‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 238 sur 511 · KK · texte numérisé non relu

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second concile oecuménique, convoqué par Constantin V et sa mère, l'impératrice Irène, siégea à Nicée. On y condamna les iconoclastes. Nicée fut prise en 1076 par Soliman, qui en nt la capitale de la sultanie de konièh, et enlevée à Soliman en 1097 par les croisés , après sept semaines de siège. Elle passa plus tard entre les mains de Théodore Lascaris I'r, qui, ne pouvant reprendre Constantinople aux empereurs latins, fit de Nicée la capitale d'un nouvel Empire d'Asie-Aliueure. Quand Constantinople fut reconquise par les empereurs grecs, Nicée dut céder k cette ville son titre de capitale. Les Turcs s'en emparèrent définitivement en 1333.

État actuel. — La moderne Nicée, Iznik, n'est plus qu'un misérable v. turc de 100 maisons à peu près, mais sa situation est merveilleuse; car il est placé au bord du lac d' Iznik ■ lac Ascanius ) , qui a environ 34 kil. de long sur 13 ou 14 de large, et s'étend devant le village, tandis que, par derrière, une suite de collines couvertes de chênes et d'arbres verts , se prolongent en s'étageant jusqu'à l'Olympe, dont on aperçoit nettement les sommets neigeux. Tout autour du village d'Iznik , parmi les chênes et les arbres verts, apparaît le mur d'enceinte de la vieille ville, avec ses portes majestueuses et ses tours. Ces constructions sont dans un état de conservation remarquable. On rencontre d'abord une première enceinte tlanquée de tours demicirculaires ( c'était le mœnium ou rempart des Latins), puis en avant, à une distance de 16 inèt., règne une deuxième enceinte , Uanquée aussi de tours disposées en échiquier par rapport à celles du rompart c'était 1 agger, lequel défendait les abords du fossé). Les tours de cette deuxième enceinte sont moins élevées que celles du mœnium. Les deux murs ressemblent, quant à leur mode de construction , à ceux de Con-

TURQUIE D'ASIE

stantinople, dont ils sont d'ailleurs contemporains. Ils se composent de rangs de briiiues alternant avec des assises de larges pierres carrées; le tout est relie par un ciment très -épais. L'aire comprise dans cette enceinte mesure à neu près 20 à 24 kil. de long sur 6 uc large. Le mœnium a 108 tours, l'agger 1^0.

Les créneaux sont encore intacts.

Dans quelques endroits de la bâtisse, ont été insérés des colonnes et des fragments de murs appartenant à des constructions plus anciennes. Quatre grandes portes sont percées dans cette enceinte:

celle de Constantinople ( Stamb oul-K ap ounsi) , au N.-N.-O. ; celle de Lefké (Lcfké-Kapoussi) , à TE. ; celle de Yéni-Schèhr (Yéni-Schèhr- Kapoussî), au S.-J£., et celle du Lac, (Gucul-Kapouisi) au S. -O. Chacune de ces portes est flanquée à dr. et à g. d'une tourmassive construite en briques. La porte de Lefké présente une première ouverture peu apparente dans le mur de l'agger, laquelle donne accès dans une petite cour. Un arc de triomphe en marbre, surmonté d'une massive construction en briques , s'élève au fond de la cour , entre deux tours, et la sépare d'une seconde porte byzantine qui s'ouvre sur fa ville. L'arc de triomphe est une grande arcade de 4 roèt. 23 c.

a'ouverture. Des deux côtés de l'arcade, s'ouvre une petite porte carrée pour les piétons. Au-dessus de ces portes, deux niches ont été creusées dans un plan circulaire. Ce monument fut élevé par l'empereur Adrien en l'an 120 de J.-C. Derrière la porte de Constantinople, en dedans de la double clôture, il y a un troisième mur d'enceinte , ouvert sur la ville par trois portes à demi ruinées, garnies de pilastres de marbre et de quelques sculptures sur leur face extérieure. La porte du Lac n'a rien de remarquable. — La porte de Yéni-Schèhr est fortifiée d une manière toute particulière. Deux énormes tours, rattachées à un avant-corps quadran-

[Route 81.]

gulaire, s'élèvent obliquement en avant du mœnium. Elles ont 10 met.

de diamètre, et sont séparées par un intervalle de 11 met. 65 c.

C'est par cette porte qu'Orkhan, vainqueur de Nicée , entra en triomphateur dans la ville.

