‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 245 sur 511 · TRÉBIZ ON DE -ARMÉNIE · texte numérisé non relu

TRÉBIZ ON DE -ARMÉNIE

DK CONSTANTI NOPLK A TRÉBIZONDE,

PAR MKR.

(184 lieues mariite*.=.i0i2 kil. — 3 jours de navigation.)

De Constantinople à la sortie «lu Bosphore, V. R. 58, p. 390 à 100.

En sortunt du Bosphore, le paquebot se dirige à 1 E.-N.-E. La sinuosité profonde que décrit la côte entre la sortie du Bosphore et Jnéboli, premier point de relâche des lignes française et autrichienne . oblige a s'en éloigner plus qu'on ne le fait d'habitude dans les navigations côtiéres. On. passe donc ordinairement hors de vue d'Érekli, l'ancienne Héraclée, que nous mentionnons ici pour ce seul motif que do* mines de charbon assez abondantes y ont été découvertes et sont exploitées sous la direction d'ingénieurs européens.

On ne se rapproche de la côte à petite distance que pour reconnaître le cap Kérembé, à 18 milles environs avant

Inéboli, l'antique Abonou-Tei- Chos Tslyoi) (80 lieues ma-

rines de Constantinople'. Rien d'important dans l'histoire de cette ville , si ce n'est qu'elle donna naissance au fameux imposteur Alexandre , dont Lucien nous a transmis l'histoire, et qui demanda à l'empereur probablement Antonin le Pieux) de donner a sa ville natale le nom d'Ionopolis, dont la corruption a fait le nom

moderne. — La ville actuelle, bâtie sur une petite baie, près de l'embouchure du Daourikan-Irmak. et dominée par les hauteurs, n'a rien d'intéressant par elle-même. A 15 ou 10 lieues vers le S. s'élève la ville de Kastamouni l'antique Cas tamon> , V. de 1*2 000 nmes, avec une vieille forteresse du temps des Comnènes.

D'Inéboli, le navire reprend sa course vers l'E.-N.-E. , longeant d'un peu plus près la côte, qui n'offre du reste rien a noter jusqu'au cap Syrias (ï-jptvs ou «xca ïiz-r.) aujourd'hui Indje'-Bournnu, la pointe de l'Asie Mineure la plus avancée au N. dans la mer Noire. On double ce promontoire, et, se dirigeant -au S.-S.-E., on entre bientôt (25 1. marines d'Inéboli ) dans la rade et dans le port de

Sinope ZvJûr.rt, en turc Sinap .

— Histoire et topographie ancienne. — Sinope , la plus importante de toutes les colonies grecques du Pont-Euxin, était située dans l'ancienne Paphlagonie. Sa fondation était attribuée aux Argonautes et à Sinope, fille d'Asopus ; mais h-s Sinopéens honoraient , comme le fondateur do leur ville, Autol vcus, l'un îles compagnons d'Hercule et l'un des Argonautes. Successivement occupé»' par des colons de Milet, par les Énnésieus, les'Cimmériens . et , a l'époque de la guerre du Péloponese , par les Athéniens, Sinope s'éleva à un haut degré de prospérité. Elle fournit aux Dix-Mille . dirigés par Xénophon , les navires qui les transportèrent à Héraclée. — Sa richesse excita la cupidité des roi?'

(RotTTB 85.) SINOPE.

de Pont. Mithridate IV, bisaïeul du grand Mithridate, l'attaqua le premier. Polybe nous en donne à cette occasion la description suivante : * Elle est bâtie sur une péninsule qui s'avance vers la naute mer. L'isthme qui la relie au continent n'a pas plus de deux stades de largeur. La péninsule , du côté de la ville, est d'un accès facile; du côté de la mer, elle est à pic, dangereuse pour les navires, et présente peu de facilités a un débarquement. > « La ville était , scion Strabon, bâtie sur le coi de la péninsule, laquelle était entourée de rochers creusés en forme de bassins, qui dans les hautes marées se remplissaient et rendaient le rivage inaccessible. >> Aidée par les Rhodiens , Sinope obligea Mithridate à lever le siège.

Pharnace, son successeur, fut plus heureux ; il parvint à s'en emparer (183 avant J.-C). A partir de ce moment, elle devint la capitale des rois de Pont. Mithridate-Evergète , père du grand Mithridate, y fut assassiné ; ce dernier prince • y naquit et enrichit sa ville natale d'un port de chaque côté de l'isthme, d'arsenaux maritimes et d'admirables réservoirs pour les pêcheries.

Après sa défaite à Cyzique , il confia la défense de Sinope à Bacchides, son lieutenant. Lucullus la prit, après une résistance honorable, et lui rendit son ancienne indépendance. Apres la défaite de Pharnace à Zéla, César prit Sinope bous sa protection et y transporta des colonies romaines. Au temps de Strabon, Sinope était encore une grande et belle ville très-fortifiée. A dater de ce moment, le commerce de Sinope dépérit , mais ses pêcheries la maintinrent dans une certaine prospérité.

