‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 231 sur 511 · SMYRNE · texte numérisé non relu

SMYRNE

beaux cyprès ombragent un cimetière turc ; sur la rive droite du ruisseau et à la tête du pont, s'élève une espèce de corps de garde avec un café et une esplanade qui sert de lieu de rendez-vous. Sur le même rivage, à la gauche du pont, on montre un lion de pierre, aux trois quarts enterré dans le limon de la rivière. Le Pont des Caravanes n'est pas seulement un charmant motif de paysage ; c'est aussi le lieu d'arrivée des caravanes qui viennent de l'intérieur de l'Asie , et le voyageur n'y fera pas une longue station sans voir arriver d'interminables files de chameaux ; le conducteur marche en avant, monté sur un petit âne, les chameaux viennent ensuite , attachés les uns derrière les autres par groupes de cinq ou six; chaque groupe est conduit par un chamelier à pied. Le chameau , dont le chargement pesant et volumineux encombre toute la largeur du chemin , « s'avance procesaionnellement, dit Théophile Gautier, avec ce pas d'amble si singulier qu'ont aussi l'éléphant et la girafe, arrondissant son dos, faisant onduler son long col d'autruche. » La silhouette étrange de cet animal difforme , oui semble fait pour une nature spéciale, surprend et dépayse au dernier point.

Quand on rencontre en liberté, de ces bêtes curieuses qu'on montre chez nous dans les ménageries, on se sent décidément loin du boulevard de Gand, et l'Orient commence à se dessiner d'une manière irrécusable. > Le Pont des Caravanes est un lieu de rendez-vous pour les Turcs le vendredi, et pour les chrétiens le dimanche.

Le voyageur y pourra voir les costumes les plus variés et y faire les études de mœurs les plus intéressantes.

Le terrain situé au delà du Pont des Caravanes, et occupéactuellement par quelques villas, semble avoir appartenu àlavilleancienne.

On visite avec intérêt un monticule situé sur la gauche k 20 min.

TURQUIE D'ASIE

[Uovte 75.]

du pont, piaulé de cyprès et couvert de» débris d'une villa turque.

On y jouit d'un coup d'oail superbe sur cette belle campagne de Smyrne, cette riante et molle Ionie, à laquelle les ravages de l'homme n'ont pu enlever son aspect enchanteur; sur la partie N.-E. du golfo du côté de la Pointe des Moulins et du village de Bournabat, sur le mont Pagus, sur Smyrne , et la montaerne des Deux-t rères ou des Mamelles, qui se dresse au-dessus des sombres cyprès du cimetière.

Revenant au Pont desCaravanes et remontant la rive droite du Mélès, on gagne le pied du

Mont Pagus (Kiztl-Dagh), dont on gravit facilement le sommet (30 min.; par des sentiers pierreux qui tracent de nombreux zigzags sur la pente de la montagne jus- % qu'à l'ancienne citadelle génoise.

Un pénètre dans l'enceinte déserte des fortifications par une large , porte. Au centre est une mosquée ruinée, qui occupe, dit-on, l'emplacement de la première église chrétienne de Smyrne. On remarquera aussi de vastes citernes, des voûtes et des souterrains, qui communiquaient, dit-on, autrefois avec le pied de la montagne. Au point le plus élevé règne une seconde enceinte : c'est la forteresse proprement dite, bàtiesur les ruines de l'ancienne acropole grecque. Au pied des murs génois formés de blocs mal taillés et mal cimentés, la muraille hellénique se reconnaît, en dehors comme en dedans, à la régularité de sa construction et à la beauté des blocs de pierre qui la composent. Les hautes tours génoises sont encore en bon état: à l'intérieur, des escaliers assez bien conservés permettent de monter jusqu'au sommet, d'où l'œil embrasseun magnifique panorama. Au premier plan, c'est Smyrne avec son cimetière, ses coupoles, ses minarets, sa grande caserne, ses quartiers juif, grec, franc et turc; puis c'est le golfe tout entier jusqu au promon-

