I. Renseignements
Débarquement. — Les formalités de débarquement., en ce qui concerne la police et la douane, sont presque nulles, et facilitées au besoin par le baghchich. Les autorités sanitaires ne sont sévères que pour les provenances d'Égypte et de Syrie. Poux tout ce qui concerne les barques,
SMYUNË. 461 les drogmans, portefaix, on peut »e reporter à ce que nous en avons dit à l'article Constantinople, p. 349 et 350.
Les monnaies sont les mêmes que dans la capitale, mais le kaïme ou papier n'a plus cours.
Hôtels, pensions, csfés. — Ilôt, naval do Salvo, hôtel des Deui-Augustes, hôt.
d'Orient ; la pension suisse de Marco, la pension de M»» Maracini, de Rosa, etc.
Le prix, dans tous ces hôtels, est de 8 à 10 fr. par jour, tout compris. Un repas séparé, pendant une relâche, coûte proportionnellement plus cher : le déjeuner, 4 fr., le dîner, 6 fr. Il y a le long de la Marine plusieurs cafés à l'européenne, et partout, dans la ville, des cafés à la turque.
Lazaret.— Le Lazaret de Smyrne est vaste et convenable. Le prix d'une chambre est de 115 piastres (23 francs) pour cinq jours de quarantaine, mais chacune peut contenir jusqu'à dix personnes, et la dépense peut se partager. Un maître d'hôtel de la ville se charge de l'ameublement des chambres et de la nourriture des voyageurs, au prix de 56 piastres (11 fr. 50) par personne. Le transport par eau, du Lazaret à la ville, est de 10 piastres par voyageur, bagage compris.
Bazar, commerce, etc. - Ou trouve au bazar des boutiques assez bien fournies des produits de l'Orient et de l' Europe. Smyrne possède un cabinet de lecture, des casinos , un petit théâtre, où joue souvent une troupe italienne.
Chevaux de selle, an* s. — On trouve partout, et notamment en face des hôtels du port, à louer des chevaux de selle ou des ânes pour parcourir Smyrne et ses entrons. Les ânes commencent déjà, à Smyrne, à devenir la monture la plus usitée pour l«s courses ordinaires. Far leur allure vive et sémillante, ces animaux ne ressemblent en rien à ceux de nos pays. Le voyageur pressé par le temps fera bien de louer immédiatement une de ces montures pour aller d'abord, par la rue des Roses, visiter le pont des Caravanes, le mont Pagus, et, rentrant par le quarUerjuif, parcourir le Bazar, les mosquées, etc.
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Bateaux à vapeur. — 1' Bateau omnibus. Un petit bateau à vapeur fait le service des environs de Smyrne jusqu'à Bournabat.
2o Paquebots à vapeur.— 1° Messageries françaises.— Pour Métélin, les Dardanelles et Constantinople, tous les mardis.— Pour Syra et le Pirée, tous les 15 j., le mardi. — Pour Syra, Malte et Marseille, tous les 15 i., le mardi.
Pour les Echelles deJSyrie et d'Egypte, tous les 15 j. ,1e lundi.
Lloyd autrichien. — 'Ligne d'Anatoîie, pour Métélin, Capo-Baba, Ténédos, Dardanelles, Gallipoli et Constantinople, tous les vendredis et tous les mardis. (Trajet en 36 h.— Correspondance à Dardanelles, avec la ligne de Salonique et Volo.)
Ligne gréco-orientale, pourChio, Syra, le Pirée, Zante, Corfou, Brindisi, Ancône et Tries te, tous les vendredis.
Ligne de Syrie-Caramanie, pour Rhodes, Chypre et Beyrout. tous les 15 j., le vendredi (trajet en 5j .). A partir du 15 mai, à l'époque du pèlerinage, le navire continue jusqu'à Jaffa et Alexandrie.— Correspondance à Chypre arec la ligne de Mersine, Alexandrette, Latnkièh et Beyrout.
Ligne d'Egypte, pour Rhodes, Alexandrie directement (trajet en 4 j.), tous les 15 j. 1« lundi.
Chemin de fer. — Une compagnie anglaise construit en ce moment un chemin de fer de Smyrne à Aîdin-Guiel-Hissar.
