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IV. I*e port et la ville de Rhodei

La ville de Rhodes présente, vue de la mer, un fort beau développement de fortifications. A l'entrée du port, à droite, c'est-àdire vers le N.-O., s'élève la Tour Saint-Michel , très-belle construction carrée , haute d'environ 30 mèt. , flanquée a sa partie supérieure de petites1 tourelles rondes , et surmontée d'une espèce de belvéder octogone. Ce précieux monument a été assez fortement ébranlé et lézardé par le tremblement de terre d'octobre 1856. De l'autre côté du port, vers le S.-E., est une grosse tour ronde dont la construction grossière parait devoir être attribuée aux Turcs. Le port est compris entre ces deux tours; toute sa circonférence est dominée par une muraille crénelée avec une porte flanquée de deux grosses tours ; sur fa droite, est un petit arriercport ou bassin pour les barques, avec un quai couvert de baraques et de cafés. Par-dessus ces murailles, on aperçoit la ville qui s'élève en amphithéâtre, avec ses minarets, jusqu'à une espèce de citadelle a forme massive. Le port de Rhodes ne manque pas de profondeur, mais il n'est pas protégé contre le vent du N.-L. ; aussi les navires préfèrent-ils mouiller en rade, par '20 brasses de profondeur, pour pouvoir gagner le large au besoin.

Au N. du port actuel de Rhodes, il en existe un autre, bien protégé de tous côtés, niais que les Turcs ont laissé ensabler; c'est l'ancien port des galères : il est séparé du port actuel par une longue jetée de rochers où l'on retrouve encore des vestiges de vieux murs.

Cette jetée, sur laquelle ont été bâtis trois moulins à vent, part du

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cimetière, situé en dehors de la tour Saint-Michel, et aboutit à un fort plus moderne, surmontédune tour ronde et d'un phare bâti sur les ruines de l'ancien fort Saint-Nicolas ; il faut en faire le tour pour pénétrer dans l'ancien bassin, qui ne peut plus recevoir ciuc de petits bateaux. C'est à 1 entrée de ce petit port, à droite, que se trouvait le fameux Colosie ae Rhodes , qui était , comme on sait, une statue d'airain d'Apollon Rhodien, dont les matériaux avaient été fournis par les machines de guerre abandonnées par le Poliorcète. Cette statue était l'œuvre de Charcs de Lindos, élève de Lvsippe. Renversée par un tremblement de terre en 224 . c'est-adire 56 ans seulement après son érection, elle resta 923 ans étendue sur le sol, jusqu'au moment où le khalife Moawiah Iw (f>72 ans après J.-C.) vendit ses débris à un juif d'Émèse, qui en chargea 000 chameaux. Les marins rhodien* montrent encore sous les eaux deux rochers formant assise, et qui supportaient, disent-ils, cette merveille du monde. Quant à l'idée fort répandue que le colosse fermait l'entrée du port et que les navires passaient à pleines voiles entre ses jambes, c'est un conte absurde , qui date du Bas-Empire , et fju'ont accrédité des illustrations a effet. Le port a aujourd'hui une ou v erture de 50 met.

et rien , dans l'histoire, ou dans l'état actuel des substructions antiques, ne fait admettre l'existence de môles qui auraient abrégé cette distance : or l'hypothèse d'un éoartement de 50 *mèt.#pour les jambes d'une statue avant 7rt met.

de hauteur totale ne supporte p&s un moment d'examen. Les murs de la ville s'étendent vers le V, le long du port des galères, et sélèvent vers 10. jusqu'à de grosses constructions , qui constituaient une espèce de citadelle : c'est a ce point de la ville que se trouvaient l'église Saint-Jean et l'aneien

palais du grand maître, auquel on

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arrivait par la célèbre rue des Chevaliers. Toute cette partie de la ville, qui constituait'la cité des chevaliers , et. dans ces dernier»

temps, le quartier turc, a presque disparu, le 6 novembre 18'»6, dans l'explosion do la poudrière , explosion déterminée parla foudre, etqui emporta l'arsenal, le konak du gouverneur, la mosquée principale (ancienne cathédrale Saint- Jean), et tout le quartier environnant , jusqu'aux murailles qui le séparent do la campagne. Les

}>ierres furent projetées dans toute avilie, et dans la mer jusqu'au delàdelatourSaint-Michcl. Tout le

clergé de la mosquée , la maison du gouverneur et 600 habitants environ périrent dans ce désastre.

On peut cependant voir encore, en pénétrant dans la ville par une poterne au fond du port à droite, l'ancien hôpital des chevaliers, aujourd'hui transformé en magasin, et qui présente à l'intérieur une jolie porte ogivale , surmontée de trois fenêtres bien ornées, et à l'intérieur quelques grandes salles. Une égl ise transformée en mosquée, qui s'élevait à coté de 1 hôpital , a été aussi presque entièrement détruite par l'explosion.

Au X. de cet édifice , s'ouvre Ja belle rue des Chtvatiers, dirigée de l'E. à l'O. , pavée d'un fin caillouta retenu par des dalles longitudinales et transversales, et bordée «l'un double trottoir de marbre dont quelques dalles portent des inscriptions. On y remarque les ditrérents prieurés de l'ordre, distingués par leurs écussons nationaux, par leurs portes ogivales ou plein-cintre, par leurs fenêtres finement sculptres, mais malheureusement obstruées par les moucharabis turcs. Nous ignorons quels sont ceux de ces édifices qui suhsistenteneore: oeluide Franc e, reconstruit par d'Aubusson après le jnY^e de 118(1 où il avait été presque détruit, portait l'inscription Montjoie, Saint- Denis, et la date 'le U95. Deux arceaux traversent encore la rue des Chevaliers ; au

delà du second, qui présente une belle ogive sculptée, tout a été détruit , et de toutes les décombres qu'il nous a été donné de parcourir le lendemain même de l'explosion, la tour carrée de l'église Saint-Jean restait seule debout t et son horloge, brusquement arrêtée, indiquait l'heure de la catastrophe.

