‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 198 sur 511 · VI. Tour des murs · texte numérisé non relu

VI. Tour des murs

C'est une des promenades les plus intéressantes que l'on puisse taire à Conslantinople : il faut longer d'abord en caïque les murs depuis la pointe du Séraï jusqu'au Sept-Tours, puis à pied ou à cheval les murs du côté de la terre depuis les Sept-Tours jusqu'à Eyoub, et depuis Eyoub jusqu'au premier pont en longeant la Corne-d'Or.

Au point où les murs du Séraï rejoignent la Corne-d'Or, on trouve d'abord Yali-Kiosk et le kiosque des Sépedjilcr, d'où le sultan donnait au capitan pacha son audience de congé. On rencontre ensuite une batterie de canons destinée à saluer le sultan, Mermer- Kiosk , élégant pavillon chinois, et Top - Kapoussi (la porte des Canons), porte flanquée. de deux guérites , et les hangars où se trouvent les canons destinés à annoncer le commencement du baïram et la naissance des enfants du sultan, puis la petite porte de Fer (Démir-Kapou) , l'hôpital de Mahmoud enclavé dans le mur, et la glissoire en bois, par où les sultanes coupables étaient jetées à la mer, enfermées dans un sac.

Puis la terrasse de Gulhané portée sur deux arcades en ogives; au pied d'un des piliers se trouve une petite fontaine: c'est la fontaine du Sauveur (Aïasma tou Sôtiros) ; là étaient autrefois les thermes d'Arcadius. On aperçoit dans les jardins l'hôpital de <tu1hané, etplus loin Sainte-Sophie et l'université. On passe le phare, et on arrive à Akhor-Kapoussi (la porte de l'Ecurie), ainsi nommée a cause des grandes écuries du sultan , qui sont à côté. Au delà d'un second phare, on rencontre une partie considérable des murailles antiques élevées sur de

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belles assises de marbre , et où.

l'on remarque trois portes anciennes, des colonnes enchâssées dans la muraille, une autre porte plein-cintre sur l'eau, au-dessus de laquelle on voit, en haut de la muraille, un monumenten marbre, formé de trois arcades, et aue l'on nomme le monument de Marcelin* Léo. Puis Tschadladèh - Kapou , avec quelques maisons turques et une petite mosquée eu dehors des murs, par-dessus lesquels on aperçoit le dôme en briques et le minaret de la petite Aya Sophia. On remarque encore une porte ancienne flanquée de deux colonnes, mais actuellement bouchée , et l'on arrive au promontoire et au petit nort de Koum-Kapou, près de laquelle s'étend le quartier ^rec de Kondoscalé , avec les églises Hagia-Kyriaki et Panayia-Elpidos* Au delà, on remarquera le singulier aspect des murailles, construites de fragments rapportés, de chapiteaux, de tronçons de colonnes.

On arrive à Yéni-Kapou (porte Neuve) avec deux vieilles tours carrées entre lesquelles a été bâtie la muraille nouvelle, puis à Daoud- Pacha-Kapoussi, avec un petit port actuellement comblé, qui n'est autre que V ancien port de Théodose.

Près de cette porte est le Vlangabostan avec trois fontaines, dont l'une est consacrée à Saint-Phocas, et un quartier arménien. Puis on arrive à Psammatia-Kapousai , où se trouve un petit port extérieur aux murailles. Le quartier grec de Psammatia contient l'église arménienne de Soulou-Monastir , les églises Hagios Nicolaos et II agio s Polycarpoi, et près d« là, la mosquée de K hodja-M%ustapha{&ncienne église de Hagia-Paraslcevi). l'église de Belgrade dans le jardin d'Ismatf 1-Pacha, l'église et la mosquée d'E.vi - Marmara, les mosquées d'Hakim- Aly -Pacha, de Djcrab- Pacha, et la citerne du Tchoukour- Boslan. Continuant le long des murailles, on arrive à Narli-Kapou.

près de laquelle est la mosquée de

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\ 'Ecuyer ( £tnir- Akhor- Djamùst ), bâtie sur les ruines de l'église de Saint-Jean-Studius , fondée par Léon le Philosophe, et dont le vestibule présente encore quatre colonnes corinthiennes en marbre blanc, supportant un entablement richement orné. L'intérieur est divisé en trois nefs, séparées par deux doubles rangs de douze colonnes chaque ; toutes étaient autrefois de vert antique , mais il n'existe plus que celle du rang inférieur de gauche. Tout autour de cette mosquée, on trouve des fragments antiques, et près de là une citerne avec vingt-q^ualre colonnes ; non loin de là, s ouvre un grand passage souterrain, dont on ne connaît pas la fin.

