MARINE. — AGRICULTURE
Après l'expiration des six années pendant lesquelles dure le service actif, les soldats, bien que congédiés, sont maintenus sept ans encore dans la réserve (rédif) ; ils sont, durant cette période, astreints à des exercices et a des réunions fréquentes pendant la durée desquels ils reçoivent une solde et des vivres en nature.
En cas de nécessité, l'armée se grossit d'un nombre indéfini de volontaires irréguliers, désignés sous le nom de bachi-bosouks, dont Ja turbulence et l'insubordination ont fait plus de mal qu'ils n'ont rendu de services.
La solde, à laquelle s'ajoute le tain (ration), atteint pour les officiers généraux des chiffres énormes, et reste pour les officiers inférieurs su-dessous de leurs besoins. Ainsi, tandis que la solde et les rations d'un muchir dépassent 17 000 fr. par mois, celles d'un liva 2 000 fr., le iuz-bacht (capitaine) et le mulasim (lieutenant; reçoivent, outre quelques effets d'habillement, une solde qui monte à peine à 80 fr. pour le premier, et à 50 fr. pour le second. Aussi la tenue de ces officiers laisse-t-elle beaucoup à désirer.
Les grades sont distingués par des décorations qu'il ne faut pas confondre avec celles qui sont accordées au mérite des officiers et qui prennent le nom générique de nicham.
Le costume du nizara, consistant en un pantalon étriqué , une ve»te ou une tunique avec le fez pour coiffure, manque de grâce; Tenseinble de ce costume est antipathique au climat et aux habitudes orientales; la réforme qui s'est introduite dans l'armée turque aurait pu se dispenser de ce plagiat malheureux de l'uniforme européen.
Marine. Avant l'incendie de lajflotte ottomane à Tchesmé (1770), les navires turcs étaient ou des lourds vaisseaux, ou des caravelles que leur construction grossière rendait difficiles à manœuvrer. Depuis 1770 jusqu'en 1789, la Turquie resta à peu près dépourvue de marine. A cette époque, Sélim demanda des ingénieurs français et suédois. Secondés par l'activité de Hussein, capitan-pacha, ils construisirent en six ans une flotte nombreuse qui fut en grande partie détruite à Navarin. Mais l'habile et énergique administration du capitan-pacha Tahir reconstitua en dix années la flotte qui existe aujourd'hui. Elle compte trois vaisseaux de 130 à 120 canons; quatre , de 90 à 74; six frégates, de 61 à 40; dix corvettes, de 20 à 22; quatorze bricks, de 20 à 12; six frégates à vapeur et vingt-huit bâtiments inférieurs. En établissant cette énumération, on n'a tenu compte ni des pertes éprouvées a Sinope en 1854, ni des constructions qui, depuis cette époque, ont dû les réparer.
Cette flotte est commandée par un grand amiral {capitan-pacha), cinq amiraux, trois vice-amiraux, huit contre-amiraux. Elle possède 4000 bouches à feu et est montée par 15 000 hommes d'équipage, organisés et commandés comme les régiments d'infanterie, et dont les uns sont exclusivement affectés a la manœuvre, les autres au service de l'artillerie.
S VII. État de la propriété. Agriculture.— L'état de l a gnou hure a des rapport* trop intimes avec le régime de la propriétéf pour que
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nous puissions nous dispenser de toucher à ce dernier point. Nous ayons déjà parlé desjfiefs militaires (voir § VI). Mahmoud les réunit au domaine de l'État en détruisant l'ancienne organisation de l'armée. L'audace lui manqua pour réaliser une réforme bien autrement importante par l'étendue des propriétés qu'elle aurait atteintes, en annexant au domaine de l'Etat les vakoufs, biens des mosquées, dont il a déjà été question. Ces biens équivalent aux deux tiers de la propriété foncière; ils sont exempts d'impôts et confiés à des tenanciers qui payent à la mosquée une rente consacrée à la dotation de l'uléma et à l'entretien des bâtiments. Il n'entre pas dans notre cadre de rechercher si l'État ou la mosquée aurait profité de cette mesure ; bornons-nous à mentionner qu'à certains points de vue elle eût pu être utile à l'un et à l'autre, et qu'en tout état de cause elle aurait eu une heureuse inÛuence sur l'état de l'agriculture, en substituant l'individu à la communauté et le propriétaire au tenancier. Il est permis d'espérer les plus heureux effets du haUi-humaïoun de 1856, qui a reconnu les Européens aptes à devenir propriétaires. Avant la promul gation de ce hatti-humaïoun , ceux-ci ne possédaient qu'à titre précaire et sous le nom de leurs femmes , mères ou sœurs , censées sujettes de la' Porte.
Malgré les conditions exceptionnelles de fertilité dans lesquelles se trouve la Turquie, malgré la facilité qu'elle aurait à cultiver les produits de l'ancien et du nouveau monde, et les débouchés que lui donnent ses onte cents lieues de cétes, l'agriculture est à peu près nulle en Turquie. L'explication de ce phénomène ne peut se trouver ni dans une disposition particulière de la race ottomane, dont le caractère est avant tout guerrier et pasteur, mais aussi agriculteur, ni dans les prescriptions du Koran, qui honorent au contraire l'agriculture. Il faut la chercher dans des causesnombreuses, en t<>te desquelles on doit placer l'état déjà signalé de la propriété, et ensuite le défaut de connaissances pratiques, le manque de bras et de capitaux, l'absence dévoies de communication. Une observation de M. Tchihatchef, voyageur digne de foi, donne une mesure exacte de ce délaissement : un espace de 600 milles carrés qui s'étend de Caraman au Singarius et au lac salé Tustehly offre à peine 50 milles carrés de culture. Aussi la production en blé, évaluée en totalité à 75 millions, et dont un quart est exportée, n'est-elle que le dixième de ce qu'elle pourrait être. Les productions spontanées du sol sont à peine utilisées et les forêts sont livrées à la première demande, à charge de payer 3 O'O du montant de la vente. Cet état déporable a fixé l'attention du sultan et de ses conseillers; des études ont été faites, mais les embarras du Trésor ont obligé d'ajourner les réformes dont elles ont prouvé la nécessité.
S VIII. Industrie — La Turquie possédait encore pendant les premières années de ce siècle des centres industriels et manufacturiers fort importants : Diarbékir et Brousse, renommés pour leurs velours et leurs satins ; Bagdad, qui avait porté à un degré de perfection assez avancé la fabrication des toiles peintes, la tannerie, là corroierie, la poterie et l'orfèvrerie ; Alep, qui entretenait 10 000 métiers à tisser la