BA'LBEK OU HÉLIOPOLIS
On loge dans le kbàn, ou mieux cbet révéque, « qui héberge les voyageurs, du M. de Saulcy, comme un simple hôtelier.» Il est encore préférable de planter sa tente au ifeilu'u de la cour do grand temple, mais il est asseï difficile de faire monter les bètei de charge à travers les décombres.
Histoire. — Les deux noms de Balbek ou d'Héliopolis, dont le premier est syriaque , signifient
également la ville du soleil. Le se* cond fut imposé par les Sélencides et adopté par les Romains.
L'histoire ne nous a transmis que peu de détails sur cette ville remarquable. L'époque de sa fondation est complètement inconnue.
Une tradition du pays, qui ne repose sur aucune base solido, l'attribue à Salomon, comme Palmyre.
:Koute 11U.J UA'LUKK.
Selon Macrobe, elle doit son origine à une colonie de prêtres de l'Egypte ou de l'Assyrie, Grâce à sa position entre Tyr et Palmyre et aux avantage* 'qu'elle attrait comme entrepôt commercial, elle se développa rapidement et devint une des villes les plus importantes de la Syrie. Jules César la rédui-
bit en colonie romaine ; Antonin le Pieux répara et agrandit le grand temple, qui présente aussi deux inscriptions en l'honneur de Caracalla ei de sa mére.
Sous les empereurs byzantins, le nom d'IIéliopolis n'est guère cité que pour rappeler quelquesuns de ses martyrs et de ses évé- <£iies.
Si cette ville prospéra sous les Romains, elle eut, en revanche, à soufFrir beaucoup sous la domination des Arabes et des Turcs.
Ils transformèrent Héliopolis en carrière et détruisirent en grande partie le grand temple pour construire un affreux turbé sur la route de Damas et pour extraire les crampons de 1er des colonnes. Un tremblement de terre en 1759, l'absence de tout commerce et les guerres continuelles entre les Turcs et les montagnards du Liban ontachevé ladestruction d'Héliopolis. En 1751, elle comptait encore 5000 hab.
État actuel. — Ba'lbek n'est qu'une misérable bourgade d'une centaine de maisons, située vers le miîiou de la plaine de la Cœlésyrie, et adossée au pied do l'antique Liban. Elle est entourée d'une vieille muraille crénelée de '3 kil.
de circuit ettlanquée de tours qui, du côté S. -O., présentent un aspect assez pittoresque. Un ruisseau , qui provient d une source à l'E., arrose la ville , et s'échappe vers les ruines des grands temples , pour aller rejoindre le Leontès. On trouve encore en certains points de son cours des arcs de petits ponts antiques et de belles assises de pierre oui avaient servi à le canaliser. Des maisons insignifiantes reliées par des ruelles tor-
tueuses et fangeuses, un khan qui tombe en ruines, une mosquée également ruinée, avec quelques colonnes antiques au N. du village, voilà Ba'lbek moderne.
En revanche, les ruines gigantesques qui ont fait sa célébrité ont donné lieu aux descriptions les plus poétiques, où toutes les formules de l'admiration ont été prodiguées. Nous ne chercherons pas à les imiter ; les ruines de Ba'lbek parlent assez haut pour qu'il soit inutile do réchauffer 1 enthousiasme de celui qui les visitera. Notre rôle se bornera a on donner une description aussi claire , aussi méthodique , aussi complète que possible, et le voyageur qui voudra bien nous suivre pas à pas est sûr do ne rien omettre d'important.
Les antiquités de Ba'lbek sont contenues en majeure partie dans une enceinte entourée de hautes murailles, et que nous ne pouvons mieux faire que de comparer, pour sa disposition générale, à l'acropole d Athènes, bien qu'elle n'occupe pas comme celle-ci le sommet d'une colline, mais qu'elle soit au contraire sur un sol plus bas que le village. Nous commencerons notre description par cette acropole et nous passerons ensuite en revue les autres antiquités disséminées autour de la ville.
Aucune précaution n'est nécessaire pour faire cette exploration, si ce n'est de se munir d'une lanterne pour visiter les souterrains.
l'acropole.
L'acropole de Ba'lbek est située à 10. du village, vers la plaine.
