DE SMYRNE A LA TROADE
5 jnun. On couche à Guxel-Hi«sar, * B<rglum* , h Édrotnit, à B«ir»n , à Etki-Stamboal.
La route, en partant de Smyrne.
se dirige d'abord vers TE., tourne
CYMEE.—
[Koutb 79. j
bientôt pour monter vers le N.
sans s'éloigner de la mer, et s'infléchit suivant la ligne même des côtes qui forment le golfe de Smyrne ; à gauche Vétend le rivage ; à droite la base du Yamanlar- Dagh, l'ancien Sipylus. On passe près des ruines de l'antique Sipylum (F. p. 467). Le paysage, que la route traverse, est un des plussplendides qu'on puisse voir:
la chaîne de montagnes, dont on longe sans cesse le pied, ne présente que des sommets volcaniques et des pentes arides, mais qui par là contrastent avec la richesse du littoral. Arrivée à la hauteur du v. de Tchirli (18 kil.}, la route fait un coude, et, s'éloignant de la mer, monte vers le N., dans la vallée du Guédiz-Tchaï (ancien Hermus) , entre ce fleuve oui coule au S. et le mont Sipylus dont la chaîne se dirige vers le N., jusqu'au (14 kil.) v. de Mélémen (5 h. de Smyrne). De Mélémen au Guédiz-Tchaï (3 kil.), elle oblique au N.-E., et, après avoir passé ce fleuve, se prolonge dans la même direction à travers une plaine très-fertile où elle rencontre plusieurs villages : (3 kil.) Bouroundjik, (-1 kil.) Helvadji-Keui. LapUine est coupée à son milieu par une montagne trachytique, que le voyageur doit franchir. Puis, à la rencontre de trois chemins, il prend celui qui se dirige le plus à pauche;et. rentrant dans la plaine, il arrive bientôt, au bora de la mer, sur l'emplacement do (8 kil.)
Cymée, fondée par deux chefs éoliens a une époque très-reculée, et l'une des villes les plus importantes parmi celles que le môme peuple fonda en assez grand nombre sur le littoral de 1 Asie- Mineure. Au temps où les colonies grecques jouissaient de leur liberté , Cymée prospéra et eut une existence brillante. Plus tard elle appartint aux rois de Pergame. et entin aux Komains. Un tremblement de terre la détruisit en grande partie sous le règne de Tibère. Il n'eu reste aujourd'hui
ELEE. 481
que quelques pierres portant des inscriptions, et qui sont semées çà et là dans les champs.
Au delà de Cymée, la route se dirige vers le N.-E. et traverse un cours d'eau qui, selon M. Ch.
Texier, est l'ancien Xanthus, pour arriver à l'emplacement de (7 kil.)
Myrina, fondée par l'amazone Myrina, qui lui donna son nom.
Efle fut soumiso successivement à la domination macédonienne et à la domination romaine. A cette époque elle disparaît de la scène historique, effacée par des villes d'une fondation plus récente, telles que Phocée.
De Myrina, on se dirige à TE., suivant le cours du Xanthus, ou Koundoura-Tchdi, qu'on traverse (4 kil.)* pour se tourner vers le S. et monter au v. de (3 kil.)
Guzel-Hissar ;9 h. dé Mélémen), situé sur le sommet d'une colline.
Il offre àla curiosité des voyageurs de très-belles fontaines dans un lieu appelé Mirhab. Du haut de ce plateau, la vue s'étend jusqu'à la mer et embrasse toute la plaine de Mélémen. Suivant M. E. Texier, Guzel-Hissar pourrait bien être bâti sur l'emplacement de l'ancienne ville de Temnos, que d'autres voyageurs placent dans les montagnes du Sipylus.
De Guzel-Hissar a la position supposée de l'antique Grynium (9 kil.) le voyageur se dirige en ligne droite vers le N. et traverse de nouveauté Xanthus, etdcGrynium à l'emplacement d'Elée (12 kil.) il longe le bord de la mer (golfe élaïtique).
Elée, située dans une petite anse et un peu au S. de l'embouchure duCaïque, fut fondée parMnesthée qui avait conduit au siège de Troie les guerriers athéniens. Le rivage où fut Elée est aujourd'hui désert.
Il n'y a sur l'emplacement de l'ancienne ville qu'une ferme habitée par 3 ou 4 hommes. On aperçoit de distance en distance quelques pans de vieux murs, séparés par des fondrières. Il faut aller chercher les ruines au milieu
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des marécages qui coupent le rivage. Une statue colossale de inarbre blanc est couchée parmi les roseaux, qui la cachent en partie et ne laissent voir qu'un torse.de la plus grande beauté.
D Élée à Pergame s'étend une plaine très-fertile, de 2 lieues environ d'ouverture. C'est \$ vallée du Bakyr-Tcfiai (ancien Caïque).
Elle est si unie qu'on découvre le château de Pergame d'une distance de plus de 5 lieues. Les montagnes qui bornent la vallée à gauche sont des montagnes traehytiques; celles de droite sont formées de calcaire; marbre. La route d'Klée à Pergame se dirige vers le N.-E.
Le premier village qui se présente (5 kil.) es; KUUseh-Keui. Au delà (4 kil.), la route passe près d'un cimetière turc qui renferme quelques fragments d'ancienne architecture, traverse (4 kil.j le Caïque et, suivant la rive gauche de ce fleuve, arrive à (10 kil.)
Peraame .aujourd'hui Berghama
(9 h. ne Guzel-Hissar). — Histoire.
Fondée par Pergamus, hlsd' Androraaque. conquise par Alexandre, cette ville échut après sa mort à Ly- .simaque. Celui-ci enconiia le gouvernement à Phiiétère de Thyane qui se rendit indépendant et gouverna la ville en son propre nom.
En mourant il la légua à son neveu Eumène. Ce prince remporta, près de Sardes, sur Antiochus Soter, roi de Syrie, une victoire qui assura lindépendance du nouveau royaume dont Pergame était la capitale.
— Eumène IL bis d'AUale, un des derniers rois de ce royaume, illustra son nom par la fondation d'urne bibliothèque qui ne comptait pas moins de deux cent mille volumes et inventa le parchemin ( pergamena carta,. Attale Philométor lut le dernier roi de Pergame. Il légua son royaume aux Romains. Aristonic, son lils, qui voulut le leur disputer, fut vaincu et étranglé dans sa prison. — Pergame est une des premières villes qui aient embrassé le christianisme. On la range au nombredesseptÉglisesétablies
D'ASIE. [Hoi'TK 79.J
et fondées par saint Paul. Elle devint le siège d'un évèché. Longtemps possédée par les empereurs de Constantinople, elle tomba au pouvoir des 'Arabes en 1330. Les Turcs s'en emparèrent en 1360.
Etat actuel. — Berghama, située sur l'emplacement de Pergame*, entre la rivière appelée Berghama- Tehaï (l'ancien Ceteus) et le cours d'eau qui est l'ancien Selinust fait encore aujourd'hui un grand commerce de maroquins. Les bords du Selinus sont couverts de tanneries et de mégisseries.
A l'E. et au-dessus de Berghama s'élève une éminence dont le sommet est couronne par un double mur, reste de l'ancienne Acropole de Pergame. Ce mur appartient à la plus belle époque de l'art grec. L'acropole, qui d'abord contenait toute la ville grecque, était défendue au N. par un rocher infranchissable, à l'O. et à l'E. nar deux ruisseaux tortueux; elle n était abordable que par le côté du S. C'est encore par ce côté ou'il faut monter. On rencontre d'abord un très-grand édiliee d'architecture romaine , construit en petits moellons, sans ornements, oui semble avoir été un palais. De là jusqu'à un château moyen uge, bâti dans l'enceinte de l'acropole, s'étend, sur un espace de 600 mèt., un large chemin, qui traversait la citadelle. 11 est encore pavé de grandes dalles de lave. Des deux cétés se montrent k'.s soubassements des édifices qui jadis bordaient la voie. — Le château moyen âge s'élève au centre du plateau. Au côté S.-O. et sur le point culminant de ce même plateau, se trouveut les ruines du palais de Lysimaque, dont on voit encore toutes les fondations et des murs de soutènement d'une admirable construction. Le mur du S.-O., bati à grand bossage, formait le soubassement d'un grand temple qui s'élevait au milieu d'une area magnitique, dominant toute la vallée du Caïque.
