DE SALON1QUE AU MONT ATHOS
Roole directe; 2 j. (Î4 h.), — par Olyntht et Polidëe, 3 j. (31 h.).
En quittant Salonique par la porte de CaUamarie , on pénètre dans la grande péninsule chalcidique, ainsi nommée des nombreuses colonies de Chalcis en Eubée, qui vinrent s'y établir.
La route directe pour le mont Athos coupe la péninsule dans la direction au S.-E. et traverse une grande plaine ondulée et aride ; mais après (7 h.) Galatsista . de fraîches vallées, de jolies collines et d'épaisses forêts viennent rompre la monotonie du paysage jusqu'à (6 h. ) Larégxm, gros v. grec où Ton passe ordinairement la nuit, dépassant ensuite { 5 h. ) Nisovoro , qui renferme quelques débris helléniques, on se dirige au S. par une route pittoresque, en vue du golfe de Contessa, pour atteindre (6h.)
Erisso ou Hiérisso ( 17 h. de
Galatzista). Ce v. marque l'emplacement d'Acanthe, ville importante , fondée par une colonie d'Andros ; Xerxès s'y arrêta pendant son expédition contre la Grèce. Prise en 424 par Brasidas
ArchélaùB institua des jeux olym- et annexée plus tard à la Macé-
doine, elle fut saccagée par le flotte romaine pendant la guerre avec Philippe (200). — Érisso est situé au fond du golfe de Stellana et sur l'isthme étroit qui unit le promontoire du mont Athos à la péninsule chalcidique. Lev., bâti sur la pente d'une colline, est dominé par une forteresse du moyen A^e, reposant sur des soubassements helléniques en granit. On Toit encore, près du port, quelques restes d'un môle antique. Érisso est le seul point abordable de la côte £. du Monte Santo ; on y trouve de petites barques pour Thasos et Kavaja ( V. R. 59 et 60).
Au sortir d'Érisso on franchit une chaîne de collines pour descendre dans la petite plaine de Pravlika, la partie la plus étroite de l'isthme du mont Athos. C'est cette langue de terre, large tout au plus de 2 kilom. , que Xerxès fit couper pour éviter de doubler le promontoire d'Acté, autrefois si fatal à la flotte de Darius. Plusieurs auteurs , anciens et modernes , ont regardé cette entreprise de Xerxès comme une fable sortie de l'imagination des historiens grecs 1 , mais des découvertes récentes ont donné raison aux assertions d'Hérodote et de Thucydide. On retrouve encore des excavations, des terrassements et des fondations qui indiquent la direction du canal de Xerxès. L'exé- " cution du travail était facile, grâce à la nature du terrain; on comprend d'ailleurs ses avantages à une époque où la navigation était peu avancée, car , même de nos jours, les marins grecs hésitent à doubler le mont Athos pendant les mois d'hiver.
Après avoir traversé la plaine boisée et cultivée de Pravlika, où les couvents possèdent un grand nombre de fermes , il faut gravir, par un sentier en sigzags , une chaîne de montagnes qui ferme complètement l'entrée du promontoire du mont Athos. On arrive
1 Veliftcattu ÀthMelqoidquid Gr»ri» niendai Aodet io bittohl. (Ju?8*At.)
D'EUROPE. [Rodtb 02.]
. bientôt à un Dervêni occupé par une garde de soldats chrétiens, entretenus par les couvents pour fermer le passage aux voleurs, aux femmes et aux animaux femelles de toute espace.
Le mont Athos (Monte Santo ou Haeion Oros) est un promontoire rocheux et coupé de ravins, long d'environ 40 kilom. et large au plus de 6 kilom., qui s'étend du N. au S., entre le golfe de Contessa et le golfe Sinçitique. Il est terminé au S. parle mont Athos proprement dit, immense cône de calcaire blanc qui s'élève à une hauteur d'environ 2,000 mètres.
Ce promontoire était connu dans l'antiquité sous le nom d'Athos ou d'Acte. Selon Homère, Junon s'y arrêta dans sa fuite de l'Olympe & Lemnos. Les Hellènes y fondèrent les cinq villes de Dium , Cléones, Thyssus, Olophyxuset Acrolhoum, dont l'histoire n'a conservé que les noms. S'il faut en croire la tradition, les premiers couvents de l'Athos remontent à l'impcra.trice Hélène, mère de Constantin.