Au delà de Xarli-Kapou, les murailles présentent de grandes brèches, qui laissent apercevoir des jardins. On arrive bientôt à la four de Marmara, qui, par son bon état de conservation et ses belles assises en marbre , contraste heureusement avec les murailles et la tour la plus voisine, qui est dans un état ae ruine presque complète. Au sommet de la tour, on lit une inscription grecque.

On débarque àl échelle desSept- Tours, et l'on suit l'extérieur des murailles, qui se dirigent vers le X.

Les murailles présentent à cet endroit une triple enceinte, dont les fossés sont plantés de jardins. A gauche est un cimetière avec de beaux cyprès; puis on montre une porte actuellement bouchée, porte flanquée de deux colonnes corinthiennes en inarbre. On veut y reconnaître 1 avorte- Dorée, qu'avait élevée l'empereur Théodose , et par laquelle Michel Paléologue rentra dans Constantinople , lorsqu'il repriteette ville surles Latins.

Mais cette assimilation est erronée :

la Porte-Dorée , porte principale de Constantinople, avait de bien autres dimensions, et l'on n'a pu la retrouver. Quoi qu'il en soit de celle qui nous occupe, une prophétie turque annonce que les futurs conquérants de Constanti-

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nople pénétreront par là. Derrière la prétendue Porte Dorée s'élèvent deux grosses tours carrées massives, qui appartiennent au :

Château des Sept Tours (nommé par les grecs Heptapurgon , et

f»ar les turcs Yédi-Koulè). Cette orteresse fut bâtie parMahometlI, en 1168, sur l'ancien Cyclobium des Grecs. Elle estde forme pentagone et entourée de murs très-élevés et très-épais. Il y avait autrefois cinq tours, il n'y en a plus que quatre; la sixième et la septième tours étaient celles qui dominent la Porte-Dorée. Le château des Sept- Tours sert de prison d'État, et a été témoin de bien des exécutions mystérieuses : c'est là que les sultans envoyaient autretois les ambassadeurs étrangers , quand ils déclaraient la guerre à une puissance européenne.

La porte des îSept-Tours, ouverte dans les murs de la ville , est formée de deux enceintes; en dedans de la porte intérieure, on remarque un aigle sculpté en marbre. L'entrée du château des Sept-Tours est près de là sur la droite. Revenant en dehors des murs, on arrive en 20 m. à

Sélivri - Kapoussi , porte basse d'un aspect massif, formée par des dalles de marbre transversales, surmontées d'une ogive, le tout flanqué de deux grosses tours octogones. On y arrive par un pont de trois arches à plein-cintre, auxquelles le temps a donné une belle teinte jaune dorée. £n face de cette porte s'étend un vaste cimetière , à l'entrée duquel on montre le tombeau d'Ali de Tébéhn, pacha de Janina, et de sa famille.

Ce tombeau n'offre, du reste, rien de remarquable, que le souvenir du pacha , dont la révolte fut le signal de l'insurrection grecque.

A un quart d'heure de là, dans le cimetière, se trouve le monastère de Balouklu, où l'on montre, dans une chapelle souterraine, le bassin qui contient les poissons miraculeux de la légende grecque, que Théophile Gautier raconte en

a&t Turquie

ces termes : « Pendant l'assaut suprême donné à Constantinople, un ealoyer occupe a faire frire des poissons, répondit incrédulement H l'annonce du triomphe des Turcs : c Boh! je croirais plutôt «.que ces poissons vont ressusciter, « sortir de l'huile bouillants et naît ger surle plancher. » Prodige qui eut lieu en effet et dut convaincre l'obstiné moine. La descendance de ces poissons miraculeux frétille dans la citerne du monastère de Balouklu. Ils sont rouges d'un côté, et bruns de l'autre, en mémoire du tour de poêle qu'avaient supporté leurs aïeux à moitié cuits; un pauvre diable de prêtre les montre encore aux étrangers. »

Revenant aux murailles, on atteint (15 min.) Mavlana-Kapoussi (ou Yéni-Kapoussi), porte oasse où sont scellées quatre colonnes de marbre ; en dedans est une seconde porte, flanquée de deux tours carrées, remarquables par leur construction régulière et les inscriptions grecques qu'on y lit.

(15 min.) Top-Kapou (porte du canon), ancienne porte Saint-Romain. C'est là que périt en brave Constantin Dragocès, le dernier des empereurs grecs. En dehors de cette porte s'étend la plaine de Daoud-Pacha, avec la grande caserne qui servit de campement à l'armée française en 1855.

