‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 247 sur 511 · RETOUR PAR LK LAC DE VAN · texte numérisé non relu

RETOUR PAR LK LAC DE VAN

AU

On sort d'Krzeroum par /a route de Perse, et, à quelques minutes «les dernières maisons de la ville, on passe a eété d'un café et d'une belle fontaine , eu les caravanes qui viennent de l'O. ne manquent

pas de s'arrêter. On franchit une petite chaîne de 250 met. de haut, appelée le col du Chameau (Dévèh Boïnou) , et on descend le cours d'un ruisseau appelé Hassan-Kalèhsou , qui est un des deux bras dont se forme l'Araxe , et que l'on traverse pour atteindre

Hassan-Kalèh (7 h. d'Erzeroum\ capitale du canton du Haut-Pasin, l'une des stations génoises dont nous avons déjà parlé. Cette ville n'a d'autre antiquité remarquable que sa citadelle génoise, amas de ruines informes, de même que les doubles remparts qui cernent la ville ; mais on peut visiter quelques-unes des nombreuses sources thermales du voisinage , dont plusieurs sont bitumineuses. La plus haute température y est de 41° centig.

Plus loin, en descendant la vallée, on arrive (2 h. 30) à un pont en ruines appelé Tchoban Keupri ( le pont du Berger ) , où a lieu la jonction des deux bras dont nous avons parlé. A ce point, l'Araxe est déjà une rivière considérable, et que l'on ne peut passer à gué en toute saison. La route continue vers l'E. dans une direction parallèle à l'Araxe et longe le piod du mont Gedik , en passant par les villages d'Emrakoum {'2 h.) , Mendiven (2 h.), Kamatzor (1 h.), Iuzveren (1 h.), et Déli-Baba (3 h.).

C'estun village arménien de trentecinq maisons , remarquable par une tombe de santon, ou les pieux musulmans ne manquent pas de faire une prière : du reste, depuis l'émigration de 1828, la population arménienne est plus clairsemée dans ce pays , jadis si riche et si peuplé. *Les Turcs et les Kurdes 1 y ont remplacée, et leurs instincts bien connus sont al refrénés par les garnisons voi-

ma

sines : aussi la passe de Chat~Dc~ ressi (5 h. de Déli-Baba) a été le théâtre de plus d'un guet-npens.

Cette portion de la route présente un carac tère de beauté sauvage des plus saisissants , mais clic est parfaitement imprati-

TURQUIE 1) ASIE

(Route «7 )

cable pour des voitures , même pour les arahas turcs : les meilleures montures sont les petits poneys kurdes qui abondent dans cette région. Après la passe , on débouche dansun bassin spacieux, où se trouve (8 h. ) Toprak-KaJch (le château de terre), Vagarscbakert des Arméniens, résidence du bey, mi-peuplée d'Arméniens et de musulmans. Elle commande la magnifique plaine d'Arischkerd , qui s'étend de Tchalkani à Daïeddin , sur une longueur de 27 lieues et sur une largeur qui varie de deux à cinq: on y compte trente villages, dont trois seulement chrétiens. On traverse ceux de Kiahiabeg (-2 h. 1/2). Keschichkeui , Karschur , Navak , Biluk, Kara-kilissé ; ces villages ne sont séparés les uns des autres que par des intervalles d'une heure. C est un peu avant Kara-kilissé ( l'église noire), qu'on atteint le bord du Mourad-tchaï (Euphrate oriental), et on le remonte jusqu'au coude qu'il forme à Dai-eddin. Sur cette route, il n'y a guère à visiter que le monastère arménien d'Utchkilissé, ou les trois églises ( 8 h.

de Kara-kilissé ), dont la fondation remonte à l'an 306* et dont la construction est attribuée à l'architecte oui a bâti les églises renommées d'Echmiadzin et de Changhari. ("est un monument imposant, mais délabré et souvent pillé par les Kurdes. La bibliothèque comprend une centaine de volumes , dont quelques manuscrits. 5 h. plus loin, à Daï-Edditt (prononciation locale Diyadin), on quitte l'Euphrate, et on laisse , ii b h. au S. , la source de ce fleuve célèbre. Ce grand village kurde-arménien possède des fortifications ruinées, qui rappellent le temps où il était une des stations génoises de cette route ; Bayézid était la dernière , et entre' ces deux points, il n'y a à signaler qu'un pont en pierre, sur la limpide et gracieuse rivière de G»rwioufc, 2 h avant la ville.