Plus tard, grâce au zèle des empereurs, le promontoire se couvrit de monastères. Chacune des nations du culte grec voulut avoir son couvent au mont Athos, qui devint ainsi un but de pèlerinage et une sorte de terre sainte. — Lors de l'invasion turque , lot moine* du Monte Santo »e soumirent à Mahomet II, avant la prise de Constantinople. Par cette conduite habile, ils obtinrent le maintien de tous leurs privilèges et le droit de former une espèce de république qui existe encore de no§ .
jours. Cependant, en 18Î1 , les moines, s'étant déclarés en faveur de l'insurrection grecque, virent un grand nombre de leurs couvents pillés, et durent héberger jusqu'en 1830 un corps de 3,000 soldats. De plus, les terres qu'ils possédaient dans le Péloponèse furent confisquées sous le gouvernement de Capo d'Istria. Depuis ce temps , grâce à la munificence de la Russie, les couvents se sont relevés ,
(Routb <».] LE MO:
mais ils n'ont pas recouvré leur ancienne splenaeur.
Le mont Athos compte une vingtaine de couvents et de nombreux ermitages renfermant environ 3,000 moines. Les intérêts généraux des couvents sont réglés par le saint synode de Karv© ( V.
plus loin). Cette assemblée est formée de vingt députés nommés chaque année par les moines, et de quatre présidents chargés du pouvoir exécutif. Un des présidents a le pas sur les trois autres et se nomme le premier homme d'Athos. Le synode a sous ses ordres une cinquantaine de soldats chrétiens; il ne se mêle que des intérêts temporels et généraux , car chaque couvent est indépendant et possède son administration particulière. Les couvents sont de deux classes : les cénobites et les idiorhy thmiques. Dans les premiers, les moines sont soumis à une vie commune et obéissent à un abbé.
Dans les second*, ils vivent à leur guise ; le couvent ne fournit que le pain et le vin. La communauté est dirigée par deux ou trois pères élus chaque année. Les moines, comme tous les Orientaux , sont fort sobres et mangent rarement de la viande ; ils ont, dans l'Eglise grecque , une grande réputation Se sainteté. Mais il est permis de douter que leur abstinence et leurs pratiques superstitieuses suffisent a entretenir une grande pureté de mœurs , si l'on se rappelle cette loi, regardée comme indispensable, qui interdit l'entrée delà péninsule sacrée, non -seulement aux femmes, mais encore aux femelles des animaux. Si le touriste ne visite pas le mont Athos avec le zèle religieux des milliers de pèlerins grecs qui v affluent de tous les points de l'Orient, s'il a peine à retenir un sourire a l'a*pectsingulier de cette religion pétrifiée, oui a conservé en plein xix* siècle les superstitions du moyen âge et les pratiques minutieuses du Bas-Empire, il rendra souvent justice à la naïve piété de ces pauvres reli-
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gieux; il pourra d'ailleurs faire dans ces couvents des études du plus haut intérêt. 11 y trouvera une mine inépuisable de monuments byzantins, de sceaux , de chartes, de manuscrits enluminés , de reliquaires curieusement fouillés. Il visitera avec intérêt les bibliothèques qui reposent en paix sous une épaisse couche de poussière.
Les manuscrits sont au nombre de 13,000 et se rapportent presque tous à la théologie ; mais il reste peut être des découvertes à faire, car autrefois les bibliothèques, soigneusement rassemblées, étaient riches en chefs-d'œuvre classiques. Quant aux moines actuels et aux séminaristes du mont Athos , ui passent pour les plus savants e l'Orient, ils connaissent à peine les titres de quelques-uns de leurs livres. C'est, du reste, une excursion unique dans son genre, que de parcourir ce pays sauvage et pittoresque, couvert de vieux couvents byzantins , de chapelles , d'ermitages , et uniquement peuplé de moines et d'anachorètes.
Tournée des couvents de V Athos.
Parmi les vingt couvents de l'Athos, quelques-uns seulement méritent d'être visités : ce sont surtout ceux de Lavra etdeZographou. La tournée complète demanderait quinze jours ; mais, en une semaine, on a largement le temps d'explorer tout ce qu'il y a de vraiment curieux. On doit se munir à Karya d'une lettre de recommandation circulaire. On trouvera aussi, dans ce village, des mulets qui sont indispensables pour faire le voyage, car les chevaux ne peuvent passer dans les sentiers ae montagnes.
Les couvents sont placés en vue de la mer, sur la cote E. et O. ; nous les indiquerons successivement en partant d'Émio et en faisant la tournée complète.
En quittant le Dervéni, a l'entrée du promontoire , on suit la côte E. par une route pittoresque où l'on rencontre les couvents de Khiliandarion , de Sphigmsnou et
de Vatopssdion. On laisse ensuite sur la gauche les couvents de Pantokrator etde S tavronikit es pour atteindre ( 4 h.)
