‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 220 sur 511 · LE DANUBE · texte numérisé non relu

LE DANUBE

Rien de plus beau, d'ailleurs, que le coup d'oeil offert par les montagnes boisées de la Serbie qui bordent la rive droite, 'et auxquelles viennent répondre,' depuis Goloubatz (r. dr.), les crêtes non moins sauvages du Banat. Le château de Goloubats est un très-curieux spécimen de l'architecture féodale des anciens Serbes. Sur la rive gauche et en face, est la fameuse caverne des moucherons, (en allemand Muckenhohls) , d'où sortentees essaims de moustiques (similium reptans golubatsense) qui déciment si cruellement le bétail des bords du Danube et étendent leurs ravages jusqu'au delà de Vidin. On a muré sans succès l'entrée du Milckenhôble, ce qui a fait reconnaître que cet insecte n'existe pas seulement dans cette grotte.

Après Drankova , on passe les premières des fameuses Portes de fer (Demir Kayou des Turcs) , qui sont deux rapides plutôt gênants que dangereux ; cependant les navires à vapeur s'arrêtent à Drenkova, et le trajet jusqu'à Orsova se fait dans des bateaux à rames, ou par terre en voiture. La petite place de Poretsch, située dans une île du fleuve, a eu quelque célébrité dans la guerre de l'indépendance serbe : elle fut prise en 1813 après une héroïque résistance dirigée par Hadji-Nikolos, qui futdécapité parles vainqueurs.

Tout près s élève MûanovatM, ville toute moderne, bâtie par Miloch qui lui a donné le nom de son fils Milan. On y prépare Vibre ou caviar, aliment fort usité en Orient.

La presqu'île que forme le Danube après Milanovatz se nomme en serbe K raina (la frontière) :

c'est le plus beau massif de montagnes de toute la Serbie. La route de terre, qui n'est guère que l'ancienne voie romaine, coupe cette presqu'île à la porge et va gagner Kladova en tirant droit à l'E., pendant oue le fleuve tourne au N.-E., vers Orsova, où te trouve, comme nous l'avons dit, la triple frontière.

Les ruines romaines ne sont pas rares dpns les environs : on peut citer >iTal>le Trajane, près OgradinarÇriv. g.); c'est une roche for- Émt une espèce de table supporte par deux figures en bas-relief, ^représentant des génies, dont les ailes entourent l'aigle romaine placée elle-même au milieu et supportée par un dauphin. L'inscription, où l'on lit encore IMP. CES.

d. nerv.e filius. nerva.

Jtrajanus. germ. pont, ma-

XIMUS., était destinée à rappeler Ie première campagne de Trajan contre les Daces en 103. Près de là on voit encore différents tronçons curieux de voie romaine, également taillés dans le roc.

L'Orsova autrichien (AU-Orsova, l'ancien Orsova, prononcez Orchova), où se trouve un poste de douane, avec un assez bon hôtel (l'Empereur romain) , est un joli village généralement peuplé de valaciues du Banat; il est voisin de l'Ile basse où se trouvent la forteresse turque Ada-Kalessi (château de l'île) et Neu-Orsova (le nouvel Orsova). La Tserna (ou noire) est une petite rivière Qui débouche sur ce point et n'a d'importance que comme ruisseau frontière entre la Hongrie et la Yalachie: on peut, en la remontant, visiter les curieux bains d'Hercule, a Méhadia, sur le territoire autrichien.

A deux kilom. au-dessous d'Orsova, commence la Porte de fer inférieure (Dolni-Demir-Kapou), détroit semé d'écueils où le niveau du Danube s'abaisse de trois met.

et demi, sur un espace de deux kilom. La navigation à vapeur ne reprend qu'à Skéla-Kladova.

A partir d'Orsova, le fleuve s'élargit, les montagnes riveraines s'abaissent , les paysages pittoresques deviennent plus rares, pour disparaître complètement après Tchernetz. Cette petite ville valaque a pour port Turnul-Sévcrin (la Tour de Séverin), si fameuse par les ruines du pont de Trajan, jeté sur le fleuve par le conquérant de la Dacie: cette œuvre Lar-

[Route 68.]

die est un des épisodes immortalisés par la Colonne Trajane, h Rome. Les ruines, qui ne consistent plus qu'en 11 culées dans le fleuve et en une tour sur la rive eerbe , étaient bien autrement belles au temps de Marsigli, témoins les plans et les vues que nous en a conservés ce savant dans son Danubius.

Quelques heures plus bas, on passe entre Kalafat et Vidin, la première valaque, la seconde turque , situées le long du fleuve dans des terrains bas, argileux et marécageux. En mai 1854, Kalafat a été illustrée par un engagement meurtrier entre les Turcs et les Russes, qui furent culbutés dans les marais.