On s'y rend en descendant le cours du ruisseau qui serpente entre les maisons, et laissant de coté le temple circulaire, sur lequel nous reviendrons parla suite, on se trouve sur une plate-forme, au pied de la façade orientale do l'acropole. Celle - ci forme une vaste enceinte de murailles orientée de l'E. à l'O.. et présente, comme on peut s'en convaincre
SYRIE —PALESTINE
,Koi TE 110.
en jetant les yeux sur le petit plan annexé à notre carte de Syrie, une assez grande analogie de disposition avec l'acropole d'Athènes : de larges propylées encore encombrées aujourd hui par des constructions arabes; deux vastes cours, l'une hexagonale, l'autre rectangulaire , aboutissant aux ruines du grand temple du Soleil, à peu près comme les propylées d'Athènes conduisaient au Parthénon ; puis, vers le S., le temple de Jupiter, placé à peu près comme l'Ereehtiiéion , le tout entouré d'une enceinte de murailles que les Arabes ont convertie en forteresse par des constructions ultérieures, et entourée sur deux de ses faces d'un fossé aujourd'hui transformé en jardin. L'acropole de Ba'lbek n'a pas eu, comme celle d'Athènes, la bonne fortune d'être déblayée parle zèle intelligent de nos archéologues. L'escalier des propylées a disparu ; l'entrée est bouchée par un mur formé de fragments rapportés, et il faut, pour pénétrer dans l'enceinte, en suivre le côté S. jusqu'à une large brèche ouverte à l'angle S.-O..
derrière le temple de Jupiter. Il nous faut donc commencer notre description à rebours, poursuivre l'ordre dans lequel les objets se présentent au voyageur. Une fois dans l'enceinte, il lui sera facile, au moyen de notre plan, de se rendre parfaitement compte de la disposition générale de l'acropole.
Le Temple de Jupiter, que l'on appelle aussi le Petit Temple, malgré ses proportions gigantesques, est le premier édifice que nous rencontrons. Il domine de toute Ba hauteur l'enceinte et le fossé du côté du S. C'était un temple périptère, orienté «le l'E.
àl'O., avec 15 colonnes de côté sur H de front (les colonnes d'angle deux fois comptées ], en tout 42 colonnes h chapiteaux corinthiens, mais non cannelées. Le pronaos, du côté de l'E., contenait, de plus, sur un second rang, 6 colonnes cannelées, et sur un troisième,
2 colonnes également cannelées répondant aux autres oui terminaient les murs latéraux delacella, en tout 40 colonnes. L'édihce entier mesurait *227 nièt. de longueur et 117 de largeur. La celU, qui «nibsisto encore entièrement, était du stvle corinthien le plus riche. Le diamètre des colonne était «le 1 mèt. 90; la hauteur totale, avec la base et le chapiteau, de 19 mèt. 81.
Voyons maintenant ce qui reste de cet admirable monument : la face latérale S., qui domine l'enceinte extérieure et le fossé, l.i première que l'on aperçoive e:i arrivant, est celle qui a le piui souffert. Il ne reste plus que quatre colonnes du péristyle; le resu a été renversé, et l'on admire leur»
débris gigantesques au fond du fossé. Une colonne est pourtant restée obliquement appuvée contre le mur de la cella, dans une position précaire qui attire tout d'abord l'attention sur elle. On observera les bases massives des colonnes écroulées et les murs de la cella, remarquable par la puissance et la régularité de sa construction, ainsi que parla belle frise sculptée qui occupe la partie supérieure. La muraille de 1 enceinte, qui forme de ce côté le soubassement du temple, est également remarquable par la régularité oV sa construction et la grandeur de> matériaux. Vers l'E. on aperçoit, derrière les colonnes trustes du péristyle, les colonnes cannelées du pronaos, sur lesquelles nou< reviendrons tout à l'heure. Les colonnes conservées a l'angle S.-E.
supportent encore une partie du plafond sculpté du péristyle, plafond que nous allons retrouver presque entier sur la place X.
Pénétrant alors dans l'acropole par l'angle S.-O., en escaladant d'énormes débris de colonnes, de frise et de corniche, on se trouve sur la façade O. du temple, c'està-dire sur la face postérieure de la cella. Cette façade présente encore doux colonnes entières
LKoti*. 11U. |
debout supportant une belle irise, et trois tronçons obliques et ébranlés.
On remarquera aussi, dp ce coté, la belle construction du mur de la cella, ornée de deux pilastres corinthiens aux deux angles, et d'une belle frise, continuation de celle qui fait tout le tour du temple. - Kien de si parfait, dit Yolney (État politique de la Syrie, chap. VIII;. que la coupe de ces pierres ; elles ne sont jointes par aucun ciment, et cependant la lame d'un couteau n entre pas dans leurs interstices. » D'immenses tronçons monolithes des colonnes, des fragments énormes de l'architrave de la frise, de la corniche et du plafond sculpté du péristyle, gisent au pied du temple ; sur un des fragments du plafond on reconnaît un buste de femme ou de déesse dont la figure a été mutiléei Un fragment de fût monolithe que nous avons mesuré n'avait pas moins de 6 mèt.
