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là des habitations charrnan tes avec une entente parfaite du confortable oriental. Ces pal aie sont de bois et de planches, à l'exception des colonnes, taillées ordinairement dans un seul bloc de marbre de Marmara, et prises à des débris d'anciennes constructions. Mais ils n'en sont pas moins élégants dans leur grâce passagère, avec leurs étages en surplomb, leurs saillies et leurs retraites, leurs kiosques à toits chinois, leurs pavillons à treilles, leurs terrasses ornées de vases , et leurs frais coloriages renouvelés sans cesse. Âu milieu des grillages en bs guettes de bois de cèdre, qui se croisent sous les fenêtres des appartements réservés aux femmes, s'ouvrent des troua ronds pareils à ceux pratiqués dans les rideaux de théâtre, et par lesquels les acteurs inspectent la sq^le et les spectateurs; c'est par la qu'assises sur des carreaux , les belles nonchalantes regardent passer, sans être vues, les vaisseaux, les bateaux à vapeur et les caïqs. Un étroit quai de granit, formant chemin de haiage, sépare cesjolies habitations de la mer. »
Orta Keui (U village du milieu), estla première station des bateaux à vapeur. Gros village peuplé de chrétiens et de Juifs; on v remarque le palais de Riza- Pacha, la mosquée de lasultane Validé(mère dusultan régnant;, construite dans le style moderne des mosquées de Top- Hanè et de Dolma-Bagbtche : c'est un édifice carré surmonté d'une coupole unique, et décoré de colonnes cannelées, d'ordre corinthien.
Ou double ensuite le promontoire du Defterdar (Defterdar Bournou), où l'on remarque entre plusieurs belles villas, au pied d'unecolline bien boisée, le palais de Méhémet-Ali-Pacha (beau-frère du sultan), ayant appartenu autrefois à Ksman Sultane, sœur de Mahmoud. KOUTOU-Tchechmé (fontaine tèehê), l'antique Hestia?, ou Acaplus, vient ensuite avec son
petit port. Médée y aurait abordé avec Jason, à son retour de la Colcbide. Constantin y avait élevé une église en l'honneur de l'archange saint Michel. Au v* siècle, Anaplusfut habité par Siméon et Daniel Us Stylitet, ces singuliers anachorètes qui vécurent sur le haut d'une colonne élevée.
Arnaout-Keni (le village des Albanais) est habité par des Grecs ; les fenêtres n'y sont pas garnies de moucharabis. Il possède un petit port pour les navires, et les vapeurs y font escale. Le courant ' est si violent en cet- endroit que les caïqs sont obligés de se faire remorquer au cordeau. Au delà du cap Afnndi'Boumoxi (cap du courant) , on remarque le palais d'Abmed-Fethy-Pacha(autre beaufrère du sultan), qui a été reconstruit après un incendie.
Bébek (l'antique Chelœ, qui possédait un temple d'Artémis Dictynna), au fond d'une des plus jolies baies du Bosphore. Le rivage forme un amphithéâtre couvert d'une riche végétation; le port est animé et rempli de navires et de petits vapeurs; le village remonte dans un étroit vallon. On remarque à Bébek un pavillon du sultan, avec des bains et une mosquée ombragés de beaux bouquets de platanes ; le kiosque des conférences, où s'assemble le divan ; la manufacture des biscuits pour la flotte; l'école française des Laza* ristes; une école protestante américaine. Les maisons situées sur le rivage possèdent pour la plu-
f)artdes portes d'eau, par lesquelles es caïqs sont tirés sur des glissoires et remisés sous des hangars souterrains. « A certains endroits du courant sont juchées, sur un échafaudage de perches, des espèces de cages a poules d'une construction bizarre et pittoresque, dans lesquelles les pécheurs se tiennent pour guetter le passage des bancs de poissons et avertir du moment propice à jeter ou relever le filet. Ces guérites, semblables à des nids d'oiseaux
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aquatiques, semblent construites exprès pour fournir des premiers plans aux peintres. »(Théoph. Gautier.)
Au delà de Bébek, la ligne, jusqu'ici non interrompue, des villages et des kiosques, est coupée ar un cimetière pittoresque. Auessus de ce sombre rideau de pins et de cyprès apparaissent les murailles massives de Roumili- Hissar. Cest l'endroit le plus étroit du canal, celui où le courant acquiert le plus de violence ; il a reçu des Grecs pour cette raison le nom de*/""/* (le grand
courant), et des Turcs celui de Chéitan Akindisi (courant de Satan).
