‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 199 sur 511 · LES FAUBOURGS · texte numérisé non relu

LES FAUBOURGS

bres qui l'entoure surgissent deux minarets avec deux galeries élégamment ornées. On aperçoit dans l'enceinte sacrée un énorme platane $ du côté de l'ouest, dans une cour où sont plantés trois beaux arbres, on remarque le tombeau du compagnon du Prophète :

c'est un kiosque autour auquel brûlent constamment un grand nombre de lampes. — Du côté du N., est le turbé de la Validé-Sultane, mère de Sélitn III, et tout à côté le tombeau de Hussein- Pacha. Près de là, est un médessré et un taby-khân (hospice), et tout autour de la mosquée, se pressent les tombeaux des grands employés du palais, monuments d'une grande richesse d« marbres et de dorures. — Non loin de là, vers le sud-est, est le turbé des Scheikh-ul-Islam, chefs du clergé musulman. C'est un édifice rectangulaire , surmonté d'un petit dôme dodécagone à colonnes.

L'intérieur en est très-simple; les catafalques sont noirs, surmontés d'un grand turban blanc trèsélevé.

Eyoub est entouré de cimetières de tous côtés, si ce n'est du côté de la porte d'Haïvan Séraï : c'est, avec le cimetière de Scutari , le lieu de sépulture le plus recherché des Turcs. Derrière la mosquée, le cimetière s'étend sur une colline du sommet de laquelle on a une vue superbe sur la Corned'Or, la vallée des Eaux-Douces d'Europe, tout Constantinople, Scutari, le mont Boulgourlou, etc.

On remarque encore à Eyoub le palais de Méhémet-Ali-Pacha et la fabrique de fez, où se font maintenant les coiffures de l'armée.

Top - Hanè [maison des canom) tire son nom de la fonderie de canons et des établissements de l'artillerie qui s'y trouvent. Ce petit faubourg est un des pointa les plus pittoresques et les plus remarquables de Constantinople, à cause du nombre des caïqs qui se pressent à son échelle (hkcfè .

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des hammals, des marchands de toute nature qu'on y trouve, des cafés turcs, du marché voisin; on remarquera d'abord :

La mosquée de Kilidj - Ali- Pacha. C'est un dôme un peu lourd, avec plusieurs petites coupoles secondaires et un seul minaret. Elle est précédée d'un péristyle ogival à deux rangs de colonnes; dans son enceinte se tiennent un grand nombre d'écrivains publics. — En face, on admirera :

La fontaine de Top-Hané, un

des plus gracieux spécimens de l'art turc. Les quatre faces, délicatement sculptées, sont couvertes de versets du Coran, de vers turcs et d'arabesques, autrefois peintes et dorées. Elle a perdu le toit qui la recouvrait jadis, comme la fontaine d'Ahmed (voir p. 303).

Au N. de la fontaine, s'élève :

La fonderie de canons, édifice rectangulaire surmonté de cinq coupoles; ses fenêtres ogivales sont percées d'une quantité de trous en quinconce, noircis par la fumée . — En face est :

L'arsenal, vaste esplanade couverte de canons. Près du rivage, s'élève une petite tour coquette surmontée d'uu mât, où l'on arbore le drappau impérial. — La mosquée de Mahmoud, comprise dans cette enceinte, est d'un style nouveau, qui s'éloigne du type des grandes mosquées de Stamboul; ses deux minarets cannelés sont un peu grêles. Parmi les autres bâtiments de l'arsenal, on voit, près de la grille qui sépare l'esplanade de la rue, un pavillon de goût moderne, qui sert de résidence au pacha. En face, de l'autre côté de la rue, se trouvent deux jolis kiosques grillés, à toit de pagode : l'un est une fontaine où 1 on distribue des verres d'eau; l'autre, se nomme le pavillon de l'heure ; on y voit un grand nombre d'horloges, dont les unes sont réglées a l'européenne, les autres à la turque .

JVEl'HOPi:. [Route

Top-Hane est la résidence des Circassiens, qui font le commerce des belles esclaves blanches.

Foundouklu, l'ancien Aïantàon .

où l'on voyait un autel consacré à Ajax, fils de Télamon, et un temple à Ptolémée Philadelphe, est aujourd'hui un quartier turc sans intérêt, qui s'étend le long' de la mer, jusqu'au

Palais de Doima-Baghtchè, nouvelle résidence du sultan Abdul- Medjid, bâtie sur la rive du Bosphore.