Pline, préposé au gouvernement de la province , obtint pour elle de l'empereur Trajan la construction d'un aqueduc de seize milles de longueur. Au moyen âge , Sinope appartint à l'empire de Trébizonde. Mahomet II s'en empara,

en 1470. Diogènc le Cynique , Bâton, historien do la Perse, et DU philus, poète comique naquirent à Sinope.

* ("est dans ce port même que le 30 novembre 1853 une llottille turque, surprise par la flotte russe, fut détruite et perdit 3000 hommes, événement qui décida l'intervention do la France et de l'Angleterre en faveur de la Turquie.

État actuel. — Sinope est une ville de 8000 hab. De tous les monuments, dont nous avons plus haut signalé l'existence, il ne reste que des débris informes , des fûts de colonnes, quelques inscriptions et même quelques statues qui sont entrées comme matériaux dans les murs de construction byzantine. Le fort , entouré de trois murs et d'un fossé, remonte à l'époque du Bas-Empire ; on remarque aussi quelques vestiees des fortifications élevées par les Français, en 1808, enfin, des chantiers de construction que les forêts voisines approvisionnent abondamment.

La petite lie que l'on voit prés de Sinope était anciennement appelée Scopelus (le rocher); les bâtiments d'un faible torfnace pouvaient passer entre l'Ile et la côte, et éviter ainsi un parcours de 40 stades.

Paquebot* à vapeur pour Conitantino-

ple, Messageries françaises, et Lloyd tous les lundis.

Apres un parcours de 23 1. marines , pendant lequel on rase de près le promontoire formé par les atterrissements du fleuve Halys (Kizil-Irmak) , puis l'embouchure du Termèh-tchaï , l'antique Thermodon, le fleuve des Amazones, on atteint le port de

Samsoun , bâti à un quart de mille environ de l'ajicienne Amy- SUS- On retrouve encore quelques traces de son môle, du port et de son acropole bâtie sur les hauteurs qui la dominent. Dan» l'antiquité, l'histoire d'Amysus n'offre rien de notable. Samsoun possède

5*0 TL'KCJUIE

actuellement un assez bon port, c'est le nlus important de la côte après Trébizonde. Samsoun est le point de départ le plus habituel pour plusieurs villes de l'intérieur , ot entre autres celles de Tokat et de Diarbékir.

En longeant la côte vers l'E., on aperçoit successivement les bouches du fleuve Iris (Yéschil- Irmafc), qui ont formé un vaste delta, puis la ville d'Oumèh. AGkil.

environ dans les terres est un château , construit sur un rocher perpendiculaire, et une grotte curieuse avec une façade en forme de temple , sculptée dans le roc.

Le navire range ensuite un petit g;olfe où se trouvent Fatsa, l'antique Phatisana , et les ruines de Polemonium, puis il double le cap Jasonium {Ia&oun-Bournou) , dans lequel on remarque quelques restes d'une église byzantine, passe en vue d'Ordou (Cotyora) et, après un parcours d'environ 30 1.

^marines, arrive à

Kérasounda, bâtie sur une petite presqu'île. Cette ville, nommée dans l'antiquité Pharnacia , eut, selon toute probabilité , pour fondateur Pharnaeo, grand-père de MitUridate le Grand Pendant la guerre qu'il 'soutint contre les Romains, ce dernier roi y envoya ses femmes. Sous la domination romaine, cette ville atteignit par son industrie et son commerce maritime un haut degré de prospérité. Les produits des forges voisines des Chalybes formaient un des principaux articles de son commerce. A la place même, où s'éleva depuis la ville, s'étaitantérieurcment fixée une colonie grecque nommée Choerades. C'est à la ressemblance éloignée de ce nom avec celui de Cérasus;, qu'il faut sans doute attribuer l'erreur d'Arrien, qui pense que Cérasus était sur le même emplacement que Pharnacia. Il est avéré maintenant que Cérasus se trouvait 150 stades plus à YE. C'est à cette erreur, propagée pendant le moyen âge, que la ville actuelle doit 'son nom. On

J) ASIK. [Route 85.1

y trouve encore des restes considérables des anciennes murailles helléniques , surmontées par les fortifications génoises et turques.

En partant de Kérasounda, on range une petite île. appelée Kérasoun-Ada , o^ui répond , selon M. Hamilton , a l'île Arétias, célèbre par un temple de Mars bâti par les reines des Amazones, puis, un peu avant le cap Zéfrèh Zéphyrium), un îlot qui serait celui de" Philyreis des Argonautes. Au delà du cap Zéfrèh et de la baie de .Kaïk-Liman (Zéphinum) , on aperçoit

Tiréboli, l'antique TripoliS, bàiic près de l'embouchure du Khsrschout-Tcbaï, sur les rives ducjuel étaient les mines d'argent d Argyria; il en existe encore d'autres à Oumisch-Khanèh, vers la source du fleuve. Tiréboli n'a rien d'intéressant.