Dans la cité proprement dite , dont la plupart des maisons datent de l'époque des chevaliers , on remarque la mosquée de Soliman ( ancienne église des saints Apôtres celle de Mustapha, la mosquée de Fer ( chapelle Sai nt- Augustin ) , un hammam ou bain public, qui était une chapelle de Franciscains, et près de laquelle on voit , transformé aujourd'hui en réservoir . le tombeau du grand maître Hobert «le Juliac , mort en 1377. On y lit son épitaphe , accompagnée do ses armoiries et de celles de l'ordre.

Les bazars sont insignifiants; mais dans le quartier juif, qui, contrairement à la plupart des villes d'Orient, contient aujourd'hui les plus belles rues, il faut visiter la Châtellenie et Y Amirauté' de l'ordre, ornérs de cordons sculptés, de belles moulures et de sculptures sur plaques de marbre blanc; les ruines do l'église Saint- Mare, et surtout les neuf arceaux gothiques, seuls restes de Sainte- Marie dé la Victoire , bâtie par d'Aubusson , en commémoration du siège de 1 180.

Autour de la ville , s'étendent des faubourgs ( varousia) formés de jolies villas, de jardins plantés de palmiers. Néomaras , le faubourg principal, est la résidence des consuls et des négociants européens.

Presque tous les villages de Rhodes mériteraient une visite:

mais pour le voyugeur obligé de se restreindre, nous indiquerons une excursion circulaire de Rhodes à Aphandou, retour par Ksla

mona et Villanova. En voici les détails : 1/2 kil. de la ville, Kato- Maras , avec un beau pont antiaue et une nécropole considérable ; Asgourou ( 5 kil. ) , jolie plaine et village turc de 100 maisons. On peut le laisser sur la droite et aller dro.it aux ruines du monastère Saint-Êlie. Le mont Koskinou projette en cet endroit, vers la mer, une pointe hardie qui finit par un cap à qui sa forme a valu le nom de Voai ( bœuf) : ce passage est fatigant, mais offre des sites d'une suprême beauté. On peut faire halte au riche village de Koskinou (7 kil. de Kato-Maras), habité par •280 familles de Grecs industrieux.

De très-beaux sites se succèdent jusqu'à un petit monastère appelé Panagia Éléousa (Vierge miséricordieuse), entouré de magnifiques chênes velanèdes, et un peu plus loin, dans une riche campa-

§ne, le village de Kalithix*, ou le ien-situé (8 kil. de Koskinou).

En descendant pendant 1 heure le torrent de Kalithiœs, on voit, près de son embouchure et sur la gauche, une belle citadelle cyclopèenne , appelée le Château désert (Erimokastron) , à grand appareil polygonal, couronnant fièrement une grande montagne qui s'abaisse presque à pic vers la mer. Un fourré de chênes verts remplit l'intérieur de cette acropole de 450 pas de pourtour. On passe le torrent, et, longeant le pied de la montagne pendant 3/4 d heure, on arrive à Aphandou (l'Invisible), dans une vallée ravissante et au milieu de ruines de toute époque.

Une course de 2 heures, un peu fatigante, mène, à travers les ravins, au village de Psitos , à l'O.- N.-O. , où se voit un kastro ou ruine carrée. Il faut ensuite franchir une montagne d'où se déroule un point de vue admirable sur les deux mers, et l'on tombe droit sur (1 h. 30) Kato-Kalamona. De ce village turc, on peut faire un détour sur la droite pour aller voir, à 3 kil., Théologos et les deux belles inscriptions qu'on y a trouvées.

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Puis viennent Dalmatia '4 kil.), Villanova (2 kil. et 1/2 ) , avec les ruines très-imposantes d'un château attribué au grand maître Ht lion de Villeneuve. On y distingue encore de longues salles, la matson du gouverneur, avec de beaux encadrements d'armoiries , enfin une jolie chapelle gothique appelée Sainte- Catherine. Un autre château, où l'on distingue les armoiries du grand-maître Caretti.

se voit a (3 kil. ) Kremcutos , et à 2 kil. plus loin, sur les pentes du mont Philérémos, les ruines Je l'antique Jalwos, dans le lieu appelé par les habitants le vieux Rhodes (tta/afà *Pàooç ) , et qui est semé d'antiquités. I/acropole d'Ialisos couronnait la montagne et se nommait Ochyroma : à la place se voient aujourd'hui les vestiges du monastère latin de N.-D. de Toutes-Grâces, et dans une petite chapelle souterraine, a 100 pas »u S., quelques vestiges de fresques attribuées au frère Sébastien de Florence, élève de Cimabuë.

Au pied du Philérémos est la superbe vallée de Trianda, semée de villas du temps des chevaliers et d'habitations modernes.

Près de

la pointe Trianda, les légendes locales placent le théâtre du combat fameux du chevalier Jo2on et du dragon. De là on suit une étroite lisière entre la mer et les hauteurs abruptes des mont< Nerdjan et Saint-Étienne , dt'n> très-romantique au bout duquel on rentre à Rhodes, 3 heures après Trianda.

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