‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 185 sur 511 · LES DARDANELLES · texte numérisé non relu

LES DARDANELLES

le Grand fit un sacrifice sur sa tombe. Un peu plus au N., derrière une fortification grossière, h larges embrasures, nommée Eski- Hissarlik, qui couronne la crête de la falaise, quelques débris informentmarquent l'emplacement de l'antique Éléonte, colonie d'Athènes, où Miltiade s'embarqua lors de son expédition contre Lemnos, et dont le nom est souvent cité dans la guerre du Péloponèse et dans les harangues de Demosthène contre Philippe. C'est à Éléonte qu'Alexandre s'embarqua pour la Troade.

La rive d'Europe, que l'on rase de plus près, ne présente que des falaises arides et sans intérêt. La côte d'Asie, qui s'arrondit en un golfe assez profond depuis le promontoire Rhsetcum jusqu'au cap des Barbiers (Kepos-fiournou) offre un aspect beaucoup plus riant et beaucoup plus pittoresque. Des plaines fertiles et des collines boisées bordent le rivage, sur lequel on distingue les villages d'It-Guelmes-Kcui ( Rhœteumï et d'Én'n- Keui (Ophrynium). A la hauteur du cap des Barbiers, l'Hellespont se rétrécit beaucoup et ressemble

SI utôt à l'embouchure d'un grand euve qu'à une mer véritable. On aperçoit en même temps (3 h. 30) les fameux châteaux des Dardanelles, oui ont donné leur nom au détroit. Le château d'Asie, appelé Kélid - ul - Bahar (Ja clef de la mer), composé d'une vieille tour et de fortifications plus modernes , avec un village à l'ento'ur, est bâti sur la pointe que les anciens nommaient Cynosséma (le tombeau de lachienne},en souvenir d'Hécube. * qui, suivant la fable, avait été changée en chienne, par allusion aux imprécations que cette malheureuse reine avait lancées aux Grecs qui l'emmenaient prisonnière, line bataille navale entre les Athéniens et les Spartiates fut livrée devant ce cap a la fin de la guerre du Péloponèse. En face du Cynosséma. on voit sur la rive d'Asie lerabouchure de la rivière

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des Dardanelles, qui descend de l'Ida, et répond, selon Strabon, à l'ancien Uhodius d'Homère. Le château d'Asie, que les Turcs nomment Sultanié Kalessi ou Boghaz- Hissar, s'élève à l'embouchure de cette rivière. Il se compose d'un château massif et de batteries rasantes modernes; à côté s'étend le gros village de Khanak- Kalessi, que les Européens appellent Dardanelles. Ses minarets, ses maisons rouges, jaunes, vertes et brunes, les habitations des consuls, surmontées de leurs drapeaux, donnent un avant-goût du Bosphore.

Khanak est principalement . habité par des juifs, qui font le commerce des vins et vendent leurs services aux navires de toutes les nations qui sont forcés dV relâcher pour montrer leurs nrmans. Lesnavires des Messageries impériales françaises et du Lloyd autrichien y font une courte escale.

En cet endroit le détroit n'a que 1950 mët. de largeur. Le courant des eaux, coulant sans cesse de la mer Noire vers la Méditerranée, est d'une grande rapidité et impossible à vaincre sans un vent favorable du Sud ou la puissance de la vapeur. « Du cap des Barbiers jusqu'à Sestos et Abydos, dit M.

Thiers [Hist.du Consulat et de /'Empire, t. VII, p. 444), le canal se redresse au N. jusqu'à la pointe de Nagara et devient si étroit dans, cette partie qu'il est extrêmement dangereux d'en braver 4es feux croisés. Puis il se détourne de nouveau à l'E., et présente un coude duquel partent des feux redoutables. Ces feux • prennent les vaisseaux dans leur longueur, de façon qu'une escadre assez audacieuse pour forcer le passage, canonnée de droite et de gauche par les batteries d'Europe et d'Asie, l'est encore en tétc par les batteries de Sestos pendant un trajet de plus d'une lieue. » C'est ce passage qui fut, le 19 février 1807, forcé par la flotte anglaise, commandée par l'amiral Duckworth et forte de sept vaisseaux, deux frégates et plusieurs

corvettes bombardes. « L'escadre anglaise n'eut pas de grands périls à braver Pas un seul de ses mâts ne fut abattu. Elle en fut quitte pour quelques voiles déchirées et pour une soixantaine d'hommes morts ou blessés. » I) n'en fut pas de même au retour : on sait qu après avoir détruit une division turque, l'escadre anglaise parut devant Constantinople et perdit en sommations et en négociations onze jours, pendant lequels l'ambassadeur français Sébastiani sut relever le courage du sultan et hérisser de canons la pointe du sérail etles passesdesDardanelles.

