‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 203 sur 511 · LE BOSPHORE · texte numérisé non relu

LE BOSPHORE

Baie d'Amycus; c'est là que le roi

par

dé bsrquement du tueur d'hommes, c'est-à-dire du sultan) , à l'entrée de la vallée la plus verdoyante du Bosphore. Cet endroit a été de tout temps le séjour favori des sultans ; Mahomet II y avait un kiosque, Soliman le Magnifique y bâtit un palais , qui tomba en ruines et ne fut relevé qu'en 1746 par Mahmoud Ier pour disparaître de nouveau. Sélim 111 construisit dans la vallée une papeterie, dont le luxe est digne d'un palais. En 1833 une armée russe campa dans la vallée, et le 26 juin fut signé le célèbre traité d Hounkiar- Iskélessi , qui fermait les Dardanelles aux flottes étrangères. Le kiosque actuel a été bâti et offert au sultan par Méhémet-Ali, pacba d'Égypte:

il a coûté, dit-on, six millions de francs. Cet édifice , d'un style lourd et prétentieux, est élevé sur des terrasses superposées, dont la masse fait un contraste désa-

fréable avec la gracilité du iosque, petit bâtiment rectangulaire avec quatre avant -corps ornés de colonnes sur les côtes.

Les marbres d'Egypte, les albâtres y ont été prodigués, mais il ferait peu d'effet sans son admirable position. On peut visiter le kiosque et le jardin moyennant un baghchich. — De Hounkiar-Iskélessi, on peut faire une excursion dans la vallée jusqu'aux villages de Ak- Baba (2 h.) et de Zéké-Deré (30 min.

plus loin) , le premier célèbre par ses châtaigniers et ses cerisiers, le second par une source ferrugineuse. Plus loin, on atteint le village albanais, Amaout-Keui, d'où l'on peut revenir par un autre chemin dans la vallée et au village de Bey-Koz.

Continuant à suivre la rive du Bosphore , on rencontre lali- Xruiet

Bey-Koz , gros village turc , qui a donné son nom au golfe le plus splendide du Bosphore. Ce golfe portait dans l'antiquité le nom de

des Bébryoes avait été tué

Pollux, au retour de l'expédition des Argonautes. Un laurier planté sur le lieu de sa défaite (&à?vr, fxxtvofxivY)) avait la propriété singulière de rendre insensés ceux qui cueillaient ses rameaux. La baie de Bey-Koz était autrefois renommée pour la pèche de l'espadon»

qui a tout à fait disparu du Bosphore. C'est là que les flottes anglo-françaises se sont réunies en 1854, avantd'entrer dans la mer Noire. Au fond du golfe, on remarque le petit village et les beaux ombrages de Sultanièh, mais il ne reste plus rien du kiosque charmant qui avait été bâti, sous Murad III , par Usdémir-Oghli- Osman-Pacha, avec les dépouilles des villes qu'il avait conquises sur la Perse.

Continuant àsuivre la rive d'Asie, on rencontre successivement:

Indjir - Keui (le village des Figues) qui possède de beaux jardins, et une manufacture avec une haute cheminée.

Tchibouklu , humble hameau entouré de beaux arbres à l'entrée d'une petite baie. Au v* siècle , l'abbé Alexandre v avait fondé le couvent des Veilleurs (fltx9t/u*rrwv) , dont les moines priaient et chantaient nuit et jour sans interruption.

Kanlidjé (le village sanglant), élevé sur la pointe du même nom f Kanlidgé - Boumou ) , présente l'aspect le plus riant et le plus pittoresque, avec ses jardins et ses belles villas élevées sur des terrasses superposées , ses minarets qui se détachent sur la teinte sombre des cyprès, et les massifs de pins d'Italie , qui couronnent ce charmant amphithéâtre.

Anadouli - Hissar ( le château d'Asie) , qui lait face à Roumili- Hissar, a été, comme celui-ci, bâti parMahomet II, qui le nomma Guzel-Hissar (le beau château). Il est aujourd'hui entièrement désarmé, et ne présente plus que quatre tours en ruines. A cdté du

village, qu'il entoure, s'ouvre la vallée du Gueuk-Sou ( ruisseau céleste), à l'embouchure duquel se trouve la prairie et le kiosque des Eaux-Douces d'Asie.— «C'est, dit M. Théoph. Gautier, une vaste pelouse, veloutée d'un frais gazon, encadrée de frênes , de platanes et de sycomores , qui s'encombre, le vendredi , d'arabas et de talikas, et voit s'étendre sur des tapis deSmyrne les beautés paresseuses du harem. Une charmante fontaine en marbre blanc, toute brodée d'arabesques, toute historiée d'inscriptions en lettres d'or, coiffée a'un grand toit à forte projection , et de petits dômes surmontés de croissants, oui s'aperçoit de la mer, et se détache sur un fond d'opulente verdure , désigne au voyageur cette promenade favorite des Osmanlis. » Le kiosque impérial a été bâti par Mahmoud I*r et restauré par Sélim. La Validé - Sultane , mère d'Àbdul-Medjid, y a fait construire un kiosque nouveau dans le style du palais deDolma-Baghtchè. Plus au S. s'ouvre une autre vallée également pittoresque , celle du Kutchuk-Sou.