Ce palais présente extérieurement un mélange de tous les styles, et une profusion d'ornements cju'on peut critiquer, mais dont 1 effet général ne déplaît pas, a côté de la riche nature du Bosphore. L'intérieur en a été décoré dans le goût moderne par M. Séchan ; sur la même esplanade, s'élèvent la mosquée d'Abdul-Medjid, de style moderne comme celle de Mahmoud, et une caserne d'artillerie. Sur la hauteur, on remarque plusieurs bâtiments analogues. Celui qui est surmontée d une tour carrée a servi d'hôpital à l'armée française; il n a pas encore reçu de destination nouvelle.

C'est aux portes du palais de Polma-Baghtchè, qu'il faut se rendre le vendredi pour voir le sultan sortir avec son cortège, pour aller faire publiquement sa prière dans une des mosquées de la ville.

C'est un vieil usage auquel le souverain ne manque jamais de se conformer. On sait d'avance dans les hôtels la mosquée où le sultan doit se rendre, tantôt par eau, en caïq, tantôt par terre, à cheval. « Bien des fois , dit M. Adalbert de Beaumont, j'ai vu sortir le sultan et sa suite dans ses magnifiques barques , aussi élégantes de forme que riches d'étoffes , de sculptures et de dorures. Elles sont entièrement blanc et or. Le kiosque sous lequel s'asseoit le sultan est placé à l'arrière et couvert en velours rouge étoilé d'or; quatre

Route 58.] COXSTANTINOPLE

boules d'argent ciselé et un soleil d'or le surmontent; il est entouré d'une balustrade d'argent, et soutenu par quatre colonnettes d'un élégant travail. Des rideaux de velours rouge, doublés de satin blanc, retenus par des cordes d'or, drapent l'intérieur. Le sultan est assis 6ur son trône, ayant a ses pieds les grands dignitaires de l'État ; des soldats de la garde restent debout à l'entrée. Vingtsix rameurs, les plus forts et les plus beaux, à demi nus, sous des chemises de soie ouvertes et transparentes, font voler comme la flèche ces barques, longues de près de cent pieds. Deux, entièrement pareilles, et quelquefois trois, se suivent chaque fois que le maître sort; puis, viennent les caïqs à sept paires de rames des grands pachas. Aussitôt que de la rive on aperçoit le conége, les batteries du BospTiore, des navires et de la ville, tonnent en mémo temps. »

Lorsque le sultan sort à cbcval, plusieurs bataillons desoldats font la haie sur le chemin qu'il doit parcourir. Le cortège est ouvert par la musique impériale, dirigée par M. Donizetti, frère du célèbre compositeur. Ensuite , viennent quelques corps de troupe, puis le souverain, entouré des grands officier* du palais et des principaux personnages de l'Etat : « Son costume très-simple, dit M. Théophile Gautier, se compose d'une espèce de paletot sac en drap bleu foncé, d'un pantalon de moire blanche, de bottes vernies, et d'un fer où l'aigrette impériale de plumes de héron est fixée par un bouton d'énormes diamants ; par l'interstice de son paletot, on voit briller quelques dorures sur sa poitrine. Son ciieval, richement caparaçonné, est tenu en bride par deux fais. » Dès que le sultan parait, l'étiquette interdit d'ouvrir un parasol, emblème réservé au pouvoir suprême ; de parler a voix haute, de se moucher, de CTacher; une de ces inoonve-

Orifnt.

.—LES FAUBOURGS. 38o

nances aurait pu autrefois attirer quelque bourrade brutale de la part des gens de sa suite ; mais cette rigueur s'est bien relâchée aujourd'hui.

Au delà de Dolma-Baghtehè, on trouve le faubourg de Beschick- Tasch [la pierre du berceau), et le palais du même nom, qui fait immédiatement suite à celui de Doima-Baghtché. Du côté de la terre, on ne voit que de hautes murailles qui arrêtent les regards curieux. Ce palais, élevé en 1679, pour servir de résidence d'été aux sultans, a marqué une ère nouvelle dans l'histoire de l'empire ottoman. Mahmoud en fit sa résidence favorite ; il s'y trouvait plus éloigné de la turbulente milice des janissaires, qu à l'ancien séraï de la Pointe des Jardins.