Vidin (Bodun des Hongrois, probablement la Bononia des itinéraires) est une grande ville dominée par une citadelle, et comptant 20,000 Ames: elle a une vingtaine de minarets. Les paquebots y font escale. Elle fut prise par les Autrichiens en 1689, et sut repousser les Russes en 1828.

Le reste du trajet, jusqu'à Silistrie. est assez monotone et sans intérêt: on ne voit sur la rive çauche que les immenses plaines alluviales de la Valachie , avec quelques villages, et, surla droite, les petits coteaux tertiaires de la Bulgarie. T'es coteaux supportent quelques villes , comme Lom et Zibru-Palanka, Rahova, place assez commerçante, Nicopolis {Nebol, Nighebhi des Turcs) , qui n'est pas, quoi qu'en aient dit quelques savants, le Nicopolis ad Istrum des anciens ( Nicopolistro des itinéraires), mais qui parait avoir hérité du nom et de l'importance de cette ville , dont on trouve les belles ruines à Eski-Xihip ( le vieux Nikup), village turc , à trois heures de Tirnova, dans la Bulgarie centrale. Nicopolis fut prise en 1370 par Bayézid , qui remporta près de là deux victoires sanglantes, l'une sur Sigismond, empereur d'Allemagne, l'autre sur les chevaliers français conduits

[Route 68.] LE DANUBE.

r>ar Jean-sans-Peur et par Phi- toire. Sou nom do Gin ippe d'Artois. Les Russes s'en emparèrent en 1828.

Ensuite viennent SistOV, ville commerçante, au pied d'un château ruiné, et les deux villes jumelles de Routschouk et Giurgévo, la première turque et la seconde

ïiQljfcvo (Gtorgiù en valaque, Dschurà/tcha en russe), lui vient, dit-on, 0% saint Georges, à qui elle était consacrée. Les Turcs s'en emparèr^pt et

ït en firent leur tête de pont ve*> a Valachic. A la tin du siècle dernier, les Autrichiens y essuyèrent * valaque. En général, les villes 1 un échec très-grave: en 1854, les

oupléesde- Russes furent obligés de l'aban-

des deux rives sont acc puis Nicopolis (Nicopolis-Turnul, Sistov-Zimnitza.Routschouk-Giurp^'vo, Turtukaï - Olténitza , Silis- . ,. ,

trie-Kalarasch, Matschin-Ibraïla). porté l'artillerie dont ils avaient' Routschouk (r. dr.) a 30,000 âmes garni la place et l'Ile voisine d% et une quinzaine de mosquées : Slobodzie.

donner à la suite d'une attaque heureuse d'Omer-Pacha. En 1857, les Turcs l'ont quittée et ont em-'

ces

t le chef-lieu d'un pachalik dont Le port de Giurgévo n'

esca

d'ime des

relève leKaïmaJIcanliideTirno va. La portance que comme Prusse y a un vice-consul qui rem- vapeurs du Danube. Aux basses plitofficieusementlesmêmesfonc- eaux, ce» vapeurs, ne pouvant retions pour les voyageurs français, monter le canal qui sépare la ville Elle est sans monuments, comme de Slobodzie, stationnent à deux la plupart des villes turques, mais kilomètres au-dessous, on peut visiter dans les environs Olténitza (r. g.) est une bourgade diverses choses curieuses: à deux toute neuve, séparée par des terlieues sur le Lom (rivière qui coule rains marécageux du Danube, qui au milieu d'escarpements calcaires |y subit un étranglement au pied de l'effet le plus pittoresque Hassaraba, taillée d

gos,

des hauteurs de Turtukaï. En 1853, une église byzantine I les Turcs profitèrent de cette disans le roc ; auprès de Pyr- position de terrain pour faire pasles rochers appelés Dikilitach ser un corps d'armée sur la rive (pyramide), masses désagrégées valaque, et les troupes russes, d'un effet bizarre , que des voya- ayant attaqué sous le feu des batgeurs ont prises pour des ruines teries de Turtukaï, furent repousantiques. A Tzerkvéna-Voda (eau sées avec perte, rouge) il existe, dit-on, des ruines Silistrie(r.dr.) (Dorosfolu* des anue le peuple appellerait le vieux- ciena, Drista au moyen âge) est une

outschouk.

place de guerre turque , triste et

Giurgévo (r. g.) (hôtels à l'euro- malpropre comme Routschouk et péenneou locande, de Vienne, de 1 Varna : elle n'est connue que par Pesth, de l'Espérance (ttirfc)t hôtel ses deux sièges de 1829 et 1854, trèsffrec) est une station des vapeurs du vigoureusement soutenus contre Lloyd, sur la rive nord du Danube, les Russes. Un peu plus bas est et le port de Bucharest, soit qu'on Rassova, petite station principaledescende, soit qu'on remonte le ment peuplée de Valaques, assez fleuve. C'est une jolie ville de commerçante, et près de laquelle 15 000 âmes, chef-lieu do la pré- commence la route tracée etexéfecture de Vlaschka, avec de belles 1 cutée par des ingénieurs français

rues régulières aboutissant a une place centrale au milieu de laquelle s'élève la tour de l'Horloge.