La flotte anglaise, se sentant menacée dans sa retraite, se hâta de lever l'ancre et de repasser le canal. « Le petit nombre d'officiers français qu'on avait pu envoyer au détroit y avaient réveillé le 2èle des Turcs. Les batteries étaient réparées et mieux servies. Malheureusement l'artillerie lourde, montée sur de mauvais affûts, se trouvait aux mains de pointeurs peu adroits. On lança néanmoins sur l'escadre un certain nombre de gros boulets de marbre, ayant plus de deux pieds de diamètre et qui, bien dirigés, auraient pu être tort dangereux. Les Anglais n'employèrent qu'une heure et demie h franchir la partie étroite du canal depuis le cap Nagara jusqu'au cap des Barbiers, grâce à des vents du N. très favorables à leur marche. Ils se comportèrent avec 1»

vaillance ordinaire à leur manne, mais ils essuyèrent cette fois de graves avaries. Plusieurs de leurs vaisseaux furent percés par ces gros projectiles. La plupart des bâtiments de l'escadre, en sortant du détroit, étaient dans un état qui demandait de promptes réparations. Ce second passage coûta aux Anglais plus de deux eents hommes en morts ou bleues.

(Thiera). » Les nouvelles batteries rasantes dont le détroit a été gar" ni rendraient aujourd'hui le pftS~ sage encore plus difficile.

Au delà du château d'Europe, W

Roi-tf r,8. LES DAKDANK

rôte de la Chersonèse se criMi.se pour former le golfe de M ait» d'antique Madytosi, village peuplé de Grecs et présentant à peine quelques vestiges de l'ancienne acropole, et uq peu plua loin la rade de Kilia (l'antique KAlz ou Koi/r, , aujourd'hui déserte.

La pointe de Nagara, sur la cote d'Asie, maraue exactement l'emplacement d'Abydos, au point le plus étroit du canal. La largeur du détroit était de sept stades (1255 met.), selon ïlérodote, Pline et Sîrabon; mais elle est d'aujourd'hui d'environ 19C0 met., selon la carte de Kauffer. Le détroit semble donc avoir été élargi par les courants. C'est en cet endroit que Xerxès fît construire un pont pour le passage de son armée. Abydos, bâtie par une colonie de Lcsbiens, brûlée plus tard par Darius, était rétablie au temps de Xerxès. Kl le est mentionnée plusieurs fois dans la guerre du Pélononèse. Fortifiée par Antiochus en 190av. J.-C, elle fut assiégée, en Î89, par l'amiral romain Livius. Il ne reste plus rien de l'ancienne ville. Le port, dont Choiseul-Gouffier a vu quelques tlébris. était contenu dans la courbe formée par la longue pointe aablonneuse de Nagara , sur laquelle on a élevé un fort. C'est encore aujourd'hui un bon mouillage. Ce n'est qu'après avoir doublé cette pointe qu on aperçoit sur la côte o Europe remplacement de Sestos, marqué par la petite baie de Alc-Bachi-Liman. Sestos n'était donc pas en face d'Abydos, mais plus au N. Le pont de Xerxès parait avoir été jeté entre ces deux rilles, au S.-O. de Sestos et au N.- E. d'Abydos. Le château de Zémé- 'nik,bâti surla colline qui domine Sestos, est le premier endroit de l'Europe où le drapeau dos Ottomans ait été planté par Soliman r*. C'est le mémo endroit qu'a immortalisé la touchante tradition des amours de Héro et de Léandre.

On sait que lord Byron tint à honneur de renouveler U prouesse de Léandre. Il mit 1 h. 10 min. à

LLES.— GALLIPOLL

faire cette traversé»» , et avoue, dans des vers charmants, qu'il n'en recueillii qu'une extrême fatigue et la fièvre.

Au delà de Sestos et d'Abydos, le canal s'élargit de nouveau ; des deux côtés s'ouvrent des plaines fertiles, mais peu pittoresques, arrosées par plusieurs petites rivières. Après les châteaux de Kazilcr-Iskelessi et (Juclger-Iskcltsm, la côte d'Europe nous présente l'embouchure du Kara-ova-sou, l'antique £gos-Potamos, immortalisé parla victoire ouc Lysandre remporta sur les Athéniens, et qui mit fin à la guerre du Péloponèrje. Un peu plus loin, sur la côie d'Asie, on remarquerala petite ville de Lamp- *akit 1 antique Lampsaque , que Xerxès avaitdonnée h Thémistoclo pour lui fournir sa provision de vin.

Lampsaque était célèbre par le culte de Priupe et les mœurs licencieuses de ses habitants. Il n'y reste aucun vestige d'antiquité.

