‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 175 sur 511 · USAGES DIVERS.— BAINS.— CAFES · texte numérisé non relu

USAGES DIVERS.— BAINS.— CAFES

purification devient un devoir. Ils se rattachent d'ailleurs aux détails le» plui intimes et les plus secrets de la toilette, et ne sont connus du voyageur que par induction, lorsqu'une circonstance particulière, un voyage en mer, par exemple, fait de la vie commune une inévitable nécessité. Bornons-nous à parler des bains.

Les bains deviennent un centre de réunion et de conversation. Certains jours, ou certaines heures de lajournée (l'après-midi) y sont réservés aux femmes. Ces établissements sont ordinairement composés de trois pièces. La première, appelée muchéïïah, sert de vestiaire. Après l'être déshabillé, le baigneur, la tête entourée d'une sorte de turban de coton, couvert depuis la ceinture d'une pièce de cotonnade serrée à la taille, hissé sur des patins dont la semelle repose sur deux planchettes de six à huit centimèt. de hauteur, soutenu par le garçon qui doit le servir, est conduit dans une seconde salle. Là, l'air est déjà saturé de vape ur d'eau à un degré élevé, et, dès cette première épreuve, quelques Européens éprouvent de la difficulté à respirer. Un séjour de quelques minutes habitue à cette température, et l'on est bientôt après conduit dans la troisième salle. La difficulté déjà éprouvée se présente ici plus forte ; mais, comme précédemment, les premiers instants dominent seuls quelque inquiétude. On est conduit progressivement dans la partie la plus chaude de la pièce, auprès du fourneau ménagé au centre du local, mais au-dessous du sol, et au moyen duquel l'eau se vaporise. Dans cette atmosphère, une transpiration abondante ne tarde pas à se déterminer. Le garçon vous plonge à plusieurs reprises le corps et même la tète dans un bassin d'eau brûlante. C'est à cette période que commence le massage. Ce n'est pas sans angoisse ni tans douleur que le baigneur inexpérimenté sent craquer, sous leffort du masseur, les articulations de ses épaules et de ses bras, et enfin de ses vertèbres. Mais on se rassure bientôt, et la transpiration croissant, la friction commence. Elle se fait avec un gantelet de poil de chameau, et ne tarde pas à produire ces rouleaux longs et grisâtres que nous nommerons, après M. Théophile Gautier, des « copeaux balaéatoires. » Des immersions d'eau tiède et un lavage au savon suivent cette opération, après laquelle, traversant en sens contraire les transitions de température déjà décrites, on revient à la place où l'on a déposé ses vêtements. Là, entouré de chaudes couvertures, moelleusement allongé sur un lit, ranimé par la limonade glacée, le café, le tchibouck, on éprouve cet état particulier auquel les Orientaux ont donné le nom de kief, sorte de rêverie somnolente, de jouissance négative, dont l'expérience seule peut faire apprécier les charmes.

Café*.— L'usage du café" est général en Orient, surtout chez les mutulmans : offrir le café et la pipe est l'acte le plus élémentaire de la civilité. On en consomme ainsi des quantités qui seraient excessives ea Occident, mais qui sont sans danger en Turquie, grâce à la manière spéciale dont on le prépare. Le café, réduit en poudre impalpable, pur ou mêlé avec le sucre en poudre, est mis avec l'eau dans une petite bouilloire en métal, que l'on chauffe rapidement jusqu'à l'êbullition. Cette simple décoction est immédiatement versée chaude dans une tasse très-petite, avec le marc, que l'on avale en même

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temps. Ainsi fait, le café n'a pas Je goût empyreumatique et la force du café préparé à l'européenne. La poudre , qui reste mêlée au liquide, répugne d'abord aux Occidentaux, mais on s'y fait rapidement, et on apprécie bientôt ce qu'elle ajoute de fin et de réconfortant à la saveur de cette boisson. Les petites tasses rondes en porcelaine, dans lesquelles on sert le café, n'ont pas de pied et ne sauraient se tenir en équilibre; on les pose sur une sorte de godet ou de coquetier (zarf), qui le plus ordinairement est en cuivre, et, chez les riches, en filigrane d'argent.

Les cafés sont très-nombreux en Orient : l'acquisition du matériel est à la portée des industriels les moins riches. Ce matériel se compose presque uniquement d'un fourneau, de quelques cafetières en cuivre dans lesquelles se confectionne le café, de quelques tasses, enfin de pipes. Quelques tabourets en paille fort bas, ou un divan circulaire , composent l'ameublement. Le local dans lequel ils sont installés est ordinairement ouvert à tous les vents; les consommateurs se tiennent souvent à l'extérieur. Le café sert en même temps de boutique de barbier ; c'est là qu'on voit le plus souvent les Turcs se faire épiler ou raser la tête ou le menton.

La consommation du café et celle du tabac sont presque toujours simultanées : aussi croyons-nous devoir dire quelques mots sur ce dernier produit et sur la manière dont on le consomme. Ce tabac est de plusieurs espèces. L'expérience apprendra mieux que nous ne pourrions le faire les mérites divers de chaque qualité. Il est d'ordinaire débité par des Grecs, qui le reçoivent de Thessalie, ou par des Arméniens , qui le tirent des provinces septentrionales de l'Asie Mineure. 11 se consomme le plus généralement dans des tchibouls, pipes dont le tuyau est composé d'un long bâton, dont le fourneau ilule, est en terre rouge, et dont l'embouchure est en verre, en ivoire ou en ambre, suivant la fortune de leurs propriétaires. Chez les personnes riches, les tuyaux sont de jasmin ou de cerisier, et la monture d'or est quelquefois enrichie de pierres précieuses ou même de diamants.

Le narghilé est aussi très-communément employé. Cet appareil se compose d'une carafe, d'une monture en cuivre sur laquelle repose le fourneau, enfin d'un long serpenteau en cuir serré par du fil d'archal, et terminé par l'embouchure. Cette manière de fumer a un charme particulier, mais l'excès peut avoir des inconvénients que nous jugerons utile de signaler. Le tabac spécial qui se fume dans le narghilé, le tombéki, bien que lavé deux ou trois fois immédiatement avant son emploi, conserve encore des propriétés très-actives dues aux principes qui le composent, et notamment à la belladone qu'on y ajoute en proportion notable. L'aspiration forcée à laquelle oblige l'usage des narghilés peut en outre déterminer une fatigue que nous conseillons d'éviter en se bornant à fumer deux narghilés ou trois au plus dans la journée.

Contrairement à l'opinion généralement admise, le hachisch, préparation enivrante tirée du chanvre, est à peu près inconnu dans la Turquie d'Europe; son usage se retrouve chez les Asiatiques et en Egypte. Les fumeurs d'opium ont aussi a peu près complètement diV

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