INDUSTRIE. — COMMERCE
•oie et les fils d'or, ou la soie mêlée au coton, ou le coton seul. En Europe, les villes de Scutari et de Tournovo possédaient 5000 métiers de mousseline. Ces villes produisent à peine le dixième de ce qu elles fabriquaient. Les forges de Samakov et de Fognitza, les manufactures d'armes de Mostar et de Travnik, la manufacture de toiles peintes de San-Stefano , les fabriques impériales de draps et de soieries à Ismid (Nicomédie), enfin une papeterie à Smyrne, sont les seuls établissements qui aient conservé quelque activité. La fabrication des tissus communs, des tapis et des objets de sellerie à Angora, Chio, Salonique et Smyrne, n'a pas encore succombé sous la concurrence étrangère ou l'apathie nationale. Des dépenses considérables ont été faites pour créer et entretenir des établissements industriels, une fonderie et ses hauts-fourneaux à Constantinople, et une tuilerie à Buyuk-déré. Malgré les conditions exceptionnelles dans lesquelles ils se trouvaient, malgré leur voisinage de Constantinople et la proximité du lieu dont ils liraient les matières premières, minerai, charbon, etc., ces établissements n'ont pu lutter contre les produits de l'industrie européenne. Les causes de ce dépérissement sont celles que nous avons déjà signalées a propos de l'agriculture; il faut y ajouter la réforme du costume, qui a porté un coup mortel aux manufactures en faisant abandonner l'usage des tissus spéciaux dont il se composait.
$ IX. Commerce. Voies de communication. Postes. — L'absence de tout document officiel rend impossible une évaluation même approximative du commerce intérieur de la Turquie. La valeur des échanges entre la Turquie et les provinces tributaires, Egypte, Valachie, Moldavie, Servie, est en chiffres ronds de 86 millions en importation et de 28 en exportation. Le commerce extérieur est de 236 millions en importation et de 917 en exportation. Jusque vers la fin du dernier siècle, la France, protégée par les faveurs spéciales que les sultans accordaient à son pavillon, approvisionna la Turquie de tissus de laine et de coton , et occupa ainsi le premier rang, dans lequel elle a été depuis supplantée par l'Angleterre. Elle n'occupe aujourd'hui que le second rang, où elle est suivie de près par l'Autriche. L'importation française atteint à peu près 25 millions , sur lesquels 10 seulement sont applicables aux tissus de laine et coton ; l'importation anglaise, au contraire, sans y comprendre le transit pour la Perse, s'élève à près de 60 millions.
Le commerce extérieur se fait au moyen de navires a vapeur, de navires à voiles et de caravanes.
Les navires k vapeur appartiennent a plusieurs compagnies, entre lesquelles nous citons : 1° la Compagnie ottomane ; 2* la Compagnie des Messageries impériales françaises; 3* la Compagnie anglaise péninsulaire et orientale; 4* celle du Llovd autrichien.
Le nombre des navires a voiles qui. chaque année, fréquentent les mers du Levant, est très-considérable, mais il serait difficile d en donner une idée, car il varie chaque année suivant lea circonstances politiques et l'abondance des récoltes dans l'Europe occidentale.
Les caravane*, qui sont exclusivement chargées do commerce de
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transit, sont les seuls moyens de transport dont dispose le commerce intérieur. Les deux plus renommées de tout l'Orient sont celles qui partent chaque année de Damas et du Caire pour se rendre à la Mecque. Leur but est à la fois religieux et commercial. La première se grossit avant son départ des pèlerins partis de Constantinople et qui lui arrivent après quatre-vingts jours de marche. Elle est rendue à la Mecque quarante jours après. Le nombre des pèlerins qui la composent varie de 60 à 70 000. Celle qui part du Caire est moins importante. Ajoutons que pendant toute l'année de nombreuses caravanes sillonnent l'empire dans tous les sens.