Sa longueur sera d'environ 70 milles anglais ou 113 kl!. La première section ira de Smyrne aux montagnes qui séparent les vallées du Méandre et du Caystre; puis un tunnel les joindra a la seconde section, qui courra le long de la vallée du Méandre jusqu'à Aïdin. 11 se fait entre les deux points extrêmes un grand commerce surtout en tabac et en fruits, dont le transporta lieu à dos de chameau. Ce mode dispendieux, qui revient actuellement à près de 5 fr. par tonne, sera, diton, réduit à 40 centimes, lorsque le che- • min de fer sera terminé. On évalue les frais de construction de la ligne à 10 à 12 000 liv. sterling par mille, soit environ 20 millions de fr. pour la ligne entière.
UIE D'ASIE. (Roi te 75.]
n. Histoire.
Smyrne (en grec 2ftvpv,en turc Izmir) , fut, dit-on, selon d'anciennes traditions, fondée par une amazone du même nom,, qui avait auparavant conquis Ephèse; eussi Smyrne passait-elle pour une colonie des Éphésiens. Ceux-ci, chassés par les Éoliens, reprirent plus tard la ville avec l'aide des Colophoniens. Selon Hérodote, Smyrne était d'origine éolienne, et le« Colophoniens s'en emparèrent par surprise. Quoi qu'il en soit, Smyrne cessa d'appartenir à la confédération éolienne vers 688 avant J.-C.
pour entrer dans la confédération ionienne. Elle sut repousser les attaques du roi de Lydie Gygès ; mais prise et détruite par Alyatte en 627, elle ne présenta , pendant quatre cents ans, qu'un monceau de ruines. Alexandre le Grand forma, dit-on, le projet de la rebâtir, mais cette œuvre ne fut commencée que par Antigone et terminée par Lysiraaque. La nouvelle ville, bâtie à 20 stades de l'ancienne, devint la cité la plus riche et la plus splendide de l'Asie Mineure, tandis que son commerce la, mettait à la tête des villes de l'Éolie. Pendant les guerres de Mithridate, Smyrne, fidèle aux Romains, en reçut toute sorte de bienfaits. MaiB plus tard , ayant donné asile à Trébonius, un de* meurtriers de César, elle fut assiégée et prise par Dolabella. Sous Tibère, Smyrne obtint le privilège équivoque d'élever un temple à l'empereur. En 178 et 180 aprôs J.-C, la ville, désolée par des tremblements de terre, put se relever, grâce à la munificence de Marc-Aurèle.
Smyrne était, on le sait , une des villes qui se glorifiaient d'avoir donné naissance à Homère :
ses habitants avaient construit en l'honneur du divin vieillard un temple nommé l'Homereton ( 'o.uij- /5îi*v), avec la statue du poète. On montrait aussi au bord du Mélèe une grotte où Homère avait, dit^
[Roltb 75.]
on, composé ses poésies. Smyrne n'était pas seulement une grande ▼ille de commerce, elle possédait aussi une école de rhétorique et de philosophie très-renommée. Le christianisme s'y introduisit de bonne heure, et Polycarpe, son premier évêque, souffrit le martyre au milieu du stade, en l'année 166. Sous la domination byzantine, la ville eut à souffrir bien des vicissitudes. Vers la fin du xr* siècle, étant tombée entre les mains d'un chef turc nommé Tzakbas , elle fut presque détruite par la flotte grecque , commandée par Jean Ducas ( 1097 ). Relevée par l'empereur Jean-Ange Comnine, elle fut saccagée en 1402 par Tamerlan. Peu après , en 1424, elle fut conquise définitivement par le sultan liurad II. Les Turcs l'ont gardée jusqu'à nos jours. En 1841, un incendie terrible l'a détruite en partie»
SMYRNE. m
ont tué son industrie et surtout l'extension de la navigation à vapeur, qui a déplacé le mouvement commercial. Smyrne était autrefois l'entrepôt central de l'Asie Mineure : de tous les points de la Péninsule , des profondeurs de l'Arménie et des frontières de la Perse, comme des cités opulentes de la Syrie, des caravanes Bans nombre* apportaient à Smyrne les
Sans la beauté du golfe où Smyrne baigne ses pieds, sans la nature splendide de ses campagnes, sans la douceur de son climat et l'éclat de sonciel lumineux, la ville moderne répondrait difficilement aux épitbètes qu'on lui a données de tout temps : Smyrne l'Aimable, la Couronne de l'Ionie, la Perle de l'Orient, VŒU d'Anatolie.