Le faubourg de Beschik-Tasch répond à l'antique petra thermastis. Près de là, se trouvait le Jasunion, que la tradition rattachait à l'expédition des Argonautes , et qui, sous le Bas-Empire, porta le nom de Diplokion (la double colonne). Le mouillage de Beschik- Tasch répond au Pentacoricon , ou ancrage des vaisseaux à ftO rames, en mémoire de la flotte du scythe Taurus , qui y avait stationné dans son expédition contre la Crète. C'est aussi là qu'aborda la flotte vénitienne commandée par le doge Dandolo. Le faubourg de Beschik-Tasch est un quartier turc plein d'animation. On y voit une échelle d'embarquement (iskclè) où se pressent les caïqs. Un café , bâci sur pilotis au-dessus de l'eau, présente l'aspect le plus pittoresque. On y remarque aussi le turbé de Khaireddin (le célèbre Barberout.se), pierre sans inscription, couverte de mousse et ae lierre, entourée de quelques platanes. Ce monument est peu connu et assez difficile à trouver.

Mentionnons aussi le couvent des derviches Mevlévites, près de la mer, et le tombeau de Iahia- Efendi , saint personnage musulman. Le vallon, qui remonte de

Beschik-Tasch vert Péra, répond sans doute au vallon des lauriers d'Étienne de Byzance. C'est par là, et non par le vallon de Balta- Liman, que Mahomet II transporta sa flotte au fond de la Corned'Or (voir p. 360). ce qui résulte, d'un passage de Ducas, où il est dit que le sultan fit faire une route par les vallées qui sont derrière Galata, et, après avoir nivelé le terrain autant que possible, fit traîner ses galères sur des rouleaux. — Une bonne route vous ramène par cette vallée a

Péra. — Le faubourg de Péra occupe les hauteurs qui dominent Foundouklu, Top-Hanè et Galata.

C'est la que l'on trouve les palais des ambassades, les consulats, les principaux hôtels et les négociants européens. Son nom vient du mot grecr^a, au delà ou en face, soit parce que les gens de Galata répondaient à ceux qui venaient de Constantinople et s'informaient de ce quartier :

Au delà, plus loin ; soit à cause de la position môme du quartier, situé en face de la ville proprement dite , et au delà du port.

Les Turcs désignent Péra sous le nom de Bey-Oghlou [le fils du Prince), en so'uvenirdu séjour qu'y fit Alexis Commène, après la chute du premier empire grec.

Ccst en 1535, a la suite d'un traité entre le roi de France François Ier et le sultan Soliman, que le faubourg de Péra fut désigné pour servir de résidence a l'ambassadeur de France, et aux Francs qui s'y établirent sous sa protection. Depuis cette époque, il s'est constamment agrandi, et b<i population s'élève actuellement à environ 3000 hab. de toutes les nations de l'Europe. On y parle toutes les langues ; cependant le français et l'italien y dominent.

Un incendie terrible détruisit en 1831 le palais d'Angleterre, avec Galata-Scraï, collège pour l'éducation des Itchoçlans, et plus de 90 000 maisons. Mais le quartier a è\< reconstruit avec pins de régu-

D'EUKOPE. (Route 58.;

larité. En 1853, un nouvel incendie a détruit le charmant tékié des derviches tourneurs, où se trouvait le tombeau du célèbre comte de Bonneval, qui, ayant embrassé l'islamisme, devint, sous le nom de Ahmed-Pacha, un des hommes d'Etat les plus distingués de 1a Turquie. La présence de l'armée française en 1854-55. a amené de nouvelles améliorations : les rues de Pt ra ont reçu des noms, tandis qûe toutes les rues de Constantinople sont encoro privées de désignation. L'éclairage au gaz y a et<* introduit en 1857.