Entre les murs d'enceinte et le v. moderne, placé à peu près au milieu de l'aire de l'ancienne ville, s'élèvent des ruines de mosquées, de bains , et des maisons dispersées dans les jardins ou dans les champs, qui prouvent qu'Iznik resta Quelque temps une ville considérable dans la première période de la domination des Turcs.

Le voyageur qui entre a Nicée par la porte de Constantinople .

traverse d'abord l'espace couvert de champs et de jardins qui .sépare le mur d'enceinte du v. aotuel. Arrivé au v. , il se àinge vers l'E., en prenant une des rue»

qui s'ouvrent à sa gauche. D'abord s'offre à lui, sur sa droite, une mosouée qui n'a rien de remarquable. Un peu plus haut, à gaucue , ce sont d'anciens bains ruinés; à quelques centaines àe pas plus loin, à dr., c'est

La mosquée verte ( Iéchil-Djomi) , bâtie par le sultan Khaïr-eddin, seul spécimen qui nous reste des arts seldjoukides dans cette partie de l'Asie-Mineure. Le bâtiment est quadrangulaire , et a 26. mèt. de long sur 12 mèt. de large. En avant règne un porche de marbre blanc, composé surs* façade de 3 arcade» ogivales portées par deux colonnes de granit rouge, et en retour de deux arcades séparées par une colonne de marbre grand antique. Les colonnes de granit rouge sont surmontées de chapiteaux dans le style arabe. Les deux arcades (latérales sont formées par des barrières de marbre découpées à jour avec une extrême délicatesse. 4° milieu du porche s'élève une coupole terminée par une lanterne.

La façade est en marbre blênc.

mais 1rs Turcs l'ont peinte de voussoirs noirs et blancs. Liute-

I^Rootk 81.]

rieur de ï'édifice est éclairé par y fenêtres et divisé en deux parties par un porche supportant une tribune, sur laquelle s'appuie en partie la coupole dont l'éaifice est couvert. Les murs de clôture sont en marbre blanc: Dans un de ces murs, à gauche de la chaire ( menbêr), est pratiqué l'escalier qui conduit au minaret. Celui-ci est bâti en briques et revêtu de faïences émaillées. Cette ornementation se compose de bandes ondules , alternativement bleues , rouges et vertes. De la prédominance de cette dernière couleur dérive le nom de la mosquée.

LVdifice que nous venons de décrire est enveloppé d'un portique <ie colonnes en granit gris , dont les chapiteaux et les abaques sont 'l'un style original qui rappelle jusqu'à un certain point l'art égyptien; deux fenêtres ouvertes sur le portique portent des inscriptions koufiques , entourées d'un dessin très-compliqué et d'entrelacs très-remarquables.

En partant de cette mosquée, on n* que des champs à traverser presque en ligne droite pour aller a la porte de Lefké. Pour se rendre de cette porte à l'église de Nicée ^Aya Sophia), il faut revenir de 1 E. à l'O. comme si on voulait sortir de la ville par la porte du "*c, longer le quartier grec qui « étend sur la gauche, et passer près ♦lune mosquée peu remarquable pour atteindre

L'église d'Àva-Sophia, dont la instruction date du xne siècle.

Eue est précédée d'un portique ou narthex qui offre quelques tableaux en mosaïques. La porte principale est surmontée d'une vierge en manteau bleu peinte sur !°nd d'or. A l'intérieur la nef est •-'ouverte par une coupole autre tois décorée de mosaïque n« reste plus que quelqu titres. Ij» dnmi./iAiinAin '*"uvre

nef

présente encore sa décoration pri- "tivede peintures très-bien con-

NICEE.— YENI-SCHEHR.

dont il

ves-

ics

église un sarcophage en pierre spéculaire, dont la face antérieure ornée dans le goût byzantin décèle l'antiquité, et qui doit remonter au ive siècle. Quand on introduit une bougie allumée dans l'intérieur de ce sarcophage, une lumière douce traverse ses parois, et, sur ce fond éclairé, les ornements se découpent en noir.

En quittant Aya Sophia , on oblique au S. , on laisse n droite un vieux khan, et l'on se dirige vers la porte du lac. A moitié chemin s'élève le kiosque du Mutésellim de Nicée, lequel relève du pacha de Brousse.— Auprès du kiosque et dans la direction du S.-E., on aperçoit sur un tertre quelques arcades qui appartiennent à un théâtre, dont les ruines sont presque entièrement enfouies dans le sol. Plus loin, sur la même ligne, on rencontre une fontaine sacrée (àiasma) , et plus loin encore la porte de Yéni-Schèhr, déjà décrite.

Le voyageur qui se dirige vers Brousse sort par cette porte et suit la rive méridionale du lac (4 kil.).

