‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 259 sur 511 · CHYPRE · texte numérisé non relu

CHYPRE

Le9 paquebots du Lloyd auirùhit* «>nt les seuls qui desserrent l'Ile de Chypre Les bateaux qui, tous les 15 jours, partent de Rhodes et de Beyrout le dim»«che, touchent tous deux à Larn»c* mardi. Un service spécial fait en outr* 1' voyage de Laroaca à Mersina, Lait**1' • Alexandrette et Beyrout tous les 15 j- 1*

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mercredi , et revient de Beyrout à Larnaca par Lattakièh, Alezandrette et Mersina le jeudi.— Le» provenances deSmyrne, Rhodes et Meraina sont admises en libre pratique; celles de Beyrout et de la Syrie sont soumises à la quarantaine.

H. Situation, Configuration, Statistique.

Chypre , l'antique Cypre , qu'on peut regarder après la Sicilecomme la perle de la Méditerranée, est une grande et belle arête montagneuse de 232 kil. de long sur 88 de large, présentant au S.-O.

une croupe arrondie, et à la baie d'Alexandrette une pointe trèseffilée, qui est le cap Saint-André. Sa superficie est d'env. 1 million d'hectares, dont un quinzième seulement est cultivé. Le nœud des montagnes de Chypre est le majestueux Olympe (aujourd'hui mont de la Croix) , haut de 2010 mèt. , et d'où rayonnent une foule de contre-forts disposés en éventail vers l'O. et le S. , tandis que deux branches se dirigent 1m long du rivage, Tune vers le cap Saint- Audré, et l'autre vers le cap Saint- Georges , enfermant entre leurs lignes la plaine de Messaria. qui e*t le jardin de l'Ile. D'autres plaines, bien moins importantes, «ouvrent vers Larnaca et Limassol.

Les productions de Chypre sont très-variées, bien qu'elles soient fort au-dessous de ce que pourrait faire préjuger sa fertilité. En ▼oici les principaux articles : Les depuis longtemps renommés ; il y en a cinq espèces : le ▼m de la Commanderie , qui se récolte à l'ancienne commandené de Kolossi : il passe du topaze au grenat, et devient presque noir après la quarantième année; le muscat, le morocanella, vinsdoux, et deux espèces inférieures qui ne «exportent pas en Europe;— les céréales , principalement le froment, représentant une valeur annuelle de 4 200 000 fr. ; — les auiies, dont la fabrication est trèsimparfaite;— la garance, cultivée

dans les terres humides ou livadia; — les cotons^ tabacs, caroubes, soies, etc. ; — le sel, fourni par les salines fameuses de Larnaca et de Limassol ; — les animaux (qui, sur pied ou abattus , fournissent à l'exportation une valeur de près d'un million, sans compter le lait, le beurre et le fromage, évalués 500000 fr.) complètent ce tableau.

L'industrie parait avoir baissé sous la domination turque : les principaux articles sont le maroquin, qui s'exporte en Asie, la broderie, les mousselines, les indiennes , la poterie commune , l'eau-de-vie de Chypre, les eaux de 3enteur.

De toutes ces industries vivent env. 1.10 000 âmes, réparties dans 610 villes et villages : les Grecs en forment les deux tiers , les Turcs le tiers restant : il y a de plus 6 villages maronites. L'île entière dépend de Veyalet des (les (chef-lieu, Rhodes) : l'administration était presque entièrement grecque avant 1823, époque où une révolution sanglante la fit passer aux mains des pachas.

IU. Histoire.

Les premiers habitants de l'île de Cypre furent des Phéniciens; mais elle reçut un grand nombre de colonies ciliciennes et phrygiennes : les castes des Corybantes , des Dactyles et des Telchines , qu'on y trouvait, prouvent assez l'influence de ces dernières.

Le premier établissement grec fut celui de Tcucer, fils de Télamon, qui y fonda la V. de Salamine. Cypre vécut libre de toute domination étrangère du xii* au vu» siècle avant J.-C. Elle se divisait alors en neuf royaumes.

Paphos et Amathonte, et Citium dana la partie S. , avaient conservé le caractère phénicien ; les sept autre3 villes, dans la partie N., étaient grecques. Cypre devint une puissance maritime de premier ordre; mais son indépendance fut menacée par le* rois assyriens et cbaldéens. Apriès, roi

d'Egypte, vainquit les Cypriens, et Amasis, son successeur, se rendit maître de l'Ile vers 550.

