‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 206 sur 511 · PAR MBE.— ILES DK LA TH&ACE · texte numérisé non relu

PAR MBE.— ILES DK LA TH&ACE

De Constantinople a la sortie des Dardanelles, V. R. 58 (p. 344 à 349, lisez à rebours). — En sortant du détroit, le navire se dirige à I/O., et, laissant au N. le golfe d'Énos , passe entre les lies de Lemnos, Samothrace et Imbros.

Lemnos, appelée par les modernes Stalimene (du çrec tU râ /f/xïvsc), est la plus considérable des îles <\u\ occupent le fond de Ja mer Égée, en lace do Ténédos et du mont Athos. Elle mesure environ quinze lieues de longueur de l'E. à l'O., sur cinq à six de large du N. au S. Elle est dominée par deux sommets principaux , dont l'un est le mont Mosychle, ancien volcan mentionné dans les poètes de l'antiquité. Elle produit du vin, des fruits, des légumes et une terre bolaire rouge, appelée terre sigillée, recherchée des Turcs et des Grecs comme médicament astringent.

Histoire. — Les anciens, frappés des phénomènes volcaniques de Lemnos, avaient fait de cette lie le séjour de Vulcain. On connaît la légende suivant laquelle les Lemmennes massacrèrent tous leurs maris, et accueillirent plus tard les Argonautes. C'est à Lemnos que Philoctète blessé fut abandonné par les Grecs. — Les premiers renseignements historiques sur Lemnos remontent seulement au xne siècle avant J.-C.

Habitée d'abord par des colonies

pélasgiques, cette île fut, en 510 avant J.-C , conquise par Miltiade, riche Athénien dont la famille régnait dans la Chersonnèse de Tbrace. Prise par les Perses, reprise par les Athénieus, Lemnos changea plusieurs fois de maîtres, et resta enfin à la Macédoine, pour passer plus tard aux Romains. Elle fit partie de l'Empire Grec jusqu'à la quatrième croisade. Elle appartient aux Turcs depuis 1657.

La capitale de l'île, appelée Lemno ou Stalimène, est située sur le penchant d'une colline qui se termine au bord de la mer; on y voit un château qui a été le séjour de la garnison turque et du gouverneur.

Kokkino , l'antique Héphestia, possède un bon port avec un ancien château ruiné. La population de Lemnos est de 30 000 bab.

Imbros. Cette île , située à 40 kilom. à l'O. de la Chersonnèse de Thrace , mesure, selon Pline, 116 kilom. de circuit. Elle est haute et montueuse, mais moins élevée que Samotbrace : elle est arrosée par un cours d'eau appelé l'Ilissus.

Imbros a toujours partagé le sort des îles voisines. Elle contient aujourd'hui 3,000 habitants, cultivateurs et pécheurs. Le villape principal, qui porte le nom de i'Ue, est situé sur la céte orientale et possède un assez bon port.

Non loin de là, on reconnaît les ruines de l'ancienne ville et les vestiges d'un temple.

Samothrace , située au N.-O.

d'Imbros, mesure environ 48 kil.

de tour. < Cette île, dit M. L. Lacroix (ouvr. cité), n'est à propre-

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ment parler que la base de l'im- le port des Thasiens. Les ruines

mense cône oui la surmonte, et que l'on appelle le Mont Saoce, aont la cime, plus élevée, dit-on, que celle de l'Athos, domine de sa hauteur de 2,000 mètres environ toutes les lies, toutes les mers et toutes les côtes environnantes. >

Histoire. — Samothrace a dû toute sa célébrité, dans l'antiquité, à ses mystères religieux, et au culte des dieux Cabires, dont la mythologie grecque faisait les fils de Vulcain, et dans lesquels on retrouve une trace du dogme de la Trinité, venu de l'extrême Orient.

Samothrace avait vu naître Dardanus, fondateur de l'empire de Troie, Jason et Harmonie, enfants de Jupiter et d'Electre.

La population primitive de cette lie était d'origine pélasgique; plus tard elle appartint aux Ioniens, et suivit toutes les vicissitudes des lies de l'Archipel. Son sol est peu fertile, et l'industrie de ses habitants est nulle.

Beaucoup plus loin au N.-O., à l'entrée du golfe de Ravala, s'élèvp l'île de

Thasos, située en face des côtes de Thrace, dont elle n'est séparée que par un canal d'environ deux lieues, tout près de l'embouchure du Nestus. Sa longueur, d'orient en occident, est de quinze milles d'Italie, et son circuit de quarante.

L'île est petite et compte environ 4 à 5,000 nabitants, tous Grecs.