toire Kara-Bournou au N.-O.: an S.-O., la côte riche de végétation que domine la double sommité du mont des Deux-Frères; au N.-E., 2a plaine de Bournabat et d'Iladjilar; à TE., les v. deBoudjah, et au S.-E., celui de Sédi-Keui. Tout au pied de la montagne, au fond d'un ravin aride et brûlé, d'un grand caractère, serpente le Mélès, le ruisseau homérique, dont on suit le cours jusqu'à un vaste et majestueux aqueduc (V. R. 76); un autre aqueduc plus rapproché est en partie cache par un pli du terrain.—Le mont Pagus est entièrement volcanique, et formé de belles roches tracbitiques prises et roses, semées de beaux cristaux de feldspath orthose. En redescendant du mont Pagus du côté du S.-O., on trouve au pied de la forteresse quelques fragments de murailles antiques, et l'emplacement du théâtre grec ; plus au S., il existe encore queloues restes de murailles et le $taae , reconnaissable à sa forme oblongue. Sur le côté N. du stade, on remarque de* voûtes et les restes d'un vaste édifice, qui passe pour l'église de Saint-Polycarpe. — Tout auprès un petit cimetière turc avec un seul cyprès marque Tendrait où. selon la tradition, le saint a souffert le martyre. Des pentes du mont Pagus, on rentre a Smyrne en traversant le quartier juif ; M. de Rothschild y a fondé un asile pour les Israélites pauvres.

Telles sont a peu près les seules curiosités que Smyrne offre à l'étranger. La plupart des antiquités qu'on y a trouvées ont été disséminées et ont servi à la construction de la ville nouvelle. On peut en revanche faire à cheval, autour de la ville, plusieurs excursions intéressantes, savoir^

10 Vers l'E.. aux v. de Boudjan (2 h.) et de Sédi-Keui 2 h. à0\ séjour favori des négociants angl»»6 qui y ont de belles villas.

2a Du côté du N.-E.. à la Point.' des Moulins, où s'élève maintenant une fabrique avec une haute cne-

SMYRNK.

minée, qui fait un effet désagréable au milieu de ce site si véritablement oriental, de là au v. deBournabat [i h. de Srayrne) , résidence d'été des Européens et plus spécialement des Français. Ce v. parait avoir été dans les temps anciens au bord môme du golfe, dont les eaux se sont retirées lentement par suite des atterrissements du Mélos.

Selon MM. Cousineri, Fauvel et Ch. Texier , Bournabat marquerait à peu près la position de Smyrne antique, des Eoliens, détruite en 627 avant J.-C. Hamilton et Kiepert placent au contraire cette ville à 1 h. 30 min. à l'O. de Bournabat, sur une colline qui s'élève au bord du golfe , et porte les débris d'une acropole de construction cyclopéenne , avec plusieurs tombeaux fort anciens.

M. Ch. Texier (Description de VAste mineure, tome II, p. 249), regarde au contraire ces ruines comme celles de l'antique Sipylum, capitale du roi Tantale , père de Pélops, détruite, selon Pline et Strabon, par un tremblement de terre, qui fit surgir un lac à sa place.

En gravissant dans la direction du N., à partir d'un petit ruisseau et d'un tchiflick , la colline qui domine la rive N. du golfe, M. Texier a relevé successivement 14 tumulus à base circulaire, presque aras de terre, les uns sur des soubassements de maçonnerie , les autres sur le roc vif. Le plus considérable, situé sur un Plateau à 3 kil.

environ du point de départ, et à moitié de la hauteur de la montagne, ne serait autre que le fameux tombeau de Tantale, mentionné par Pausanias, dont les indications concordent bien avec la localité.

Ce tombeau mesure 35 mèt. 60 de diamèt.; sa base est un cerclo partait, construit en pierre sèche; la partie supérieure était conique, et la hauteur totale était de 27 mèt., 60 centim. Au centre était une chambre rectangulaire, et un peu au-dessus se trouve un petit lac de 100 mètres de diamètre que M. Texier croit être l'étang Saloé,

mentionné par Strabon et Pline.