Kandilli (la lanterne), nommé dans l'antiquité mpippoov, à cause de la violence du courant qui vient s'y briser directement, est peutêtre le plus beau et le mieux situé des villages du Bosphore. Son nom, qui signifie lanterne, lui vient de la lanterne qui couronne audessus du village la colline de Idjadièh , et où l'on a établi un signal et un canon pour annoncer au loin les incendies. De ce point élevé l'on jouit du panorama le plus complet du Bosphore.

Koulléll montre une petite mosquée et une vaste caserne de cavaleriebâtie le long du rivage. Sur la hauteur qui le domine s'étend Koullè-Baghtchessi (le jardin de la tour), avec un kiosque du sultan caché dans un bouquet d'arbres.

C'est là que Soliman fut caché pendant trois ans, dans une tour, et dérobé, par le dévouement du

D'EUROPE. [Routk 58.]

Bostandji-Bachi , à la fureur de son père Sélim I*r, qui avait ordonné son trépas , mais qui fut heureux de le retrouver en vie à son retour d'Egypte. Soliman , devenu sultan , remplaça la tour par un jardin magnifique. Ce lieu portait aussi autrefois une église de Saint-Michel archange.

Tchengel-Keui (village du Croc), ainsi nommé à cause de la vieille ancre de fer que Mahomet II y trouva sur le rivage. On voit de jolies villas , et un kiosque impérial qui rappelle le souvenir des sanglantes exécutions ordonnées par Murad IV.

Beylerbey - Keui , gros village avec un grand palais en bois jaune et gris, bâti par Mahmoud IL L'aspect de ce palais, encore plus insignifiant que celui de Tchéragan, est celui d'un grand couvent.

Au-dessus de Beylerbey se dresse le sommet du mont Bouigourlou.

Istavros présente une jolie mosquée a deux minarets, qui n'est qu'une ancienne église grecque.

Kouzgoundjouk (le petit corbeau) avec le port de Eukuz-Liman , et ses magasins de blé, n'a rien de remarquable, mais c'est le dernier village de la rive asiatique du Bosphore avant Scutari.

Scutari.— Le mont Boulgonrlon.

Kadi-Keui.

Une journée suffit pour visiter Scotarile mont Bouigourlou et Kadî-Keui, «n se rendant de Scutari au Bouigourlou, 4 kil. environ; du Bouigourlou à Kadi-Keui.

2 kil. 1/2.— Retour à Scutari par le Gran i Cimetière, l kil. 1/2.

Scutari ou Ouskoudar. — Bistoire. — Cette ville devait son nom antique de Chrysopolis, selon Je* uns, à Cbrysos, fils d'Agamemnon et de Chryséis, selon les autres, à cette circonstance que les Perses y avaient déposé le trésor des contributions levées sur la Propontide.

Chrysopolis était une dépendance de Chalcédoine. Polybe la mentionne comme le point d'où ion

Ko LTE 5b*. J SCU'J

« embarquait pour franchir le Bosphore, et où, d'après les avis d'Alcibiade, les Athéniens avaient établi, un péage pour les navires.

Etat actuel. — Scutari, le plus important des faubourgs de Constantinople, est bâti en amphithéâtre en regard de cette ville. Le débarcadère de Scutari se présente sous l'aspect le plus pittoresque. C'est une sorte de plancher flottant composé de grosses poutres. A gauche est un café, sur un petit môle qui s'avance dans l'eau. Le café est entouré de bancs, toujours garnis d une foule de fumeurs. Au pied du môle circulent les caïqs, les canots, les embarcations de toute espèce. Un peu en arrière, apparaissent les murailles blanches de Bnyuk - Djami. Cette mosquée , avec son minaret, sa coupole, ses terrasses mamelonnées ae petits ddmes en plomb entre lesquels s'élèvent quelques arbres, produit un très-joli effet. Une fontaine surmontée d'un toit en auvent, bordée d'arabesques , de rinceaux , bariolée d'inscriptions turques sculptées en relief dans le marbre, occupe le centre de la place, en forme de quai, où vient aboutir la principale rue de la ville. La plupart de ses maisons sont peintes en rouge. La circulation y est très-active. On y voit de nombreux arabas, traînés par des bœufs ou des buffles noirs, monter et descendre incessamment. La largeur de cette voie en fait d'ailleurs un véritable marché. A droite, s'élève La mosquée de la sultane Validé, flanquée de deux minarets à deux étages chacun. Le turbc de la fondatrice, placé auprès de la mosquée, est surmonté par un dôme formé d'une grille à jour.

La grande rue se bifurque alors.

La rue à gaucbe, où l'on pourra visiter une école turque, se continue avec la route du mont Boulgourlou (V. ci-dessous). La rue à droite va aboutir au grand cimetière turc et à la plaine d'Haïdar-Pacha. On y rencontre d'abord, àdroite, lepalais du pacha gouverneur ; plus loin,

Page 1