C'est dans la même plaine que Mahomet II avait établi sonquartier général pendant le siège de

Entre Top-Kapou et Kderne-Katfoii, l'on rencontre le vallon du Lycus, qui se continue avec la grande vallée centrale de Constantinople. Les murailles sont, à cet endroit, plus ruinées qu'en tout autre endroit, et percées de larges brèches. Au plus profond du vallon est la fontaine de Beylerbey, ombragée par un vieux saule, et en face une porte antique actuellement bouenée, entre deux tours dont la ruine est imminente. Un aqueduc pénètre dans la ville au même endroit. On remonte pour

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arriver a (20 min.) Êdeniè-Kapoussi (porte d'Andrinople), porte carrée surmontée d'un grand pleincintre ; la seconde enceinte est flanquée de deux tours octogones.

On a incrusté trois boulets de marbre au-dessus de la seconde porte.

Près de là se trouve à l'intérieur, dans la ville, la jolie mosquée de la sultane Rouchènèk (Hoxelane).

Les Tchinganes nomades font de cet endroit un de leurs campements les pins habituels. En dehors se trouve le plus vaste cimetière de Constantinople ; une jolie fontaine est placée dans le carrefour des trois routes qui le traversent. La route de droite mène directement à Eyoub.

En suivant la muraille entre Edernè - Kapoussi et Égri - Kapoussi, on remarque sur la muraille un édifice en ruine nommé Tékir-Séral (le palais du Rouget), qu'on croit être les restes du palais bâti par Constantin dans le faubourg de l'Hebdomon, qui ne fut réuni à la ville que sous Héraclius.

Êgri-Kaponssi est l'entrée du quartier des Blaquernes, dans lequel on trouve l'église Notre- Dame des Blaquernes et une source sainte '.Agiasma) qui marque l'emplacement de l'ancienne église des Blaquernes, construite par l'impératrice Pulchérie. Ou rejoint enfin la Corne-d'Or, près de la (20 min.)

Porte d' Eyoub ou Ràivan~Siraï- Kapoussi (Porte de la ménagérie).

On revient alors en longeant la Corne-d'Or, on lai&s* à gauche le pont de Ka/i-Keui, le troisième de la Corne-d'Or, et Ton arrive à

Balata, le quartier juif, sale et misérable. Au delà de Balata- Kapoussi commence le

Phanar, quartier grec, ainsi nommé parce qu'il fut, pendant un siège, fortifié a la lueur des flambeaux (phanarium> Dans ce quartier se trouvent l'église patriarchale et plusieurs autres églises, avec les demeures des familles grecques les plus riches et les pluà

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puissantes, qui ont fourni bien des nommes d'Etat au gouvernement «ies sultans. La rue principale du Phanar est propre et bien bâtie; les fenêtres vitrées ne sont plus

fa mies de moucharabis , comme ans les quartiers musulmans.

Au delà àePhanar-Kapou, on rencontre les portes de YéniKapou, Aia-Kapou [\a Porte-Sainte), près de laquelle est la Mosquée des Roses {Gul-DjamissC, bâtie sur l'ancienne église grecque du Rosaire, puis Djoubatli-Kapou. et le quartier du Djoubatli, où recommencent les marchés musulmans, Oun-Kapani- Kapoussi (porte du magasin aux farines), d'où partie pont de Mahmoud, qui aboutit au petit champ des morts à l'entrée de Galata. Il ne reste plus que les portes Odonn- Knpou (Porte du Bois) et Zindan- Kapou (Porte des Prisons), jusqu'au pont de la Validé, où aboutissent trois portes tres-rapprochées : Bahuk-batar-Kapou (la Porte du Marché aux Poissons), Tchifnnt-Kapou ila porte des Juifs)', et Dayhtchè- Kapotissi fia Porte des Jardins) la dernière avant les murs du Séraï.

Eyoub. — Ce pittoresque faubourg est situé au fond de la Corne-d'Or; il tire son nom de Eyoub, porte-étendard et compagnon de Mahomet, qui périt à la première attaque de Constantinople par les Musulmans en 668, et dont le corps fut miraculeusement retrouvé par Mahomet II.

Le conquérant lui fit élever une mosquée, oui passe pour la plus sainte de Constantinople ; c'est là que les sultans viennent ceindre le sabre d'Othman, à l'inauguration de leur règne ; aucun chrétien n'y peut pénétrer, même avec un firman.

La mosquée d'Eyoub eat d'une architecture élégante et bâtie en marbre blanc : c'est une jolie coupole avec un grand nombre de coupoles plus petites et de demironpoles ; du r»eau bouquet d'ar-

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