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l'on a de la peine à se retrouver, môme après plusieurs visites. Ce vaste espace est voûté, et le jour y tombe d'une quantité de petites coupoles oui niamelonnent le toit plat de réuifice, jour doux, vague et louche, plus favorable au marchand qu'à l'acheteur. On entre par une arcade sans caractère architectural, l'on se trouve dans une ruelle particulièrement affectée aux parfumeurs : c'est là que «e débitent les essences de bergamote et de jasmin, l'eau de rose, les pâtes épilatoires, les pastilles du sérail gaufrées de caractères turcs, les sachets de musc, les chapelets de jade, d'ambre, de coco, d'ivoire, de noyaux de fruit, de bois de rose et de santal, les miroirs persans encadrés de fines peintures, les peignes carrés aux larges dents, tout l'ensemble de la coquetterie turque. Derrière ces étalages, il y a des arrièreboutiques auxquelles on monte par deux ou trois degrés, et où desobjets plus précieux sontserrés dans des coffres et des armoires qui ne s'ouvrent que pour des acheteurs sérieux. Là se trouvent les belles écharpes rayées de Tuais, les tapis et les châles de Perse, les miroirs de nacre de perle, les tabourets incrustés et découpés pour poser les plateaux de sorbets, les pupitres a lire le Coran, les brûle-parfums en filigrane d'or ou d'argent, en cuivre «maillé et guilloché. les petites mains d'ivoire ou d'écaillé pour se gratter le dos, les cloches de narghiléb en acier du Korassan, le* tasses de Chine ou du Japon, tout le curieux bric-à-brac de l'Orient.
« La principale rue du bazar est surmontée d arcades aux pierres alternativement noires et blanches, et la voûte offre des arabesques en grisaille, à demi effacées, dans le goût turc-rococo. Elle aboutit à un carrefour où s'élève une footatne historiée et peinturlurée, dont l'eau sert aux ablutions, car les Turcs n'oublient
religieux,
jamais leurs devoirs même au milieu d'un marché.
Chaque rue du bazar est affectée à une spécialité. Voici lea vendeurs de babouches, de pan* tout! es et de bottines; rien n'est plus curieux que ces étalages encombrés de chaussures extravagantes à bouts retroussés en toits chinois, à quartiers rabattus, en cuir, en maroquin, en velours, en brocart, piquées, pailletées, passementées; les souliers des femmes et des enfants sont l'objet des plus charmants caprices de forme et d'ornementation. Voilà les marchands de cafetans, de gandouras et de robes de chambres en soie de Brousse. Ces costumes coûtent un prix très-modique, quoique les couleurs en soient d'un ton charmant et les tissus d'une souplesse extrême. Ces marchands vendent aussi des étoffes de Brousse, moitié soie et moitié fil, pour robes, gilets et pantalons à la mode européenne, très-fralehes, très-légères et très- coquettes. Les drapiers étalent des draps anglais aux couleurs criardes, dont les lisières sont chamarrées de grosses lettres d'or et d'armoiries en paillon de cuivre, pour flatter le goût oriental. On y reconnaît la perfection béte de la mécanique et la fausseté de ton naturelle à la (Grande-Bretagne. On remarque surtout l'étalage des vêtements d'enfants : ce ne sont que mignonnes vestes brodées d'or et d'argent, gentils pantalons bouffants de soie, petits cafetans a soutaches, tarbouchs puérils ornés de croissants ; un Orient en miniature, le plus joli et le plus coquet du monde. Puis viennent, dans une ruelle spéciale, les trayeurs d'or, ceux qui font ces fils argentés et dorés dont on brode les blagues, les pantoufles, les mouchoirs, les gilets, les dolmans, les vestes; derrière les vitres des montres étincellent sur leurs bobines ces fils brillants qui, plus tard, seront des fleurs, des feuillages, des arabesques. Là se font aussi ces cor-
TUKQIJIK DEUKOPK.