Lnmpsaki compte a peine deux cents maisons, mais elle renferme une jolie mosquée. Son territoire est fertile et planté de vignes et d'oliviers. Un peu plus loin, on aperçoit le village de Tchardak.

qui possède aussi une jolie mosquée. En face de lampsaque et de Tchardak s'élève, sur la cote d'Europe, la ville de

Gallipoli, l'antique CaUipolis, bâtie sur une péninsule peu élevée, avec deux petits ports au N. et nu S. C'est la première ville d'Europe ■ qui tomba entre les mains des * Turcs 13.">7), environ cent ans avant j la prise de Constantinople. Pour s'en consoler , l'empereur Jean Paléologue dit qu'il n'avait perdu qu'une jarre de vin et une etable à pourceaux, faisant allusion aux magasins et aux celliers que Justinien y avait fait bâtir. Mais les sultans comprirent mieux 1 importance de cette position, et Bajazct Ier fit réparer son port, ses murailles, et construire une grosse tour, qui est peut-être celle que l'on voit encore de la mer. La ville, dont la population s'élève à près

l de 80 000 liab. , présente un as- ' pect assez misérable. Les minarets sont peu nombreux et peu élevés; toutes les maisons ^ont en bois, à l'exception de quelques constructions neuves situées sur le port.

La présence de l'armée anglofrançaise (1854-1856) y a cependant apporté de grandes améliorations.

Le phare, bâti sur une falaise qui s'éboule par larges blocs, présente un bel aspect en arrivant des Dardanelles. La rade est très peu protégée du côté du S. ; le port, trèspetit, manque de profondeur; mais il offre une assez grande animation : on y remarquera beaucoup de costumes de Turcs et d'Arnautes. Les bazars sont grands et bien fournis. Gallipoii n'a rien de curieux que les débris de ses fortifications et quelques fragments de sculpture etd'architeetureépars dans la ville; un peu plus au N., au fond d'une crique, se trouve un petit édifice hexagonal, dont l'origine n'est pas bien connue.

Au S. de la ville s'élèvent aussi quelques tumuli, qui passent pour les tombeaux des anciens rois thraces.

Les paquebot j des Messageries françaises et du Lloyd autrichien touchent à Gallipoii plusieurs fois pur semaine : en allant y ers Conttantinople , le mercredi et le jeudi (Messageries françaises), le samedi et le mercredi (Lloyd) ; en allant a Smyrne , le samedi et le vendredi (Messageries françaises) et le jeudi et le dimanche (Lloyd).

Au delà de Gallipoii, le canal s'élargit et l'on entre dans la mer de Marmara (en turc Mcrmer Dentsfl, l'ancienne Propontide La côte d'Europe est aride et nue; la côte d'Asie forme un golfe d'un aspect riant, au fond duquel se dressent les derniers sommets de . l'Ida. Plus loin, on range à I L. un groupe d'iles, dont la plus considérable , l'Ile de Marmara , se dresse, au N. des autres, comme une masse de rochers escarpés.

Cetteile, nommée anciennement

D'EUROPE. [Rottr 58. ,

PrOCOnnèflO, fut habitée par une colonie milésienne au vur siècle avant J.-C; les Athéniens l'occupèrent ensuite ; elle fut prise et brûlée par les Phéniciens après la révolte des Ioniens; elle fit partie de l'empire des Athéniens après les guerres médiques, et elle a pria le nom de Marmara ou Marmora pendant le moyen âge. On a pensé qui* ce nom lui avait été donné à cause de ses carrières de marbre; d'autres ont supposé qu'il lui venait de Georges Marmora, qui avait été fait souverain de Proconnèse par Emmanuel Comnène. son parent (1224). Le chef-lieu, nommé Marmara, n'est présentement qu'un gros bourg avec un bon port; il possédait autrefois plusieurs couvents importants. L'île est assez fertile, mais peu habitée. Ses mazbres, qui ont fourni des matériaux à tous les monuments de Constantinople, sont encore aujourd'hui l'objet d'une exploitation assez , considérable.

Les autres lies, Avésia (Afsia), Koulali, Aloni (Halone de Pline) et Gadaro , sont peu peuplées .

quoique assez fertiles.

Derrière elles se dresse la presqu'île de Cyzique.

La traversée de la mer de Marmara se fait toujours de nuit. Au lever du jour, le navire se trouve en vue de Constantinople et des lies des Princes. A l'E , s'ouvre le golfe d'Ismid; au S. la côte deBithynie étale aux regards du voyageur les sommités neigeuses du mont Olympe. Tandis que l'on cherche desycux la ville orientale de Constantinople, on est d'abord assez désagréablement surpris de voir sur le rivage de grandes fabriques à l'aspect européen, avec de hautes cheminées de briques, ni plus ni moins qu'aux abords de Londres, de Pans ou de Lyon.

Mais, au delà de ce faubourg manufacturier apparaissent bientôt les coupoles et les minarets élancés; on range le château des Sept- Tours et les vieilles murailles crénelées de la ville, au-dessus de la-

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