Roumili Hissar (le château d'Europe), bâti pur Mahomet II en 1451, deux ans avant la prise de Constaritinople. En vain l'empereur Constantin réclama en invoquant les stipulations de la paix.
Mahomet renvoya les ambassadeurs en menaçant de les faire écorcher vifs. Il employa à la construction de ce château mille maçons et mille chaufourniers.
Tous les édifices de la côte d'Asie lui fournirent des matériaux. Par une idée bizarre, il voulut que les fortifications de la citadelle nouvelle figurassent en caractères arabes le nom de Mahomet; chaque tour représente la lettre M (Mim), qui estde forme circulaire. 11 faut être prévenu d'avance, et versé dans la connaissance de l'écriture arabe, pour comprendre ce rébus architectural, selon l'expression de Théoph. Gautier. Le château fut achevé en trois mois, les murailles ayant 10 mèt. d'épaisseur et une hauteur proportionnelle. Les tours furent armées de pièces de canon massives qui lançaient d'énormes boulets de marbre , de manière à dominer entièrement le Bosphore.
C'est pour cette raison qu'il lui donna le nom de Royhaz-Keçen (coupe-gorge ou détroit). C'est à peu près à l'endroit compris entre Roumili et Anadouli-Hissar, probablement un peu au-dessus, là ou le courant est inoins rapide,
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qu'avait été jeté le pont sur lequel Darius avait fait passer l'armée de 700 000 hommes qu'il conduisait contreles Scythes. Mandroclès de Samos, qui l'avait construit, éleva deux colonnes de pierre destinées à perpétuer le nom des peuples qui prenaient part à l'expédition. Darius assistait au défilé, sur un trône taillé dans le roc du mont Hermaeon, qui porte aujourd'hui le château de Roumili-Hissar.
C'est au même endroit sans doute que le Bosphore fut traversé plus tard par les Dix Mille à leur retour d'Asie, par les Croisés, et enfin par les Turcs. C'est aussi là que s'élevaient sous l'empire grec ces anciennes prisons d Etat qui avaient reçu le nom de Tours du Léthé , c'est-à-dire les tours de l'oubli, qui furent détruites par Mahomet IL
Le château de Roumili-Hissar se compose de trois grosses tours
f>rincipHles, d'une muraille eréneée et de quelques tours plus petites ; toutes ces murailles à demi ruinées présentent un aspect très-
fiittoresque. Le village turc qui 'accompagne n'offre rien de particulier à noter.
Balta-Liman (le port de la Hache , appelé dans l'antiquité ruvstcxô- Tro/rç, la ville des femmes) se montre ensuite avec un petit port assez profond, où vient se jeter une petite rivière. On y remarquera l'ancien palais de Reschid- Paeha, appartenant aujourd'hui à son fils Ethem-Pacha, gendre du aultan. C'est là qu'ont été signés le traité ae commerce de lîW8, le traité des cinq puissances en 1841, et la convention de 1849, relative aux principautés danubiennes.
— Nous signalerons ensuite Emirgum oglou Baghtchè, dans une petite baie plantée Je cyprès, et qui possède une fontaine révérée des Grecs. Sur le rivage se dresse une mosquée surmontée d'un globe tout hérissé de rayons en bois dore.
S ténia, au fond d'une crique qui forme le port le plus naturel et le plus profond des rives du Bos-
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phore, est un village presque entièrement chrétien. Il portait dans l'antiquité les noms de Sténos, de Leosthrnes et de Sosthenius. Ce dernier nom provenait du temple et de la statue que les Argonautes y avaient élevés en l'honneur du génie sauveur qui les avait se»
courus dans leur lutte contre Amycus, roi des Bébryces, temple et statue que Constantin le Grand ■ onsacra plus tard à l'archange saint Michel. Le port de Sténia reçut souvent les Hottes des Barbares, qui menacèrent l'empire grec, celle des Bulgares, en 712 et en 921, et en 941, celle des Russes, qui détruisirent de fond en comble la petite ville. — La vallée qui s'ouvre derrière le village conduit à Maschlak, ou l'armée française entretint un camp et un dépôt pendant la dernière guerre. On peut y faire aussi de jolies promenades jusqu'à Balta- Liman, par les terres et les bois de Khosref-Pacha, et jusqu'à Thérapia, par les vignes du logothète Aristarchi.