Giurgévo n'a rien qui puisse arrêter le voyageur. Elle n'a pas de monuments , ce qui tient à la fra

en 1854; cette route, qui suit le rempart de Trajan et sépare la Dobroudja proprement dite du reste de laBulgane.vafiniràKustendje.

Elle passe à un lieu nommé Karasou (eau noire), où les cartographes ilité des constructions dans toute I s'obstinaient à indiquer une grande a Valachie: mais elle a une his- | ville}, bien .qu'en 1850 M. Ionesco

qui la visita n'y trouvât plu§ une seule habitation: la steppe qui l'environne est cependant restée le ihéâtre d'une foire importante pour la basse Bulgarie. Depuis trois ans, Karasou renaît sous un nouveau nom, celui de Medjidié grâce aux efforts d'un pacha qui y a colonisé les Tartares de Crimée compromis par leurs sympathies pour les armées alliées. Medjidié compte environ 5,000 habitants.

^ Après Hirsova et Afatschin. villes de guerre turques, Ibraïla et Galati, places de commerce moldovalaques(V. li.7o), on laisse à droite et à gauche les lies marécageuses de St Georges et de L.'ti, qui forment avec une trentaine d'autres le delta du Danube. Le fleuve se sépare au-dessous d Isatcha en trois branches, celles de Kilia, de la Soulina et de St-Georges. La Soulina, que parcourent les vapeurs du Lloyd, estàlafoialapluscourte, la plus navigable et la plus ennuyeuse des trois branches : on y serpente sans cesse entre d'immenses forêts de roseaux, où apparaissent de loin en loin les huttes et les pêcheries de quelques paysans valaques et cosaques réfugiés. La ville de Soulina, à l'embouchure du fleuve, est toute moderne: elle avait avant la guerre de 1854 environ 800 habitants, elle en possède aujourd'hui plus de 4,000, grecs pour la plupart, et est sousl'auioriié d'un pachaottoman.

Un peu au delà de la bouche de Soulina s'élève en mer la petite (le des Serpents, dont la possession a donné lieu à d'assez grandes difficultés dans les conférences de Pans (1856). De la Soulina au Bosphore, le paquebot ne fait escale qu'à Varna; aussi ne citerons-nous que pourmémoire lesdivers points de la côte de Bulgarie, Manga lia.

le cap Gulgrad, Kavama, Baltschik.

Varna, ville de 20,000 âmes, située entre des coteaux boisés, des marais et la mer, a des fortifications assez médiocres. C'est l'ancienne Odtssus, ou, pour parler

[Routb 69. ]

plus exactement, la ville grecque d Odessus en était très-voisine, car les historiens byzantins parlent de Bamé (Varni) et â'Odexsus comme de deux villes distinctes. On a trouvé des antiquités assez nombreuses aux environs de Varna, jusque près de Baltschik. Le voya' çeur peut visiter, auprès du village d'Aladin, le théâtre de la funeste bataille du 10 novembre 1444. où les forces coalisées de la chrétienté furent écrasées parles Turcs.

Paquebots à vapeur des messageries françaises et du Lloyd. — Pour Constantinople, tous les mardis (messageries françaises et Lloyd) et tous les dimanches (Lloyd)— pour Soulina, Toulscba, Galatz, et Ibrarla (en été seulement) , tous les mardis (messageries françaises), et tous les mercredis (Lloyd).

Après Varna, on laisse à l'O. le cap Eminèh , dernier contre-fort du fialkan. les villesde Micsivriab, Ahiolou, Rourgaz,Sizéboli, Iniada, Midiâh. Le navire se rapproche enfin de la côte et de l'entrée septentrionale duBosphore (F. p. 396' qu'il traverse dans toute sa longueur pour mouiller dans le port de Constantinople (F. p. 349).

DE ROUTSCHOUK A VARNA.

Cette route est fort ennuyeuse pendant les quatre premières neures, c'est-à-dire jusqu'au passage du Lom blanc, après lequel apparaît le gros bourg turc de Tourlak. < De petits bois de chênes couvrent par-ci par-là les hauteurs des villages bulgares, avec des pruniers où des vignobles sont placés sur leurs pentes vers le Loin. Iousentcha, Dranovitza et Maschanlar sont les noms de trois de cés villages.

« Rasgrad (12 heures) est une ville ouverte, qui a des rues large* et contient plus de 15,000 âmes.

