‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 260 sur 511 · IV. Larnaca · texte numérisé non relu

IV. Larnaca

Larnaca, l'antique Cittium, où naquit Zenon le stoïcien, et où mourut Cunon l'Athénien, est la capitale maritime de l'Ile et Ja résidence des consuls ; elle compte 6000 âmes env. , et se compose de deux quartiers, la ville proprement dite, a 10 min. de la mer. et la marine ou quartier commerçant , qui se déploie le long de la plage, et présente, vue de la mer,

un coup dVoil agréable avec ses maisons en terrasses, dominées par les aiguilles des mosquées et de beaux bouquets de palmiers : on remarque a g. , vers l'O. , un petit fortin, au centre une petite citadelle rectangulaire avec un minaret ; sur la dr. , vers l'E. , et par le travers du lazaret, on aperçoit la cité, le tout encadré par les .lignes adoucies des montagnes du dernier plan. On n'a pour débarquer qu'une petite escale en bois, élevée le long d'un quai étroit :

les bâtiments mouillent au large.

Les rues sont complètement couvertes par les toits qui surplombent, et par des nattes qui remplis-' sent l'intervalle. Elles forment une espèce de bazar assez bien approvisionné, dont la population est principalement grecque. En 185G, la marine a été en partie détruite par l'explosion d une poudrière. A 10 min. au N. de la marine, est la ville, qui n'a d'ailleurs rien d'antique ou de monumental. On y voit les demeures des consuls, une assez grande église latine avec un déme, celle des Bernardins, achevée en 1848; — une église grecque avec un clocher singulier, portant au sommet un renflement carré et bizarrement sculpté. Les maisons sont bâties en cailloux et en terre, avec très-peu de fenêtres à l'extérieur; elles présentent a l'intérieur de petits portiques assez élégants avec des pavages en cailloutis f rappelant assez bien les maiscns de Smyrne. Le monument le pins curieux de Larnaca est l'église grecque de Saint-Lazare, de style byzantin , et datant du x° au xi* siècle. Les piliers présentent une disposition curieuse : ils sont percés en forme d'arcs de triomphe par quatre portes.

— Les environs de Larnaca engageraient peu le voyageur a faire une excursion dans l'intérieur de l'île : c'est la partie la plus aride et la plus poudreuse de Chypre.

Le touriste qui ne désire point (enter l'exploration complète de

TURQUIE D'ASIE

l'Ile, entreprise longue et pénible, devra se oorner à une sorte de promenade circulaire de Larnaca à Nicosie et à Famagouste; retour en partie le long du littoral. Il est facile de trouver des kiradjis ou agoyates à des prix modérés; la plupart sont â'Athiéno, v. que nous citerons plus loin sur la route de Nicosie.

L'intérieur de l'Ile n'est pas assez connu pour que nous puissions donner des itinéraires bien détaillés. Le caractère général des villages qu'on traverse, c'est l'aisance et l'activité agricole : un grand nombrepossèdent des ruines et des antiquités, principalement du moyen âge, et du temps des Lusignans. On passe ainsi successivement à (1 n.) Aradipo, v. industrieux , à (5 h.} Athiéno , à (l h. 30) Piroghi, et après avoir franchi quelques petits défilés où se trouve (4 h.) le v. d'Aglani, on débouche sur

Nicosie (lh. 30), capitale politique de l'Ile : le voyageur peut y trouver un accueil fort hospitalier au couvent Latin. La ville n'est guère plus ancienne Que le iv* siècle de notre ère : Hieroclès la désigne le premier sous le nom de Leukosia, qui est son nom grec actuel (pron. Lefliosia). Elle avait jadis un périmètre de 3 1., que le célèbre ingénieur vénitien Savorniani réduisitdesdeux tiers, quand on eut à craindre une attaque des Turcs. Ceux-ci parurent devant la place le 26 juillet 1570, la prirent en quarante-cinq jours, et passèrent par les armes 20 000 hab. : elle ne s'est jamais relevée de ce désastre.

Il faut visiter à Nicosie : — La grande mosquée (ancienne cathédrale Sainte-Sophie) . où étaient couronnés les rois de Chypre, et où l'on voit encore les tombeaux de quelques-uns d'entre eux, mais mutilés par les musulmans : c'est un beau monument gothique bien conservé, à l'exception des lours,

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qui ont été remplacées par deux petits minarets. On peut y monter pour jouir d'un très-beau panorama de la ville et de la plaine :

la même observation s'applique aux minarets des autres mosquées.

— L'église arménienne, qui contient plusieurs tombeaux de croisés illustres, la jolie chapelle Saint-Nicolas, aujourd'hui transformée en magasin à blé. — La petite mosquée voisine de la porte de Paphos, où est enseveli le baràiktar (porte-étendard) qui planta le premier drapeau turc sur les "remparts, lors de l'assaut de 1570.