On y reconnaîtrait à peine les descriptions enthousiastes qu'en faisaient les voyageurs du commencement de ce siècle, tantellea perdu, depuis trente ans, de cette richesse et de cette activité commerciale qui en avaient fait la reine de 1 Asie Mineure. Aujourd'hui son port est sans animation, son bazar sans activité; les rues du quartier franc sont mornes , sans que la ville turque ait gagné ce qu a perdu la population étrangère autrefois maltresse de la ville. Plusieurs causes peuvent être attribuées à cette décadence :
l'incurie de l'administration turque, le système des monopoles qui, sous le règne de Mahmoud,
productions du sol et de l'industrie asiatique, pour y être échan-r gées avec les marchandises européennes. La navigation à vapeur a changé tout cela; les Échelles de Syrie , desservies régulièrement par les paquebots, n'ont plus besoin d'envoyer leurs marchandises à Smyrne ; Trébizonde et les Échelles de la mer Noire ont également arrêté les caravanes qui venaient de l'Arménie et de la Perse. Smyrne s'est donc trouvée réduite à n'être plus que l'entrepôt de la partie occidentale de la Péninsule , en même temps que son industrie locale, les fabriques de soie, dochales, etc., étaient tuées par la concurrence des produits manufacturés de l'Europe et les causes diverses que nous avons signalées p. 307. Aujourd'hui Smyrne fabrique encore des tissus communs, des tapis de qualité supérieure, de la cire, de la soie; elle exporte de la cire, de la vallonée, mais surtout des fruits secs, du raisin et des figues. On peut espérer de voir renaître la prospérité de Smyrne, si les réformes dans l'administration n'étouffent plus son industrie , si l'amélioration des routes et la construction des chemins de fer rétablissent en sa faveur la facilité des communications; l'excellence de son port, sa proximité de l'Europe lui rendront alors ce qu'elle a perdu.
Smyrne compte aujourd'hui environ 150 000 hab., dont 80 000 Turcs , 40 000 Grecs, 15 000 Juifs, 10 000 Arméniens et 5 800 Franks
I YoifM A. it Vallon, Une Année dans le Levant, I. 11» p. 64 à 8-1.
TURQUIE D'ASIE
ou Européens vivant sous la pro- , portique soutenu par des colonnes
en marbre avec des soffîtes décorés d'arabesques ou d'ornements en stuc. Derrière la cour s'ouvre ordinairement un frais jardin. Tout respire le confortable dans ces maisons de la classe opulente. Le petit nombre de fenêtres qui don-
tection leurs consuls ; aussi les turcs l'appellent-ils Giaour Izv\ir% Smyrne l'infidèle , Comprise dans l'Éyalet d'Aïdin . Smyrne est cependant le chef-lieu d'un gouvernement particulier, régi par un pacha. C est le siège d'un archevêché grec, d'un arménien et d'un mollah de première classe.
