POPULATION, RACES
quant à la race grecque , elle n'entre que comme un très-faible élé^ ment dans la composition des populations urbaines de la côte, et ne se trouve que là; aussi pourrait-on presque dire que le turc et l'arabe sont les deux seules langues parlées en Syrie.
1° Race turque. Les Turcs Ottomans n'habitent que les villes où ils exercent les emplois de guerre, de magistrature et les arts. Les Turkomans, qui appartiennent à une autre famille de la même race , sont des peuples nomades, vivant du produit de leurs troupeaux , chameaux, buffles, chèvres, surtout moutons. On ne les trouve guère que dans l'éyalet d'Alep et celui de Damas, qu'ils quittent pendant l'été pour l'Arménie et la Caramanie. Ces Turkomans professent l'islamisme, et ils en portent généralement le signe principal, la circoncision; mais les préoccupations religieuses tiennent peu de place dans leur existence.
Les Turkomans et les Turcs Ottomans parlent le turc, a l'exclusion de tous les autres habitants d« la Syrie, qui, même pour le besoin de leurs affaires, se décident bien rarement à apprendre cette langue. Le peuple la parle cependant à Antioche et à Alexandrette ; il est vrai qu'on peut considérer ces villes comme frontières de la Caramanie où elle est l'idiome vulgaire.
2° Race arabe. — Les Arabes ou Syriens composent presque entièrement la population rurale et le bas peuple des villes.
Les Syriens se font remarquer, parmi les peuples de 1 Orient, par l'animation de leur physionomie ; ils ont les traits expressifs, mobiles, une figure très-caractérisee. Ils mettent dans leur démarche et dans tous leurs mouvements une dignité, dans leur abord et dans leur conversation une politesse encore plus frappante que leurs voisins d'Asie Mineure ou d'Egypte. Sauf les exceptions que nous mentionnerons, ils pratiquent largement l'hospitalité. Ils sont extrêmement ignorants de tout ce qui se passe en Europe; mais le peu qu'ils savent ou qu'ils ont vu des merveilles de l'industrie moderne les a vivement frappés. La curiosité qu'ils témoignent à cet égard prouve qu'ils *ont moins hostiles qu'on ne le croit généralement aux idées nouvelles et aux pratiques des peuples civilisés. L'ignorance et la routine où ils vivent doivent être attribuées bien plus aux vices du gouvernement qui les régit, qu'aux défauts de leur esprit, lequel est naturellement prompt et ouvert. Ce sont les traits généraux de la race, qui offre, suivant les lieux , des différences assez marquées. Si les habitants d'Alep sont d'un commerce agréable et facile, en revanche, ceux de Damas ont une réputation très-méritée d'intolérance ei même do férocité. On dit proverbialement des premiers Halébi, tchélébi, l'Alépin, petit-maître, et des seconds , Chami, choumi, habitant do Damas, grossier. Les paysans de la Judée accueillent les étrangers avec une bienveillance sincère, et tout à coté, les Arabes de Samarie se montrent à leur égard d'une insolence menaçante. LesMétoualis qui habitent le canton de Ba'lbek, aussi fanatiques que les gens de Damas, quoique d'une secte différente, traitent les chrétiens avec un mépris marqué.
Le costume le plus généralement porte en Syrie se compose pour
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lçs hommes : d'un turban vert ou blanc, qui tend de plus en plus à faire place au tarbouch ou calotte rouge, ou tout simplement d'une espèce de grand mouchoir à couleurs vives [kouffièh), qui s'attacho autour de la tète avec une corde en poil de chameau, et dont les extrémités flottent sur le cou et sur les épaules ; d'une longue chemise de toile grise ou de laine blanche, serrée à la taille par une ceinture de cuir ou de corde, qui sert à porter leurs armes, pistolets et khandjars; d un large pantalon flottant, d'une veste courte , le tout recouvert, pour la pluie et le froid, d'un grand burnous en poil de chameau de couleur unie ou plus souvent à larges raies. Les femmes sont vêtues d'une longue robe de toile , le plus souvent bleue , que les femmes mariées portent ouverte sur la poitrine , et les jeunes filles complètement fermée. Elles tressent leurs cheveux noirs et abondants en les entremêlant de sequins ou d'autres pièces de monnaie. Plus rigoureusement voilées .qu'à Constantinople dans les grandes villes et en certains cantons , où elles portent une espèce de masque noir opaque avec deux trous seulement pour les yeux, elles se montrent dans d'autres presque entièrement à découvert. L'usage de se teindre les ongles en rouge avec les grains du Henné, et de prolonger les sourcils et la fente des paupières avec le Keuheul (sulfure d'antimoine) est presque général chez les femmes arabes.
Les Arabes bédaoui (Arabes nomades) ou bédouins sont aux autres Arabes ce que les Turkomans sont aux Turcs, la variété nomade d'une même race. Ils vivent dans une misère et une famine continuelles, et supportent avec résignation un état de frugalité excessif à peine croyable. La somme ordinaire des aliments do la plupart d'entro eux ne passe pas, dit-on, six onces par jour.
Ils sont divisés par tribus, subdivisées d'ordinaire en plusieurs camps et occupant chacune une étendue convenue de terrain qu'elle garde avec une jalousie passionnée. Le moindre empiétement d'une tribu sur une autre amène infailliblement une guerre qui s'étend de proche en proche, par l'effet des liens de parenté ou des traités d'alliance qui unissent toutes les tribus entre elles. Ces guerres finissent rapidement, se renouvellent souvent et amènent à leur suite une série de vendettas qui ne prend fin parfois qu'à la troisième ou quatrième génération. Les lois de l'honneur, chez les Arabes, veulent que tout meurtre soit vengé par le plus proche parent du mort, et celui-ci est ( déshonoré, s'il néglige de prendre son thàr ou talion, c'est-à-dire U vie du meurtrier. Ce dernier vient-il à périr par des causes étrangères, c'est 8ur la téte de son plus proche parent|que passe et reste suspendue la menace de la vendetta. Il faut dire cependant que l'offenseur peut en arrêter les effets en offrant à la famille ofTcnsée une rançon ou une composition qui varie suivant le rang et l'importance des intéresses.
Chaque tribu est composée d'une ou de plusieurs familles principales, dont les membres portent le titre de cheikh ou seigneur. L'un de ces cheikhs commande en chef à toute la tribu ; mais son autorité est juste en raison de 1 énergie de son caractère. C'est à lui qu'incombe la charge de défrayer les allants et venants. C'est lui qui reçoit les visites des alliés et de tous ceux qui ont des affaires avec la tribu.