Le faubourg de P/ra, élevé de 110 mèt. au-dessus du niveau du Bosphore, est dépourvu de tout caractère oriental, et ne présente ni originalité ni beauté. U est enclave entre deux cimetières; le Grand-Champ des morts, qui couronne la hauteur au-dessus de Fondouklu, et le Petit-Champ de»

morts, qui descend vers Kassèm- Pacha. Ces deux cimetières, dont l'aspect n'a rien de lugubre, sont la promenade favorite des Pérotes : on y jouit du reste de très-belles vues. Depuis longtemps, on n'enterre plus au Petit- Champ, mais le Grand-Champ sert encore aujourd'hui de lieu de se^ pulture. Au nord du Grand-Champ, se trouvent les cimetières des Arméniens, des Grecs et des Francs, une vaste caserne d'artillerie, et le grand bâtiment de l'hôpital français. Cette vaste esplanade est le rendez-vous des cavaliers et des voitures européennes. Au bout de la grande rue qui forme l'axe de Péra, on remarque une fontaine ombragée par un bouquet de platanes, sous lequel stationnent des marchands ne toute espèce et des bateleurs. C'est prè* de là qu'on trouve le théâtre de Karapheuz. En revenant par la grande rue de Péra, on trouve à droite le*chAteau des fleurs, le théâtre Naum, puis à gauche, la porte et l'esplanade de Galata- Séraï, collège des ItchogUns, incendié en 1831, servant aujour-

LKoi t« 58. j CON.Vf A NTKNOPLE.

d'hoi de caserne, et à droite, U rue qui mène au palais d'Angleterre. Après un carrefour bordé d'une quantité de gargottes, commence le quartier des principales boutiques , où l'on remarque la légation de Suède, l'hôtel de Bellevue, l'ambassade de France, les hôtels du Globe et des Ambassadeurs, la petite rue de la Poste civile, qui descend aux postes française et autrichienne, etauxehancelleries de ces deux pays. On rencontre ensuite l'ambassade russe, la rue de la Poste-Militaire, qui descend à Top-Hanè , et l'hôtel d'Angleterre , puis on arrive au carrefour où se trouvait l'ancien couvent des derviches tourneurs , incendié en 1853, avec un petit cimetière qui rejoint le Petit- Champ des morts. Celui-ci, * que par abréviation on appelle le Petit-Champ, dit M. Théoph. Gautier, occupe le revers d'une colline qui monte de la rive dé la Corne-d'Or à la crête de Péra. marquée par une terrasse bordée de hautes maisons et de cafés. Un soleil éclatant brûle de lumière cette pente hérissée de cyprès au noir feuillage, au tronc grisâtre, sous lesquels se dresse une armée de pieux de marbre coiffés de turbans colorias. Ces pieux, penchés les uns à droite, les autres à gauche, ceux-ci en avant, ceux-là en arrière, selon que le terrain a cédé sous leur poids, simulent vaguement une forme humaine. En plusieurs endroits, les marbres historiés de versets du Coran , négligemment scellés dans un sol friable, se sont renversés ou brisés en morceaux. Aucune symétrie n'est observée dans ce cimetière diffus; deux ou trois chemins pavés, et revêtus de soutènements faits de débris de monuments funèbres, le traversent diagonalement. Çà et là, s'élèvent des espèces de terre-pleins, quelquefois entourés de petits murs ou de balustrades, formant la sépulture réservée de quelque famille puissante ou riche De ces hau-

— PÉKA, GALATA. 887

teurs, un spectacle admirable se déroulait devant mes yeux : le premier plan était formé par le Petit- Champ et ses déclivités

fdantées de cyprès et de tombes; e second, par les toits de tuiles brunes et les maisons rougeâtres du quartier de Kassèm-Pacha ; le troisième, psr les eaux bleues du golfe qui s'étend de Séraï-fiournou aux Eaux douces d'Europe, et le quatrième, par U ligne de collines onduleuses sur le revers desquelles Constantinople se déroule en amphithéâtre. Les dômes bleuâtres des bazars, les minarets blancs des mosquées, les. arcs du vieil aqueduc de Valena se découpant sur le ciel en dentelle noire, les touffes de cyprès et de platanes, les angles des toits, variaient cette magnifique ligne d'horizon prolongée depuis les Sept- Tours jusqu'aux n auteurs d'Èyoub : tout cela argenté par une lumière blanche où flottait, comme une gaze transparente, la fumée des bateaux à vapeur du Bosphore, et d'une légèreté de ton formant le plus heureux contraste avec la fermeté crue et chaude des devants. » Le Petit- Champ s'étend au N. jusqu'au faubourgde Kassèin Pacha, à TE. jus* qu'à Ters-Hanè et à la Corne-d'Or.