Voies de communication. Postes. Des routes ordinaires, praticables seulement pour les chevaux et munies de relais de poste, sont les seules voies de communication dont jouisse la Turquie. Ces routes sont parcourues à époques fixes par des Tartares. courriers à cheval, chargés du service postal. Ce service, dont l'organisation est due à Heschid-Pacha, est organisé sur quinze lignes, dont huit en Europe et sept en Asie. Sept partent de Constantinople pour Salonique et Janina, Andrinople, Smyrne, Alaïé, Damas, Césarée de Cappadoce et Diarbékir; trois d'Andrinople pour Ualatz, Widin et Monastir ; une de Philoppoli pour Belgrade; une de Quomanova, en Bosnie; une de Monastir pour Scutari d'Europe; une de Diarbékir pour Bagdad; une, enfin, de Trébizonde pour Erzeroum. Sur les côtes, le service postal est fait, en outre, par les diverses compagnies de navigation à vapeur désignées plus haut. Faute d'une administration des postes régulièrement organisée, la Turquie abandonne cette source de revenus aux compagnies étrangères dont elle n'exige aucune redevance.
S X. Instruction publique. — 1° Etablissements musulmans. L'instruction primaire est gratuite et obligatoire. L'instituteur reçoit un traitement fixe fourni parle revenu des Mektebs (donations spéciales). Cette instruction comprend la lecture, les éléments de l'orthographe , le calcul, et surtout la morale et la religion. L'instruction secondaire, à laquelle participenthuit à neuf cents élèves, estdonnée dans six établissements désignés sous le nom de Mektebi-Ruchdiè (écoles de l'adolescence.) On y enseigne les langues persane et arabe, la composition et le style, l'histoire, la géographie, l'arithmétique, les éléments de géométrie. L'organisation de l'instruction supérieure et de l'Académie dessciences et belleslettres, décidée en principe, est demeurée à l'état de projet. Plusieurs écoles spéciales ont été formées , et elles ont adopté les méthodes françaises; ce sont : l'École d'administration, fondée en 1850 par la mère du sultan; l'École militaire, l'École d'artillerie et du génie, l'École de marine, l'École d'agriculture, et enfin l'École de médecine. Cette dernière admet seule des élèves de toute religion ; les professeurs sont tous européens; l'enseignement s'y fait en français ; une de ses divisions est affectée à l'étude de la pharmacie. La Société impériale de Médecine de Constantinople, formée pendant la dernière guerre, et patronnée d'-puis par le sultan, a déjà publié quelques mémoires intéressants.
2° Établissements grecs. L'école primaire est ordinairement confiées un clerc, pourvu du diaconat, et quelquefois à un laïque, quelquefois.au
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pipas. L'enseignement se borne à la lecture. L'instruction secondaire est fournie par des établissements particuliers, mal dirigés, pourvus de professeurs qui ne présentent pas des garanties do science suffisantes ; ils disparaissent généralement après quelques années d'existence et sont remplacés par des établissements analogues destinés au même sort. Quelques institutions, débris des grandes écoles grecques, eiistent à Janine, Andrinople , Salonique; mais les revenus destinés à les soutenir sont détournés de leur destination, et l'enseignement que l'on y reçoit est tout au plus élémentaire.— L'instruction supérieure rompte deux établissements, dont l'un, le séminaire de Khalki, fournit au clergé ses membres les moins ignorants et les moins corrompus; l'autre, l'école du patriarcat au Pbanar, forme des professeurs pour toutes les écoles grecques de l'empire. Ce dernier établissement est le leul dont les résultats soient à peu près satisfaisants.
3* Ecole* slaves, bulgares, albanaises. Dans la Bosnie et l'Herzégovine, on compte à peine, suivant M. Boué, une école par cent villages; dirigées par les moines et les prêtres, ces écoles enseignent seulement la lecture , l'écriture et le calcul.
4« Écoles arméniennes. Chaque paroisse arménienne possède une école primaire; les frais d'entretien sont supportés par des associations libres composées des principaux habitants. Deux écoles secondaires donnent à sept ou huit cents élèves des notions sommaires sur l'histoire, les mathématiques, la géographie. L'instruction des enfants riches est généralement confiée à des précepteurs étrangers. Malgré l'état déplorable de ces institutions, on trouve en Turquie un assez grand nombre de savants et de littérateurs arméniens d'un mérite réel.
5» Ecoles arméniennes unies. Cette communion entretient à Constantisople sept écoles primaires et deux pensions de jeunes filles. L'un de ces établissements, dirigé par une dame française, compte cinquante élèves. La communauté a ouvert et administre à Péra un hôpital pour les pauvres et une maison d'aliénés, annexée à l'église de Saint-Jean- Chryaostome.