Il était soutenu par des colonnes
[Route 7U.]
d'ordre corinthien, en marbre blanc, qui avaient 1 mot. 42 cent, de diamètre. Au-dessous ot du même < dté apparaissent d'autres murs de soutènement d'une trèsbelle architecture. Quelques-uns de ces murs sont curieux parce qu^onamélédans leur construction la pierre et le marbre. Ils appartiennent tous à l'art romain, de même que les citernes vastes et bien conservées et les grandes voûtes bâties en pierre de taille qu'on aperçoit sur le flanc S.-O.
ôe la montagne. Ces dernières constructions ont servi à niveler un quartier de l'ancienne ville.
Elles portaient sur leur extrados des rues qui étaient ainsi exhaussées au-dessus d'un sol naturellement trop bas, et mises de plainpied avec le reste de la ville.
Le Selinus traverse la ville moderne entre des quais d'une construction remarquable. Cinq ponts
FERGAME.
lastres
et qui est au niveau 4e l'eau. On y arrive par un passage souterrain. La disposition de ces derniers édifices ne permet pas de croire qu'ils aient servi au culte chrétien. L'église a été ruinée par les Turcs.
L'n peu au-dessus, en remontant la rive gauche du Selinus, on rencontre une construction singulière. Une double voûte est jetée sur la rivière dont elle unit les deux bords. Ces deux voûtes forment, en se prolongeant, deux canaux ou plutét deux tunnels sous lesquels s'écoule l'eau du Selinus.
L'extrados de ces voûtes porte tout un quartier, dans lequel, au milieu de maisons modernes, s'élèvent les ruines d'un monument antique dont la destination est jusqu ici restée douteuse. Ce quartier s'appelle Nei ierda nei gueuvda, plua correctement Néierdehu négeuileh, c'est-à-dire ni sur terre ni dans le
unissent les deux rives. Le voya- ciel. Le nom du double tunnel est
geur qui descend de l'acropole et M — 1 T|
arrive au bord du Selinus, ren-
Mouslouck. Il n'a pas moins de 196 mèt. de long sur 23 ou 24 mèt.
islouck, double
Théologos ':, qu'on désigne aujour- \ tunnel, a été étendu à un pont jeté d'hui sous le nom de Xizri-Avly ; sur la rivière un peu en amont.
contre d'abord une basilique. C'est i de largeur. Le nom de Mou l'église de Saint-Jean (Hagios-lqui était d'abord celui du
larpe de 26. A droite et à gauche en face du pont et du tunnel, est delà porte d'entrée, s'ouvrent des , occupée par les maisons des tuaniches très-grandes. A l'intérieur, J roquiniers. Au-dessus du pont du la nef est divisée en deux parties Mouslouck, il y a encore deux dans le sens de la longueur et sel autres ponts d'architecture rotermine au fond par un hémicycle j maîne. Èntre les deux s'élève la de 10 met. de diamètre. A droite i basilique de Sainte - Sophie , auet à gauche , on voit un corps jourdnui convertie en mosquée, d'escaliers qui conduisaient dans! Elle n'en a pas moins conservé les galeries supérieures. — Au fond I son nom primitif et se compose de l'hémicycle ou de l'abside est d une nef couverte par deux couun massif qui a dû servira porter polos, que sépare un grand arcune tribune. | doubleau. Cette basilique fut con- A droite et h gauche de l'abside, j struite antérieurement au règne hors de l'édifice, sont deux édi- : de Justinien. C'est le dernier mofices circulaires de 11 mèt. 72 c. miment Qu'il y ait a voir sur la de diamètre et couverts par des rive gauche.
coupoles. Les portes sont voûtées II faut franchir la rivière sur le en anse de pânier. La rotonde pont en amont et se diriger vers voisine du Selinus a une salle ' i'O., hors de l'enceinte de la ville souterraine soutenue par des pi- ' actuelle, pour se rendre à l'am-
Shi théâtre. Son nom moderne est 'un - Giielmez. Sa position est remarquable. Il est eoupé à son milieu par un ravin profond dans lequel coule un petit ruisseau, affluent du Selinus. Des rochers couronnent de chaque côté ce ravin, sur lequel on jetait sans, doute un plancher mobile quand on voulait unir les deux parties de l'amphithéâtre. Un barrage placé en travers arrêtait les eaux qui remplissaient le ravin et formaient au besoin un bassin suffisant pour les joutes nautiques. Le grand axe de l'arène a 51 met. de long, et le petit axe 37 mèt.— Le théâtre est situé au midi de l'amphithéâtre et non loin du ravin dont nous avons parlé. Il n'offre rien de remarquable en lui-même; mais la vue dont on y jouit embrasse la ville de Berghama et la longue plaine que l'on vient de traverser. Au S.-E.
du théâtre, sur le chemin qui ramène le voyageur au Selinus, se trouvent le khdn et l'établissement de bains, et, plus loin, dans la môme direction, à la hauteur du pont du Mouslouck, les ruines d'un très - grand palais byzantin.
La façade de cet édifice percée de fenêtres, décorée de pilastres de marbres incrustés dans la maçonnerie, occupe tout un côté de la rue. Les corniches et un petit entablement dorique sont encore en place.
La route de Pergame à Edrémit, se dirigeant ver9 le N.-O., traverse d'abord le Selinus et bientôt, gravissant le Gaïkli-Dagh, s'engage dans une contrée accidentée. Elle court a travers des montagnes couvertes de pins, de platanes ou de taillis de chênes nains. Le rivage de la mer, qui s'étend à la gauche du voyageur sur une ligne à peu près parallèle à la route, portait autrefois des cités florissantes:
Atarné , Attalia, Cvstornium ou Héracleia qui s'appelle aujourd'hui Aïvalu et en grec Kidonix , etc., mais il ne reste de toutes ces villes aucune ruine un peu considérable. Des hauteurs du Gaïkli-
D'ASIE. [Roctb 79.]
Dagh, on descend dans une vallée où se trouve la petite ville de (10 h.) Ko$ak; puis, franchissant un nouveau plateau, on descend pour traverser un cours d'eau, qui est l'ancien Evenus (25 kil.), et atteindre le v. de
Karaverlu, placé sur une montagne et comprenant au plus une douzaine de huttes. Tout auprès s'élèvent quelques ruines remarquables.
De Karaverlu a Kémcr (6 h.) la route continue à traverser un pays montagneux et boisé, où l'on ne rencontre que les hameaux de Badenilu et de Beschid.
Kémer est situé dans uneplaine fertile et bien cultivée. En favit d'antiquités, Kémer offre quelques colonnes et des pans de murd une époque relativement moderne. De ce village à Édrémid (12 kil.), U route suit en plaine une ligne presque droite jusqu'à (2 h.)
Édrémit (18 h. de Bergliamaj occupe la place de l'ancien Àdramyttium, dont la fondation remonte à une époque très-reculée.
Adramyttium lut embelli par les rois dé Lydie. Il resta quelque temps soumis au gouvernement d'Athènes. D'abord rival de Pergame , il fut bientôt éclipsé ptr celle-ci. Les guerres de Jlithridate le ruinèrent en partie , mail jamais ses habitants ne l'abandonnèrent tout à fait. Il n'a pas cessé d'être occupé jusqu'à nos jouis. C'est pour cela qu'aucune de ses anciennes constructions n'est restée debout. Adramyttium embrassa le christianisme au pesage de l'apôtre saint Paul.
D'Edrémit, on se dirige à l'O. vers la mer par un chemin qui traverse une campagne cultivée comme un jardin. Des bois d'oliviers, coupés par des prairies qu'entourent des haies de lauriers, bordent la route sur un espace de 18 kil., jusqu'au v. de
Kovallu, qui occupe l'emplacement de l'ancienne ville ri'AnUndros. La route continue à suivre les bords du golfe d'Edrémit •
[Kovtk 79.j EDREMIT
travers de beaux bois et des taillis formés par le laurier et le myrte.
Celui-ci s'élève parfois jusqu'à la hauteur de 6 à 7 mèt. On laisse à droite les v. de Avdjilar, Sapaslu, avant ceux de Narlu et de *24 kil.)
Tschébni (8 h. d'Edrémit} , que la route traverse. Ce dernier est bâti au bord d'une ravine qui s'ouvre sur la mer. Si le voyageur veut s'arrêter à Tschébni, il doit aller demander l'hospitalité au gouverneur qui y réside, car le village n'a pas de khàn.