Karyae. Cette petite ville, située au centre du promontoire, est la capitale de Monte Santo et le siège du saint synode. Sa population, exclusivement mâle , est de 4 à 500 âmes. Un officier turc y réside et sert d'intermédiaire avec le sultan ; c'est le seul musulman qui y soit toléré. Le bazar est assez bien approvisionné , mais on n'y trouve, en fait d'animaux, que des chevaux , des bœufs, des béliers, des boucs et des coqs.
La principale église de Karyae, qui passe pour la plus ancienne du mont Athos, mérite d'être visitée.
En quittant la capitale, un sentier détestable, taillé en corniche au-dessus de la mer, suit la côte dans la direction du S. A mesure que l'on avance, les montagnes s'élèvent et deviennent plus sauvages , et de sombres forêts de pins grimpent sur leurs flancs escarpés. A chaque instant, au milieu de ces imposantes solitudes, se montrent des chapelles, des grottes consacrées et des cénobites. On rencontre'successivement les couvents de (;2 h.) Iviron (Ibéron ) , de Philothéus. de Karakalo et de ( 5 h.)
Lavra. Ce dernier, qui remonte au xe siècle, est regardé comme le premier du mont Athos. C'est, en effet, le plus grand et le plus remarquable. Cet édifice solitaire et imposant est situé au pied du mont Athos et sur un plateau qui domine le cap Smyrna. Les vagues viennent se briser contre les sombres rochers sur lesquelles il s'élève. Comme les autres couvents, Lavra ressemble à un village fortifié; on y arrive par un long passage voûté, fermé par plusieurs portes en fer massif. Lavra renferme deux églises dont les dalles sont incrustées de marbre; sa bibliothèque est la plus riche et la plus considérable du Monte Santo.
Au pied du couvent se trouve un
D'EUROPE
[Route 62.]
petit port défendu par une tour , où les moines ont quelques bateaux. On peut, quand le temps est beau, s'y embarquer pour se rendre au couvent de Saint-Paul en doublant le Monte Santo.
Ascension du mont Athos. — ( De Lavra au sommet et retour, ljour.) Cette montagne s'élève brusquement au-dessus du couvent. On suit d'abord un sentier abrupt , a travers une forêt de chênes et do
f>in8, qui gravit le flanc N.-E. de 'Athos. On monte ensuite dans une gorge remplie de pins jusqu'à la Chapelle de la Vierge, située audessous de la région des bois et au pied de l'immense cône de calcaire blanc qui forme le sommet de la montagne. A partir de ce point, le sentier devient impraticable pour les mulets. Une montée pénible conduit à la chapelle de la Transfiguration qui couronne le mont Athos. Un magnifique panorama se déroule alors devant les yeux du voyageur : le regard, arrêté tout d'abord par le haut sommet de Samothrace , va se perdre ensuite au milieu des lies innombrables de la mer Egée. Au N.-E., la cote de la Thrace se découpe sur les eaux bleues des golfes de Contessa et de Kavala. Au delà des promontoires de Longos etdeCassandra , qui se projettent à l'E. de l'Athos , l'Olympe élève majestueusement ses cimes neigeuses à l'horizon; plus au S., on aperçoit le vague profil de la côte de Thessalie et les hauts sommets de l'Ossa et du Pélion.
Redescendu à Lavra, on se dirige à l'O. par un sentier taillé en corniche dans la falaise qui surplombe la mer pour atteindre Sainte-Anne, lieu de retraite ascétique appartenant au couvent de Lavra , et où est conservée précieusement une relique de sainte Anne : son pied desséché, que les moines permettent au voyageur de baiser, après avoir revêtu leurs habits sacerdotaux et allumé les cierges.
Le couvent de Saint-Paul (10 h.
[Route 69.] OLYNTHE.
de Lavra), ai tué au S.-O. du Monte Santo » dans une position pittoresque, doit son nom à un fils de l'empereur Maurice qui fut son fondateur. Presque tous les moines sont céphaloniens et sous la protection du consul anglais de Salonique.
En remontant la côte S. par un mauvais sentier, on rencontre successivement les monastères de Saint-Denis, Saint-Grégoire, Simopetra , Xéropotamou , Roussikon, S aint - X énophon , Dohhéiaréion , Kastamonitou et (10 h. ) Zographou. Ce dernier couvent , placé dans une position des plus pittoresques, à quelque distance de la mer et au milieu d'un bois de chénesetde marronniers, fut fondé au ix* siècle , sous le règne de Léon le Philosophe. Il possède un tableau bien remarquable , s'il fallait en croire les moines, car il aurait été peint , non par un homme, mais parla main divine ; la naïveté de 1 exécution, pour ne pas dire plus , n'ébranle pas la foi des fidèles !