6* Écoles Israélites. Elles sont dirigées dans les provinces parles sousrabbins. L'instruction y est purement élémentaire. Les enfants qui se destinent au sacerdoce reçoivent seuls une instruction plus complète dans des institutions annexées aux bibliothèques, et dont les frais *ont supportés par les revenus de donations particulières. Les juifs tout, en Turquie, la partie la plus ignorante et la plus misérable de la population. Les personnages riches ou savants de cette religion appartiennent à la colonie européenne.
1* Ecoles européennes. Nous ne devons pas omettre de mentionner ici des établissements dirigés par des lazaristes, des sœurs de charité, des frères de la doctrine chrétienne qui, sous le rapport de l'organiwtion et de l'instruction qu'ils répandent, occupent le premier rang en Turquie. Les sœurs de charité ont ouvert dans leur maison centrale de Galata une école gratuite qui donne l'instruction primaire a trois cents petites filles. Un établissement analogue, annexé à l'hôpital français de Péra, en reçoit deux cent cinquante. L'instruction secondaire y est aussi donnée à quatre-vingt-cinq jeunes personnes. Les
frères delà doctrine chrétienne reçoivent dans leurs écoles gratuite* de Péra et de Galata six cents jeunes garçons. Enfin les pères lazaristes ont fondé à Bébek un établissement analogue à nos lycées et qui compte quatre-vingts élèves. D'autres écoles semblables ont été établies à Smyrne, à Angora, à Antoura et à Damas. Le succès de ces établissements va toujours croissant. Il est favorisé par l'influence que vaut a leurs fondateurs la direction intelligente et dévouée imprimée aux établissements charitables qu'ils ont créés, et parmi lesquels on remarque un hôpital, des crèches, des orphelinats et des dispensaires qui, dans l'année 1853, ont donné plus de cent mille consultations.
S0 Bibliothèques, littérature. journa<w. Oonstantinople renferme environ quarante bibliothèques, dont sept, les plus importantes, ont été cataloguées. Elles contiennent 40000 volumes. En évaluant* 80 000 le nombre des volumes contenus dans les autres bibliothèques, sans compter les livres et raanuscritsdispersés, on reste évidemmentau-dessous de la vérité. Les sujets traités dans les livres catalogués se divisent en cinq branches. La branche la plus considérable, relative à la religion, comprend : 1" la scolastique ; 2° les commentaires ; 3° les traditions orales ou hadis. Viennent ensuite les livres de jurisprudence divisés : 1° en jurisprudence théorique, dont l'ouvrage le plus ancien remonte à l'an 580 de l'hégire; 2° en jurisprudence pratique, qui est une collection de felvas. Les livres de philosophie et de science occupent le troisième rang. Au quatrième, se place la poésie. Elle manque chez les Turcs de caractère original. Bien différente de la poésie mystique des Persans et des productions épiques des Arabes, elle est surtout sentencieuse et porte l'empreinte d'une philosophie douce et résignée. L'histoire est le sujet d'un assez grand nombre de livres et de manuscrits. Elle se borne à upe simple chronique, l'appréciation des faits n'y tient aucune place. L'état de la science chez les ottomans ne leur a permis aucun succès dans ce genre d'études. N'omettons pas enfin de citer comme caractéristique l'existence d'un certain nombre de compositions, vouées en Occident au discrédit et au ridicule, et qui jouissent chez les ottomans d'une certaine faveur: ce sont des livres relatifs aux devoirs de civilité et aux bienséances. Cette faveur peut au sur* plus s'expliquer par l'importance que les Turcs, essentiellement formalistes, attachent à l'observation des lois de l'étiquette et des formules qu'elle a consacrées.
De nos jours, le mouvement intellectuel et littéraire en Orient est presque en entier représenté par le journalisme, qui a créé sur toute l'étendue de l'empire trente et un journaux, dont treize à Constantin nople. Sur ce nombre, deux sont écrits en langue turque» quatre en * français, quatre en italien, un en grec, un en arménien, un en langue bulgare. — La plupart de ces journaui reçoivent du gouvernement une subvention de 30 000 fr.
$XI. Poids et mesures, monnaies, calendrier, division du temps. — Poids. Les poids vulgairement employés n'ont pas entre eux des rapports précis, mathématiques, comme ceux que fournit le système mé+ trique. Ce sont : 1° le dirh*m% qui équivaut à 3gr. 22 centigr. environ; Yokka, valant 400 dirhems et 1 k. 282 à 1 k. 9*5 grammes. D'autres me-