Au sortir de Tschébni, le chemi^ passe sur une suite de petites collines que couronnent des arbres verts jusqu'à (-25 kil.) Béiram et à Assos, dont on aperçoit les ruines d'assez loin.
Assos (5 h. d'Kdrémit) , fondée par des habitants de Méthymne, devint la place la plus importante de la Troade, quand la Mysie fut soumise aux rois de Lydie. Apres •voir fait partie de l'empire des Perses, elle fut quelque temps elle-même la capitale d'un petit empire. Un Grec du nom d'Eubulus, s'étant emparé de la ville d'Atarné, s'y rendit indépendant des rois de Perse. Il fit au dehors quelques conquêtes, entre autres celle d'Assps. Eubulus en mourant laissa ses États à un de ses esclaves nommé Hermias, oui régna quelque temps d'abord dans Atarné,
f'iiis à Assos. Hermias avait suivi es leçons d'Aristo te. Cephilosophe ▼int mémo se fixer quelque temps auprès de son ancien disciple. Peu de temps après, Artaxerxès-Ocbus, roi de Perse, exigea d '-Hermias un tribut que celui-ci lui refusa.
Artaxerxès le fit prendre et mettre à mort. Ainsi finit le royaume d'Assos. Aristote a célébré les vertus d'Hermias dans un hymne admirable qui nous a été conservé.
Assos, successivement possédé par Alexandre, par Lysimaque et par les rois de Pergame, tomba enfin aux mains des Romains après •a mort d'Attale III.— Saint Paul *4t saint Luc vinrent à Assos prêcher le christianisme. Assos se convertit
.—ASSOS. 485
de bonne heure à la nouvelle religion et devint un évôché.
Les restes de l'ancienne ville s'élèvent au S. du v. de Béiram, sur une montagne formée par des laves de diverse nature. Cette montagne aux flancs dénudés, couronnée par d'imposantes ruines, offre ae loin un spectacle grandiose. Le voyageur qui désire se rendre un compte exact des dispositions de l'ancienne ville, doit, arrivant de l'E., descendre vers la mer, faire le tour de la montagne en se dirigeant vers l'O.
ett prendre la voie appelée le Chemin du port. Ce chemin par leouel on monte vers le N. est trace au milieu de blocs de trachyte. Il aboutit à une large voie antique ui tourne autour des murailles, elles-ci sont dans un état de conservation remarquable, et leurs lignes se profilent avec une parfaite netteté. Elles sont faites avec de grands blocs de trachyte sans mortier ni ciment. A l'angle N., auquel conduit la voie antique, se présente un petit édifice carré d'une construction différente. Il est bâti en partie par joints irréguliers, en partie par assises régulières, mais en gros blocs à bossage , et offre 1 aspect d'une bâtisse cyclopécnne.Tout près s'élève une tour demi-circulaire, d'architecture romaine, dont l'entrée est formée par une arcade en pleincintre. Les autres tours qui s'élèvent de distance en distance sont carrées. A partir de l'angle dont nous venons de parler, les murs, d'abord dirigés au N., reviennent vers l'E. et, suivant l'inégalité du terrain, forment une courbe rentrante. Un chemin bordé de tombeaux dans le style grec s'étend de l'O. à l'E. et va aboutir à la grande porte de la ville. Cette porte se compose de deux tours carrées, entre lesquelles s'ouvre la baie de la porte, qui est aussi de forme carrée. Des deux côtés, les murs font saillie au-dessus de cette ouverture. Du côté de la I campagne, la saillie se termine
480 TUKQIIE
par un arc brisé, et du côté de la ville, par une arcade en pleincintre. Auprès de la porte le mur est percé a une poterne couronnée par une pierre de 3 met. de long.
Cette bâtisse présente les earactères de la plus haute antiquité.
Telle était l'enceinte extérieure. A l'intérieur, la ville d'Assos était construite sur trois terrasses ou trois plans de plus en plus ( levés.
Après avoir franchi la grande porte, le voyageur se trouve sur le plan inférieur. D'abord se présente un vaste théâtre, dont les sièges sont encore en place. Il était creusé dans le roc vif, sur 30 mèt.
de diamètre. Cette construction est évidemment romaine. Près du théâtre, au milieu de la première terrasse , s'étendent les ruines de l'agora. Kn montant vers le N., on rencontre sur le bord de la seeonde terrasse, un petit édifiée placé au milieu d'une cour carrée, et qui se Compose ae quatre arcades avec des pilastres. Une conduite d'eau, voisine de cet édifice, indique que c'était un nymphxum. En montant du nymphaeum vers l'acropole , le voyageur aperçoit d'abord un tcmvle bâti sur le versant S. du roener qui portait celle-ei. Co temple a été renversé de fond en comble. Un fait rare, sinon unique, signale « es ruines a l'attention des archéologues. Les bas-reliefs qu'elles présentent appartenaient aux architraves. Ce l'ait ne s'explique que par la haute antiquité du monument, qui doit remonter à la première période de l'art grec.
La hauteur des colonnes est de 40 mèt. 70 cent. Le reste du terrain jadis occupé par l'acropole est couvert aujourd'hui par des constructions militaires et une petite église byzantine qui a été convertie en mosquée. Du côté de VB.t on aperçoit des restes détours ; du côté du N. et de 1*0., des rochers qui s'élèvent verticalement à plus ae 10 mèt. de hauteur forment une défense naturelle. Les interstices des rockers sont houelu s par des constructions de divers styles. Les
D ASi£ LKoutk 80. i
murs d'enceinte ont un fortin à
l'angle N.-E., un autre plus grand à la pointe S. et une troisième porte du côté de PK, De l'acropole on descend au village de Béiram situé, comme nous l'avons déjà dit, au N. de la ville ancienne
D'Assos à Alexandria-Troas, U route n'offre rien de remarquable à voir en fait de ruines, mais Je paysage est constamment agréable et animé par la vue de la mer. La direction reste la môme (de l'E.
à PO.) jusqu'à l'extrémité du promontoire de Baba-Bournou kil.), ancien promontoire de Lectum, (V. K. 89). Là le chemin se dirige directement vers le N. en traversant (8 kil.) le v. de Koulaklu, (7 kil.) le Ûeuve Satniœis (Touxlatchdi), près duquel s'étendaient les anciennes salines Tragasécs , et trois autres petits cours d'eau, jusqu'à (15 kil.j Alexandria-Troas.
en turc E ski- Stamboul. KY. R. 80, (9 h. d'Assos).
LA TBOADE.
En ciuq jours.
L'excursion delaTroade, peutsefaireen partant de Smyrne, soit à la suite de U route 79, soit en se rendant par mer au cap Baba, ou à Ténédos, où relâchent 1rs paquebots du Lloyd. En |»artant de Constantinoplc, on peut débarquer, soitaux Dardanelles, à Khanak, preuaut à rebours l'excursion qui va suivre, soit à Tenedos, d'où l'on prendra une barque pour descendre à Alexandria-Troas; mail, danse* dernier cas, on aura de la difficulté a trouver de* chevaux. L'excursion complète de la Troade, telle que nous la traçoM, demande 6 ou 6 jours. Lo voyageur qui renoncerait à visiter le9 sources da Simois et le Gnrgare, et se bornerait à la plaine de Troie, peut la réduire à 9 on S jours. On pourrait même visiter sommai* remont la plaine de Troie en an jour, en se rendant directement d'Akiandria- Troas a Rounar-Bachi, et descendant de là vers llium.Rccens, el les tumulusdu
LA TROADE
IIiih i >n r dr I Orirnl . p*r U> JO&Tlt rt K« IvtMflICKT L. 1 1 \« H I T T ». M- i " t.<tilrum . l'ari».
[Routk 80.]
LA THOADE.
cap Sigée et du cap Rhétée. — Les journées que nous avons indiquées sont toutes un peu fortes, mais il faut remarquer qu'en bien des enJrohs on peut faire trotter les chevaux, et gagner sur les heures indiquées, qui ont été calculées sur la vitesse moyeune de 5 kil . — On enverra d'avance les chevaux de bagage aux stations ou l'on doit s'arrêter, pour conserver plus de liberté dans les ailées et venues que l'on fera en plaine. Le voyageur qui pourrait séjourner quelques jours de plus ians la Troade, trouvera des logis bibles à Énaï et à Beîramitch.
