‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 178 sur 511 · MARIAGES—NAISSANCES, ETC · texte numérisé non relu

MARIAGES—NAISSANCES, ETC

des Turcs moins fortunés. La carrosserie européenne commence h paraître à Constantinople.

Les jeux ou amusements des Turcs sont fort peu nombreux , sans parler de l'habitude d 'égrener le chapelet [V. p. 53, 1. 8); leurs jeux sont pour la plupart des exercices gymnastiques, la joute, la lutte, le tir à la cible, le jeu de paume, le disque, le jeu du djerid ou du javelot, qui s'exécute à cheval , etc. La musique est a l'état d'enfance en Turquie ; sauf la musique du sultan, organisée par M. Donizetti, frère de l'illustre^ compositeur, sauf la présence de quelques artistes étrangers, la musique populaire est encore à l'état primitif. Les musiciens ambulants qu'on entend sur les promenades où dans les cafés sont au nombre de trois ou quatre, jouant de divers instruments à vent, flûtes de roseaux* daraboukas (espèces de bassons}, accompagnés du tambour de basque. Leurs mélodies sont monotones ou glapissantes, leur3 chants nasillards. La danse est exécutée par les femmes dans les harems, ou par des danseurs ou danseuses de profession qui sont surtout Zingares ou Grecs. Les musulmans dédaignent de s'y livrer: les populations grecques et slaves ont au contraire des danses en commun , qui paraissent une réminiscence des danses à caractère de l'antiquité.

Spectacles. — Les rares établissements consacrés à l'art théâtral qui se trouvent dans quelques grandes villes (Constantinople, Smyrne), doivent leur naissance à des entreprises européennes. On y joue de temps a autre des opéras italiens, ou des comédies empruntées ordinairement à la littérature française.

La Turquie ne présente qu'un seul genre de représentation qui lui appartienne en propre, c'est celui des marionnettes, où le même personnage, Karayheuz, jotie invariablement le premier rôle. Il nous serait impossible de donner ici une description du spectacle qui attend le Toyageur ; son ignorance de la langue l'empêchera de saisir Jes allusions, les calembours, les conversations dont nos pièces les plus libres ne peuvent pas donner une idée, mais la pantomime l'édifiera suffisamment sur le caractère deKaraghcuz, qui semble lapersonniScation turque du Dieu adoré jadis a Lampsaque.

§ XVI. Mariages, naissances, enterrements, fêtes ët cérémonies religieuses, derviches tourneurs et hurleurs. — Bien que les Turcs n'épousent généralement que des femmes de leur religion et de leur race, on les voit s'allier quelquefois à des femmes zingares, grecques et slaves : le changement de religion de la femme est la conséquence ordinaire de ces mariages mixtes; mais il n'en est pas une condition nécessaire. La séparation des femmes et des hommes, le Soin avec lequel elles sont soustraites aux regards, font que le plus souvent ils se concluent par l'intermédiaire de tierces personnes. Quelquefois, cependant, les Turcs parviennent à éluder la surveillance, et connaissent, avant le mariage, le visage de leurs femmes. La cérémonie est ordinairement précédée d'un contrat enregistré par le juge [mollah, cazi ou naïh)f faisant fonctions d'officier ministériel, et par lequel le futur époux s'oblige à donner à sa femme un ameublement complet, une batterie de cuisine, des habillements de toute espèce et le linge de corps. Vne prière particulière dite par un imnn est également essen-

tielle a la validité du mariage. La célébration en est souvent accompagnée de fêtes dont le caractère varie suivant les provinces, et qui, chez les personnes riches, durent quelquefois quinze jours. L'âge légal du mariage commence pour les musulmans à leur dixième année.

Naissance, circoncision. — La prise de nom d'un enfant chez les Turcs n'est accompagnée d'aucune cérémonie religieuse. Elle a lieu le septième jour après la naissance ; elle est accompagnée de fêtes dans la famille.

L'âge auquel les jeunes Turcs sont soumis à la circoncision n'a rien de fixe. Les jeunes gens appartenant à des familles riches ne la subissent guère avant quatorze ou quinze ans, les autres avant sept ou huit. Lorsqu'un certain nombre d'enfants subissent en même temps la circoncision, des fêtes et des réjouissances la suivent; les patients reçoivent à cette occasion des cadeaux et des vêtements neufs. Les barbiers, dont l'adresse est renommée, sont exclusivement chargés de pratiquer cette opération au moyen du rasoir.

Enterrements. — Lorsqu'un musulman est sur le point de rendre le dernier soupir, on veille a ce qu'aucune femme n'approche de son lit. On a grand soin de lui tenir les jambes étendues, de lui fermer les yeux et de lui tenir la bouche close. La mort est suivie d'ablutions faites par un iman. L'embaumement et l'autopsie sont défendus en Turquie, excepté dans un cas particulier, celui de la mort d'une femme enceinte, lorsque l'enfant donne signe de vie.

L'inhumation a lieu vingt-quatre heures après le décès. Les musulmans qui rencontrent le convoi s'y joignent pour accomplir une pratique recommandée par leur religion. Les inhumations étaient autrefois pratiquées avec une déplorable négligence; les morts étaient souvent enterrés sans bière, à laprofondeur de quatre pieds seulement. Un usage généralement suivi recommandait en outre de ne pas fermer hermétiquement la tombe. Cette incurie était la cause des -maladies épidémiques et contagieuses qui de l'Orient s'étendaient souvent sur l'Europe. L'établissement des intendances sanitaires, leur vigilance, l'autorité qu'ont acquise par leur science et leur dévouement les médecins français préposés à la surveillance de l'état sanitaire, ont amené d'heureux résultats. Les enterrements sont faits actuellement à la profondeur convenable. La disparition des maladies contagieuses en a été l'heureuse conséquence.

Cérémonies. — Les deux Bdiram, dont l'un termine le jeûne du Ramazan, et le mevloud, sont les cérémonies du culte qui attirent le plus l'attention. Ces fêtes et surtout les deux premières sont célébrées avec une pompe qui emprunte une partie de son éclat a l'appareil militaire, aux illuminations, feux d'artifice, etc.

Nous devons indiquer ici, comme se rattachant aux cérémonies religieuses, les exercices des derviches tourneurs et hurleurs, dont nous emprunterons la description à M. Théophile Gautier. • Derviches tourneurs. — « Les derviches tourneurs ou mévUvis ont des monastères ou tekiés dans un grand nombre de villes de l'empire ottoman. Contrairement aux autres mahométans qui empêchent les ghiaours d'assister en curieux aux cérémonies du culte, et les chasse-

Page 1