70 cent, de long sur 1 mèt. 78 cent, de diamètre. Le fût tout entier était formé de trois pièces jointes ensemble par une pièce de fer carrée fichée en creux dans leur centre et scellée avec du plomb, -s Ces axes remplissent si bien leur objet, dit Volney iloco cilato), que plusieurs colonnes ne se sont pas déjointes dans leur chute. > Ces fragments à terre sont si gigantesques qu'on a peine à se figurer qu'ils aient appartenu à la colonnade du temple. Il faut mesurer le diamètre des colonnes encore debout pour s'assurer qu'il est le même que celui de ces fragments :
c'es»t une illusion qu'on retrouve assez souvent dans les ruines des grands édifices. Ce qui est triste à penser, c'est que ces colonnes n'ont pas toutes été renversées par les tremblements de terre; mais plusieurs l'ont été par la stupide avidité des Arabes, dans le but d'en extraire le f«-r ou le plomb qui avaient servi à l»»s sceller. La colonne d'angle de la façe O. est encore toute noircie par l'explo-
BA'LUËk.
sion d'un fourneau de mine qu'un commandant turc inepte, Tadmour-Pacha, y a creusé il y a quelques années pour recueillir pour environ 2© fr. de plomb.
La façade N. est la mieux conservée; elle présente encore neuf colonnes debout, non cannelées , a chapiteaux corinthiens, supportant une frise et une corniche de la plus grande richesse. Le plafond qui reliait la colonnade à la Cella est encore presque entièrement conservé ; il est admirablement sculpté, et divisé encaissons de forme alternativement losangique et hexagonale, contenant des figures en haut relief, qui toutes ont été mutilées. On y reconnaît cependant des têtes d'empereurs et de divinités.
Du cété de la face E. était le pronaos; il en reste deux colonnes cannelées, qui, avec les colonnes non cannelées du péristyle de la face S., soutiennent une belle frise, un fragment de plafond sculpté, semblable à celui de la face N., et une tour crénelée , élevée par les Arabes. A l'angle opposé, c'est-à-dire à l'angle N.-E. du pronaos , on voit encore debout une moitié de colonne cannelée. Entre les deux beaux pilastres qui formaient de ce côté l'extrémité des murailles de la cella , s'élève une muraille construite par les Arabes au moment où ils ont converti le temple en forteresse. Cette muraille, toute en blocs rapportés, masque complètement l'entrée du temple. Cependant sur la droite, et derrière d'énormes fragments de colonnes et de chapiteaux, on trouve une petite porte basse , ou plutôt un trou par lequel on pénètre presque en rampant. On se trouve alors dans la seconde partie du pronaos, à moitié comblée par de la terre et des blocs écroulés, et l'on est faee à face avec la grande porte du temple. Cette porte . de forme rectangulaire , est d'un grandiose qui saisit; sa largeur est de 0 m. 25 c. Sa hauteur véri-
table ne peut être mesurée a cause des bloc» de pierre dont les Arabes ont obstrué sa partie inférieure, mais elle devait être d'au moins 12 a 15 met.- ; les montants qui la soutenaient sont monolithes. L'ornementation est du style corinthien le plus riche; tout autour règne une bordure de 1 mét.
20 cent, de large , remplie de fruits, de fleurs et de feuilles de vigne. La face antérieure du linteau forme une frise sculptée , avec des figures tenant à la main des raisins. L'énorme bloc , qui forme la clef de voûte, a glissé par suite du tremblement do terre de 1759 1 ; mais étant taillé en forme de coin, i! s'est arrêté entre les deux gros blocs latéraux, et il est resté suspendu dans une position menaçante. Quelque inquiétude que l'on puisse en concevoir pour la solidité de la porte, on ne peut nier que cet accident ait ajouté beaucoup a son effet pittoresque. A la face inférieure de cette pierre suspendue, on voit un aigle, les ailes déployées, te-^ nantdans ses serres un caducée, et dans son bec une guirlande de fleurs, qui s'étend^ des deux côtés. Sur le bloc de gauche, elle est complètement effacée ; mais 3ur le bloc de droite elle est bien conservée, et l'extrémité on est soutenue par un génie ailé de la forme la plus gracieuse: la figure et le corps ont été mutilés comme à coups de marteau, mais la silhouette en est encore parfaitement nette et pure ; la téte de l'aigle est aussi mutilée. Volney a remarqué que ce n'étaitpoint la figure de l'aigle romain, mais celle de l'aigle oriental, que
1 On le voil encore en pl.tte mit les destin* Je Woodet Dawkini, Ruùis of lialbek, allât infolio, Londres, 17S7 . A I époque ou ce* voyageur! ont *i»ité Balbek (17M), le petit temple présentait encore 20 colonne* debout, et le grand temple 9. Yolney en 1781 n'en a plut trouve que 20 au petit temple {.* de plu* qu'aujourd'hui) cl 6 au t-rand. La pit-rrv de la porte nYlait descendue que de 22 centimètre»; aujourd'hui elle o»t descendue do prè» de 2 mètre*.