D1LEXAXDBIA-TROAS à 1L10N ET A ÉNAÏ.
12 s. Cbv. On coucho à Boudât- Bâcki ou & Kntï.
Alexandria-Troaa ou Eski-Stamhoul. — Histoire. — Cette ville est située k l'extrémité orientale de la plaine de Troie, presque en face de Tîle de Ténédos. Alexandre en
anciens thermes. Elles se composent de trois arcades, dont la médiane, très-belle, est surmontée d'énormes blocs de marbre qui forment corniche. On entrait autrefois sous cette arcade par des degrés. Tout autour gisent les ruinesd'autres arcades qui révèlent le plan de l'édifice. Il devait étro carré. Les murs en étaient recouverts de plaques de marbre attachées par des clous de métal, comme l'indiquent des trous encore visibles. Ces murs étaient portés sur les arcades dont nous venons de parler. Les Turcs appellent ces ruines BaHi Serai (palais de miel), à cause de la nature poreuse de la pierre. Au S. sont les restes d'un temple dorique; plus
Srès de la mer le soubassement 'un autre temple; entre les deux un théâtre dont une partiedes gradins est encore visible; à l'O. une vaste plate-forme appuyée sur des arches
choisit l'emplacement; Antigone puissantes a peut-être servi à por-
tî continua la construction. Elle «appela d'abord Antigonie, puis après la mort d'Alexandre, elle reçut le nom d'Alexandrie; enfin elle s'est appelée depuis l'antiquité jusqu'à nos jours Alexanuria- Troas, parce qu'on l'a prise de trtis-bonne heure pour la ville de Priam. Alexandrie fut peuplée par des Cébrénifns et des Scepsic'ns.
muraille» avaient 11 kil.
WO met. de circonférence; elles Paient d'une remarquable épaisseur, çt portaient de distance en distance de grandes tours, dont on »oit encore aujourd'hui des restes,
iîfflf actuel. — La colline quipor- Uitl ancienne ville estaujourd'hiii pour décorer la mosquée do la rouverte par des bois de chênes, ! Validé, a Constantinople. Le long par un village composé de huit ou j du chemin qui va d'Alexandria a d'X maisons, dont deux seulement Kaploudiè-Hammara sont quelques
ter un temple. Hors de l'ancienne, enceinte, au S.-E.. s'élèvent les ruines d'un aqueduc qui s'étendait à plusieurs lui. dans la direction de l'Hcllespont. Elles consistent en une file de forts piliers qui contenaient des arcades. Tout près on voit les restes d'une construction voûtée, en appareil rétieulaire, qui était probablement une des portes de la ville. Sur le port, ou voit deux bassins avec les vestiges de deux môles. Sur le rivage gisent deux énormes colonnes dont le fût n'avait pas moins de 10 met. de long. L'une a été briséo en trois morceaux, lorsque Mahomet IV tenta de les
emporter
*°nt habitées et reçoivent les voyageurs, et par des ruines qui "coupant une étendue de pinceurs Içilomet. Les premières ruines qu'on aperçoit en arrivant et qai se découvrent d'assez loin en
ploudjè-
tombeaux antmues qui sem nieraient indiquer l'emplacement de la nécropole d Alexandria. Aiiprès de toutes ces ruines, ou sur Taire ciu'elles circonscrivent, on voit «tes débris de colonnes, de sta-
Î^d °nt t <i4 aPPe*én* a tort P<iln*s ! tues, etc. 1« Pnom : elles appartiennent aux ' En sortant d'Alexamlria-Troas
il faut se diriger vers le N. par le chemin qui longe, à une certaine distance, le rivage de la baie de Bésika, en regard de l'île de Ténédos (V. p. 344). Ce chemin traverse d'abord jl kil.) le v. de Talian-Keui, puis passe (2 kil.) auprès d'un tuinulus qui n'a pas de nom, franchit à gué (5 kil.) un ruisseau nommé Sudlu-Sou , et bientôt après (4 kil.) un second cours d'eau plus petit. Non loin de là (3 kil.) une fontaine se présente, au bord du chemin; puis encore deux petits ruisseaux, et enfin (2 kil.) le canal oui unit le Scamandrc à la mer. Un pont de
Sierre est jeté sur ce canal. Au elà du pont, un moulin, des bains et un puits, construits avec des pierres apportéesd'Alexandria- Troas, bordent la voie. Laissant à gauche, près de la mer, l'emplacement de l'ancienne ville d'Agamia etles rochers d'Hésione (V. p. 344), on traverse (4 kil. ^ le v. a'Yéni- Keui, et un peu plus loin (2 kil.) la coupure appelée le retranchement d'Hercule (V. p. 344), au delà de laauelles'élèventl'église de Saint- Atbanase et un tumulus ovale, sans nom déterminé , et bientôt la chapelle de Saint-Dimitri , et l'on continue sur une haute falaise oui offre constamment un très-oeau panorama jusqu'à (4 kil.)
Yéni-Schèhr, l'antique Sigée (4 h. 30 min. d'Alexandria-Troas).
Elle occupait une haute colline qui forme le promontoire du mémo nom, à l'entrée de l'Hellespont.
Homère n'a pas parlé de cette ville qui fut bâtie après sa mort, on ne sait à quelle époque, et en prande partie avec les pierres d'Ilion. Le v. qui la remplace aujourd'hui porte le nom de Giaour- Keui (village des infidèles) ou de Yéni-Schèhr (nouvelle ville), travesti par les pilotes en village des janissaires ( Yéni-Tchéri). Une église est bâtie sur la place même d un temple de Minerve, dont il reste quelques marbres épars aux environs. Des moulins occupent
D'ASIE. [Routb 80.]
celle de l'ancienne citadelle de
Sigée.
Au sortir de Sigée, le chemin se dirige à l'E. vers trois tumuli appelés tombeaux d'Antiloque, ûe Patrocle et d'Achille. Celui de gauche presque entièrement détruit ne présente plus qu'une légère élévation , dans un terrain qui servait tout récemment de cimetière. Selon M. de Choiseul- Goufher, qui a fait fouiller ce tumulus, on devrait y reconnaître le tombeau élevé par Caracalla à la mémoire de Festus, un de ses favoris. A droite on voit le tumulus dit tombeau de Patrocle. C'est un monticule recouvert de gazon, que les hommes ont respecte, mais qui a été détérioré par le vent et la pluie. A 240 mèt. plus loin, presque sur le bord duScamandre, se trouve {2 kil. de Sigée) le tombeau d'Achille; il n'en reste que la base circulaire, qui sert de cimetière aux musulmans. Un temple avait été élevé aux m&nes d'Achille en cet endroit; on n'en voit plus aucun vestige. Que ces deux tombeaux aient renfermé les cendres des deux illustres amis chanté par Homère, rien ne l'indique d'une manière indubitable. Ce qui est sûr, c'est qu'ils ont été vénérés à ce titre par les hommes de l'antiquité et des temps modernes.
Près du tumulus d'Achille, le chemin qui tourne à gauche conduit en peu d'instants (15 min.) au t.
et au château de Koum-Kalessi {V. p. 345).— En face du tombeau d'Achille, à la distance de quelques centaines de pas, un pont de bois franchit le Mendéré-Sou (Simoïs).
Arrivé là, le voyageur aperçoit devant lui à l'O. le cap Khétee ;C. Top-Tachi), à sa gauche l'embouchure du Mendéré-Sou. Les marais qui entourent cette embouchure, et la surface stérile qui prolonge les marais à l'intérieur, indiquent l'étendue du golfe où s'abritèrent jadis les vaisseaux des Grecs et qui depuis a été comblé par les sables. II faut donc traverser le Mendéré-Sou sur le pont de
[Route 80.J
bois dont nous venons de parler, et remonter un moment la rive gauche du fleuve pour se placer au point où les vaisseaux grecs durent être tirés sur le rivage et le camp établi. Du côté du fleuve étaient campées les troupes d'Achille; au pied du cap Rhétée, celles d'Ajax; entre lus deux, au milieu de la plaine, Agamemnon et Ulysse.