On n'y compte que 80 familles bulgares. Il y a sept mosquées à mi-

LrRou«r* 70.] CHOUMLA.

narets, dont deux sont fort grandes et ont plusieurs coupoles: Tune n'a qu'un haut minaret et l'autre deux. Il y a une horloge, mais pas de bazar couvert. » (Boué.)

A une heure de Rasgrad, on arrive à un misérable hameau albanais, Arnaout-Keui, reste d'un gros bourg détruit assez récemment à la suite d'une révolte de l'ayan ou chef de l'endroit. Après avoir passé quelques villages turcs dispersés au milieu de nauteurs plus nombreuses qu'escarpées, on arrive au plateau qui précède le bourg deVetescblar, d'où on a déjà une belle vue sur l'amphithéâtre de collines qui supporte (8 h.)

Choumla. Cette ville est placée dans une cavité cratériforme qui s'ouvre vers l'E. Elle est peu attrayante à parcourir, bien qu'elle fasse de loin un fort bel effet avec se3 50 minarets, ses grandes mosquées et ses casernes spacieuses.

Le grand mouvement des voyageur*, suite nécessaire de sa position à l'entrc-croiscment de cinq ou six routes très-importantes, expose les touristes qui voyagent avec des chevaux de poste à manquer de montures. Ce qui fait le principal intérêt de Choumla, c'est sa formidable position militaire, qui a si longtemps arrêté les Russes dans la guerre de 1828^29. Le plateau que domine Choumla n'est pas d'une très-grande élévation (100 à 130 mètres au-dessus des terrains environnants): mais plusieurs vallons qui bordent ses pieds lui forment des fossés naturels, et cette position ardue permet à une armée , même médiocre, pourvue d'une bonne artillerie, de repousser l'attaque de troupes bien supérieures en nombre.

• Après Choumla, la route serpente a travers une sorte de plaine onduleuseoù l'on remarque de ces innombrables tumuli aue les Turcs nomment Tepcetquon trouve dans toutes les plaines de la Bulgarie et de la Bessarabie. A la plaine succèdent les collines et les bois, et à la sortie de ces der-

niers, on traverse un plateau nu .

et laissant à droite le village de Kirtchena , on descend brusquement dans la vallée de la Pra, a la ville ancienne de Pravadi (7 heures), que nous croyons être l'antique Marcianopolit, et où nous ne connaissons d'ailleurs rien d'intéressant, sauf des environs extrêmement pittoresques, surtout à l'E. et au N.-E.— Pour jouir de ces beaux paysages, le voyageur peut remonter la vallée de Déré-Keui ou d'Oga-Keui, qui le mène par une sorte de col au bord de la Devna, et se diriger sur Varna par le Grand et le Petit Aladin, de manière à avoir toujours à sa gauche les dernières ramificationsnord des Balkan, et à sa droite les beaux lacs de Devna. AAladin, on peut visiter le tépé qui perpétue le souvenirdela bataillede 1444 {V. p. 430).

Des souvenirs plus modernes se rattachent à ce lieu : ce sont ceux de 1854, époque où l'armée an-

Slaise y établit ses quartiers, panant que les Français établissaient les leurs af village de Franka , qu'on laisse sur la droite, plus d'une lieue , en entrant par la porte du N.-O., à (9 heures) Varna (V. p. 430).

DE BELGRADE A CONSTANTINOPLB

VOIS DE TERME PAS NISCH, SOPUIA ET ANDRINOPLfi.

On peut , pour cette route , traiter avec UD kiradjx (équivalent des agoyate* de la Grèce), ou prendre les chevaux de la poste turque : toutefois, le mieux serait encore de voyager arec son propre cheval et de requérir de district en district, moyennant un prix toujours fort modéré» un pandour (gendarme serbe) ou un zaptié turc, qui sert à la fois de guide et d'escorte.

On sort de Belgrade par la route du S.-E. et on quitte a Grotska le chemin latéral au Danube. A mesure qu'on s'avance dans les terres, on entre dans des montagnes couvertes de forêts : ces dernières sont la richesse des paysans serbes ,