Yéni Keui (l'antique Cantes Bacehi&, est un gros village grec et arménien, situé sur le promontoire, en face duquel la baie de Beyko2 étale son magnifique amphithéâtre. Les environs de Yéni- Keui. plantés de vignes et de bois de pins, offrent de jolies promenades. Après avoir doublé le promontoire de Yéni-Keui, où Ton a construit une batterie rasante, on longe la gracieuse baie de Kalender, qui sert de promenade aux habitants de
Thérapia. Le nom grec de Thérapia (guérison) a remplacé par euphonie l'ancien nom de Pharmakia (poisons, breuvages), dont l'origine remonte h la légende de Médée. Le nom moderne est du reste justifié par la salubrité du heu, sans cesse rafraîchi par la brise de la mer Noire. Aussi Thérapia est-il devenu la résidence favorite des Grecs et des diplomates. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre y ont leur
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palais d'été. Le sultan y possède un kiosque. Les étrangers qui voudront y résider au mois de mai et de juin, trouveront à V hé tel d'Angleterre un confort suffisant , au prix de 10 fr. par jour. Le port, protégé par une batterie rasante de date récente, est formé par une crique naturelle; un peu plus petite que celle de Sténia, et où débouche la petite vallée de Krio- Néro (eau fraîche). Il a été témoin de plusieurs combats entre les Vénitiens et les Génois. Son quai est bordé de cafés décorés avec un certain luxe, d'auberges, de maisons de plaisance et de jardins. La population est de 3000 habitants, presque tous grecs.
Le palais d'Angleterre est une maison de bois peinte en gris avec des volets verts, et un soleil d'or entouré d'une inscription turque.
Le palais de France, qui appartenait autrefois à la famille Ypsilanti, a été confisqué par le sultan Sélim III, et donné a la France par ce sultan pendant l'ambassade du maréchal Sébastian! , à la suite de l'affaire des Dardanelles.
« C'est, dit Théoph. Gautier, un grand bâtiment à la turque, tout en bois et en pisé, sans aucun mérite architectural, mais vaste, aéré, commode, d'une fraîcheur a l'abri des plus violentes ardeurs de Tété et dans la plus admirable situation du monde. Derrière le palais, se développent des jardins en terrasse, plantés d'arbres centenaires d'une hauteur prodigieuse, incessamment agités par les brises de la mer Noire. Arrivé au remblai supérieur, on jouit d'une perspective merveilleuse. La rive d'Asie étale devant vous les frais ombrages des eaux de la Sultane ; plus loin bleuit le mont du Géant. Sur la rive d'Europe, Buyuk-Déré arrondit sa courbe gracieuse, et le Bosphore, au delà de Roumili - Kavak et d'Anadouli - Kavak , s'évase jusqu'aux lies Cyanées, et se perd dans la mer Noire. Des voiles blanches vont et viennent comme
des oiseaux marins, et la pensée s'égare dans un rêve in6ni. » Le oouraot du Bosphore porte directement depuis la mer Noire jusque sur le palais de France à Thérapia, et, plus d'une fois , les navires, lancés avec trop de vitesse, sont venus effleurer ses murailles de leur mit de beaupré, par-dessus le quai étroit qui règne devant sa façade.
Laissant à gauche le petit promontoire calcaire de Kiretch-Bournou, où l'on trouve un agiasma (source sainte) consacré à sainte Kuphémie, puis le golfe profond ( /9x0wx 9>n?c) de Buyuk-Déré, avec le petit port de Kéféli-Keui, et les belles prairies de la grande vallée à laquelle Buyuk-Déré doit son nom, et où se dresse le platane de Godefroy de Bouillon, et plus loin l'aqueduc de Mahmoud I", l'on aborde a
Buyuk-Déré [\n grande vallée), dernière escale des bateaux a vapeur du Bosphore (départ pour Constantinopfe le matin à 8 iieures, et plusieurs fois dans la journée, sans heure fixe. — Hâttl du Croissant* — Café restaurant d$ la Montagne -V et te). «Buyuk-Déré, dit Théoph. Gautier, est un des plus charmants villages de plaisance qui existent au monde. Le rivage se creuse a cet endroit et décrit un arc où les Ûots viennent mourir par molles ondulations.