Au S., il est borné par une vieille muraille créuelée à laquelle s'adossent une quantité de maisons noires, véritables bouges occu*

J>és par des charbonniers et des orgerons. Cette muraille est l'ancienne fortification élevée par les Génois autour de

Galata. — Ce faubourg, qui occupe toute la pointe N. de la Corne-d'Or la plus rapprochée de Stamboul, portait le nom de S y km (les figuiers) sous les premiers empereurs grecs; il fut embelli considérablement par Justinien et rattaché à la ville. En 1216, il fut occupé par une colonie de Génois, oui surent s'y rendre indépendants des empereurs de Byzance, et menacer quelquefois leur autorité.

On les accuse d'avoir pactisé avec.

Mahomet II pendant le dernier siège de Constantinople, dans l'espoir d'obtenir la conservation de leur indépendance et de leurs privilèges. En tout cas , ils furent trompés dans leur attente: le vainqueur détruisit cette colonie latine. Toutefois Galata resta le séjour des Francs.

Les anciens murs forment un circuit de 6 kil. ; mais en un grand nombre d'endroits ils ont été englobés dans les maisons. Le faubourg s'élève en étage sur la colline conique, depuis les eaux de la Corne-d'Ôr jusqu'aux premières maisons«de Péra, avec lesquelles il n'y a pas de séparation bien distincte. Au point le plus élevé se dresse la tour de Galata, bâtie par les Génois au xine siècle.

C'est une haute tour ronde, percée à ea partie supérieure d'une esnèce de lanterne vitrée, et plus naut d'une galerie de fenêtres à jour; le tout est surmonté d'un toiteonique en bronze, terminé par une pointe dorée. On la trouve en descendant de Péra, à 5 min. au-dessous de l'ancien tékié des Derviches tourneurs, en se dirigeant à droite, et franchissant une porte de la muraille génoise. L'entrée de la tourméme est au S. Un escalier de 141 marche^, divisé en 8 étages, conduit à la galerie vitrée circulaire, où l'on a établi un café comme à la tour du Séraskiérat. 41 marches mènent sur une seconde galerie formée defenêtres à jour. Toute la partie supérieure comprise sous le cône de bronze forme un immense pigeonnier.

Du haut de la tour de Galata, on jouit du panorama de Constantinople, comme de la tour du Séraskiérat , mais la vue est un peu moins étendue vers la mer de Marmara.

Au-dessous de la lourde Galata, on trouve une jolie fontaine turque, et le couvent et l'église des Franciscains. De ce point, la Suleïmanièh présente un magnifique aspect. — La rue qui fait suite a Ja grande rue de Péra descend

DEUKOPK.

i'KOLTK 58.'

directement vers le pont de la Validé. Sur les côtés s'ouvrent des rues latérales , où de mauvaises constructions en pierre signalent les comptoirs des principaux négociants ou banquiers européens, les agences des messageries françaises et du Lloyd, etc. Au bas de la colline, une rue parallèle au port, c'est-à-dire demi-circulaire, contient une énorme quantité de cafés , de tavernes pour les matelots , d'auberges infimes. Une population, qui semble formée de l'écume de toutes les nations, grouille dans ce cloaque , qui n'a peut-être son pareil en aucun point de Constantinople. Non loin du pont de la Validé, et du côté de Top-Hané , est la douane , tandis qu à l'autre extrémité de Galata, près du pont de Mahmoud , on trouve une charmante fontaine, à toit retroussé , couverte de fleurs sculptées , de dorures et d'arabesques, et digne en tout de rivaliser avec la fontaine d'Ahmed, ou celle de Top-Hané. L'Arab- Djamissi , la mosquée du noir .

située près de là, est un édifice en bois, aïe forme carrée, qui n'offre rien de remarquable, et ressemble plutôt à une église chrétienne au'à une mosquée. — Citons aussi 1 église des Lazaristes, bâtie par les Génois et surmontée d'un dôme couvert en plomb, privilège rare obtenu par l'amitié d'un Scheikhul-Islam. L'escalier principal est porté par des colonnes de granit.

Le clocher est bizarre. A 1 église sont annexées des écoles dirigées avec zèle et intelligence.