Lassés, de La. domination égyptienne , les CyprienB se donnèrent aux Perses en 5-25. Ils en furent détachés par la révolte de l'Ionie ; mais cette velléité de libèrté fut bientôt comprimée par leur défaite près de Salamine , et la prise de cette ville. Les Cypriens durent fournir 150 vaisseaux à Xerxès ; ils furent affranchis par Pausanias , mais surtout par Cimon, vainqueur des Perses devant Cypie et à l'Eurymédon (470). Malgré cela les Perses conservèrent Quelques places dans l'Ile, et c'est dans une seconde expédition contre eux que Cimon périt devant Citium (450). Les Athéniens se retirèrent alors, et les Perses purent se raffermir dans l'île. En 410, un Grec de Cypre, nommé Évagoras, parvint à affranchir Salamine. Ami de Conon, il aida celui-ci à relever la puissance d'Athènes; et, rêvant la conquête de Cypre toute entière, il s'empara de presque toutes les villes, excepté Amathonte, Soli et Citium, et sut balancer pendant dix ans la puissance a'Artaxerxès , qui , après l'avoir fait assiéger sans succès dans Salamine, le reconnut comme roi de cette ville. Mais la division de ses successeurs rendit l'île au grand roi. Cypre se donna une des premières à Alexandre le Grand. Les successeurs du conquérant s'en disputèrent la possession : Ptolémée , auquel elle était tchue en 311, se la vit enlever par Démétrius Poliorcète à la suite d'une bataille sanglante (306), et ne put la reconquérir qu'en 295, cinq ans après la bataille d'Ipsus. L'Ile redevint alors une province de la monarchie des Lagides, et l'apanage des frères ou des fils des rois égyptiens ; elle resta paisible pendant près d'un siècle sous la domination des Ptolémées, bien qu'Antiochus le Grand eût tenté un instant de la

D'ASIE. [Koutb 9L]

leur enlever (522). La décadence de la famille des Ptolémées la livra aux Romains vers Tan 59. Caton fut chargé d'en prendre possession. Plus tard elle eut pour gouverneurs Lentulus et Cicéron.

César la rendit un instant aux derniers Ptolémées, et Antoine à la reine Cléopatre; mais Auguste (30 ans avant J.-C.) la rattacha définitivement h l'empire.

Cvpre fut renommée dans toute l'antiquité par les honneurs qu'elle rendait à Vénus , ou Aphrodite, doni le culte parait avoir Mv emprunté h celui de l'Astarté phénicienne, gracieusement embelli par la mythologie grecque. On connaît les sanctuaires fameux do Paphos et d'Amathonte, et la nature du culte que l'on y rendait à la déesse. L'île de Cypre fut cependant une des premières contrées où s'établit le christianisme :

saint Paul et saint Bornabé y prêchèrent l'Évangile, et frappèrent Élymas d'aveuglement devant le proconsul Sergius Paulus. — On voit dans le récit des Actes des Apétres (ch. xiii, v. 4-1*2 que le* Juifs formaient alors une grande partie de la population de l'île.

Sous le règne de Trajan ils s'insurgèrent, et massacrèrent, diton, 240000 Grecs. Sous la domination romaine et sous l'empire d'Orient, Cypre jouit d'une grande tranquillité jusqu'au vir siècle.

Elle fut alors prise par Moawiab.

lieutenant du khalife Othman, qui détruisit Salamine. Les empereurs grecs s'y rétablirent peu do temp* après ; mais en 705. en 744, en 8t*7, l'île tomba en partie ou en totalité au pouvoir des Arabes.

Nicéphore Phocas sut pourtant la rattacher à l'empire; ce furent alors ses gouverneurs qui tentèrent de s'y rendre indépendante.

Isaac Com'nène v était parvenu on 1184; mais, pendant la troisième croisade, il eut l'imprudence <\c repousser les vaisseaux anpla'* battus par la tempête, et de braver la vengeance de Richard C<rur de Lion. Celui-ci s'empara de

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Cypre en quelques jours (1101) , et U donna <i abord aux Templiers , puis à Guy do Lusignan, roi de Jérusalem. Pendant trois siècles Chypre forma sous la dynastie des Lusignans un royaume florissant qui sut lutter avec une certaine gloire contre les Arabes et les Turcs; mais les discordes intestines la livrèrent à l'ambition des Génois, qui en 1373 s'emparèrent de Famagouste, et exercèrent pendant quatrevingt-dix ans une suprématie oui ne fut ressaisie que par Jacques II, dit le Bâtard, avec l'aide des Égyptiens. Ce prince chercha son appui dans l'alliance des Vénitiens, et épousa Catherine Cornaro en 1471. Il mourut deux ans après, laissant sa femme enceinte d un fils qui mourut a la fin de sa deuxième année; les Vénitiens s'emparèrent alors du pouvoir, et l'Ile passa sous leur domination par l'abdication de Catherine Cor»

naro (1485). Venise conserva pendant quatre-vingts ans la paisible

ftossession de Chypre ; mais elle ui fut enlevée par le sultan Sélim , qui prit Nicosie et Famagouste après une résistance héroïque, et souilla sa victoire par le supplice de ses héroïques défenseurs 1571). A partir de cotte époque, Chypre resta un pachalik de IVîmpire ottoman. En 1704 les Chypriotes essayèrent de se soulever, mais ce mouvement fut promptement comprimé. Cneautre tentative en 1823 fut l'occasion d'un affreux massacre de la population grecque.

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