Des habitations élégantes, parmi lesquelles on remarque le palais d'été dê l'ambassade de Russie, s'élèvent sur lo bord de la mer, au pied des dernières croupes de collines qui forment le lit du Bosphore, sur un fond de jardins verdoyants; les riches négociants de Constantinople possèdent là des maisons de campagne où, chaque noir, le bateau à vapeur les amène, leurs affaires finies, et d'où ils repartent le matin. — Sur la plage de Buyuk-Déré, se promènent, après le coucher du soleil, de belles dames arméniennes et grecques en grande toilette.
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maisons se mêlent dans l'eau à la traînée d'argent de la lune et aux reflets des étoiles; urne brise saturée de parfum* et de fraîcheur souille doucement, et fait de l'air comme un éventail manié par la main invisible de la nuit. »
La promenade la plus fréquentée de Buyuk-Déré est la grande prairie avec le bouquet de platanes séculaires que nous avons déjà mentionnés. Ces arbres sont au uombre de sept, et portent le nom des sept frères (Yedt-Karxndasch). Le plus ancien, connu sous le nom de platane de Godefroy de Bouillon, semble composé dune agglomération de sept ou huit troncs soudés ensemble. * D'énormes racines, pareilles à des serpents boas à moitié cachés dans leurs repaires, s'accrochent au sol; les ïameaux qui s'y implantent ont plutôt l'air d'arbres horizontaux que de simples branches. > La tradition, q.ui fait camper en cet endroit 1 armée de la première croisade en 1096, n'est appuyée sur aucun témoignage historique : elle a même contre elle un passage d'Anne Comnène, où il est dit que Godefroy , avant de s'embarquer pour Chalcédoine, campa entre le pont Kosmidion et Saint-Phocas, aux environs de la Propontide. Il n'est nullement improbable cependant qu'un détachement de l'armée des Croisés ait pu, à un certain moment, camper à Buyuk-Déré.
La vallée des Roses et le Kautanié-Sou (ruisseau des châtaigniers, forment une jolie promenade au N. de Buyuk-Déré, derrière les jardins du palais de Russie.
Buyuk-Déré est la station la plus favorable pour le voyageur qui voudra bien connaître le Bosphore et les environs de Constantinople. Il est charmant de s'y installer une semaine pendant fa belle saison : on y trouve des caïqs pour visiter la rive d'Asie, le mont du Géant, le çolfe de Beikoi.
Les lumières des cafés et des I Hounkiar-Iskéiessi, etc. , et des
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chevaux pour pousser se» excursions vers îa mer Noire ou vers la forêt de Belgrade. Tout voyageur devra consacrer au moins un jour à cette dernière excursion.
Excursion à Baghtchè-Keui et à Belgrade; aqueducs et forft. — Baghtchè-Keui est situé sur le sommet de la chaîne de collines qui enserrent au N. la longue vallée de Buyuk-Déré, à 5kil. environ de la mer. On y arrive à travers de beaux massifs de platanes et de cyprès , disposés comme un vaste jardin anglais.
En passant aous la grande arcade de l'aqueduc de Mahmoud I*r , on découvre une vue magnifique-, sur la vallée luxuriante de Buyuk-Déré, sur le Bosphore toujours sillonné de navires. L'aqueduc bâti par le sultan Mahmoud l". en 1732, fournit d'eau les faubourgs de Péra, Galata et Bescbik-Tasch. Ce bel ouvrage hydraulique est dû entièrement à lTinitiative du sultan Mahmoud, tandis que Soliman le Grand n'avait fait que restaurer les aqueducs des anciens empereurs de Byxance.
L'aqueduc prend son origine dans deux bend, espèces d'étang3 ou de réservoirs disposés pour recevoir les eaux. L'un se nomme le Bend de Mahmoud, l'autre le Bend de la Validé, ou de la sultane mère de ce souverain. Les ouvrages d'art qui en dépendent sontl'aqueduc en maçonnerie de 21 arches ; deux taksim, ou réservoirs pour diviser l'eau à l'entrée de Péra et des cimetières , enfin une série de pyramides hydrauliques (Soutéraxous) , érigées le long de la route de Péra à Buyuk-Déré, pour augmenter l'impulsion de 1 eau.
Le plus grand nombre de ces pyramide» se voit près de Buyuk- Livend-Tchiftlik , à moitié chemin entre Péra et Buyuk-Déré.
Belgrade est situé à 5 Ici 1 . au delà de Baghtché-Keui, au milieu d'une forêt qui n'a pas moins de Wkil. de circonférence, et qui
petite Balkaa