SYRIE.— PALESTINE
l'on retrouve
[Route 110.]
à Palmvre et qui au se le il.
était consacre
L'intérieur du temple surprend par la grandeur de ses dimensions ( 4i) met. de long sur 26 de large ) , la beauté de sa construction, la régularité des blocs qui forment la muraille , et surtout par la richesse de son ornementation. En effet, de chaque côté, on compte 7 colonnes engagées et 3 pilastres , tous cannelés et à chapiteaux corinthien», surmontés d'une frise de guirlandes soutenues par des t^tes de satire , de cheval, de taureau , etc. L'entrecolonnement est partagé «n deui étages par une frise à mi- hauteur. L'étage inférieur présente des niches à voûtes cintrée», dont le cintre est formé d'un seul blot\ et l'étage supérieur d'autres niches surmontées d'un fronton triangulaire. Ces niches sont toutes richement ornées, mats presque tous leurs soutiens sont tom bés. Tout ce luxe d'ornements u'est peut-ôtre pas d'un goût très-pur, mais l'effet général en est magnifique. La hauteur du mur latéral était de 10 met. 23 cent. Le fond de la cella, a l'O., est beaucoup plus simple , et ne présente qu'une grande muraille, aveedeux pilastres corinthiens et la continuation de la frise intérieure.
Cette partie de la cella formait un sanctuaire séparé de la grande enceinte du naos par des colonnes et des arceaux dont on voit encore quelques restes du côté du S. C'est à ce sanctuaire que répondent les pilastres que nous avons mentionnés sur les face* latérales. Son niveau était plus élevé que celui du naos, et l'on trouve nu-dessous dea chambre* voûtées où l'on descend par un escalier sur les parois duquel on lit une inscription coufique. Le milieu de l'enceinte est encombre de' terre et de fragments magnifiques éboulés de la voûte ou de la frise, et qui masquent la bas< des colonnes engagées , surtoui du rôté N. On distingue encon
[RorTE 110.J BALDEK.
dans l'enceinte du naos les soubassement* d»; deux murailles parallèle» à l'axe du temple, et partant des deux côtes de la grande porte, de manière à diviser cette partie de l'édifice en trois nefs.
Revenant àla porte d'entrée, nous signalerons de chaque côté deux gros pylônes à chapiteaux palmes , contenant des escaliers oui mènent sur le sommet du temple.
L'escalier du N. est intact, mais on ne peut en trouver l'entrée. Du côté du S., on peut monter dans l'escalier; mais il est si dégradé, qu'on ne peut atteindre le sommet.
Édifice arabe (Église). — En
sortant du temple de Jupiter, on voit , en face de son pronaos , un bâtiment carré d'une construction massive, avec une porte élégamment sculutée ù la manière arabe. En franchissant cette porte, on trouve un escalier à moitié éboulé, qui conduit à la partie inférieure de la tour. Un autre escalier, un peu moins délabré, conduit à la partie supérieure. Dans cet escalier, s'ouvre à droite une porte, qui mène dans une grande salle, divisée en quatre bras en forme de croix grecque par quatre grandes ogives, au fond desquelles deux ogives plus petites circonscrivent des fenêtres étroites en forme de meurtrières. Au plafond on remarque une ouverture hexagonale. Cet édifice parait avoir été une église chrétienne.
En sortant de ce bâtiment et se tournant vers le N., on voit la muraille extérieure de la cour rectangulaire, et à l'angle S.-O. de cette muraille , on trouve une porte carrée, aux trois quarts enterrée, o^ui est l'ouverture intérieure d un des deux passage* souterrains oui passent sous la cour rectangulaire, et que nous décrirons plus tard.
Cour rectangulaire.— On v pénctre en escaladant la muraille dont nous venons de parler. Cette cour, d'un niveau supérieur à celui du petit temple , mesure KM
mètres de long sur 113 de large.
