‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 304 sur 511 · I. Renseignements · texte numérisé non relu

I. Renseignements

HÔiels. La Locanda ou Hôtel de PaU •»yre, situé dans la rue droite, tenue par Germanos. — Le nouvel hôtel, Locanda tUDjêdid ou Locanda Melfouk, est beau* coup meilleur. 11 occupe une maison remarquable par son architecture arabe, ayant appartenu à Aly-Agha, secrétaire des finances d'Ibrahim- Pacha.

Poste. Le courrier turc pour Beyrout quitte Damas les lundis et jeudis, et arrive de Beyrout les mardis et vendredis.

Bazars. Le voyageur y trouvera les produits les plus rares et les plus beaux de l'Orient. Il fera bien de se méfier des prétendues lames de Damas, qui viennent pour la plupart de Belgique, car on n'en fubrique plus à Damas depuis des siècles. Le fumeur n'oubliera pas les Chicheh de Damas et le tombaki de Perse. Il vaut mieux faire les achats dans les bazars que chez les marchands juifs, qui viennent relancer les voyageurs jusque dans leurs hôtels.

Giceroni. Drogmans. Pour visiter la ville, on peut employer Abou Ibrahim.

Quant aux drogmans pour l'almyre, le Ilaouran ou la Palestine, on fera mieux de s'adresser au consul; de France que de se fier aux recommandations intéressées des propriétaires d hôtels.

1 Voyci jiour plu» de tîflail * \'e%c rllent ouvrage dé M. Porter, l'ire ycars in Uamatcas, 2 \ol. in-8, Londre?, l>r>*S, auquel nom atui,» fait de nombreui «»|>runl«.

002 SÏJIIE. — PALESTINE.

Pâmas est aussi la résidence d'un médecin sanitaire français.

H. Histoire.

Grâce à sa position magnifique sur la route suivie de tout temps par les caravanes de l'Asie, Damas a toujours été une ville riche et florissante et la plus importante de la Syrie ; dans l'antiquité, Antioche seuleluidisputait le premier rang. Josèphe en fait remonter la fondation à un fils de Sem. Nous la voyons citée dans la Bible au temps d'Abraham (Gen. xiy, 15, xv, 2). Pendant la monarchie juive, elle lut ia capitale de la Syrie (Isaie vu, 8), dont le chef est appelé roi de Damas (2 Chron. xxiv, 14). Tombée a plusieurs reprises au pouvoir dea Juifs (2 Sam. vm, 6. 1 chron. xvin,* 6. 1 rois, xx, 34. 2 rois xiv, 28;, Damas succomba en 740 sous les armes de Téglath-Phalazar etsubit dès lors les mêmes vicissitudes aue le royaume d'Assyrie. Vers 1 an 111 avant J.-C, Damas devint la capitale du roi Amiochua de Cyzique. Cette ville fut prise en 04 av. J.-C. par Pompée; quoique soumise aux Romains, elle continua à être gouvernée par ses rois particuliers. Damas, si souventeitée dans l'Ancien Testament, est également célèbre dans les annales du christianisme par la conversion et les premières prédications de Saint-Paul (2 Cor. xi, 32. Actes, îx). Cette ville devint lus tard le siège d'un évéché et t partie de l'empire d'Orient. Elle passa en 633 sous le joug des Arabes ; les Ommiades, qui y établirent leur résidence jusqu'en 752, l'embellirent d'un grand nombre de monuments magnifiques. •

Les croiRés sous Daudouin attaquèrent Damas, mais furent honteusement repoussés; malgré tous leurs efforts, la croix ne remplaça jamais le croissant.

Cette ville, qui avait vu tant d'armées se disputer sa possession, n'eut jamais tant à souffrir

[Rovts 115.}

que fotrsr tas Mongols. Timour (1401) livra Damas aux flammes et passa au fil de l'épée tous les habitants, excepté quelques armuriers et une famille qui avait recueilli les cendres d'Ali.

C'est à cette époque que Damas perdit ses célèbres fabriques de lames. Cependant, grâce aux avantages qu'elle offrait au commerce, cette ville se releva rapidement de ses ruines. Tombée au pouvoir des Mamelouks, el|e fut prise en 1516 par Selim 1er qui l'incorpora à l'empire turc, dont elle fait encore partie. Ibrahim-Pacha a «ait réussi à s'en emifkrer en 1832; mais, huit ans après, son père Mébémet-Ali fut obligé de la restituer au sultan.

DI. Situation, Statistique.

Damas est appelée DumuehL par les Turcs; les Arabes l'appellent El-Cham, la Syrie, selon leur habitude de donner le non d'un pays à sa capitale. Ils l'ont aussi surnommée le Paradis à\i monde. La tradition qui place 1 Kden à Damas est tellement enracinée dans l'esprit du peuple que l'on montre encore les lieux préci»

où se sont passées les première* scènes de la Genèse.