Une colonie phénicienne vint s'y établir au xvi« siècle avant l'ère chrétienne , et tira une grande richesse de l'exploitation de ses mines d'or. Soumise par les Perses en 493, puis par les Athéniens, qui la ruinèrent en 466 à l'occasion d'une révolte, Thasos suivitdepuis toutes les vicissitudes des lies grecques. Elle appartient à la Turquie depuis 1462. Elle donna le jour à Polygnote, l'un des plus grands peintres de l'antiquité.

c L'ancienne ville de Thasos était située sur la côte N., sur des collines qui dominent une rade assez vastc,au fond de laquelle était

s'appellent Palœo- Castro et le port Pyrgo, d'une tour vénitienne construite avec d'antiques pierres de marbre. » On voit encore les restes de l'ancien môle du port et quelques tombeaux ornés de sculptures. La ville proprement dite occupait trois collines séparées par de profonds ravins; ces hauteurs sont couvertes de ruines, celle du nord était l'acropole do la ville. Les Vénitiens réparèrent cette citadelle. Le lion de Saint- Marc est encore sculpté sur une porte. On observera, sur la troisième de ces hauteurs vers le sud, un escalier taillé dans le rocher, de vastes carrières antiques et une porte que l'on peut préférer à la portede Mycène.Non foin de laville antique est une statue colossale du dieu Pan, sculptée dans le roc.

Le navire double la Péninsulc- Chalcidique, avec ses trois promontoires, de monte Santo ou Hagion- Oros (Athos) (K. 62.), de Longos et de Kassandra, séparés entre eux par les golfes de Hagion-Oros et de Kassandra. Au delà du cap Kassandra, on entre dans le golfe de Salonique, dont les beaux aspects sont décrits R. 61 et 02, et doublant enfin la pointe Kara-Boumou, on aborde bientôt dans le port de

SALONIOUE.

t.— On ne trouve à Salonique qu'une mauvaise auberge tenue par un Italien ; mai» il est facile de ne procurer un bon logement dans le» maisons grecques.

Bateaux à vapeur. — Messageries impériales françaises, tous les 15 jours, pour les Dardanelles, Gallipoli et Constantinople, le mercredi ; pour Volo U l* Pirce, le mardi.— Lloyd autrichien, pour Ravala , les Dardanelles, Gallipoli et Coastantinople, tous le» mardis.— Poux Volo, tous les lundis.

Salonique, ou Sélanik (6ew«>ovtx»j), fut d'abord appelée Therma.

à cause des sources thermales qui abondent dans ses environs. Xer-

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xèa campa dans cette ville, et, apercevant sur la côte opposée du golfe Tbermaïque les hauts sommets de l'Olympe et de l'Ossa, il résolut d'explorer le Pénée. — Therma, prise par les Athéniens au début de la guerre du Péloonèse, fut rendue plus tard à erdiccas, et reprise ensuite par Fausanias.

En 315, Cassandre rebâtit Therma» et lui donna le nom de sa femme Thessalonique, sœur d'Alexandre.

La position de cette ville et son génie commercial l'avaientrendue la place la plus importante de la côte, lorsqu'après la bataille de Pydna elle se soumit aux Romains et devint sous leur domination la capitale de toute la Macédoine.

Elle servit de quartier général au sénat et au parti de Pompée. Plus tard elle embrassa la cause d'Octave et d'Antoine contre Brulus et Cassius, et obtint en récompense Je titre de cité libre. Pendant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, et même après la fondation de Constantinople, Thessalonique fut la capitale de tout le pays compris entre l'Adriatique et la mer Noire, et sa population s'éleva jusqu'à 230,000 habitants. Au ni*9 siècle, elle fut érigée en colonie romaine pour protéger l'empire contre l'invasion des Barbares. On se rappelle l'épouvantable massacre de Thessalonique ordonné par Théodose, et la pénitence publique que saint Ambroise imposa à cet empereur. — Du vi« au v nie siècle, 'J hessalonique soutînt plusieurs luttes sanglantes avec les Slaves. En 904. elle fut prise et pillée par les Sarrasins.

Les Normands, sous la conduite de Tancrède, s'en emparèrent en 1185, et traitèrent ses habitants avec la plus grande barbarie. Au commencement du xin« siècle, elle passa sous la domination des marquis de Montferrat, qui prirent le titre d'empereurs de Thessalonique. Vendue aux Vénitiens par les empereurs de Constantinople, Sa-

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Ionique fut enfin prise en 1430 par les Turcs, au pouvoir desquels elle se trouve encore aujourd'hui.

Saint Paul prêcha le christianisme aux Thessaloniciens (Actes des Apôtres, xvm) et leur adressa deux épltres.

Thessalonique, regardée comme la capitale du christianisme en Orient, fut appelée la villa orthodoxe. Sous le règne de Léon l'Isaurien, les provinces dépendantei de Salonique furent les premières à rejeter l'autorité de Home, et donnèrent le signal du grand schisme d'Orient. Eustathiua, le célèbre commentateur de l'Iliade et de l'Odyssée, était évéque de Thessalonique en 1185.

