DE KONIEH A TARSE
près est un beau khân, avec une toiture en plomb, dont la plus grande partie a été fondue pour faire des balles. *
On laisse ensuite sur la gauche (15 m.) quelques ruines, et, plus loin (1 h. 15), un ancien cratère fort curieux. Ses bords de lave noire basanitiquo entourent un cône central, composé de cendres noires, et d'une hauteur de plus de 30 mètres. L'espace entre ce cône et les bords est rempli d'eau et contient par endroits d excellentes pâtures. En sortant de tout ce massif volcanique, on descend dans une plaine dont le fond est occupé par un lac marécageux, appelé Ak-Gueul (lac blanc). On rencontre sucessivement Aïrat, Harchan, Bektik (5 h. 30). La route est supportable iusqu'à ce point, mais ensuite elle traverse des ruisseaux et des marais qui ne finissent qu'à (2 h. 30)
ÉrckU, petite ville de 850 maisons, agréablement située, mais dont les habitants passent pour inhospitaliers. C'est pcut-êtrel'ancienne Cybistra,.
La plaine d'Eregli finit à (5 h.) Tchagan, où l'on commence à s'engager dans le massif du Bulghar-Dagb. Après une ascension del h, 30 min., on arrive aux sources d'un ruisseau qui s'ouvre une passe étroite parmi les basaltes et qui finit par déboucher sur (4 h.) Oulou-KiJtchlak, beau village turcoman, dans la plaine de ce nom, avec un khân et une station de poste. On suit la valléo et on traverse un pays bien peuplé et bien cultivé, avec jardins et vignobles :
on laisse sur la droite une vallée d un fort bel aspect, nommée Aîa- 9"ga, au delà de laquelle commencent les fameuses Portes ciliciennes. On passe au pied de plusieurs fortins et redoutes élevés par les Turcs et les Égyptiens, à l'époque de la guerre de Syrie, en 1838. Le pays, très-beau jusque-là, devient admirable par la succession de panoramas d'un effet grandiose et varié ; et, bien qu'on voyage con-
tinuellement dans une vallée profonde et dominée par des hauteurs gigantesques, de très-nombreuses coulées latérales laissent apercevoir des lointains magnifiques.
Pourle géologue, cette excursion est d'un intérêt puissant, à cause de la variété des roches et des substances minérales qu'il rencontre. Le calcaire domine dansle massif de Bulghar-Dagh, mais les terrains volcaniques s'y rencontrent à chaque pas. On débouche enfin sur la Ctlicie, près d'un pont jeté par les Egyptiens pendant leur occupation sur un torrent appelé Schcker-Bounar (la source de sucre). Un peu plus bas se voient les ouvrages construits à U même date par l'armée dTbrahim- Pacha, et ou l'on trouve une entente de l'art des fortifications bien supérieure à ce qu'on peut s'attendre à voir en Orient. La route descend rapidement, franchit un petit contre-fort, et arrive (12 h.) à la formidable passe de Kultk - Boghazi , qui semble être plus spécialement les Pyîx des anciens, si l'on en juge par les vestiges de travaux , de forteresses et d'inscriptions qu'onrencontre dans les environs. Ce passage fut franchi dans trois occasions mémorables par Cyrus le jeune, par Alexandre le Grand et par Scptime-Sévère.
On doit s'arrêter à la sortie de la passe pour se reposer un peu, et, si I on en a le loisir , faire un détour de 2 heures pour visiter, à l'O., les mines de Gueu- Uk-Maden. On revient ensuite sur la route et on s'arrête (1 h. 20) à un khdn où s'embranchent les deux routes de Tarse et d'Adana : la première, tirant presque au S. et suivant à quelque distance la vallée du Tarsous-Tchaï (Cydnus). On rencontre successivement BostanU Keui (village des jardins), qui passe pour être l'antique Mopsuerene, le khân de Mizarltk, et divers villages turcomans , et on descend en passant un pont sur le Cydnus à (7 h.) Tarse (v. R. 93).
