ET SES ENVIRONS
Lemnos, reconnaissable à son double sommet volcanique , et dans laquelle la mythologie plaçait les forges de Vulcain. La cote d'Asie, qu'on longe pendant deux heures avant d'entrer dans le canal de Ténédos , est dominée par une chaîne de collines bien boisées, au dessus de laquelle se montrent les sombres crêtes de la chaîne de l'Ida jusqu'au sommet neigeux du mont Gargarus. Le rivage ne présente, à cette distance, aucun détail intéressant; à peine peut-on reconnaître le petit port ensablé de l'antique Alexandria-Troas T.
I Vr partie), au S. de la petite pointe TiwsfaUk-Btnirnou. Au delà de Troas le rivage s'abaisse uu peu, et le regard peut parcourir une terre assez plate. Cette terre, c'est la Troade,
Campos ubi Troja fait...
« Le sol même de lapoésie énique, dit Théophile Gautier; le théâtre des immortelles épopées; le lieu sacré deux fois parle génie grec et par le génie latin, par Homère et par Virgile. C'est une impression étrange de se trouver ainsi en
fdein poème et en pleine mythoogie. Comme Enée, racontantsou histoire à Didon du haut de son lit élevé, je puis dire du haut du tillac :
Est in conspectu Ttnedos....
car voilà l'île d'où se sont élancés lesserpentsquiontnoué dans leurs replis l'infortuné Laocoon et ses fils, et fourni le sujet d'un des chefs-d'œuvre ide la statuaire ; Ténédos, sur laquelle régnait Phœbus Apollon, le cfieu à l'arc d'argent invoqué par Chrysès. » Mais l'util curieux du voyageur cherche en vain quelque objet remarquable sur cette plaine aride que nous
su luuguiE
décrirons plus tard {V. IV" partie).
La baie qui s'arrondit entre la pointe Tousfalifc-Bournou et celle de Koum-Bournou présente un intérêt plus récent : c'est là cette baie de Bésika, où se réunirent et stationnèrent, en 1853, les flottes de l'Angleterre et de la France avant de franchir les Dardanelles.
Le petit port de Tônédos présente un aspect assez pittoresque.
La ville est adossée a un coteau que domine une forteresse triangulaire. Elle est entourée d'une forte muraille flanquée de tours. Sa population s'élève à environ 3000 hab., moitié grecs , moitié turcs; aussi a-t-elle une mosquée et une église : c'est le seul endroit de l'île qui soit habité. Au S. on voit une rangée de moulins à vent et un petit fort. Le port de Ténédos paraît mériter encore le jugement sévère de Virgile : Statio maîeûda carinis. Les paquebots du Lloyd y font escale, mais la plupart des navires retenus par les vents à l'eotrée des Dardanelles préfèrent mouiller dans la baie de Besika. L'Ile de Ténédos produit un vin muscat assez estimé. Elle est séparée du continent par un canal de 7 kilom. de largeur. Sa forme est à peu près triangulaire, avec une pointe allongée vers le S.-O.; ses rivages sont garnis de rochers qui la rendent presque inabordable. Il serait difficile de trouver l'endroit où la flotte des Grecs se cacha après ce départ simulé qui trompa les Troyens.
Ce n'est pas seulement dans la guerre de Troie qu'il est fait mention de Ténédos :
In suis dires opum, Prisai dura régna
[manebant.
Sa position à l'entrée des Dardanelles lui a toujours donné une certaine importance. Colonisée probablement par des Phéniciens ou des Cretois, ravagée par les Grecs pendant la guerre de Troie, elle fut repeuplée, en 1210, par une colonie éolienne ; soumiseaux Perses pendant les guerres médi-
D'KUttOPK. Hoi te 58.]
ques, elle fit ensuite partie de l'empire maritime des Athéniens, et resta leur alliée jusqu'au règne d'Alexandre. Après la domination des Macédoniens, elle subit celle des Romains , fut dilapidée par Verres, et réunie à l'empire sous Vespasien. L'empereur Justinien y fit construire un entrepôt. Sous le bas-empire, sa possession fut vivement disputée entre les Paléologues et les Cantacuzènes , les Génois et les Vénitiens. Mahomet II l'enleva à ces dernrers.qui parvinrent à la reprendre en 1656, pour la reperdre définitivement en 1657. Ses habitants n'ont joué au»
cun rôle dans la guerre de l'Indépendance, mais la flotte turque y fut incendiée en 1820 par le3 brûlots de Canaris.