Description. Salonique, située au fond du beau golfe du même nom, compris entre les caps Vardar et Karabournou, s'élève en amphithéâtre au-dessus de la mer. Son vieux château qui la domine, ses blanches murailles garnies de tours, ses maisons étagt-es sur le flanc de la colline, ses élégantg minarets et ses sombres plantations de cyprès lui donnent un aspect aussi imposant que pittoresque. Mais l'intérieur ne répond nullement à l'attente du voyageur.

Les rues sales, étroites et sinueuses, sont étouffées entre des maisons oui ne sont, pour la plupart, que de misérables constructions en bois. Opendant, grâce à sa belle position, et grâce à la profondeur et à la sécurité de son vaste port, Salonique est l'entrepôt principal du commerce de la Macédoine, et l'une dps échelles les plus importantes de l'Orient.

Sa population s'élève à environ 70.000 hab.

Salonique renferme plusieurs monuments intéressants :

La Citadelle ou Château des Sept-Tours, occupe, comme nous l'avons dit, la partie supérieure de la ville. C'est une construction vénitienne oui repose sur des soubassements helléniques. A l'intérieur se trouvent des fragments de colonnes en vert antique, appar-

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tenant sans douto à un temple de Jupiter, et les débris d'un arc de triomphe. Une inscription nous apprend que ce dernier monument fut élevé sous le règne de Marc-Aurèle en l'honneur d'Antonin le Pieux et de sa fille Faustine.

Les Murailles, qui ont environ 8 kil. de circuit, reposent sur des fondations cyclopéennes; elles datent du moyen âge et se composent de débris antiques de toute espèce. Ces murailles crénelées et garnies de tours forment autour de la ville une ceinture d'une blancheur éblouissante. La ville est encore défendue du côté de l'E. et de l'O. par deux ravines profondes qui descendent de la citadelle jusqu'à la mer.

Salonique est coupé de l'E à 1*0.

par la grande rue du Bazar. Si l'on en juge par les deux arcs de triomphe aont On voit encore les débris à ses deux extrémités, cette rue suit la même direction que l'antique Fia Egnatia, qui mettait en communication la Thrace et la Macédoine avec les bords de l'Adriatique.

L'Arc de Constantin, situé près de la porte de Callamarie et à l'extrémité E. de la grande rue, a été élevé en l'honneur de Constantin, après sa victoire sur Licinius ou sur les Sarinates. Cet arc, à moitié ruiné, était bâti en briques et recouvert de plaques de marbre, surlesquels on distingue quelques bas-reliefs représentant des chameaux.

A l'autre extrémité de la rue et près de la porte Vardar, se trouve un second arc, qui rappelle probablement la victoire d'Octave et d'Antoine îiPhilippps. Sa base est enfoncée dans le sol; il mesure environ 5 met. 60 de haut sur 3 mèt. 60 de large. On y remarque un bas-relief représentant un Romain couvert de sa toge et debout près d'un cheval. Une inscription tort curieuse, que l'on peut encore déchiffrer, donne une liste des politarques ou chefs de la ville.

Prèo de la rue du Bazar et dans

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le quartier juif, s'élève le Sureth- Maleh, ou Propylées de l'Hippodrome. Ces ruines remarquables se composent de quatre colonnes corinthiennes, dont l'architrave supporte des caryatides. Les juifs croient que ces figures ont été pétrifiées par enchantement et les appellent las Incantadas. La Rotonde, maintenant convertie en mosquée, était primitivement un temple bâti sous Trajan et consacré au culte des dieux Cabires. Ce monument, comme son nom l'indique, est de forme circulaire et rappelle le Panthéon de Rome.

L'extérieur du dôme est revêtu de mosaïques.

La mosquée de Sainte-Sophie, ancienne église chrétienne, représente sur une échelle moins vaste le même plan que Sainte-Sophie de Constantinople. Selon la tradition, elle fut aussi construite sous le règne de Justinien, par l'architecte Anthémius. On y montre au voyageur crédule une chaire en vert antique, dans laquelle saint Paul aurait prêché pendant son séjour à Thcssalonique.

La mosquée de Saint-Dimitri, autrefois l'église métropolitaine, est remarquable par son architecture et par une double rangée de colonnes en vert antique.

La mosquée d'Eski-Djumà occupe l'emplacement du temple de Vénus Thermaïque. On y remarque encore six colonnes doriques du Pronaos enclavées dans le mur.

Do Salonique à Constantinople, par terre (R. GO). - A Zeitoun (R. Cl). — Au mont Athos (R. 62).

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