Bayézid v7 h., n'a d'autre impor-

tance que sa magnifique position, sur une hauteur qui est presque sa seule défense : car . malgré sa situation de place frontière , ses fortifications sont médiocres. On n'y stationne guère que pour aller visiter, à 5 heures au N.-E., l'historique et majestueux Ararat, dont les deux pics dominent la belle plaine intermédiaire.

Ascension du mont Ararat.— L'Ararat est une masse volcanique isolée, et le sommet principal n est autre chose qu'un beau cratère de soulèvement, d'où partent des coulées de laves dont les aspérités rendent l'ascension du mont très-difficile. La première ascension connue est celle de Parrot, en 1829 : mais depuis celle d'Abich, en 1814, plusieurs autre* ont eu lieu. L'endroit le plus favorable pour tenter cette curieuse excursion est la source de Serdar- Boulak, dans le repli formé entre les deux montagnes , à 2350 met.

De ce point «n peut encore monter a cheval jusqu'à une hauteur de 3170 mèt., après quoi on monte sur une sorte de promontoire traehytique, pour éviter les bords tranchants de la lave. On arrive successivement à une seconde et à une troisième station, celle-ci formant la limite des neiges éternelles (4080 mèt.). On marche ensuite en pleine lave noire jusquà la cinquième station (4830 mèt.)»

point atteint en 1850 par l'expédition du colonel Chodzko, qui y h* planter une grande croix. Arrive a ce point, on se trouve en face d'une arête de trachyte porphyroïde gris formant muraille, et c'est avec un redoublement Je fatigues que l'on atteint, H 500 mèt. plus haut, le sommet même, formant un plateau doucement bombé. Du reste, toutes les fatigues sont vite oubliées devant U splendeur du panorama dont on jouit alors. — \'n guide est nécessaire pour cette ascension, surtout à cause des orages subits qui »u

fRouTK 87.] LE MONT

forment autour de cette célèbre montagne, dont le nom turc est fort discute, soit qu'il faille l'appeler Agri-Dagh (mont recourbé), ou Egri-Dagh ( mont ardu ). Le voyageur qui a du loisir pourra visiter, entre autres détails, les deux glaciers, au-dessus de la vallée de Saint-Jacques, le cône latéral d'éruption, appelé par les indigènes Karin-yarilit ^ventre crevé) , curieux par sa rc**semblanee avec celui du Vésuve, et enfin les ruines du riche et beau village d'Argouri, à l'entrée de la vallée Saint-Jacques, le plus ancien des lieux habités surl'Ararat même : le 19 juin 1840, au coucher du soleil , un tremblement de terre et les écoulements qui en furent la suite 1 anéantirent en écrasant 1100 hab., et les vignobles florissants qui l'avoisinaient disparurent sous les éruptions des volcans de boue et les débris des roches et des glaciers. XTn fait curieux à constater, c'est que la légende de l'arche de Noé est parfaitement inconnue des chrétiens indigènes dans tout le rayon immédiat de l'Ararat : quant aux Turcs , on sait qu'ils appliquent cette légende à une montagne voisine d'Amasiah ( Anatolie. i Le détail le plus important de cette tradition ( celui de la colombe et de la branche d'olivier) n'a pu évidemment prendre naissance dans cette région , où la température n'a point permis à l olivier de s'acclimater.

Pour aller de Bayezid à Van, on peut reprendre la route d'Erzeroum jusqu'à Daï-eddin , d'où l'on tourne au midi , en remontant le Mourad-tchaï (Euphrate) pendant 3 heures , et laissant sur la droite le sommet neigeux de l'Ala-Dagh (3300 met.). On quitte l'Euphrate au point où il reçoit le petit ruisseau de Zélan-déré ; mais le touriste qui a du loisir fera bien de suivre le fleuve jusqu'à sa source 'îh. : : il peut ensuite revenir au Zélan, gravir un petit col et déboucher dan* une vallée rnmnn-

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