Damas est située dans une vaste plaine ouverte au S. et à LE., du côté du désert, et serrée au N. et l'O. par des montagnes qui bornent d'assez près la vue. Grâce au Qarada oui s'échappe d'une gorge de 1 Anti-Liban, la plaine de Damas est la mieux arrosée et la plus délicieuse de la Syrie. Les eaux du Darada divisées en d'innombrables canaux vont >orter partout la fertilité et la raîcheur. Des règlements de date immémoriale et d une minutie incroyable régissent la répartition des eaux entre les différent* propriétaires et les maisons de la ville, qui ont chacune une fontaine. Les poëtes arabes n'ont rien exagéré en vantant la verdure et la fraîcheur des vergers, l'abondance et la variété des fruits, la

[Route 115.] DAMAS.

quantité des courants d'eaux vives et la limpidité des sources.

Damas est la capitale de la Syrie et la ville la plus considérable do la Turquie d'Asie. Le pacha de Damas est un des premiers de l'empire en sa qualité de conducteur de la caravane sacrée de la Mecque, Emir-el-Hadj. Elle a de plus une certaine importance militaire comme résidence du Séraskier ou commandant en chef de l'armée de Syrie.

Cette ville fait un commerce considérable avec les Arabes du désert. Elle sert d'entrepôt pour tous les produits de la Perse et des Indes qui arrivent par les caravanes de Bagdad. Elle est célèbre par ses fabriques de soie et d'étoffes pour les abayèh ou manteaux. Ses soieries, qui sont d'une ualité très-supérieure, sont expéiées 'dans toutes les parties de l'empire et jusqu'en Perse.

La population est d'environ 150 000 habitants. Nous donnons ici le tableau du dernier recensement. Comme ce recensement a été fait pour la levée des impôts, le nombre des musulmans est loin dYjtre exact.

Musulmans. 74 464

Druses. ;>00

Chrétiens grecs. 5943

— grecs catholiques 6105

— syriens. i?'>n

— syriens catholiques. 405

— arméniens et chaldeens. 40"»

— arménien» catholiques. 335

— maronites. 400

— latins. . 110

— protestants. 70 Etrangers, soldats, esclaves . 15 OOo Juifs. 4680

Total. 108 599

Le peuple damasquin a assez mauvais caractère, s'il faut en croire le proverbe arabe : Chdmi Choumi (Damasquin coquin). Au commencement de ce siècle on ne pouvait aller à Damas vétu a l'européenne. Jusqu'au moment de l'occupation égyptienne, les étrangers étaient soumis à des formalités humiliantes ; avant de

franchir les portes, ils devaient

descendre de cheval et déposer leurs armes.

Aujourd'hui on peut circuler en sécurité, sans craindre la moindre insulte, dans la ville et dans les bazars

On doit cependant conseiller aux voyageurs d'être prudents et de se rappeler qu'il y a encore beaucoup plus de fanatisme à Damas qu à Stamboul ou nu Caire. Ainsi en 1856 un voyageur français faillit être assommé pour avoir voulu pénétrer dans la grande mosquée.

Les chrétiens de Damas ressemblent à tous ceux de l'empire ottoman, ce qui n'est malheureusement pas un éloge. Les grecs catholiques et les grecs schismatiques y sont les plus nombreux.

Les latins et les protestants, qui sont en petite minorité, sont sans contredit très-supérieurs par leur piété et leurs lumières. Les sœtirs de Charité établies depuis plusieurs années à Damas ont eu un succès bien étonnant dans cette ville renommée pour son fanatisme. Elles ont ouvert, sous la direction du médecin sanitaire français, un dispensaire où plus de cent malades reçoivent chaque jour des consultations et des médicaments. Trois sœurs sont continuellement de garde, les autres vont en ville visiter les malades.

Touchés de leur noble dévouement, les musulmans ont fait en leur faveur une singulière exception en leur permettant l'entrée de la grande mosquée.

Le tact avec lequel elles se sont livrées à l'enseignement primaire des petites filles, près desquelles elles ont prudemment évité de faire de la propagande religieuse, a achevé de leur concilier la confiance des musulmans. Une sœur née à Beyrouttient la classe arabe ; quelques-unes des enfants commencent à apprendre le français, toutes apprennent la broderie et les soins du ménage, si étrangers aux femmes musulmanes. Chose

doé SYRIE. —

étrange ! la principale opposition qu'elles aient trouvée leur est venue des chrétiens, qui/jaloux de leur voir prodiguer leurs soins et leurs leçons à tous sans distinction de culte, n'ont pas rougi de les poursuivre de leurs injures et de leurs calomnies.

Les Lazaristes ont également une école pour les garçons, qui se distingue par le même esprit de tolérance. Leur bibliothèque est assez bien fournie.

Les protestants ont aussi 'une mission à Damas, qui, depuis quelques années , a obtenu de bons résultats. Leurs écoles, où l'on peut recevoir une instruction assez avancée, sont fréquentées par un assez grand nombre d'élèves. Le service divin se célèbre le dimanche en anglais et en arabe.

Il y a à Damas plus de trois cents mosquées, dont quelquesunes sont fort belles. Dans les écoles musulmanes qui leur sont annexées, on ne fait que des études élémentaires. Quelques-unes do ces écoles possèdent des bibliothèques renfermant des ouvrages rares et précieux, mais il est trèsdiflicile de les visiter. On a établi ces dernières années une école militaire, dont presque tous les professeurs sont Européens.

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