En quittant le couvent, on se dirige au N.-E. pour rejoindre le Dervéni à l'entrée du promontoire, la vallée de Pravlika, le canal de Xerxès et ( 7 h.) Érisso , point de départ de cette excursion , d'où le voyageur peut retourner directement à Salonique , ou, suivant une route plus longue que nous allons décrire, explorer la péninsule chalcidique.
En quittant Érisso on contourne le golle du Monte Santo ( ancien golfe Singitiquc) pour traverser Je v. de Pyrgardikia et atteindre (8 h. ) Hagios yicolaos , petit port situé sur le promontoire deSithonia, qui projette au S. ses belles montagnes boisées. Traversant ce promontoire jusqu'à Derna , et côtoyant le golfe de Cassandre, qui ressemble à un grand lac, tellement les promontoires de Sithonia et de Cassandre se rapprochent au S. , on atteint (8 h.) Hagios Marnas (16 h. de Érisso), qui occupe l'emplacement de
— POTIDEE.
Olynthe. C'était une ancienne ville de Macédoine, qui passa aux Grecs de Chalcis , vers l'époque des guerres médiques. Prise et saccagée parArtabaze, elle se releva sous le roi de Macédoine Perdiccas, dut à l'expédition de Bra- .
sidas sa complète indépendance, et devint le centre d'une confédération puissante vers 392. — Attaquée par les Spartiates en 383 , elle leur résista jusqu'en 379. Sa chute privait la Grèce de son boulevard contre les Macédoniens.
Olynthe abaissée sut cependant résister à Philippe, et l'éloquence de Démosthène lui valut les secours des Athéniens : elle succomba pourtant par la trahison et fut détruite de fond en comble par Philippe — Olynthe était située sur le promontoire de Pallène (Cassandra) et en vue des golfes de Cassandre et de Salonique. Il ne reste plus de cette ville puissante que quelques fragments de colonnes et des soubassements de temples en granit. Les ruines laissées par Philippe ont servi de carrière aux moines du mont Athos pour la construction de leurs couvents.
A une heure au S. d'Olynthe et dans le promontoire de Pallène, on trouve le village de Pinaka, qui marque l'emplacement de l'antique
Potidée. Cette ville , fondée par une colonie de Corintbe, se soumit d'abord aux Perses, qu'elle repoussa victorieusement après la bataille de Salamine. Devenue tributaire des Athéniens , elle s'efforça de secouer leur joug et soutint avec courage, mais sans succès, un siège obstiné de deux ans. Assiégée , prise et reprise plus tard par Brasidas, les Olynthiens et les Athéniens, elle tomba finalement au pouvoir de Philippe, qui fit vendre ou massacrer tous ses habitants. Cassandre rebâtit Potidée et lui donna le nom de Cassandrcia . Elle devint dès lors une des villes les plus puissantes et les plus riches de la Macédoine.
Son importance fut encore aug-
fi
m entée par la création d'un arsenal maritime, sous le règne de Philippe, fils de Démétrius. Pendant la guerre avec Percée (169) , elle put repousser la flotte romaine soutenue par Eumène. Érigée plus tard en colonie romaine par Auguste, elle fut entièrement détruite par les Huns.
Potidée était située au fond du golfe Coronaïque . (Cass*ndra) et sur l'isthme du promontoire de Pallène. On voit encore les traces d'une muraille qui traversait l'isthme, et plusieurs blocs helléniques. L'antique port n'est plus qu un vaste marais.
En 1821, les habitants du promontoire de Cassandre se déclarèrent en faveur de l'insurrection recque ; le pacha de Salonique es fit passer au fil de l'épée et détruisit tous leurs villages. Depuis quelques années seulement, le pays s'est repeuplé ; il est trèsfertile et produit les légumes et les fruits pour la consommation de Salonique .
De retour h II agios Marnas , il faut traverser un pays ondulé et aride j la monotonie de la route est cependant compensée par la belle vue que l'on a sur le golfe de Salonique, la cAte de Thessalie, le Pélion, l'Ossa et l'Olympe.
Après avoir dépassé les v. de {5 h. ) Kardia , de ( 4 b. ) Batè» , on laisse à gauche le cap Kara-Bournou pour atteindre ( 4 li. ) Salonique ( V. H. 59).