Elle est circonscrite au S. et au N.
par des edilices très-richement ornés ; « ils forment, «lit Yolney , une espèce de galerie distribuée par chambres , dont on compte sept sur chacune des grandes ailes, savoir: deux en demi -cercle et cinq en carré long. » Les chambres semi-circulaires sont formées parde petits édifices composés de pilastres corinthiens et de deux étages de niches. Les chambres rectangulaires présentent dos séries de niches richement ornées, qui devaient contenir des statues : les frontons subsistent encore, mais les colonnettes et les pilastres sont tombés. Aux angles S.-E. et N.-E. de la cour, on trouve encore d'autres chambres en retour sur la face E. , qui appartenaient peut-être aux prêtres du grand temple. Au centre de la cour, on remarque une? élévation de niveau , qui parait le reste d'une esplanade portant un autel.
Ce terrain est jonché de débris de colonnes en granit rouge, provenant sans doute des portiques latéraux. Au centre de la façade K.
se trouve une grande porte flanquée de niebes et de pilastres , par où l'on pénètre dans la cour hexagonale.
Cour hexagonale. — Cette cour formait un hexagone régulier do (JOmèt. de diamètre, encadrée par des constructions symétriques , dont il ne reste plus que les murailles et les dispositions générales. On reconnaît cependant qu'elle était circonscrite par des chambres analogues à celles do la cour rectangulaire, avec lesquelles elles communiquent d'ailleurs. Le côté S. est le mieux conservé : o distingue des traces de niches alternativement cintrées et h fronton. Elles ont perdu leurs colonnes, dont les fûts de granit rouge jonchent la terre; mais le fond des niches est encore richement sculpté, et le haut est en forme de coquille. Au-dessus des niebes régnent uno frise et
SYKIK.— PALESTINE
Route llu.
une cornicbe , ornées Je guirlandes de fleurs et de fruits. Du côté de l'E. était une grande porte, aujourd'hui bouchée , flanquée de deux portes latérales ; celle du S.
est encore ouverte. Elle est décorée de niches et présente un escalier qui montait aux parties supérieures do l'édifice. Franchissant cette porte, on sort de la caur hexagonale, et l'on arrive sur une plate-forme, que nous appellerons
Les Propylées. — Cette plateforme est maintenant encombrée de blocs de pierre et bouchée du côté de l'E. par une grosse muraille faite de pierres rapportées à l'époque où les Arabes convertirent l'acropole de Ba'lbek en forteresse. C'est évidemment de ce côté qu'était l'entrée de l'acropole, où l'on montait par un escalier qui a disparu entièrement , mais dont la largeur est indiquée
f>ar deux piédestaux engagés dans a crête au mur moderne , et sur lesquels M. de Saulcy a pu lire du dehors des inscriptions du temps de Septime Sévère (ouvr. cité, tome 11, p. 6251. Volney a distingué sur le boru de cette espèce de terrasse les bases de 12 étalonnes qui en faisaient un portique, comme aux propvlées u Athènes.
Des deux côtés s'élèvent deux ailes , en forme de tours carrées, ornées extérieurement de pilastres corinthiens et surmontées après coup d'une construction crénelée. A l'intérieur elles renferment chacune une grande chambre de l) mètres 45 cent, de long fcur 11 mèt. 58 cent, de large, richement ornée de pilastres, frises et niches sculptées. On ne saurait mieux comparer ces ailes latérales qu'à la pinacothèque d'Athènes. La place de la porte principale entre les deux ailes se reconnaît aux vestiges de deux gros pilastres auxquels aboutit une frise partant des deux ailes latérales. Sur les côtés sont deux portes secondaires, dont une seule est encore ouverte, c'est celle du
S., par laquelle nous sotnine< entres.
Rentrant dans la cour hexagonale, puis dans la cour rectangulaire , nous comprendrons maintenant parfaitement la disposition et la magnificence de toutes ces entrées du temple du Soleil. C'est dans l'axeprincipal des propylées, de la cour hexagonale et de la cour rectangulaire, sur la face 0.
de cette dernière, que s'ouvrait la porte qui menait au grand temple.
Cette porte était flanquée de deux pylônes élevés et précédée d'une baie semi-circulaire plus petite.
L'épaisseur de la muraille e<t d'environ 4 mèt. En dehors, elle présente de chaque côté les bases de deux énormes colonnes. Franchissant cette porte, on se trouve face à face avec l'emplacement du
Temple du Soleil ou Grand Temple.— Il n'en reste plus que des substructions et six colonnes immenses encore debout sur une muraille puissante, qui appartenait au côté latéral S. de l'édifice.