qui élèvent de nombreux troupeaux de porcs auxquels les forêts fournissent la glandée. La vallée large, très-marécageuse et trèspeuplée de la Morava, grande artère fluviale de la Serbie, fait une grande percée dans ces montagnes, et la route la remonte jusqu'à (27 heures) Jagodina, bourg de 7 à 800 maisons, après lequel on passe la Morava, au pont de (2 neures) Tchoupria. Cette petite ville est presque entièrement moderne , comme Paratchin qui en est à 2 heures environ ; après ce dernier point, on quitte les bords de la rivière à cause de ses sinuosités et de ses escarpements, et on se dirige droit BurRajan et (10 heures) Altonnatz, par un pays très-ondulé, mais où les khans sont nombreux. A 2 heures de Hajan on passe à côté d'une position fameuse dans l'histoire ae la guerre de l'indépendance serbe, le Déligrad (fort de ceux qui se dévouent). En effet, les défenseurs de ce camp retranché, écrasés par des forces trèssupérieures, s'ensevelirent sous ses ruines. A 2 lieues après Alexinatz on trouve la frontière turque au Karaoul (corps de garde) de Dragévatz. Les montagnes s'abaissent ensuite, et, après Topolnitsa, on parcourt une lande aride , au bout de laquelle (5 heures) est la citadelle de Afwc/v, surlarivière qui lui doit son nom , la Nischava, et que l'on passe sur un pont de bois pour entrer dans la ville.

Nisch [Naïnus ancien, Nissa des Bulgares) « est une ville bulgare populeuse; on y compte 16,000 habitants, dont 6,000 env. sont musulmans. Il y a onze mosquées à minarets, une ou deux églises grecques, une tour à horloge, un grand bazar bien fourni de boutiques et de grands khâns. Le bazar a une toiture en planches et des rues si larges qu'on peut y passer h cheval et en voiture. Les khâns, tenus par des Bulgares, ont un étage et offrent plusieurs chambres pour les voyageurs. » A ces renseignements de M. Boué, nous pouvons

D'EUROPE. [Rôdtx 70.] I

ajouter que cette ville, peu intéressante en elle-même, à cause de son absence de monuments et de sa malpropreté rebutante , a des environs fort curieux à parcourir, et de fort beaux sites, principalement vers le S., sur la route de Constantinople, au S.-E. et à 10.

vers le confluent de la Morava et de la Nischava. Le voyageur curieux de visiter un pays jusqu'ici fermé aux Européens* peut faire une pointe vers Pristina au S.-O., en traversant en droite ligne le pays des Arnautes de la Morava, devenu accessible depuis la guerre d'Orient: les stations de cette route peuvent être le Kourvinhan, Leskovatz, Istrinaou Médoka, Novo-Brdo. L'anglais Brown, vers 1670, a traversé cette contrée en venant du N. - O. C'est postérieurement à cette date que ce pays (ancienne Dardanie), abandonné par les Serbes, a été colonisé par des Albanais musulmans que le gouvernement turc a fini par soumettre aux lois qui régissent les populations voisines.

En sortant de Nisch pour gagner Pirot, on passe à côté d'un hideux monument, l'ossuaire construit par les Turcs avec les têtes des Serbes tués dans la bataille de 1809, au nombre d'environ 2,500. Les chrétiens du pays font tous les jours disparaître quelques fragments de ce trophée barbare et impolitique.

— Les eaux thermales de Banja, non loin de là, sont moins intéressantes par leur vertu curative que par les sites admirables qùi les avoîsinent. Le voyageur peut, s'il en aie loisir, s'en écarter un peu pour visiter un Karaoul turc en ruines, où il y a d«s sculptures bizarres, probablement antiques, confusément décrites par M. Boué {Itinéraire*, I, 240). La route remonte le bassin de la Nischava, mais sans longer le lit de la rivière qui est très-encaissée : elle est couverte de khâns bulgares , très-peuplés et on ne peut plus pittoresques: les innombrables villages chrétiens de cette région

HOUTK 70. j

sont situés dans de petites vallées, un peu à l'écart. Après Moussa- Pacna-Palanka, position militaire plus que médiocre, qui relie Nisch à Sophia, on atteint (12 h.)

Pirot (en turc Schar-keut), V. de 6 à7000 âmes , domaine particulier de la sœur dusultau, et renommée pour ses fabriques de tapis turcs.

Entre Pirot et Chalkali,le chemin est aussi fatigantqu'admirablepour les touristes : il serpente à travers les arêtes latérales qui rejoignent les massifs calcaires formant le second étage du Grand Balkan. Les plus beaux pointsde vue sontceux qu'on trouve sur la gauche de la route, en déviant un peu vers Yratza et d'autres petites villes des environs: les gorges effroyables où coulent l'Isker et quelques autres affluents du Danube peuvent soutenir la comparaison avec les plus belles horreurs de laSuisse et de la Savoie.

A Chalkali, gros village turc, on descend dans le bassin d'un ancien lac écoulé qui forme la plaine magnifique de (15 heures)

Sophia. Cette métropole histori-

3 ne de la Bulgarie n'est aujour- 'hui qu'une vjlle de 20 000 àrnes environ, qui n'offre guère que des décombres et un amas de ruelles étroites, malsaines etfétides. Parmi ses monuments, on peut citer l'ancien konak du Roumélt VaUssi (gouverneur général de la Koumélie) resté en ruine depuis son incendie, etlamosqttée qui était l'église métropolitaine au temps des rois bulgares. La situation excentrique decetédificeafaitconjectureravec raison à M. Boué que Sophia était jadis beaucoup plus vaste qu'aujourd'hui. Le Konak actuel des pachas est vaste et confortable, mais sans caractère, comme tous les bâtiments de ce genre en Turquie.