A partir du tombeau de Tantale, on retrouve les restes d'une enceinte, qui s'étend vers l'O. jusqu'à une Acropole, située sur un rocher a peu près au tiers de la hauteur totale de la montagne. On y pénètre par une porte en pylône de 2 mèt. 25 centim. de hauteur, surmontée d'un linteau monolithe de 2 mèt. 20 centim. de long; le rempart n'aque 3 mèt. d'épaisseur.

On s'élève ensuite par un couloir oblique rempli d'éboulis sur une esplanade de rochers, qui mesure environ 50 mèt. en tout sens. On y voit les soubassements d'un temple (temple de Cybèle?), et quelques traces de maisons, dont l'aspect rappelle les murs de Mycènes, ou plutôt les monuments de Crendi et de Gozzo (F. p. 17 et 18). A 1 h. 30 min. à l'E. deBournabai, est le v. pittoresque d Hadjilar; en continuant dans cette direction, et franchissant le col qui sépare la vallée de Bournabat ou bassin de l'Hermus et joint les derniers contre - forts du Manisa - dagh (Sipyle) au N., avec ceux du Nif- Dagh (chaîne du Tmolus) , on atteint (3 h. 30 min.) le v. pittoresque de Nymphi, l'antique Nymphœum, séjour des empereurs grecs, où l'on remarque les restes d'un château byzantin, placé à l'entrée du village, et un beau sarcophage incrusté dans la maison de Tacha. A l'E. de Nymphi, on arrive a (1 h.) l'embouchure d'un défilé nommé Kara-bell, dirigé du N. au S., et où coule un petit torrent affluent du Nif-Tchaï. Dans cette vallée bien boisée, on aperçoit sur une grande muraille de rocher, nommée Tasch~Tépét à 40 ou 50 mèt. au-dessus du ruisseau , un grand bas-relief taillé dans le roc, qu'on appelle le monument ou trophée de Sésostris , qu'il est difficile , à cause de l'épaisseur des taillis, de trouver sans un bon guide. C'est une figure haute de 2 mètres 50 centimètres, sculptée en relief et enfoncée dans une baie creusée dans la surface plate

TURQUIE D'ASIK.

[Roctf 7f».

du rocher. Elle représente un personnage armé, de profil, regardant vers TE., avec quelques emblèmes hiéroglyphiques à la hauteur de la téte. Cette figure répond exactement à la description du monument mentionné par Hérodote (1.

II, c. evi), et qui représentait le conquérant Sésostris , si ce n'est que l'arc est dans la main droite et la lance dans la main gauche, tandis que, selon l'historien grec, l'un était dans la main gauche, et l'autre dans la main droite. Mais la position du personnage explique parfaitement l'erreur; et Ton a lu dans les hiéroglyphes le nom de Rhamscs. En tout cas, ce colosse est ' ^s plus anciens monuments 1 doit remonter au xve si; us-Christ.

3" Du c fort de San-

djak-KaL . aria. Ce vil-

lage, ou pluto. t Àte Ue située en face de Vouriu. Skala, répond assez exactement à la situation de l'antique Clazomône, telle que la donne Strabon. Cette ville, fondée par une colonie ionienne et faisant partie de la confédération ionienne, fut prise par le Perse Otanès au début de la guerre médique, et suivit ensuite en général la fortune d'Athées. Alexandre le Grand réunit Clazomene au continent par une chaussée que Chandler croit avoir retrouvée , avec quelques restes des murailles et du théâtre.

Clazomene passa sous le protectorat romain en 188 avant J.-C. Au temps de Mithridate (84) elle fut saccagée par les pirates de la mer Egée; elle fit ensuite partie de la province romaine d'Asie. Cette ville avait donné le jour aux philosophes Anaxagore et Hermotime.

Chandler a signalé sur la route de Vourlaa Smyrne une source chaude qui répondrait à celle qui, selon Strabon, existait près du temple d'Apollon.

De Smyrne àÉphéie, R.76;— à Sardes, Philadelphie, Hiérapolis, Aïdin et Milet, R. 77 ; — à Magnésie ei à Thyatire , R. 78; — à Berpham.i, Kdremyt et à la

Troade, R. 79 ; — a Métélin, R. 89 ; — à Chio, Samoa et Rhodes, R. 90.

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