Ces colonnes ne sont pas cannelées, mais elles portent sur leurs chapiteaux corinthiens un entablement avec frise et cornicbe richement sculptée. Elles mesurent, selon M. Maxime Ducamp, cité par M. de Saulcy. 12 mèt.
34 de hauteur. 7 m. 04 de circonférence, et 23 mèt. 06 de hauteur totale , entablement compris. Celui-ci n'a pas moins de 4 mèt. 26 de hauteur. L entre-colonncment est de 2 mèt. 54. Quatre fûts engagés dans la muraille N. de l'acropole et reposant encore sur leurs bases indiquent l'emplacement de la face latérale N. du temple. On voit aussi de ce côte une rangée de massits de pierre qui indiquent peut-être une 'galerie intérieure. Un massif d«blayé à l'E. dans l'axe des su grandes colonnes debout marque k peu près la place du pronaos. U ne reste rien de la cella : le fond du temple à l'O. présente des traces de marches transversale?. <]u> prouvent que le fond du temple
[Routz nu.]
(tait surélevé pour former un sanctuaire. Voilà tout ce qui reste du temple du Soleil, mais les colonnes encore debout, avec leur admirable entablement, montrent assez ce que devait être ce magnifique édifice. Sa longueur était ne 89 met. sur 48. 6 de large , et l'on a pu reconnaître qu'il comptait 10 colonnes de front et 19 de cote, en tout 54 colonnes (en défalquant les colonnes d'angle).
Kntre le grand temple, le temple de Jupiter et l'enceinte de l'acropole, vers le S.-O., on ne trouve plus qu'un terrain d'un niveau inférieur à celui du grand temple, et couvert des restes confus des temples antiques, ainsi que de constructions ogivales. A l'angle S.-O. s'élevait la maison du commandant arabe de la forteresse.
Une espèce de rue, tracée parmi ces décombres, va rejoindre obliquement la cour rectangulaire.
Vue extérieure de l*enceinte.
— Il nous reste, pour bien comprendre l'acropole, à faire extérieurement le tour deson enceinte et à visiter les passages souterrains qui existent sous la cour rectangulaire. L'enceinte nous présente trois espèces de constructions différentes : Ie des assises cyclopéennes , probablement phéniciennes, que nous allons décrire en détail ; 2° des murailles qui , par leur construction régulière et leur ornementation, semblent romaines ; et enfin 3° des tours surajoutées et des ouvrages crénelés , formés de blocs rapportés, irrégulièrement disposés, qui ne datent évidemment que du moyen age et de la domination arabe.
Commençant le tour des murailles à la brèche de l'angle S.-O. , par laquelle nous étions entrés, nous trouvons d'abord des substructions et une tour évidemment surajoutée. — On contourne cette tour , et on longe la face O. , où l'on trouve les murs anciens. Ce qui frappe tout d'abord , c'est la
muraille cyclopéenne ou phéni-
Ohunt.
RA'LBKK. C41»
cienne, composée de blocs énormes. On en compte trois princi-
paux, monstres auprès desquels les autres ne sont rien. Ils mesurent environ 20 mèt. de long sur 1 ou 5 de haut, et autant d'épaisseur. Ils occupent la base de la muraille et supportent 6 autres blocs de moindres dimensions.
Au-dessus , la muraille est évidemment d'une époque postérieure , et formée de fragments rapportés : bases de colonnes .
morceaux de frises, etc. , mais le tout en pierres^qui paraîtraient de grandes dimensions , si elles n'étaient à côté des monolithes de la base.
Du côté N\, on trouve un autre mur phénicien aussi puissant , mais qui n'a guère plus de 6 mèt.
de haut. Ici la base est formée de blocs plus petits, les blocs monstres sont superposés : ceux-ci mesurent 3 mèt. 69 de hauteur.
La muraille qui a été élevée postérieurement n'a pas été , comme du côté O., construite sur les blocs cyclopéens , mais derrière eux, de manière à laisser entre ces deux constructions un espace libre dans lequel on pénè.tre par une petite porte creusée dans la muraille cyclopéenne. On trouve dans cette espèce de boyau quelques gros fûts de colonnes éboulés , provenant de la colonnade extérieure du temple du Soleil. L'enceinte intérieure, formée de beaux blocs réguliers, parait romaine, mais la partie supérieure est évidemment arabe.