Le Mendéré-Sou répond, avonsnous dit, au Simoïs d Homère. Ce fait méconnu par Strabon , qui n'avait pas vu la Troade, et par tous les voyageurs ou géographes qui se sont occupés après lui de ce pays, jusqu'à la fin du siècle dernier, a été reconnu dans l'année 181 1 par un voyageur français Lechevallier , et démontré par M. de Choiseul-Gouffier, ambassadeur de Franee'près la Porte ottomane, qui, guides par cette décou- Terte, ont déterminé les premiers avec certitude l'emplacement de Troie.— Au temps d'Homère, le Simoïs et le Scamandre se réunissaient non loin de Troie et, confondus, allaient se jeter dans la mer. Les anciens étendaient le nom de Scamandre à la réunion de ces deux fleuves. M. de Choiseul-Gouffier a constaté d'abord que depuis Homère, les dépôts du Simoïs , torrent très-dévastateur pendant l'hiver, avaient changé la surface delà plaine; qu'ils avaient comblé le petit golfe ou abordèrent les Grecs, et qu'en outre ils s'étaient amassés au confluent du véritable Scamandre avec le Simoïs, en assez grande quantité pour empêcher désormais les eaux du premier fleuve de se réunir à celles du second. Le Scamandre a répandu seseauxsans issue dans une partie de la plaine, à l'O., où il a Formé des marais qui filtrent , par quelques petites canaux difficiles a reconnaître, dans le lit du Simoïs.
Dès lors le Simoïs demeura seul en possession du lit qui lui était auparavant commun avec le Scamandre, et l'on s'habitua & prolonger sur la totalité de son cours
LA TROADE. 480
le nom d'abord affecté à la partie inférieure au confluent; le Simoïs perdit entièrement son nom pour recevoir celui du Scamandre. Les voyageurs qui, depuis cette révolution, ont visité la plaine de Troie, partant de la mer, ne rencontrant plus qu'un fleuve, qu'ils appelaient suivant la tradition homérique le Scamandre, et, laissant le véritable Scamandre à droite, se lançaient à la recherche de Troie, qu'ils devaient, toujours suivant Homère, trouver un peu au-dessus des sources de ce fleuve. Ils arrivaient ainsi à Énaï, qui a été prise plusieurs fois pour Troie. Ceux d'entre eux qui étaient assez pénétrés des descriptions d'Homère pour reconnaître qu'Énaï était trop loin de la mer et n'offrait aucun des traits du tableau formé par le poëte, désorientés, ne savaient plus où chercher l'antique Ilion.
Aussi cette ville est-elle placée tantôt à Énaï, tantôt a Ilium-Recens, d'autres fois et plus souvent à Alexandria-Troas. Les dangers qu'offrait naguère encore une excursion dans l'intérieur du pays compliquaient la difficulté. — Le Scamandre une fois retrouvé, M. de Choiseul-Gouffier n'a eu
3u'à le suivre pour voir se retracer evant lui, les uns après les autres, tous les traits de la description d'Homère, qui s'est trouvé être un géographe aussi fidèle qu'il était
Soëte sublime. — Nous avons déjà it que l'ilion d'Homère était placée sur une colline élevée, battue des vents, qui dominait les deux sources du Scamandre. « L'une, dit le poëte. verse ses eaux tièdes d'où s'élève unefumée semblable àcelle d'un feu brillant ; l'autre, pendant l'été, roule des flots aussi froids que la grêle, la neige ou le cristal des eaux. » C'est Lechevallier qui a retrouvé les deux sources {V. cidessous) et parguite l'emplacement d'Ilion elle-même, et une fois ce premier po nt admis, rien de plus facile que de faire exécuter dans ces lieux tous les mouvements que le poëte imagina certainement
49U TURQUIE D'ASIK. (Route 80. J
sur les ruines marnes de Troie. \ l'attaque du camp [Iliade, liv. X, Le voyageur qui veut embrasser
> i .* j'^;i 1 ~ «1. Aki~~
d'un seul coup d'œil le théâtre entier de l'Iliade, n'a rien de mieux à faire que de suivre l'itinéraire tracé par M. de Choiseul- Gouffier (Voyage pittoresque de la Grèce, tome II, p. 213;. Il se diri-
Pera donc immédiatement vers autre extrémité du champ de bataille, vers la colline qui portait Ilion ; pour cela il doit revenir au tombeau d'Achille, remonter sur la rive droite le cours du Mendéré- Soujusqu'à ce qu'il se trouve lkil.
en face d'un pont antique ruiné, près duquel est unpetit tumulus. Le chemin s'engage dans un terrain | seau, elles vont se joindre au cours marécageux, franchit à gué deux d'eau qui sort de la première fonpetits bras de l'antique Scamandre, à des distances très-rapprochées.
Sources du Scamandre. — Du
tombeau d'Ilus , on redescend au S.-E., vers le Scamandre. La route côtoie le fleuve et aboutit directement à ses sources. La première qu'on rencontre (G kil.) s'échappe par plusieurs jets abondants, à travers les ruines d'une ancienne construction. La seconde (1 kil. plus loin) se compose de plusieurs jets espacés; leurs eaux se réunissaient dans un bassin carré, dont les bords sont soutenus par de longues pièces de granit ; confondues ainsi en un seul ruis-
puis, inclinant à droite, repasse a gué (1 kil.) le bras principal du Scamandre, et sur un pont le canal qui fut creusé au siècle dernier
Sour essayer de jeter les eaux ans la mer. Le voyaceur se trouve alors au pied du plateau appelé
Ïiar Homère le Throsmos, où s'éève (2 kil). le v. d'Erkessi-Keui qui n'offre rien de remarquable.
Le Throsmos est une des dernières ramifications de l'Ida. Il a une forme demi-circulaire et ferme de ce côté la plaine de Troie. — Un chemin, qui se dirige au S. d'Erkessi-Keui vers un autre v. appelé Udjuk-Keui% conduit r2 kil.) au tumulus dit tombeau d'Ilus {Udjuk- Tepé en turc). Ilus, fils de Tros et de Callirhoé, fille du Scamandre, Fut le fondateur d'ilion. Le feu ayant pris au temple de Minerve, Ilusy courut et sauva le Palladium, mais il y perdit la vie. Les dieux, pour récompenser son courage, le ranimèrent et le replacèrent sur son trône , où il régna encore longtemps. Le tombeau qui porte le nom de ce héros plus fabuleux qu'historique, a 20 met. de hauteur et c'est le plus élevé des tumuli de cette région. Il est placé sur un tertre naturel. C'est sur le Throsmos que l'armée troyenne campa j dans des temps plus reculés, la nuit avant de recommencer I Du bas-fond où jaillissent les
pr
taine, pour former le Scamandre par leur réunion. Ce sont là, selon M. de Choiseul-Ciouflîer, les deui sources chaude et froide chantée* par Homère. Il résulte des informations qu'il a recueillies que la dernière de ces sources possède une chaleur de 27* centigr. qui semble augmenter vers le mois de mars, et exhale, en hiver, mais en hiver seulement, par la condensation de ses vapeurs, une fumée très-sensible, tandis que l'autre fontaine conserve une fraîcheur assez grande pendant l'été (10" centigrades). Le fait a été contesté de-
Suis; mais, outre qu'il s'agit ici un phénomène intermittent et oui peut très-bien s'être modifié uans la suite des temps, le doute à cet égard ne change rien à la solution de la question, car le reste des descriptions homériques s'accorde parfaitement avec les vues topographiques deM.de Choiseul- Groumer (ouvr. cité. t. II, p. ifi9).
Au-dessus de la seconde source s'élève une éminenee qui porte un cimetière musulman établi sur remplacement du tumulus dit tombeau de M urine. On ne sait pas si ce tombeau était celui de Myrine, fille de Teuccr et femme de Dardanus, ou d'une autre Myrine.
amazone fameuse, qui aurait vécu
Route 80.
LA TROADE
les sources, le chemin s'élève, en faisant un léger détour, jusqu'au haut de la colline qui porte l kil.) Bounar-Bachi-Keui (3 h. 30 min. 'le YY*ni-Schehr) ; puis, traversant re village, il gravit une pente? assez roidequi aboutit à un plateau élevé
I kil.). C'est là que fut
Troie ou Ilion {IUum vêtus . — En dépouillant l'histoire de cette ville de toutes les fables dont l'ont revêtue les poëtes grecs et latins, il reste à peu près constant que son territoire fut peuplé par des Pélasges qui reconnaissaient pour clefs Scamandre {11S11 avant J.-C), Teucer (1590), Dardanus (15K8) , Erichthonius (1531). La ville ellem^me fut fondée par Tros vers 1462.