Le serai ou konak du pacha est l'ancien palais des gouverneur* vénitiens : il porte encore à l'entrée les armes delà république; mais comme tous les konaks turcs, il tombe en ruine. C'est aussi une belle construction gothique.

Enfin , les bazars, qui présentent un coup d'oeil pittoresque et animé , dû surtout à l'industrie principale des femmes de Nicosie, la broderie soie et or, les Cloches de soie, etc. La population masculine a aussi son industrie, le tannage des peaux pour Tintérieur et pour l'exportation. Nicosie livre annuellement env. 8000 cuirs maroquins aux divers pays du Levant.

A partir de Nicosie, on se dirige droit à l'E. , et on voit successivement :

Citret (2 h.), dans le site le plus romantique : c'est l'antique Chytra, l'une des neuf capitales de l'île :— Saint-Élie (9 h.), couvent maronite ; — Cantara (2. h. , ruines d'un château et d'un cou,vent détruits par les Vénitiens;— Saint-Barnabe i (5 h.), célèbre couvent grec, près duquel il faut visiter la grotte* où l'on découvrit, dit-on, en 475, le corps de cet apôtre et le manuscrit autographe de l'Évangile de saint Matthieu.

Ce fait a valu de très-grands privilèges aux évôques de Chypre, qui ont toujours été depuis autocphales (presque indépendants du patriarche). On montre aus?i, j>rr-

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du même couvent, les ruines de la prison où sainte Catherine fut enfermée avant d'être envoyée en Egypte. Eski-Mouça (8 h.;, qui n'est pas même un hameau , mais où il taut visiter les ruines do

Salamine (de Chypre). Cette V.

attribuait sa fondation à Teucer :

elle fut après la conquête persane la capitale d'un petit royaume dont les souverains les dIus connus sont Évelthon et son descendant Gorgus, qui refusa d'entrer dans l'insurrection ionienne. Le parti national, commandé par son propre frère Omophilus. le chassa delà ville ; mais Omophilus périt en combattant vaillamment, et les Perses vainqueurs rétablirent Gorgus. La domination persane fut pour Salamine une époque de grande prospérité matérielle ; mais l'esprit grec s'y éteignit peu à peu sous l'influence des Phéniciens, et plus tard des Juifs, l.a ferme des Salines accordée à Hérode fut peut-être ee qui y attira ces derniers, qui, a l'époque de l'insurrection de Barcochebas, firent un massacre affreux des Grecs dans toute l'Ile. Ces guerres et un tremblement de terre ayant détruit la ville, un empereur la rebâtit et l'appela Comtantia ; mais elle ne se releva pas, sans doute par suite do la prospérité de Famagouste, sa voisine.

Les ruines actuelles sont situées entre la mer et la chapelle grecque de Sainte-Catherine. On y reconnaît un mur d'enceinte entourant une colline semée de débris, et sur la g. , en venant du large, un port fermé par deux jetées en ruine; au pied de celle du S. il y a quatre brasses et demie d'eau.

Au S. de la ville est un marais traversé par les débris d'une chaussée, et un ruisseau qui est l'ancien Pediueus. Un aqueduc venant de l'E. aboutit à l'enceinte.

A 1 h. , au S. , on trouve Famagouste, V. entièrement turque avec un rempart en rectangle.

On en attribue la fondation à Ptoléméc Philadclpho : son ancien

nom grec rA/Atté^woc©»), qui parait tiré de sa position au milieu des sables, a formé par corruption le nom actuel. Importante sous les Lusicrnans et les Génois, elle reçut des Vénitiens les formidables défenses qu'elle possède aujourd'hui.

Le 1er août 1571, elle tomba au pouvoir des Turcs, après un siège de quatre mois soutenu par le vaillant Bragadino. Le vainqueur, au mépris cïc la capitulation jurée, fit écorcher vif Bragadino, et sa peau remplie de paille fut hissée à la corne d'une galère. Après les fortifications et l'ancienne ci- , tadelle, qui sert aujourd'hui de prison, il faut visiter la cathédrale Saint - Nicoln." , rivale en beauté de Sainte-Sophie de Nicosie : c'est là que les Lusignans étaient couronnés rois de Jérusalem, et que fut enseveli Jacques le Bâtard. Des arcades soutenues par des colonnes de granit portant les armes de plusieurs familles patriciennes de Gênes et de Venise, rappellent les noms de divers gouverneurs de Chypre :

les ruines de leur palais se voient derrière ces arcades. Les églises Sainte -Croix et Saint -Pierre et Saint-Paul , converties en mosquées, et aujourd'hui en ruine :

la seconde a été fondée par un simple marchand, Simon Nostran, avec les profits d'un seul voyage en Syrie.

De Famagouste à Larnaca il y a 9 h. de chemin par les sites les plus variés, mais aucun lieu n'est digne d'être signalé.

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