Au N. et à 10. du Petit-Champ se trouve le faubourg de

Kassèm - Pacha , quartier turc sans intérêt, bâti sur les rives d'un ruisseau fétide . qui va se jeter dans la Corne-d'Or. Le seul édifice que nous ayons à y mentionner est "le nouveau tékié des Derviches tourneurs, grand bâtiment de bois, peint en vert sombre, et reconnaissable à un beau pin d'Italie qui croît dans le jardin. C'est là que, le dimanche, on ira assister

Hoi ih ô*.j COXSTAXTINOl'LK.— KNVIKUNS.

aux exercices extatiques décrits p. 330. Au N. de Kassèm-Pacha, on aperçoit le village grec de Saint' Dimitri, où s'élève une assez belle «•glise de style byzantin, qui portera le nom de Saint-Athanase.

Ters-Hanë (arsenal maritime, qui s'étend sur les bords de la Corne-d'Or , au delà de Kassèm- Pacha, contient les divers établissements de la marine , la maison du capitan-pacha , édifice en bois avec un fronton dorique, l'hôpital de lu marine , vastes bâtiments modernes, imitant le style européen, le bagne, les chantiers de construction. Cet arsenal a rendu des services réels aux Hottes anglofrançaises dans la dernière guerre.

L'eau est assez profonde pour que les navires du plus fort tonnage puissent accoster le quai. C'est devant Ters-Hanè que Von voit à l'ancre les gros vaisseaux di

donc

un

de l'empire ottoman compte jusqu'à 140 canons du gros calibre, et 2000 hommes d'équipage.

Les quartiers de Piri-Pacha , de Hass-Keui, de Halidji-Oghli et de Sudludjé , n'ont rien d'intéressant que les casernes des mineurs Laghoumdjis), et des bombardiers 'Koxtmbaradiis . Dan* cette dernière, on a installé l'Ecole de médecine.

Au-dessus de ces quartiers s'étendent le cimetière juif, plaine aride, couverte de pierres plates ou cubiques portant à peine quelque* inscriptions , et la belle plaine de i Ck Meïdan, où jadis les sultans s'exerçaient à lancer le djérid (javelot ; un kiosque élégant avec une espèce de tribune, qui domine la plaine , servait de nation pour lancer le djérid vers la plaine. Celle-ci est semée d'une quantité de petites colonnes de marbre, petits monuments destinés a conserver la mémoire des coups extraordinaires et à en mesurer la portée. De la plaine de l'Ok-Meïdan , on jouit d'une vue superbe sur Stamboul , Eyoub et la Corne-d'Or. A 15 min. vers le N.,

on peut descendre dans le joli vallon de Pialé- Pacha, où l'on trouve la belle mosquée du môme nom, entourée de platanes et de cyprès magnifiques. L'édifice, précédé d'un péristyle ogival, soutenu par un grand nombre de petites colonnes, est surmonté de six coupoles gracieuses. L'intérieur est très-simple et décoré seulement de terres cuites. De l'Ok-Meïdan , on peut se rendre en 45 min. aux Eaux-Douces d'Eu* rope.

F Les Eaux-Douces d'Europe.

On nomme Eaux-Douces d'Europes { Kiahat - Hanc , maison du papier' la charmante vallée de la rivière Harbyzès , qui vient, avec le Oydaris , se jeter au fond de la Corne-d'Or. Elle devient un but de promenade, pour les Musulmans le vendredi, et pour les chrétiens le dimanche. On peut s'y rendre soit en caïq, en remontant la Corned'Or, et la rivière Barbyzès (Sou- Kiahat-Hané'i , soit à cheval par Kassèm-Paeha, Pialé-Pacha et l'Ok- Meïdan , soit par Saint-Dimitri.

Le sultan possède aux Eaux-Douces un kiosque avec des eaux et des cascades artificielles, bâti, dit-on , par Mahmoud pour une sultane adorée , mais aujourd'hui abandonné et dans un état presque complet de dégradation. — Sur une étendue de près de 4 kil. , la vallée présente une succession de fraîches prairies, de beaux bouquet* d'arbres, entre lesquels serpente le Barbyzès. De jolis ponts de bois, de forme chinoise , franchissent la paisible rivière, sur les rives de laquelle ont été élevés d'élégantes villas (tchiM*). On trouve dans les prairies aes Eaux- Douces un grand nombre de petit»

cafés, des musiciens ambulants, des bateleurs ; on y voit croiser les cavaliers européens avec les arabas pesants , et les talikas élégants qui portent les sultanes et les femmes des pachas en toilette

recherchée. La promenade des Eaux-Douces d'Europe , le vendredi, est un lieu favorable pour voir des costumes, et étudier les détails de mœurs turques que nous avons donnés dans nos généralités.