II eut pour successeurs Ilus (1402) et Laomédon (1347), sous leauel elle fut entourée de murailles dont la fable attribuait la construction à Neptune et à Apollon. Peu apr?s Hercule, irrité de la perfidie de Laomédon, prit la ville, et le mit * mort, pour donner son trdne à Priam (1314). —Tout le monde connaitl'histojre Je la guerre de Troie, 4ui fut prise m 1270, d'après la ironique d'Hérodote , en 1209 «Mon les marbres de Paros, en U84 selon Ëratosthène.
Etat actuel. — L'emplacement de Troie n'offre aucune ruine. Seulement le sol est couvert par une "paisse couche de décombres très- 'Itvisés. Le temps avait réduit les ruines en poussière dès le temps Je César.
... Elira periere ruinas.
(Lccaim, Pbars., lir. IX, t. 969.)
De cette hauteur, on découvre un magnifique nanorama sur la plaine de Troie, la mer, les îles de T^nédos, d'Imbros, et la Cheraonèse de Thrace. Le plateau se tormineàl'E. par (1 kil.) une éminenee f{ui le domine. Là s'élevait Pergamaf la citadelle ou acropole de Troie; il n'en reste que les fondations à peine visibles de quelques murs, une citerne profonde, et '••ou tombeaux, formés de pierres amoncelées, et qui ne sont pas
n'en voit ohm que ulaires. I. ne des
même entiers : leurs cônes ont disparu, et on n'en voit i>h les bases cire trois, la plus grande, offre un plateau de 30 met. de diamètre. On a supposé sans raison suffisante que c'était le tombeau d'Hector. Pergame se termine du côté de l'E.
par un rocher coupé à pic au-dessus de la vallée où coule le Simoïs, et qui do cette hauteur paraît être un gouffre. En face de Pergame, sur Tautre extrémité du plateau de Troie, vers le S.-O. (2 kil.}, est une autre éminenee presque aussi souvent mentionnée par Homère que Pergame : c'est celle qu'il appelle VErinéos , et qui se termine par un sommet escarpé nommé le SCOpiô (ffxoTrrr,). Pendant le siège de Troie, les assiégés en avaient fait une espèce d'observatoire, où ils montaient à chaque instant pour avoir des nouvelles du champ de bataille. En effet, de ce point la vue s'étend jusqu'à la mer. Le Scopiè porte un tumulus conique, recouvert de gazon, mais ou ne sait à quel héros l'attribuer. Audessous de l'Êrinéos.sur le chemin qui revient à Iïounar-Baehi , se trouvaient sans doute les portes Scées Z/.xiai n:A'Xi) ; mais on n'a pu jusqu'ici en reconnaître la place précise. Les antiquaires n'ont pour se guider dans cette recherche qu'un renseignement assez vague.
On sait seulement qu'un chemin partant de cette porte. allait aboutir à la mer, en passant auprès des sources les plus hautes du Scamandre; c'est ce chemin que suivit Priam pour se rendre au camp des Grecs. — C'est autour du champ comprisentreles portes Scées etles sources du Seamandro qu'Achille et Hector tournèrent trois fois avant de combattre, et non autour de la ville, comme on le croit généralement. Voir Choiseul-Gouffier, tome II, page 2">3.)
DuScopiè.on descend vers le S., et laissant à dr. le v. d'Arabler-Keui et contournant vers l'E. la base do la montagne, on rejoint (2 kil.) la vallée du Simoïs, dont on remonte
TURQUIE D'ASIE
Roi'TK 81).
le cours en suivant toujours la rive gauche du fleuve ; la vallée, d'a- Bord étroite et sauvage , s'ouvre peu à peu et aboutit enfin dans une large plaine, où s'élève (10 kil.)
Énal (2 h. 30 min. d'Ilion ) , grand village composé de 200 maisons, dont 150 sont habitées par des Turcs et 50 par des Grecs.
La plaine qu'il commande est trèspeuplée et assez bien cultivée, Enaï possède des bains et un caravanséraï très-convenable. La seule curiosité du lieu est un tumulus qui s'élève hors de l'enceinte du village, au S., et qu'on appelle Enaï-Tépé ou Sovran-Tépé, et qu'une fausse analogie dans les noms a fait prendre pour le tombeau d'Enée; les Turcs en ont fait un cimetière. Le v. d'Énaï semble répondre à l'ancienne ville des Neandriens, la Scamandria, mentionnée par Pline, dont les habitants allèrent peupler Alexandria- Troas. — En remontant le cours de la rivière d'Enaï (Énaï-Tehaï), on trouve le v. d'Eski-Skuptchu, qui possédait des mines d'argent encore exploitées au siècle dernier, etsurleshauteurs, al'O., les ruines d'un château , nommé Kiz-Kalessi (château de la Fille), qui semble répondre à l'antique Astytzium, où Théodore Lascaris enfermait ses trésors; plus loin,surle Kirli-Dagh (2 h.), sont d'autres ruines (Tchigry), qui répondent à l'antique Cenchrée, forteresse byzantine, prise et détruite par les Turcs Seldjoukides en 1306.
d'énaï aux sources du simoïs.
D'Énaï a Beïramitch, le chemin suit la rive gauche du Simoïs, dans une plaine largement ouverte et bien cultivée. Des deux côtés de la vallée, de nombreux villages s'élèvent sur les derniers contre-forts des montagnes. On franchit (10 kil.) un pont antique jeté sur un affluent du Simoïs, on traverse (4 kil.) lr v. de Turkmanli
et l'on rencontre (2 kil.). près du hameau de Bounar-Bachi , une source chaude qui va rejoindre un autre affluent du Simoïs et i\m descend du v. d'Aghatché-Keui. On peut visiter près de ce village [& kil.) deux tumulus que l'on re-
fjarde sans motifs s u rasant s pour es tombeaux de Pâris et d'Œnone, sa première femme, oui ne voulut pas survivre à son infidèle époux.
— De la source chaude de Bounar- Bachi, on atteint # kil.}
Béïramitch (4 h. d'Enaï). — Cette petite ville, chef-lieu actuel de toute la contrée et résidence d'été du pacha gouverneur, est placée sur un coteau et sur la rive gauche du Simoïs dans une charmante situation. De Beïramitch, on suit le cours du Simoïs vers l'E., puis on franchit (6 kil.) un affluent nommé Kaz-Daghi-Tchdi, sur la rive droite duquel s'élève une colline nommée K ourchounlu-Tépé (colline du plomb, parce qu'on y exploitait autrefois une mine de ce métal;, et qui porte quelques ruines étudiées par le docteur Clarke [Travels in varions countries, tome II, p. 130 et 169, in-4<», Londres, 1812), qui en a rapporté plusieurs fragments au collège de Cambridge.
A mi-côte s'élève une bâtisse qui a 30 mèt. de long sur 1* de large. Sur son côté N . une partie du mur d'enceinte est assez bien conservée. La destination de cet édifice, qui parait appartenir à l'architecture romaine, est jusqu'ici restée douteuse. A 10. de cette ruine , on en trouve une autre dont le caractère a été parfaitement reconnu : ce sont les restes d'un établissement de bains.
Des pans de murs recouvert* de stuc sont encore debout; on voit tout près quelques tombeaux et une belle arcaae. Des colonnes jonchent un sol couvert de fragments d'amphores, de débris de marbre, de granit et de jaspe. Non loin de là, s'élève un immense entablement d'ordre dorique. Un large chemin monte de ces ruines nu sommet de la montagne en dérn-
^octe 80.] LA TROADE.
rant plusieurs courbes, et passant près a'un temple ruiné, aboutit à un monument tres-curicux, qui offre les caractères de la plus limite antiquité. Les murs de clôture de ce monument sont faits «le pierres énormes et abruptes comme celles de Tirynthe. Un bois de chênes majestueux les enveloppe. Sur les côtés, à l'E. et à 10 , se dressent deux cercles de pierres semblables aux cromlechs druidiques. Quelques voyageurs ont voulu y voir les autels élevés àJupitersur le mont Ida, bien que ceux-ci fussent sur le sommet du Gargare. M de Choiscul-Gouffier attribue ces ruines à l'ancienne ville de Cébréne, dont l'origine remontait au temps de Priam.