La ville est de forme elliptique et présente le long du go un développement d'environ 3 kilomètres. Du côté de la terre , elle s'élève sur Tes pentes du Kizildag ou mont Pagus. Elle compte à peu près autant de quartiers distincts que de cultes. Les Franks et les Grecs demeurent le long de la mer et dans la partie N. Le quartier arménien est plus rapproché des hauteurs. Les Turcs occupent toute la ville haute et la partie O. de la ville. Le quartier juif est placé entre le quartier arménien et le quartier turc. Les maisons ne s'élèvent jamais jusqu'à deux étages; la plupart sont construites en bois, avec un toit brun et sans cheminées, si ce n'est dans le quartier franc. Celui-ci comprend les hôtels, les cafés bâtis sur pilotis, les habitations des négociants et les demeures consulaires qui n'ont rien de monumental. La rue principale, parallèle au port, s'étend au S. vers le Bazar, et se continue au N. , à partir du Casino ou club de Smyrne avec le quai anglais , promenade agréable, mais malheureusement trop restreinte, seul endroit de la ville où les maisons ne baignent as leur pied dans la mer et d'où 'on puisse admirer le golfe. Dans ce quartier, les maisons sont blanches, propres et souvent construites en pierre. C'est surtout dans la rue des Roses que l'on verra les plus belles habitations. Ces maisons, fort simples à l'extérieur , laissent apercevoir par la porte principale une cour pavée d'un fin cailloutis imitant la mosaïque, avec une gracieuse fontaine au centre, et entourée d'un élégant
nent à l'extérieur sont librement ouvertes et non garnies de moucharabia; les toits surplombent et tendent à se rejoindre souvent d'un côté de la rue à l'autre. Les établissements européens que Ton
Fourra visiter avec intérêt sont :
église latine, la maison des Lazaristes et celle des Sœurs de charité, qui se livrent à l'éducation des enfants indigènes avec un succès justifié par leur esprit de tolérance et par les soins charitables qu'ils donnent aux malades de toute croyance. L'église grecque Hagia Photini, semblable à toutes les églises de ce genre, et décorée à l'intérieur de fresques plus que médiocres, possède un beau clocher tout neuf, et présente dans son cloître extérieur une plaque consacrée à la mémoire d'un de nos compatriotes, Clément Boulanger, peintre de talent, mort, il y a quelques années . dans une excursion à Ephèse. L'Église Saint- Georges est de fondation récente.
Dans le quartier turc, à 10. de la ville, nous mentionnerons le kondk ou résidence du pacha, édifice en bois, qui n'a rien de remarquable que ses grandes dimensions ; la nouvelle caserne , vaste bâtiment avec de grandes galeries ouvertes sur la mer: elle peut contenir plus de 3000 h. , et l'intérieur en est tenu avec beaucoup d'ordre et de propreté.
Les mosquées de Smyrne peuvent être accessibles aux chrétiens, avec la précaution d'ôter ses chaussures et d'y garder un maintien respectueux. La principale mosquée, Essar-Djami , se reconnaît à ses nombreuses coupoles et à ses minarets , où s'enroulent de larges spirales de couleur rouge. L intérieur est tapis-
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sé de nattes et de tapis et décoré d'une quantité de lampes, d'œufs d'autruche, de queues de cheval , etc., qui pendent de la voûte. La mosquée du Bézestein, située près du grand Bazar, mérite aussi une visite. La fontaine des ablutions est recouverte d'une rotonde à chapiteaux corinthiens, d'une ornementation assez riche. A peu de distance, on admirera une autre fontaine encastrée dans le mur et délicatement incrustée de fleurs, de feuillages et d'inscriptions arabes.
Le Bézestein de Smyrne est vaste et bien fourni de marchandises de toute sorte. Il occupe à peu prèa le centre de la ville, à la jonction des quartiers turc, grec et juif, et se compose d'un grand nombre de rues couvertes, garnies de boutiques. L'aspect pittoresque de ce bazar et de la population qui s'y presse intéressera vivement l'étranger qui commencerait par Smyrne sa tournée d'Orient; mais pour éviter les redites, nous renverrons le lecteur à nos généralités, p. 294, 325, etau Bazar de Constantinople, p. 374 à 377.
Nous renverrons aux mêmes chapitres pour ce qui concerne le Bazar d'esclaves, cour entourée d'arcades en ruines , aujourd'hui abandonné, et au khân du grand vézir, vaste entrepôt occupe surtout par des Persans.
Le Pont des Caravanes est la première excursion que font les étrangers qui débarquent à Smyrne. On y arrive en 30 min. en suivant la rue des Roses Ce pont est formé d'une seule arcade et con- Htruitde gros blocs de pierre, auxquels le temps a donné une belle couleur dorée; une grille moderne en fer fait un contraste choquant avec son air de vétusté.
Sous ce pont coule un ruisseau de 10 mètres de large au plus et à moitié desséché : c'est le Mélès, sur les bords duquel naquit, diton, le divin Homère, souvent surnommé pour cela le vieillard me- Uùgène. Sur los deux rives . de