Après Sophia, on voyage en

S lame jusqu'au village musulman Yéni-Khân, jolie bourgade dans une ravissante situation. Vient ensuite un col avec divers Karaouls, qui mène dans un autre lac dessé-

Owfnt.

SOPHIA.-PHILIPPOPOLIS. 433

ché, formant le bassin supérieur du Vid : c'est une plaine verdoyante, dont la population s'enrichit de l'élève* des chevaux, et

?ui est commandée par (11 heures) ktiman , V. de plus de 4000 âmes et en partie musulmane, comme le montrent seamosquées.

2 heures plus loin, était la fameuse porte Trajane (Kapoulou- DerventJ, démolie vers 1836 par un pacha inepte, maisdont on peut voir une représentation dans l'ouvrage de Marsigli. Après ce monument, on descend rapidement dans la vallée de la Marilza (ancien Hèbre), et on entre dans une immense plaine triangulaire, la plaine de la Ghioptsa ou de Pbilippopolis. Plusieurs petites rivières, affluant presque au même point dans le fleuve, inondent les terrains d'alentour où l'on a établi des rizières: à l'entrée de ces rizières s'élèvent (10 heures) Tatar- Bazardjik, V. de 7 à 8000 Ames, principalement musulmane (antique Bessapara). A la sortie de la ville, on franchit les rizières sur plusieurs petits ponts et on atteint en moins de 2 heures une plaine nue assez peuplée et trèsmonotone, avec laquelle contraste heureusement la masse imposante du Rhodope qui se dresse continuellementàdroite;onarriveenfin à un long faubourg, puis à un pont sous lequel mugit l'impétueuse Marilza, puis on entre à (6 heures) Philippopolis ( On y trouve quelques Khàns fort confortables pour le pays, parmi lesquels le Yéni-Khân (Khân neuf) est le plus digne d'être cité). Philippopolis (PÎovdi des Bulgares, Filioèh des Turcs) est une V. de 45 000 âmes environ, bâtie le long de la Mari tza et adossée à trois collines syénitiques, qui lui ont valu son nom latin de Trimontium. L'ancienne cité grecque et byzantine occupait les hauteurs, et Tes remparts existent encore sur quelques points:

la partie proéminente a conservé le nom de butte du château (Hissar Têptssv, bien qu'elle ne supporte

lRoutb 70.

plus de forteresse ; c'est à peu près le centre du quartier turc. Le quartier Israélite (Marach) est le plus occidental: ceux des Grecs, des Bulgares orthodoxes et des Arméniens occupent à peu près le milieu de la ville 9 celui des Pavli-

. kans (Bulgares catholiques) est à.

l 'extrémité S. -E., enfin le Tsiganka- Mahalé (quartier des Bohémiens) est à TE. et au pied des escarpements du Hissar.

Le négoce et la banque, industries principales des Grecs, des Juifs, des Arméniens et d'une notable portion des Bulgares, donnent à celte ville une importance énorme, sans parler du commerce de transit : car Philippopolis oc-

' cupe l'intersection des routes de Constantinople à Belgrade, du Danube àSalonique, de la mer Noireàl'Adriatique. Aussi les principales puissances de l'Europe y ont-elles des consulats. La ville relevait directem ent, il y a 20 ans, de la sœur du sultan, qui la faisait gouverner par un ayan ou souspréfet: nous ignorons si cet état de choses a changé depuis. Le konak du pacha occupe 1 angle de la grande rue et de la Maritza, au-

Erès du pont: tout près et sur, le euve, est un grand café à la grecque d'où l'on jouit d'une perspective moins étendue , mais bien plus douce à l'œil que le vert panorama qu'on embrasse du haut de la butte de Bounardjik. Le nom de cette butte vient d'une fontaine (hounar) qui est l'objet d'un pèlerinage local, comme les fontaines miraculeuses de la Bretagne.

De son sommet, la vue embrasse une portion de la plaine nue de Philippopolis , les rizières qui entourent la ville, le cours de la Maritza sur une longueur de 3 à 4 lieues, les escarpements du Rhodope et la faille étroite et pittoresque où s'abrite la colonie grecque de Stammako, à 4 heures au sud.

Les antiquités de Philippopolis sont assez nombreuses: elles consistent en diverses inscriptions,

la plupart de l'époque romaine :

presque toutes sont grecques. L.a plus mystérieuse est une inscription informe, creusée dans le roc vif, au sommet de la butte Bounardjik, et que les hellénistes parviendront peut-être à déchiffrer :

nous y avons lu le nom d'Hercule.