L'angle N.-E. de la cour rectangulaire forme sur cette face de l'enceinte une saillie de 6 mèt.
environ, à la base de laquelle on remarque une haute porte, oui n'est que l'ouverture O. d'un des passages souterrains que nous allons décrire ci-après. Au-dessus de cette porte, on bn voit une plus petite, encadrée de deux pilastres corinthiens et d'une irise , et qui a été bouchée avec des pierres rapportées. La muraille N. de la cour rectangulaire est
très-régulièrement bAtie et formée de blocs de grandes dimensions.
Vers le milieu, on remarque une grande porte oblitérée. A l angle X -E., on trouve une large brèche, par où l'on peut voir des chambres et des portes sculptées qui répondent a celles nue nous avons décrites dans la cour rectangulaire. .
L'angle en retour de cette cour qui regarde à ÏE. présente l'autre porte du grand passage souterrain, porte large et élevée, surmontée de deux portes et de deux fenêtres sculptées plus petites.
Passages souterrains. -On pénètre facilement sous la voûte , qui surprend par sa belle con struction, où l'on reconnaît 1 appareil romain, et où M. de Saulcy a pu lire quelques inscriptions latines. Le môme voyageur a reconnu sous ces voûtes les traces d'une construction antérieure, remontant probablement à l'époque des murailles cyclopéennes mentionnées plus haut. La base des murailles est formée de matériaux cigantesques . et la voûte ellemême présente des parties qui , par la couleur de la pierre et la courbe des voussoirs, diffèrent de l'appareil romain des autres partie*! Entrant sous la voûte du passage N., on trouve d'abord a gauche une porte qui s'ouvre dans une grande chambre carrée puis une longue voûte transversale qui communique avec le souterrain du S., dans lequel on trouve aussi des portes bouchées. On peut, en escaladant une fenêtre en face de la voûte transversale, pénétrer dans une grande chambre décorée de niches sculptées. Rappelons que l'ouverture O. du souterrain du S. conduit dans 1 intérieur de l'acropole.
Ressortant du souterrain du S.
par sa porte E., on se retrouve au pied de la tour qui forme 1 angle S.- E de la cour rectangulaire, ornée extérieurement de pilastres, et en dehors de la cour hexagonale; on longe cette cour jusqu a 1 aile
PALESTINE. I RorTt 110
des propylées, qui fait saillie o> ce cdté. et qui est décon-e eu dehors de pilastres corinthiens et surmontée d'une tour crénelée arabe.— En revenant sur la façade E. des propylées, entre les deux pavillons carrés qui en forment les ailes, on reconnaît la place que devait occuper l'escalier et 1 entrée principale de l'acropole. U:
piédestaux signalés par M. vie Saulcy sont placés trop haut pour que, d'en bas. on puisse lire le* inscriptions sans une échelle
sans un télescope. Achevant le tour de l'enceinte vers le S-, oe reviendrait au temple de Jupiter
AUTRES ANTIQUITÉS nB BALBFI-
Temple circulaire — Il est situ.
à l'E. et à environ 300 mèt. de 1 a cropolc, et entouré de quelque»
maisons arabes. Ce temple n otai' pas exactement cireulaire , U porte du coté do l'O. formant ut segment coupé sur 1» circonierence de la cella. La eoloiinaJ" extérieure présente le même «cernent coupé. La porte principale était flanquée de deux colonnes" corinthiennes, reliées par l'architrave avec les deux colonnes Ie> plus extrêmes de la colonnade extérieure. La porte avait 4 à 5 au* de haut, elle était rectangulaire La colonne de gauche est à peJ près intacte, cel le de droite e* penchée et presuue renversée l'architrave et la irise de ce et* se sont écroulées. Il reste encore
près des deux tiers de la celf bien qu'elle|se soit écroulée ducou
du S. A l'intérieur on distingue ebas une espèce de corniçbe re> semblant a un siège circulaire- * 4 met. de hauteur, règne une corniche sculptée, au-des sus dei> quelle étaient cinq niches a voq tons alternativement plein-cuu^ et triangulaires. Il en reste encor trois, dont deux à plein-einm
Une partie du qu^^Y™^ existe encore. Entre Us front, • et ces niches étaient des colon nettes, dont deux sont encore»
place avec leur architrave , fri"
(Route 110.] BA'J
et corniche. Les niches étaient surmontées d'une frise très-simple, et dont une partie même n'a pas étô achevée , et d'une corniche très-riche d'ornementation. Audessus , une couronne de pierre en surplomb indique que le bâtiment était couvert d'une coupole.