Au delàde Ténédos. on range à 1*0.
un petit groupe d'Iles basses apelées, par les anciens, Calydnes ou agus$et,et, parles Turcs, 1 aochan- Adasi, ou lies des Lapins. Plus loin, vers le N.-O., se montre l'île d'Imbros, au-dessus de laquelle se dressent les sommités de l'Ile de Samothrace (F. K. 59); à l'E., la côte de la Troade présente une falaise aride et escarpée. Un petit promontoire, surmonté d'un tumulus que les marins nomment cap de Troie, et qui s'avance en face desîles des Lapins, répond, selon Choiseul Gouffier (Voyage pitt. de la Grèce, II, p. 332), à l'antique Agamia.
Cette ville, dont le nom veut dire la non mariée, la vierge, aurait été 1 bâtie en mémoire d'rlésione, fille de Laomédon, et des jeunes filles de Troie, exposées sur le rivage à la fureur d'un monstre marin suscité par la vengeance de Neptune.
Hercule parut a temps pour tuer le monstre et délivrer Hésione.
Selon le môme auteur, ce monstre n'était autre qu'un pirate nommé Céton, auquel les Troyens abandonnaient leurs filles. Une coupure, que l'on observe un peu plus loin, répondrait au Propugnacwum Hefculis, retranchement élevé par Hercule et les Troyens pour combattre le pirate. Au delà de cette
Roi TB j
coupure, on observe un tumulus, et 1 on range de près la falaise escarpée, couronnée de moulins jusqu'au cap et au village de Iôni- Schéhr (nouvelle ville), anciennement Sigée, qui marque l'entrée de l'Hellespont ou du détroit des Dardanelles. C'est à Sigée qu'abordèrent Hercule avec les Argonautes, les Grecs sous la conduite d'Agamemnon, et plus tard Alexandre le Grand. Quand un a doublé le promontoire de Sigée. on aperçoit sur le rivage tiois tumulus.
dans lesquels on croit reconnaître les tombeaux d'Achille, de Patrocle et de Festus (V. IV« partie), et, un peu plus loin, le château de Koum-Kalessi (château du Sable), bàii sur une plage basse à l'embouchure du Siraoïs, au-devant d'une petite ville de ïOOOhab. La plage, comprise entre le promontoire de Sigée à l'O. et le promontoire de Khœteum (cap Top-Tachi) à TE., présentait, dans les temps anciens, une baie, comblée depuis longtemps parles alluvions du Simoïs. C'est au fond de cette baie quelesGrecsavnienttiré leur flotte sur le rivage, et tracé le camp qui menaçait la ville de Priam. En face, sur la rive d'Europe, à l'extrémité de la Cbersonèse de Thrace, s'élève un autre cbiiteau appelé Sétil ou Sedd-ulbahar Kalessi (château digue de la mer), élevé par le baron de Tott.
Des batteries rasantes ont été construites plus récemment et croisent leur feu avec celles de Koum- Kalessi. La plu* courte distance entre les deux forts est d'environ 4kil. 4288 mèt., selon Choiseul- Gouffier). Près du château d'Europe s'élève le phare qui annonce la Chersonèse de Thrace. Un hameau et un petit cimetière complètent le paysage. Un tumulus, que l'on trouve sur ce cap avancé, semble répondre, conformément au texte de Strabon, au tombeau de Protéstïot t le premier des héros grecs qui mit le pied sur la terre de Priam, et le premier qui périt de la main d'un Troren. Alexandre