Comme monuments modernes, nous ne pouvons guère citer que la Banque (Saraf-Hanè), assez analogue au Go&tinoidvor de Moscou.

De Philippolis à Andrinople, la route n'est guère remarquable que par sa monotonie. A une demiheure de la ville, auprès du pont de Kémer-Keupn, est un Khàn agréablementsitué. Au delà de Papasli à 4 heures de la ville), on a une vue fort riante, celle de la colline de Doandja, couverte de jardina et d'habitations: puis on quitte les bordsdu fleuve pourentrer dans un pays accidenté , où l'on remarque le gros bourg d'Ousoundjova ; c est là que se tient la foire la plus importante de la Turquie européenne.

La route tombe ensuite dans la vallée fort pittoresque d'Oglou- Tchaï, d'où elle rejoint la Maritza à Harmanli, pour la passer à Moustapha-Pacha sur un pont en pierre de 19 arches, et arriver, par une plaine cultivée et populeuse, à (3"> heures)

Andrinople ( en turc Bdrtnèh I.

On y trouve un grand Khàn maipropre, où l'on peut cependant se procurer une chambre moyennant un baghehich offert au ihandji.

— Un hôtel à l'européenne qui a été ouvert dans ces dernières années est à peine préférable à l'ancien Khàn.

Histoire. — Andrinople ('Aicixwi*nsta) fut fondée par l'empereur Adrien (117-136 après J.-C.) sur l'emplacement d une ancienne ville nommée Uscudama. Sa position au confluent des trois riv iè res, l'Hèbre, la Tondjaetl'Arda, répondait aussi à l'antique Orestea.

élevée sur le lieu où, selon ia légende , Oreste s'était purifié du meurtre de mère. Sous Adrien, elle atteignitun hautdegré depros-

[Roitte 70.J

ANDRINOPLK.

péri té et devint la capitale de la province H*mi mont; plus tard, elle fut la seconde ville de l'empire d'Orient. Deux batailles importantes se sont livrées sous ses murs : en 823, Constantin y défit Licinius; en 378 Valons y fut battu par les Goths ; en 813, le roi bulgare Krum y vainquit les Grecs.

Prise par le sultan Murad Ier, en 1360, elle devint la capitale européenne de l'empire ottoman et la résidence des sultans de 1360 à 1453. Après la prise de ConstantU nople, elle fut encore le séjour favori de quelques sultans, Ahmed III, Mohammed IV et Mustapha, et resta toujours le chef-lieu d'un grand pachalik. Kn 1820, le général russe Diebitsch, avec une armée réduite à 13 000 hommes par la maladie, sut contraindre le sultan Mahmoud II à y signer le traité d' Andrinople, par lequel la Turquie cédait à la Russie les bouches du Danube, le pachalik d'Akaltsik en Asie, et reconnaissait l'indépendance de la Grèce, et les constitutions particulières de la Moldo- Vajachie et de la Bosnie.

État actuel. — Andrinople est encore aujourd'hui la seconde capitale de la Turquie européenne.

Elle compte environ 15 000 âmes, et, a l'exception d'un grand quartier rebâti il y a 25 ans, a la suite d'un violent incendie, elle peut passer pour le plus beau spécimen d'une grande ville ottomane. Les Turcs y sont en majorité, mais les Grecs et les Bulgares y ont des quartiers distincts. La situation de cette ville, au milieu d'une plaine admirable, au confluent de trois grandes rivières (la Maritza, la Tondja et l'Arda), explique son énorme accroissement: ce mouvement, stationnairo depuis des siècles, est destiné à reprendre lors de la construction des chemins de fer projetés et de l'achèvement des travaux commencés pour la navigabilité du cours de l'Hèbre depuis Knos; mais, pour le moment, elle parait déserte et l'herbe pousse dans les rues.

Andrinople renferme dfr beaux monuments, parmi lesquels nouë citerons en première ligne, la

Mosquée de Sèlim II , dont le dôme immense est plus élevé d'un mètre que celui deSte-Sophte deConstantinople. La mosquée est précédée d'une cour, ou haretn* pavée de larges dalles de marbre, et entourée d'un portique soutenu par des colonnes antiques rapportées, d'ordres et de dimensions différents, mais formées des matériaux les plus précieux (vert antique, cipolin, granit de Syène).

Quatre grands minarets cannelés à trois galeries flanquent la mosquée. On arrive à chaque galerie par un escalier particulier; les trois escaliers montent en spirale dans le minaret sans se confondre: il faut pour parvenir a la galerie la plus élevée gravir 377 marches.