En redescendant de Kourchounlu-Tépé, on suit quelque temps un contre-fort transversal, que l'on franchit pour redescendre sur :* kil.) Àvdjilar-Keui (le village des chasseurs, 3 h. de Beïramitch), misérable village formant la dernière station des voyageurs qui veulent visiter les sources du simoïs ou faire l'ascension du G argue.
Pour se rendre aux sources du Simoïs, on remonte, en se dirigeant vers le S., le lorrent d'Avdjilar, et l'on atteint (l h. 30 min.) une chapelle située à la limite inférieure des forêts. On a en vue dans (,c trajet les sommets de l'Ida, toujours enveloppés de quelaues vapeurs, ou recouverts de neige.
Sur le premier plan s'étendent dépaisses forêts coupées par de verts pâturages ; c'est dans ces bois que sont cachées les sources du Simoïs. Après une montée assez difficile on atteint fl h.) un plateau qui forme un bel amphithéâtre naturel, et où l'on trouve les premières sources appelées cascades du Mégara. — De tous côtés un £rand nombre de petits ruisseaux tombent de hauteurs assez considérables. Ces groupes de cascades forment un ensemble des plus gracieux. Toutes ces eaux se réunissent pour se précipiter
Oriknt.
dans un gouffre sur lequel plane un nuage de vapeur. Des urbres gigantesques entourent ce paysage dominé de loin par la masse du Gargarc. L'origine commune de ces cascades est située plus haut ^30 min.). C'est une source unique, qui sort d une caverne et se répand a peu de distance dans une sorte de bassin dont le trop-plein forme les cascades inférieures. De ce point l'Ida présente nettement ses quatre sommets : le Cotylus (Kaz- Dagh), lePytna, l'A^xandria et le Gargare \vù/iyapoy)l le plus élevé. Ces quatre sommets portaient autrefois le nom collectil d'Olympe. C'est là, suivint Homère, que Jupiter venait s'asseoir pour surveiller les mouvements des armées grecque et trovenne. C'est à ces lieux que s'applique une des plus gracieuses fictions du prince des poètes, quand il nous peint Junon quittant le cap Lectum (Baba) et remontant dans un nuage pourpre tous les degrés de l'Ida jusque sur le sommet de cette montagne, pour séduire son mari Jupiter (Iliade, liv. VIII, v. 48). — Des sources du Simoïs on redescend à Avdgilar par le même chemin.
A SC KN S ION OU G ARC A RK.
10 à 11 k aller et reloor. On revient coucher à ÀTdjilar.
C'est également d'Avdjilar qu'il faut partir pour faire l'ascension du mont Gargare (environ 6 h. de montée). Comme l'Etna, cette montagne peut être divisée en trois régions : la région cultivée, la région des forêts et la région aride et neigeuse. Les deux tiers au moins de l'ascension peuvent être faits à cheval: les neiges et ks glaces qui persistent assez longtemps dans l'été se fondent souvent entièrement vers la fin de la saison chaude.
En sortant d'Avdjilar, on remonte le cours de la rivière et l'on rencontre (1 h.) les ruines de plusieurs chapelles grecques, la plu-
494 TURQUIE D'ASIE
part dans des situations pittoresques, qui, selon Clarke, rappellent les paysages tic Salvator Kosa.
Puis on entre dans la région des forets; la traversée est rude et ennuyeuse. Au sortir des bois, on arrive sur des pentes nues, arides, couvertes de neige et de gluce la plus grande partie de Tannée.
L'ascension présente alors quelques dangers, surtout à cause de
{inexpérience et du mauvais vouoir des guides qu'on a trouvés à Avdjilar. On longe un précipice escarpé pour se rapprocher des quatre sommets, qui se présentent par ordre de hauteur, en commençant par le plus bas. On se dirige vers le troisième; quand on l'a atteint, on gagne la base du second, qui est le plus difficile k gravir, par une arête comprise entre deux précipices de plus de 300 met. Du deuxième sommet on passe sur une autre crête, pour gagner sans trop de difficultés le premier et le plus élevé (1 550 met. : 4 à 5 h. depuis la région cultivée).
On voit alors à ses pieds la vallée d'Avdjilar, fcourchounlu-Tépé, la plaine de Beïramitch, toute la plaine de Troie avec ses moindres détails, Bounar-Bachi , le tumulus d'^Esyétès.Surun plan plus éloigné la mer Égée avec les îles de Ténédos, Imbros, Samothrace, Lemnos, le mont Athos, les cotes de la Thrace et de la Chersonèse, les Dardanelles, la mer de Marmara usqu'à Constantinorjle ; au S.-O.
'Archipel jusqu'à 1 Eubée ; vers le S. le golfe de Smvrne, laMysie la Lydie. l'Ionie; à l'E. la Bithynie, avec la chaîne du mont Olympe.
Tels sont les grands traits "de cet immense panorama. [V. Clarke, Traveh, tome II, p. 135.)
On redescend a Avdjilar par le même chemin.
[Route ftû.
(3 h.) et de Beïramitch a Énai [4 h.), en profitant de la facilité de la route pour gagner du terrain.— D'Énaï à Bounar-Bachi , on peut revenir par larivc droite du Siraois.
en franchissant un pont de pierre, situé à 2 kil. au-dessous u'Knai. En face du v. d'Ak-Keui la vailée du Simoïs devient de plus en pluétroite. Ce fleuve l'emplit tout entière au temps de la fonte de> neiges. En été, au contraire, le torrent est presque entièrement desséché. Des deux côtés, desro; chers escarpés la dominent et lui donnent un caractère sauvage et grandiose. L'endroit le plus intéressant est (10 kil.) la gorg« profonde oui contourne le pied de U citadelle de Pergame, dont le point culminant est élevé de 120 mèt. au-dessus du Simoïs. Au sortir de cette gorge (3 kil ), on «lébouche sur une plaine fertile et l'on trouve bientôt k gauche (1 kilun gué pour passer le Simoïs «l rentrer k (2 kil.) Bounar-Bachi.
Dl BOUNAR-BACHI A KHANAE (DAlDA*
D'aVDJILA* A Élf A> ET BOUHAR~BACHT.
On revient par le chemin déjà décrit d'Avdjilar à Beïramitch
11 à 12 heure*.
En quittant Bounar-Bachi t on revient au N.-E. par le chemin d'Aktché-Keui et l'on passe à gu- (2 kil.) le Simoïs, puis 1 kil.1 J»« petite rivière qui descend de l'Ida par une vallée où M. de Choiseul- Gouffier croit reconnaître la vallée de Thymbré. Selon le même auteur, c'est k 2 kil. sur la gauche, au confluent de cette rivière avec le Simoïs, que devait être placé le temple d ApoUon Thymbréen. où Achille fut frappé par la flèche de Pàris, au moment ou il venait traiter des conditions di son mariage avec la bellePolyxène.
Une reste d'ailleurs aucun vestige de ce temple. Continuant k s'avancer au N.-E., dans la direction du v. ruiné d'Aktché-Keui, on pass»' (1 kil.} entre deux tumuli. Le plus grand forme un cône tronqué qui mesure 10 mèt. de hauteur et
;Koutk «0.] LA TKOADE.
J0 mèt. de diamètre à la base, et porte le nom de Khana-Tcpé ; il passe pour être le tombeau de Troïle, fils Priam; le second,
nommé Asarlak-Tépé , casse pour celui de Rhétus, roi oe Thrace, qui vint porter secours aux Troyens, la dernière année du siège, et fut tué la nuit même de son arrivée par Diomède. On traverse immédiatement après le v.
ruiné d'Aktché- Keui, entièrement abandonné. La hauteur sur laquelle il s'élève est généralement reconnue pour la Callicoloné (Ka»t- <3/àvr„ la belle élévation). C'est sur cette éminence que, dans l'Iliade, les dieux protecteurs de Troie, Mars et Apollon, venaient s'asseoir pour assister à la bataille, tandis que les divinités protectrices des Grecs, Minerve et Neptune, se plaçaient sur les hauteurs du coté de la mer Egée.
