à rendre la perception de l'impôt moins vexatoire pour le contribuable. Mais les revenus du Trésor n'ont profité en rien de ces améliorations.
L'administration des finances est confiée dans chaque eyalet à un defterdar correspondant à nos receveurs généraux ; dans chaque liva k un malmudiri, receveur particulier, lequel a aussi dans ses attributions la surveillance et la centralisation des recettes spéciales, douanes, postes, péages, droits de quarantaine, passe-ports, salines, pêcheries, etc.
§ VI. Armée. - Marine. - Avant le règne do Mahmoud, les forces
de la Turquie se composaient des janissaires et de troupes féodales fournies par les possesseurs de fiefs désignés d'après leur étendue sous les noms divers de Timar Zaimé ou Beylik. Les contingents amenés par ces feudataires composaient la cavalerie de l'armée, dont les janissaires formaient l'infanterie ; le service militaire était leur seule obligation , ils percevaient d'ailleurs à leur profit les impôts de leurs fiefs, qu'ils étaient parvenus à rendre héréditaires. Le nombre de ces troupes à cheval s'éleva pendant le règne de Suleïman jusqu'à 200 000 hommes ; au temps de Sélim il était encore de 140 000 environ. Les janissaires, dont la création remonte à l'origine même de la puissance ottomane, se recrutaient au moyen de contingents d'enfants fournis par les provinces tributaires, et qui, avant leur incorporation, étaient élevés dans les principes de l'islamisme. Ces troupes se divisaient en orras, bataillons, subdivisés en odas, chambrées, dont chacune entretenait ses vétérans , ses retraités et ses enfants de troupe. Leurs officiers portaient des titres empruntés à diverses fonctions domestiques, tels que achdji (cuisinier), sakka (porteur d'eau), etc. Ils étaient commandés en chef par un agha qui ne relevait que du sultan. Ils ne dépassaient pas au moment de leur création le nombre de 6000 hommes ; on en compta plus tard (1776) jusqu'à 113 000. Les excès et l'insubordination de cette troupe remplissent une partie de l'histoire des Ottomans , et ces griefs, ajoutés à son insuffisance démontrée en présence des armées régulières de l'Europe, firent naître les premières idées de réforme. Ces idées se manifestèrent pour la première fois sous Mustapha III. Les. noms du baron de Tott, du célèbre Ahmed- Pacha (comte de Bonneval), de MM. de Villeneuve et de Vergenne, ambassadeurs, sont attachés à ces essais. En 1797, l'ambassadeur de la République française, Aubert du Bayet, reprit, malgré de vives oppositions, la suite de ces projets, et obtint, à titre d'essai, la création d'un bataillon qui se fit remarquer au siège de Saint-Jean-d'Acre. Sélim III organisa le premier , en 1801 , un corps de quelque importance auquel il donna le nom de Nizam-Djédid (nouvelle ordonnance), et qui disparut avec lui en 1807.
L'organisation actuelle, qui pourrait paraître dater de la destruction des janissaires (14 juin 1826), ne remonte en réalité qu'à Tannée 1843, époque à laquelle l'ordonnance constitutive de l'armée . fut rendue sous le séraskiérat de Riza-Pacha. Ses dispositions, en ce qui concerne l'infanterie, la cavalerie et le génie, sont empruntées à la France, et, pour le service de l'artillerie, à la Prusse.
L'armée ottomane se compose de 74 régiments, dont 36 d'infanterie, 24 de cavalerie, 10 d'artillerie, 2 du génie et 8 de corps détachés; sa force s'élève nominalement à 200 000 hommes, et en réalité à 170 000; elle se recrute par voie d'engagement volontaire et de tirage au sort entre les musulmans seuls. Elle est divisée en six corps d'armée (on/ou), dont un formé par la garde impériale, et qui ont leurs quartiers généraux dans les principales villes de l'empire. Chacun de ces corps est commandé par un muchir (maréchal), qui a sous ses ordres deux ou trois fériks (généraux de division) et un nombre proportionnel de livas (généraux de brigade).