IL Le Bosphore.

Le détroit de Conttantinople, qui sépare l'Europe de l'Asie, et par lequel les eaux de la mer Noire (l'antique Pont-Euxin) s'écoulent vers la mer de Marmara ( la Propontide), a porté depuis l'antiquité la plus reculée le nom de Bosphore (Béffnfrf s», de /3«ùf , bœuf, et de nipoi, passage), parce que, suivant la mythologie grecque» la vache Io l'avait traversé à la nage.

C'était une opinion reçue chez Tes anciens, que le Pont-Euxin avait été originairement distinct de la Méditerranée , et que les deux détroits du Bosphore et des Dardanelles avaient été ouvert» simultanément par un tremblement de terre» ou un grand cataclysme, répondant à l'époque du déluge de Deucalion. L'examen géologique des rives du Bosphore, les roches volcaniques que l'on trouve des deux côtés du détroit, à son embouchure sur la mer Noire, confirment cette ancienne tradition. Le Bosphore, par ses détours, forme sept bassins successifs, indiqués sur chaque rive par sept promontoires, qui répondent chacun alternativement à sept baies creusées dans la rive opposée. A chaque tournant du canal, le courant est rejeté d'une rive vers l'autre, phénomène déjà signalé par Polybe; de -sorte- que les eaux , entraînées avec violence au fond d'une baie, s'échappent dans une direction opposée pour entrerdans le bassin suivant.

Le dernier courant qui vient frapper la pointe du Séraï, envoie une faible partie de ses eaux dans la Corne-d'Or, tandis que le reste s'écoule dans la mer de Marmara, dans la direction de Chalcédoine.

La Ipngueur du Bosphore est

D'EUKOPE. [Ko ltk 58.]

d'environ 27kil. ; la rive d'Europe, avec ses détours, est longue de 31 kil. ; la rive d'Asie, de 38. La largeur du canal, au point le plut étroit, entre les châteaux d'Europe et d'Asie, est d'environ 550 met. ; plus loin, elle varie de 600 à 1000.

1200 ou 3000 met. Devant la pointe du Séraï, elle est évaluée à 1500 met. Dans les golfes de Bey-koz et de Buy uk- Dé ré, elle atteint 3600 et 3200 mèU Les sondages ont donné partout une grande profondeur.

Le Bosphore est célèbre dans l'antiquité par l'expédition des Argonautes, et celle de Darius contre les Scythes. Pins tard, il fut franchi par les Golbs, lesCroisés et les Turcs. Ses rives sont vantées justement comme un des pays les plus enchanteurs que l'on puisse admirer au monde.

Pour décrire le Bosphore, nous suivrons d'abord à partir de Top- Hanè la rive européenne jusqu'à la mer Noire, puis la rive d'Asie depuis la mer Noire jusqu'à Scutari et Chalcédoine.

RiTe d'Europe. — Partant de l'échelle de Top-Hanè, on longera successivement Foundouklu , lu palais de Dolnia- Baghtcbè, et le petit port pittoresque de Beschikrasch, que nous avons déjàdécrits.

Au delà de l'échelle de Bosch ik- Tasch se présente lepalai» de Tckéragan, vaste édifice en bois, construit par Mahmoud, présentant une colonnade sur la mer, avec un fronton corinthien au centre.

Ce palais, d'un goût médiocre, n'a de remarquable que ses grandes dimensions ; l'escalier, qui descend jusqu'à la mer, fait pourtant un bel etfet. Derrière, on iiperçoitde beauxjardins ; à l'eitrémité s'élève une petite tour analogue à celle de Top-Hanè. < D'un village à l'autre, dit Théophile Gauthier, règne comme un ^uai non interrompu de palais et de résidences d'été. La sultane Validé, les sœurs du sultan, les vizirs, les ministres, les pachas, les grands personnages, se sont tous construit

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