Extérieurement la cella présentait quatre niches de style corinthien, formées d'une voûte cintrée soutenue par deux pilastres à palme : il reste trois de ces niches.
Dans l'une est sculpté un aigle, dans les autres des espèces de coquilles. Les niches sont séparées 1 une de l'autre par un pilastre corinthien qui répond à une des colonnes du péristyle. Au-dessus des niches règne une frise représentant des guirlandes sculptées, puis la corniche très-riche qui relie les colonnes du péristyle. Cette corniche ne forme pas une bande circulaire, comme aux temples de Vesta et de la Sibylle à Rome et à Tivoli, mais elle forme des arcs de cercle rentrants, avec une colonne à chaque brisure. Cette disposition présenterait certainement une grande élégance et ferait du temple de Ba'lbek un modèle unique, si la lourdeur de l'édifice et la profusion des ornements ne prêtaient beaucoup à la critique. Il ne reste plus que quatre des cinq colonnes du péristyle. L'édifice perd de plus en plus son aplomb et menace d'une ruine assez prochaine. Il a été converti autrefois en église chrétienne.
A coté du temple circulaire, on voit une petite tour octogone arabe, espèce de mosquée, dans le pavement de laquelle a été enclavé un bénitier chrétien.
Murailles de la ville. Nécropole, etc. — Nous avons déjà mentionné le canal qui encaisse le ruisseau de Ba'lbek, et la muraille d'enceinte crénelée et flanquée de tours, qui s'élève sur la colline.
La nécropole est construite en çros blocs empruntés aux ruines d'Héliopolis, au milieu desquels Burckhardt et M. de Saulcy ont pu
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lire plusieurs inscriptions intéressantes. [Voyage autour de la mer Morte, tome ïl, p. 613-617.) La nécropole, située au sommet de la colline, qui faitfaceàl'O., contientaussi beaucoup de fragments curieux.
Toutes les roches sont percées de grottes sépulcrales, analogues h celles d'Abila. {V. p. 656.)
Sur le sommet de la colline, au S.-O. de la ville, est un immense chapiteau dorique, de 92 centini.
de hauteur, avec des moulures assez compliquées; à 50 mèt. de là, gisent les tambours disjoints de la colonne qui portait ce chapiteau et de la base formée de deux dés superposés. Wood a vu la colonne encore debout en 1751. Le tout surmontait un caveau sépulcral , ouvert il y a quelques années par M. Montefiorc ; le chapiteau et la colonne sont creusés d'une rainure, qui servait peut-être, selon M. de Saulcy, à conduire les eaux pluviales. Un peu plus loin est une vaste pierre, avec un écusson sculpté, un quadruple fronton, laquelle parait avoir recouvert une tombe.
En sortant de Ba'lbek, vers le S.-O., on passe près d'un turbé ombragé d'un vieux cyprès, et l'on arrive (15 min.) aux anciennes Carrières, d'où ont été tirés les matériaux gigantesques de l'acropole. On trouve encore en place un des gros blocs monolithes »ic la muraille eyelopéenne, que les Arabes nomment hadjcr-el-kiblah fia pierre du midi). Ses dimensions sont : largeur, 4 mètres lUcent.; hauteur, 4 mèt. 50 cent.; longueur, 23 mèt. 12. Il est parfaitement taillé et attend depuis des siècles la puissance qui devait le transporter à l'enceinte de l'acropole.
M. de Saulcy a calculé qu'il avait 500 mèt. cubes, et que, vu ladensité de l i pierre, il devait représenter un poids de 1 million 5W 000 kil..
c'est-à-dire qu'il faudrait une machine de. la force de 20 000 chevaux ou les etf >rts réunis de 40000 hommes pour le mettre en mouvement. Nous n'avons aucune idée des moyens employés pour
SYRIE. — PALESTINE
transporter de pareilles masses; quels rouleaux pouvaient, sans s'écraser. être employés h les faire glisser? Les carrières s'étendent assez loin vers le S., au pied de l'Anti- Liban.
Enfin, dans la plaine au S.-O., à 40 min. sur la route de Zahlèh, on trouve un petit édifice octogone, nommé Koubbet-Douris (la coupole de Douris). 11 est formé de nuit colonnes de granit supportant une architrave octogone grossièrement bâtie ; ce ne sont que des blocs reposant horizontalement et sans ciment sur le sommet des colonnes: ce n'est pas là un temple antique, c'est quelque santon arabe bâti avec des matériaux anciens. Un sarcophage en pierre est placé tout debout entre deux des colonnes, sansdoutepour servir de Mihrab.