De Tiréboli, on rase de près h côte, couverte d'une végétation luxuriante, laissant entre Tes caps Kéréli-Bouroun et Yoros-Bouroun, remplacement de l'antique Cérasus, nuis la baie de Platana . on mouille bientôt 'environ 23 I. marines de Kérasounda" devant

Trébizonde (en turc Trabizandt,

i.— Rien de particulier pour le débarquement. On ne trouve dan* celte ville que des Lhàns à la turque cl une locanda tenue par un Génois nomnif Antonio. — Paquebots pour Conitantinople Messageries françaises et Lhyd autrtchien , tous les dimanches.

Quarantaine. Tout voyageur provenant de l'Asie, doit, avant de se rembarquer du centre pour Constantinople, «ibir une quarantaine de 8 jours- Le lazaret est une grande cour entourée de petites chaaibre* ii la manière des caravanserais. Le prix est d'environ 200 piastres, tout comprit.

Histoire. — Trébizonde , nommée dans l'antiquité Trapexus , était une colonie de Sinope. Cette ville devait probablement son nom * sa position sur une phtte-formr élevée fortune uno tabïV' au-dc^u' de la mer. Peut-être aussi ne dut

TKKBiZONDK.

elle ce nom qu'à sa parenté avec la ville de Trapezus en Arcadie.

Quoi qu'il en soit, elle était déjà florissante lorsque Xénophon y arriva avec les Dix-Mille ; mais sa grandeur réelle ne parait avoir < ommencé qu'avec les Romains.

Sous le régne d'Adrien , lorsque l'historien Arrien la visita , Trapezus était la ville la plus importante de la côte S. de 1 Euxin ; Trajan tri avait déjà fait la capitale du Pont-Cappadocique, et en avait améliore le port. A partir de cette époque, ce fut une grande» ville 'le commerce très-fortifiée. Sa position était si forte que, saccagée par les Goths sous Gallien , elle ne demanda jusqu'au reçue de Justinicn que des réparations insignifiantes pour être eii bon état <le défense. Au moyen âge , une branche de la maison de Comnène >y déclara indépendante de l'empire prec, et fit de Trape/us la capitale d'une principauté- qui survécut à la chute de Constantinople et ne succomba qu'en 1460, sous les coups de Mahomet II.

État actuel. — La ville de Trébizondc est encore une des villes les plus commerçantes de l'Asie Mineure. Depuis que la mer Noire a été ouverte au commerce, et depuis l'établissement de la navigation à vapeur , elle est devenue l'entrepôt principal du commerce de la Perse, ma' elle ne renferme aucun vestige do son ancienne splendeur. Les constructions antérieures à la conquête turque «latent des dernières années du Ha»-Empire et n'offrent aucun intérêt.

Le port de l'antique Trape/us , appelé Daphnus, était formé par un banc de rochers qui s'avançait dans la mer et sur lequel était construite la citadelle.

Le port actuel n'offre aucune sécurité aux navires, et en hiver, il faut chercher un ancrage à l'ia- <ana, à 10 kil. il l'ouït.

Vue de la mer, Trebizonde offre "n coup d'o'il dc^ (dus agréable-*, •ivec v-eg quatre

lago< le long de

hautes collines boisées qui l'encadrent admirablement. On la divise en ville turque et ville grecque. La première, beaucoup moins misérable que ne le sont les villes turques en général , est resserrée dans l'enceinte des murs, séparée des faubourgs par des ponts élevés et étroits, soigneusement fortifiés. Le quartier grec s'étend plus librement dans la campagne, et les jardins , mêlés aux habita- .

tions , y ajoutent un charme que n'a pas 'la ville intérieure : la végétation y est si belle quelle masque complètement les habitations aux veux du voyageur. Malgré les dix-huit mosquées et les dix à quinze églises qui la décorent, la ville n'a pas, à proprement parler, de monuments, saut Sainte- Sophie, située à 1 kil. I l environ à 10. de la ville. C'est une ancienne église grecque, de forme circulaire, avec un pavé» de mosaïque et un dôme supporte par quatre colonnes de marbre veiné de rouge.

Sainte-ÎSophie est aujourd'hui une mosquée. A l'E. de la ville, se voit une chapelle, qui a été jadis , diton, un temple d'Apollon : elle est de forme octogone , et avait des peintures qui ont disparu sous les coups des puritains musulmans. Tout près coule le Kerkout, sur lequel campèrent les Dix-Mille.

On admirera encore des bains dignes de leur renommée, de construction généralement antique, à la fois somptueuse et élégante. La population , évaluée à 30 000 Ames, est surtout musulmane : les Grecs et les Arméniens forment une minorité dont le Tanzimal n'a guère amélioré la situation précaire visà-vis de leurs dominateurs.

ROUTE se.

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