L'intérieur de la mosquée est grandiose et, comme les édifices de ce genre à Constantinople, décoré de lampes, d'œufs d'autruches, de tapis, de versets du Coran, et éclairé par 999 fenêtres; au centre est une fontaine circulaire. La coupole est soutenue par quatre énormes colonnes de porpnyre. Le menbèr est très-élevé et fort élégant.

La Mosquée de Bayézid II, aveo une belle coupole et deux grands minarets, est située, aupointïe plus élevé de la ville ; la Mosquée dë Murad IV, avec quatre minarets et neuf coupoles, en occupe le centre.

Eski-Sérai, l'ancien palais des Sultans , situé hors de la ville, est complètement abandonné et presque ruiné. On y remarque encore une belle tour octogone.

Le Baiar d'Ali- Pacha est un grand bâtiment, comprenant plusieurs galeries voûtées , formées d'arcs enlbriques alternativement rouges et blanches. La galerie principale e8t)onguo d'environ300pas, avec une porte a chaque extrémité et quatre portes latérales. Son aspect est plus remarquable que celui d'aucune des guleries du grand ba^ar deConstantinople.

Le Palais du gouvernement, édifice moderne bâti en 1828, a été détruit par un incendie le 20 février

Ândrinople renferme encore' quelques antiquités romaines complètement dégradées, un grand nombre de mosquées, de khans, des bajns, un aqueduc, cinq ponts en pierre, un arsenal et une fonderie; les fortifications ont été réparées depuis 1829. Elle est le siège d'un archevêché grec, et d'un grand office de mollah. Son industrie consiste surtout en étoffes de soie, Jaine et coton, tapis, tannerie, maroquins, et enfin dans la distillerie d'essence de roses, fleurs que l'on récolte abondamment dans les jardins qui entourent la ville.

D Andrinople à Lulé-Bourgaz , on voyage dans une plaine peu ondulée, très-fertile, coupée par de longues vallées parallèles dont plusieurs sont à sec en été : cette plaine a une grande analogie d'aspect avec la Beaucc. On traverse successivement Hafsa, bourg im-

f sortant qui forme à peu près la imite entre les Grecs et les Bulgares ; Eaki-liaba, où les Janissaires insurgés battirent les réguliers du sultan (1800); puis (15 heures) Lulé- Bourgaz (ancien Bcrgulx) quia dû la moitié de son nom à son importante fabrication de fourneaux de pipes turques (Iule) : ce bourg parait avoir de 4 à 5000 âmes.

Après avoir franchi l'Erghénô (ancien Agnanes) sur un pont de sept arches, on atteint (10 heures) Tchorlou [Tzurullos des Byzantins), ville de 4000 âmes environ , fréuemment citée dans les annales u Bas-Empire, connue notamment parun concile important. Tchorlou est à la source de la -petite rivière de Tchéprovdjé, sans doute \eXcrogypsus de Simocatta, qui le fait, par une erreur inexplicable, sortir des environs du Bourgaz actuel.

De Tchorlou, la route tire droit à

EUROPE. [Rouie 70.]

TE. S. E. verslc ruisseau de Tschoda-déré, à travers un pays nu, fatigant et monotone, où l'on peut se reposer au Khan de Kinihli, dans un petit vallon qui se dirige vers la mer de Marmara. On atteint à la fois cette mer et la route de Constantinople à Salonique , au pont du Tschoda-déré, deux petites lieues avant (9 heures) Silivri. En remontant le petit plateau qui suit le pon t, on a une très-belle vue sur le bassin de la Propontidc et sur le massif des montagnes de Marmara et de Cyzique. On passe un ruisseau et on rencontre un autre plateau, où subsistent quelques faibles vestiges du fameux mur d' Athanase , construit pour arrêter les barbares : tout se réduit aujourd'hui a.

quelques briques et a quelques pierres.

« La vue sur Silivri et son port, rappelle certaines vues italiennes.

Les ruines du château dominent un amphithéâtre de maisons , et tout cela, placé sur un fond de vignobles , est d'un joli effet , surtout pour celui qui ailleurs ne voit rien autour de lui qu'une nature aride ou brûlée. » (Boué, Ilin. 1, 45 . On descend par un chemin sablonneux dans la baie, où se trouve un pont antique de 52 arches. A la porte de Silivri il y a un khân passable, avec une cour inférieure et un tchardak (galerie ou véranda) qui sert de salle à manger et de dortoir. Silivri n'a qu'une rue spacieuse, les autres serpentent dans un massif de maisons resserrées entre la colline et la mer: cette colline a environ 90 m. de hauteur absolue, et est couronnée, comme nous l'avons dit, des ruines massives du château, où est parquée la population juive. Les Grecs paraissent être en majorité à Silivri , ainsi que dans les nombreux villages du district de ce nom.

De Silivri à Constantinople (11 heures), F. R. 60.

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