donnets, ces nœuds si gracieux, si coquettement enchevêtrés, et que notre passementerie ne saurait imiter. Les Turcs les fabriquent à la main, en se servant de l'orteil de leur pied jiu comme
f>oint d'attache. Il y a là des joailiers dont les pierreries sont enfermées dans des coffres qu ils ne quittent pas de l'œil, ou sous des vitrines placées hors de la portée des filous; dans ces obscures boutiques, assez semblables à des écho ppes de savetier, abondent des richesses incroyables, car les Turcs ont beaucoup de pierreries, non-seulement comme luxe, mais comme valeurs. Ces pierres sont, en général, des cabochons, car les Orientaux ne taillent ni le diamant ni le rubis; les montures 6ont assez lourdes et d'un goût génois ou rococo. Ces joyaux consistent principalement encolliers, boucles d'oreilles, ornements de téte, étoiles, fleurs, croissants, bracelets, anneaux de jambe, manches de sabre et de poignard. » Le centre du tcharché forme une enceinte particulière que l'on nomme le Béze&tein (marché à la toile .C'est dans le Bézestein qu'on trouve le Bazar des armes. Ce bazar peut être considéré comme le cœur môme de l'Islam. Aucune des idées nouvelles n'a franchi son seuil. « Là se retrouvent les grands turbans évasés, les dolmans bordés de fourrure, les larges pantaloDs à la mameluk, les hautes ceintures et le pur costume classique. Les richesses entassées dans le bazar des armes sont incalculables : là se gardent ces lames de damas, historiées de lettres arabes, avec lesquelles le sultan Saladin coupait des oreillers de plume au vol, et qui portent sur le dos autantde crans qu'elles ont abattu de têtes; ces kandjars, dont l'acier terne et bleuâtre perce lescuirassescomme des feuilles de papier, et qui ont pour manche un ccrin de pierreries; ces vieux fusils à rouet et à mèche, merveilles de ciselure et d'incrustation ; ces haches d'armes
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qui ont peut-être servi à Timour, à Gengiskan, à Scanderberg, tout l'arsenal féroce et pittoresque de l'antique Islam. Là rayonnent, scintillent et papillotent, sous un rayon de soleil tombé de la haute voûte, les selles et les housses brodées d'argent et d'or, constellées de soleils et de pierreries. Ce bazar est considéré comme si précieux, qu'il n'eRt pas permis d'y fumer ; ce mot dit tout, car le Turc fataliste allumerait sa pipe sur une poudrière. — Le bazar des armes se ferme à midi.— Une des boutiques les plusfréquentées desétrangers est celle de Ludovic, marchand arménien qui parle français et vous laisse, avec une patience parfaite, mettre sens dessus dessous son curieux magasin. — Pour donner un repoussoir à ces magnificences, parlons un peu du bazar des Poux. C'est la morgue, le charnier, l'équarrissoir où vont finir toutes ces belles choses, après avoir subi les diverses phases de la décadence. C'est un incroyable fouillis de loques, de guenilles, de haillons, où tout ce qui n'est pas trou est tache ; tout cela pendille flasquement, sinistrement, à des clous rouillés, avec cette vague apparence humaine que conservent les habits longtemps portés, et grouille, remué vaguement par la vermine. »
Le grand bazar ferme tous les soirs avant le coucher du soleil, et ne s'ouvre que le matin vers neuf heures. Les vendredis et les dimanches, jours de repos des musulmans et des chrétiens, une grande partie des boutiques sont fermées.
Par extension, on appelle aussi bazars les rues découvertes qui sont l'objet d'un commerce spécial ; ainsi près de là est le bazar des tchibouks (tuyaux de pipe1, le bazar des bouquins d'ambre, le bazar des confiseurs. D'autres bazars sont plus éloignés; ainsi le bazardes selliers, des emballeurs, est situé près du aUhaMar (marché aux chevaux); le bazardes papiers,
Hovtb 5«.] CONSTAMINOPLE.-
des libraires, des copistes de manuscrits, est au TaouK-Bazar , près de la place de Bajazet.
Les baxars d'esclaves n'existant plus bien ostensiblement, surtout depuis la dernière guerre v. p.310\ Le grand Yessir-Bazar, situé près de Vézir-Khàn et de la mosquée de Nouri-Osmanièh, est fermé.
Près de lamosquée de Mahomet II, on verra encore un bazar d'esclaves noirs, contenant un petit nombre d'enfants des deux sexes parqués dans des espèces de stalles d'écurie. Quant au bazar des esclaves blanches, il n'existe plus, mais le commerce existe toujours chez les Circassiens établis autour de Top-Hanè. Les filles amenées dans ce but a Constantinopie y viennent, dit-on, volontiers.
Celles qui appartiennent aux meilleures familles sont destinées à devenir les femmes des Turcs, les Autres à devenir leurs servantes.
Les Européens ne sont pas admis à les visiter.