D'Aktché- Keui, on descend pour traverser une rivière nommée le Kémer-Sou, et, laissant à gauche un tumulus appelé Mal-Tcpé, qui fit peut-être le tombeau de Pandarus, chef des Lyciens, l'on remonte au v. abandonné (3 kil.) dEski-Aktchc'-Keui, qui renferme au milieu des ruines des maisons modernes un assez grand nombre de fragments antiques, entre autres les restes d'une arcade formée de grands blocs de marbre ^ulntés. Ce village semble répondre a l'ancienne Pokum, petite \ille fondée dans la Troade par les Eoliens. Le Kénier-Sou, qui coule au-dessous, répond au Simoïs de Strabon. En remontant cette rivière vers l'E., on trouve à 4 kil.
au-dessus d'Eski-Aktché-Keui les rumos d'un aqueduc très-curieux, lequel a donné son nom à la rivière (Kémer-Sou signitie eau de l'arcade,. L'arcade principale de l'ancien aqueduc, qui seule est restée debout, étonne par sa hardiesse. Elle a 11 mèt. de largeur, et sa hauteur dépasse le niveau des collines voisines. Entre ses
montagnes, dont les eaux se confondent pour donner uaissance à la rivière.
D'Eski-Aktché-Keui, où l'on revient par le même chemin, on regagne à travers chanins, \or» l'O.
[2 kil.), le chemiu d'Aktebé-Keuv à Kalafatli , et J'en franchit une colline allongée, au pied de laquelle, vers le confluent du< Kémer-Sou et du Simoïs, il faut chercher, d'après les données de Strabon, remplacement du bourg des Uiens (I/ie»uiuro pagwt), que quelques auteurs ont prie, avec Démrtrius de Seepsis, pour l'antique Ilion, sans se rappeler cette citadelle éhvée, battue par les vents, si bien décrite par Homère. Descendant ensuite dans un vallon arrosé par un petit ruisseau, doui les pentes N. sont couvertes de vignes, on marche vers l'O. jusqu a (3 kil.) la rencontre d'un chemin qui se dirige au N. vers Tehiblak. A la jonction des deux chemins, on trouve sur U droite les ruines d'un temple qui était peut-être celui de Venus, consistant en quelques colonnes a moitié enterrées et quelques restes de murailles. La colline qui domine ces ruines vers l'E. est regardée à tort par M. de Choiseul- Gouffier comme la Callicolonè, que nous avons vue répondre a Aktché-Keui. — Continuant à se diriger vers le N., on laissera un iustaut {'i kil.) le chemin de Tehiblak, pour visiter sur la gauche le cimetière turc, où l'on reconnaît beaucoup de fragments antiques, çt au delà de ce cimetière, un tumulus ovale, élevé d'environ 7 mèt., et qui domine toute la plaine jusqu'à 1 embouchure du Simoïs.
Les indications de Strabon ne permettent pas de douter que ce ne soit le tombeau d jEsyélès (prince troyen, père d'Anténor et d'Uealégon). Ce tombeau est célèbre dans Plliade par les exploits de Politès, fils de Priam, qui venait s'y placer pour découvrir les mouvements
pieds se réunissent dix ou douze des Grecs dans leurs retranchepetits ruisseaux descendus des I monts. Son agilité merveilleuse
lui permettait de regagner Ilion sans craindre d'être coupé dans sa retraite.
Du tombeau d'JSsyétès , on revient ( 2 kil. aller et retour) au v.
de Tchiblak , où l'on trouve encastrés dans les murailles un grand nombre de débris antiques rapportés, appartenant pour la plupart à une époque de décadence. De Tchiblak, on se dirige à l'O. pour gagner (2 kil.) les ruines de
Hium-Recens, la nouvelle Ilion, fondée par une colonie éolicnne, six siècles après la guerre de Troie. Ses habitants, qui se prétendaient descendants des anciens Troyens, purent capter, à ce titre, les faveurs des rois de Perse et de leurs satrapes; mais ils furent surtout comblés de bienfaits par Alexandre le Grand , admirateur passionné des héros d'Homère, et par les successeurs de ce prince.
Elle trouva bientôt de nouveaux protecteurs dans les Romains, qui se croyaient issus des Troyens.
Les Césars, qui avaient la prétention de descendre d'Iulus , fils d'Enée, accordèrent a Uium-Kecens de nombreux privilèges , et se plurent a confondre la ville nouvelle avec l'antique Ilion, confusion qui a contribué longtemps à tromper la postérité. Cette faveur diminua cependant chez les derniers empereurs , qui l'abandonnèrent aux incursions des Barbares. Constantin le Grand lui enleva son Palladium pour le porter à Constantinople, et la chute du paganisme acheva de lui enlever les visiteurs qui l'enrichis-
saient. Sous la domination byzantine, elle continua à dépérir; il paraît cependant qu'elle présentait encore de beaux édifices en 1357, quand Soliman s'y arrêta avant de franchir l'Hellespont.
Ilium-Recens était bâtie sur une colline'escarpée, qui se dresse à plus de 20 mèt. au-dessus des marécages formés par les eaux réunies du Tumbruk-tchaï au N. , et du Kéraer-sou au S., a l'endroit nommé par les Turcs Hissardjik,
TURQUIE D'ASIE. [Route 80.]
ou Eski-Kalafatli. On voit encore quelques restes des murs d'enceinte. Un mamelon isolé au N- O. parait avoir porté la citadelle et le temple de Minerve. Des d«bris de marbre sont semés ça et là. Plusieurs voyageurs y ont trouvé de très-belles médailles.
Tous les villages des environs ont emprunté des matériaux à ces ruines.
De la colline d'Ilium, on redescend dans le vallon du Kalafat- Osmak , ruisseau qui coule vers Kalafatli-Keui ; mais au lieu de le suivre , on tourne au pied de la colline d'Ilium, et se dirigeant au N.-O., à travers la plaine marécageuse , on atteint au delà d'un fossé à sec { 'S kil. ) le Tombeau commun des Grecs, un peu en avant du cimetière et du v. do Koum-Keui. Ce tombeau fut élevr après le premier engagement auquel Achille ne prit point part.
Les deux armées, qui avaient l'ait des pertes considérables , conclurent un armistice pour enterrer leurs morts. En môme temps que ce tombeau, les Grecs, par le conseil de Nestor, élevèrent un retranchement muni de hautes tours.
De Koum-Keui, village insignifiant , bâti sur les atterrissements formés par le Mendéré-Sou, on se dirige au N.-E., et traversant (1 kil.) un pont bâti sur l'Halilélttchaï, ou Tumbruk-tchaï, on gravit l'extrémité du promontoire de Rhétée, où s'élève (2 kil.) le tumulus conique nommé Tombeau d'Ajax [Atant-tépé], Ce monument, dont l'authenticité est démontrée par un grand nombre de textes anciens, offre aujourd'hui, au tiers de sa hauteur, une ouverture par laquelle on pénètre dans un double caveau. Chacun des compartiments de ce caveau est voûté. Le
premier , plus spacieux . est sans aoute celui qui a contenu la dépouille du héros. Le sommet du tumulus porte quelques vestiges de ruines , d'époque romaine. On les attribue à une bâtisse qui au-
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rait été primitivement circulaire comme Féminence sur laquelle elle reposait, et qui aurait formé l'enceinte de YAïanteion ou temple d'Ajax, bien des fois restauré dans l'antiquité.
En quittant le tombeau d'Ajax { 6 h. de Bounar-Bachi ) , où finit réellement l'excursion de la Troade, on cheminera sur l'arête du Dervent-Dagh, d'où l'œil plane sur la vallée pittoresque et fertile •l'Haliléli ou de Tumoruk, qu'une fausse analogie de nom avait fait confondre avec celle de Thymbra ( r. ci-dessus) , et laissant à droite Haliléli-Keui , dans les murs et dans le cimetière duquel on peut reconnaître beaucoup de fragments antiques, on gagne (5 kil. ) les ruines de l'antique Rhœteum ,
2ui forme le Paîœokastron du v.
It-Guelmèz-Keui (1 kil.} , Laissant à dr. sur la hauteur le v. Erin-Keui, bâti surremplacement de l'antique Ophrynium, qui possédait un bois consacré à Hector, on longe le riv*ge de la mer, rencontrant successivement (15 kil.) le cap de Dervend-Tchechmessi (4 kil.), le contre-fort où s'élevait l'antique Dardanus (2 kil.) , le cap des Barbiers, pour atteindre (8 kil.) Boghaz-Hissar et Khanak (5 h. du tombeau d'Ajax V. p. 345 et 346) , où l'on pfut s'embarquer sur les paquebots français et autrichiens, qui y font escale plusieurs fois par semaine.