TURQUIE D'ASIE
KAISAR1ÈH ET SES ENVIRONS.
Kaîsariôh, l'ancienne Césarée (Kacsci/seia), est une ville fort antique et antérieure à la période gréco-romaine. Sous le nom indigène de Mazaca, elle était la capitale de la Cappadocc, et fut prise
£ar Tigrane, allié de Mithridato.
es premiers Césars ajoutèrent à ce nom celui de Ctesarea, qui peu à peu supplanta l'autre et s est conservé dans le nom turc. Sans croire qu'au temps de Sapor (qui la prit en 268 et passa la population par les armes) elle eût 400 000 habitants, on peut inférer de celte exagération môme son importance première.
M. Texier pense que la ville actuelle est située à 1/2 kilomètre à l'E. de la ville ancienne, dont les ruines seraient celles que les habitants appellent Esh-Kaisarièh.
« Le château, formant une kassabah entourée de murs, est assez vaste pour offrir un asile à un grand nombre de familles. Tous les bazars, les khàns et les tékiés sont groupés à l'entour : c'est le centre de la ville musulmane. Les bazars et les boutiques sont bâtis en moellons de lave réunis par un mortier d'argile : le tout est couvert en terrasse d'argile battue. Le palais du pacha est une grande cour entourée de portiques donnant accès aux différents bureaux et à la salle de réception. » Non loin de là sont les chapelles sépulcrales des saints et des personnages célèbres; elles sont de forme octogone et d'un style arménien.
La grande mosquée est du xiv* siècle, et consacrée à la mémoire du saint derviche Houcn : le style en est d'une simplicité qui contraste vivement avec l'ornementation éclatante du turhé (tombeau:
octogone du derviche,
Ascension du mont Arge'e. — Le voyageur pourra tenter, accompagné d'un guide intelligent, une
[Route %.}
ascension pénible, mais fort belle, celle du mont Argéo (Ardjich- Dagh), massif volcanique au triple sommet neigeux , de près de 4000 mètres de haut, et des flancs septentrionaux duquel l'œil embrasse un immense et pittoresque horizon, composé surtout d'une multitude de vallées qui, de cette hauteur, semblent ne former qu'une plaine sans fin. Une demiascension serait môme un préliminaire indispensable au voyageur pour se guider dans le chou de ses excursions dans les environs, excursions qui exigeraient une dixaine de jours.
Les lieux les plus importants à visiter dans les environs de O-
saréc sont : le monastère arménien de Saint-Jean [Sourp-Garahed) et le monastère grec de Taxiarchi, dont l'évoque porte le titre d'évôque de Xazianze : mais la célèbre patrie de saint Grégoire est loin de la. et n'est plu* qu'une ruine connue par la tradition seule des indigènes.
La vallée d'Urçpib ( 14 h. O.) est plus éloignée : le touriste pourra ne la visiter qu'en passant à portée à'Indjé-Snu, station nommée plus bas sur la route de Tarse et sur celle de Konièh (v. p. 571 .
D'Indjé-Sou, on s'enfonce dans un pays très-ondulé et déchiré par les bouleversements volcanique* :
on trouve un ravin qui s'élargit peu à peu et forme, à sa jonction avec un autre ravin venant du S.-O., une plaine d'un caractère probablement unique : c'est le bassin où s'élève la ville d'Ur<M> La plaine, aussi bien auc la déclivité des coteaux qui l'entourent, est semée d'innombrables cônes aigus et ponceux; le^ plus haut* sont précisément ceux des terrains bas. C'est par l'action érosive a*j eaux que la géologie expliqué ces aiguilles si étranges. Pans 1* ville même, elles sont si nombreuses qu'elles gênent la circulation ; plusieurs de ces dernières ont été travaillées de nffl d'homme. Un très-grand nombre
;Roi th in.) DE KASAKIÈH A TARSE.