Là il rencontre l'ancienne voie romaine qui, venant des côtes de la Pronontide et se prolongeant d'abord vers le S.-O., descendait directement vers le S., à partir de Nicée, pour gagner la Pisidie; c'était naguère encore la voie la plus fréquentée par les caravanes qui venaient de Bagdad ou de la Syrie. La direction de la route de Brousse est différente. Elle oblique au S.-O., franchit (1 kil.) un petit cours d'eau, laisse à sa droite (1 kil.) un chemin qui suit les bords du lac et s'enfonce dans la montagne pour monter (5 kil.) sur un plateau coupé par un vallon, au fond" duquel on aperçoit (2 kil.) le v. de Dervend, situé près de la source d'un ruisseau qui va se jeter dans le lac de Nicée. A l'extrémité méridionale du plateau, on laisse à dr. (5 kil.) le v. do Bardschin, après lequel on commence à descendre jusqu'à (3 kil.) Téni-Schônr (4 h. de Nicée), le

servée. On montre aussi dans cette | village le plus considérable qu'il y

ait entre Nicée et Brousse. Il est placé près d'une rivière qui, sortant d un lac voisin, va se jeter dans le Sangarius (Sakaria). A partir de ce village, la route court vers l'O. et suit, au pied d'une série de montagnes, le nord septentrional du lac dont nous venons de parler, à une certaine distance néanmoins du rivage. Ou franchit P7 kil.) un petit cours d'eau, sur lequel est placé le v. de Tchardaklu, puis (5 kil.) un autre ruisseau, et coupant les dernières

1>entcs d'une montagne qui domine a rivière de Yéni-Schènr. on traverse cette rivière elle-même (5 kil.), non loin d'un second lac nommé Kouch-Gueul , moins important que le premier. Le chemin court en écharpe sur une suite do hauteurs qui dominent ce petit lac, pour redescendre en plaine et traverser (10 kil.) la rivière Ulfer- Tchaï (Odryses). On franchit un dea derniera contre-forts de l'Olympe, et dès lors, marchant en plaine au pied des montagnes, on

Sasso successivement trois afuents de l'Ulfer-Tchaï (0 kil. — 5 kil. — $ kil.), et enfin (5 kil.) un dernier ruisseau très -petit, peu d'instants avant d'arriver à (2 kil.)

Brousse, l'ancienne Pruse (10 h.

d'xéni-Schèhr). On y trouve un ho" tel excellent, Yhâtel de l'O/y wpe, tenu ^par un Allemand, et dont les prix sont assez modérés.

Histoire.— Cette ville fut fondée par Prusias II, roi de Bithynio, et, dit-on, d'après les conseils d'Annibal, réfugié à sa cour. Pruse a été regardée par les auteurs anciens comme une place de peu d'importance. C'est pourquoi nous avons peu de détails sur l'histoire do cette ville Elle partagea le sort de la province de Bithynic à laquelle elle appartenait. Après la nioçt d'Aloxandre, la Bitbynie fut gouvernée par des rois indépendants jusau en l'an 75, où Nieomède III légua s>n royaume aux Komains. Entrepôt commercial de Con*tantinople sous lo*i,ou\pvrews byzantins., la ville de Prusc sV-

D'ASIE. lRovtf81.1

crut considérablement et dépassa les limites de l'ancienne cité, qui n'occupait que l'espace appelé aujourd'hui le château. L'Empire, bientôt menacé par les Osmanlis, transporta en Asie sa ligne de défense et fit de Brousse un des points stratégiques les plus importants de la contrée. Seifer- Devlet, prince de la famille d'Hamadan, s'empara de Brousse en 924 et la fit démanteler. Un des résultats des croisades fut de remettre cette place aux mains des empereurs de Constantinople. Les musulmans la reprirent au in* siècle. Orkhan, fils d'Osman, s'en empara en 1325. Elle fut un moment occupée par les Mongols de Tamerlan, après la bataille d'Angora, dans laquelle Bayézid Iw fut fait prisonnier. Ceux-ci la ruinèrent en partie. Mohammed Ier la releva.

Elle fut encore prise et pillée par Karaman , sultan d'Iconium, en 1413, et depuis elle a été à diverses époques ravagéepar des incendies (1801-1802) , et dernièrement encore, en 1856, renversée en partie par un tremblement de terro.

Etat actuel. — Brousse est aujourd'hui la place principale de l'Éyalet de Khoudavendkiar, qui comprend la Bithvnie méridionale et une partie delà Mysie. Le recensement de la population fait en 1852 a donné le chiffre de 73 000 hab., dont 11000 Arméniens et 6*00 Grecs. La population juive, autrefois assez considérable, est aujourd'hui réduite à un nombre insignifiant.