de ces cônes ont été creusés et utilisés comme sépulture depuis les Cappadociens jusqu'aux habitants modernes de la vallée : les j»lus curieux dp ces caveaux sont ^recsou byzantins. Plusieurs voyageurs, notalnment Hamilton etTexier, ont donné des descriptions détaillées de cette gigantesque nécropole ; mais le premier explorateur qui en a parlé en France, au siècle dernier, avait trouvé dans le monde savant une complète incrédulité. Quelques monuments et vestiges de la bonne » poque de l'art grec se voient aussi dans la vallée.
DE KAISARIÈH A TARSE,
PI a LES PORTES CILICIINNF.S.
Cette route se confond avec la précédente depuis la ville jusqu'à Indjé-Sou, d'où l'on se dirige au S. à travers une plaine do plus de 1000 m. de hauteur, avec deux lacs qu'on laisse sur la gauche, après avoir quitté un terrain volcanique utilisé par les chrétiens du pays pour la culture de la graine d'Avignon (Rhamnus infectorius).
On ne trouve que des ruines jusqu'à
Kara-Hissar (château noir). — Le château qui domine cette ville et qui s'appelle Zindjtbar est une construction curieuse et hardie q'ii couronne un cime volcanique et qu'on croit être l'antique forteresse de Nora, où Eumène soutint son fameux siège. Ainsworth, 4ui a pris le plan de cette position, constate que 'la description de Wutarquc s'y adapte exactement ;
tout cas ce lieu, qui commandait l'embranchement des routes de Césarée à Iconium et à Tarse, a dû être très-anciennement fortifié.
La route s'engage ensuite dans «n défile fort étroit, d'un eiïet pittoresque et varié, surtout au débouché, où se voit un khan 4 h.) :
vi*nnent ensuite '2 h. 15} Misli,
(3 h.) Téna-Keui, (2 h.) Eshi-Andavel , dont le nom seul suffirait pour rappeler l'antique Andabilis. Après ce village, on franchit un gros ruisseau qui coule à l'O., puis un col long et bas qui sépare les anciennes provinces de Oarsauritis et de Tvanitis, et l'on entre à (3 h. 30)
Nigdèh, une ville relativement moderne, qui paraît avoir hérité de l'importance de Tyane.
En 1160, une sorte de chef féodal de Xigdèh , Ishak- Pacha, fortifia la ville, dans des velléités d'indépendance qui furent vite comprimées.
Le tombeau de Fatma-Khadun, princesse qui mourut à Xigdèh, en 1620, dans un pèlerrnage à la Mecque , est le seul monument du lieu ; c'est une œuvre de la bonne époque de l'art persan.
Le monument consiste en une construction octogone, avec une colonnette engagée à chaque angle ; le tout est surmonté d'une pyramide également octogone de 8 m. de haut. Parmi les ornements élégants et variés qui enrichissent les portes, on remarque des oiseaux k figure humaine et qui semblent figurer YAnka, oiseau fabuleux des légendes musulmanes.
De Nigdèh à Bor (2 h.) on remcontre diverses ruines : mais les plus curieuses sont à : 1 h. 30} Kilisses-IIishar, qui est l'antique Tyane, patrie du célèbre Apollonius. Un superbe aqueduc, dont 50 arcades seules sont encore debout, est à peu près tout ce qui reste de la ville antique.
AprèsTvane, on se dirigea 10.- S.-O., en laissant à égale distance la ligne de marais du Beklik-Sou, à droite, et les derniers coteaux du Bulghar-Dagh, à gauche. On traverse une plaine peu habitée, sillonnée de torrents et de gros ruisseaux qu'on franchit l'un après l'autre, et enfin uuc agglomération de tumuli fort curieux annonce le voisinage d'Eregli, où l'on arrive au bout de 13 h. — D'Eregli k Tarse (31 h.), v. R. 95.