La ville est bâtie sur le revers d'une montagne qui commande une plaine de 35 kil. de long sur fi ou 7 de large. Derrière Brousse, s'élève rolvmpe, qui dresse sur un fond boisé et verdoyant ses rochers dénudés et ses cimes couvertes de neige. Les maisons sont pour la plupart en bois; elle* reçoivent toutes les eaux des sources de l'Olympe; les rues sont généralement très-étroites, mai-* propres. Les environs offrent des solitude* pittoresques. On y <'»!•

ed by GoogI

Uot'TE ai.j BRorssE. 5o;<

tive le mûrier sur un grande pieux de la ville, domine par sa

rebelle. La soit; récoltée à Brousse, masse toutes les constructions de

et qu'on manufacture dans la ville Brousse et attire les yeux par les

Blême, jouit d'une réputation très- nombreuses coupoles qui forment

méritée. Le nombre des ouvriers sa toiture. Sa forme est un vaste

occupés à l'élève des vers à soie, carré dont les côtés sont divisé»

ou au tissage de la soie, s'élève, en cinq parties, ce qui produit à

dit-on, à 30 000. j l'intérieur vingt-cinq coraparti-

Broussc est, avons-nous dit, sur ments soutenus par aes pilastres

le revers d'une montagne, ou plu- et couverts par vingt-quatre cou-

tôt gur un rocher qui se termine polos sur pendentifs. La salle een-

en pente douce vers le S. et se relève du côté du X. De ce côté.

traie est couverte par une coupole hypèthre , c'est-à-dire percée à

les flancs de la montagne sont [jour à son centre et fermée par sbrupts et inaccessibles. La sur- 1 un simple grillade. La pluie pé-

face du rocher est comme une espère d'aire qui porte la ville et qui est entourée de murailles revêtues de marbre blanc et percées de portes en briques également revêtues de marbre blanc. Ces murailles ont été élevées au xm* siècle par Théodore Lascsris ; mais quelques parties sont plus anciennes. Du côté de fO., par exemp'e. le soubassement des murs, construit en gros blocs de travertin, appartient à la période grecque. Du côté du S., où la ville était très-accessible, s'élève un système complet de fortifications avec sa muraille, son agger, son uo^ble fossé et sa garniture de tours. Celles-ci, dont la base meiureîû met. carrés, sonteonstrui tes en travertin et en blocs de marbre provenant de monuments plus anciens. Des plantations de mûriers occupent aujourd'hui le fond desfossés. Du même côté s'ouvrent trois portes dans le style du moyen *ge. Auprès de celle du milieu, une vieille prison offre à la curio- •ité du voyageur un puits d'une largeur et d'une profondeur considérable , par lequel on descendait les prisonniers au moyen d une corde.

Brousse possède 174 djamis à minarets et 24 mesdjids sans minarets, 20 caravanscraïs publics et plusieurs bazars où se vendent les soieries fabriquées dans la ville.

L Oulou-Djami, le plus grand et »e plus curieux des édifiées reli-

nctre directement dans l'édifice; elle est reçue en bas par un bassin, dont l'eau est soigneusement renouvelée et où l'on nourrit des poissons. Des fenêtres placées entre chaque travée éclairent le reste de 1 édifice. Il était autrefois décoré avec une grande magnificence ; les seuls ornements de peinture qui décorent maintenant îesmurssontdegrands chiffres monogrammatioues peints en noir.

Le reste a disparu sous un épais badigeon; cette mosquée est précédée, selon l'usage, d'une petite cour fermée ou harem, au milieu de laquelle s'élève la fontaine aux ablutions. Les deux minarets placés à chacun des angles de l'édifice annoncent au loin une mosquée impériale. Autrefois ces minarets étaient revêtus de faïences vertes, et l une d'eux avait sur une de ses galeries supérieures une fontaine jaillissante, tant la source qui fournissait l'eau était élevée dans l'Olympe. Cette fontaine ne coule plus, faute d'un entretien suffisant.

L'Oulou-Djami, commencée par Murad I,r, continuée par Bayézid I,r, a été achevée par Mohammed Ier. Elle est bâtie en briques et en pierres «le taille.

Près de l'Oulou-Djamî , dans la partie O. de la ville , on visitera dans l'ancienne chapelle du château appelée aujourd'hui Daoud- Monasttr (le monastère de David;, qui date de la dernière période de l'empire byzantin, le tombeau d'Orkhan.qui prit Brousse

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