IV. Atpeot général. Description
Comme toutes les villes de l'Orient , Damas ne tient pas ce qu'elle semble promettre. Le voyageur qui l'a vue se dérouler à ses pieds dans toute sa magnificence, au milieu de sa fraîche oasis (voir p. 657., éprouve une grande déception, lorsqu'il a franchi les portes de la ville. Les rues sales, obscures et tortueuses, sont bordées de maisons délabrées et déhanchées, aux murailles bâties de boue et de paille hachée. La plupart des rues sont couvertes de nattes ou de toits en planches; on croit manher dans une vilk souterraine.
Point de larges promenades, de grandes place*, de beaux points
PALESTINE. [KotTK 115-1
de vue, comme ceux du Caire et du Stamboul.
Malgré cette infériorité, Damas présente un attrait particulier. Par son éloignement au mouvement européen et son peu de contact avec les étrangers, elle a conservé au plus haut degré un caractère oriental qui frappera le voyageur dès les premiers pas. Elle a quelque chose de la grandeur sauvag€ et mystérieuse du désert de l'Arabie, qui, de ses portes, s'étend i l'infini. La population belle et fière se distingue par la beauté de ses traits, la noblesse de ses formes et la pureté de son sang Arabe. Elle 'n'offre pas, comme t Constantinople, cette variété dt types, résultat d'un immense mélange des races. Le costume européen et l'affreux uniforme de> Turcs de la réforme ne se voient que rarement. Les rues sont remplies d'une foule pttoresque et bigarrée, au millieu de laquelle
fuissent, comme des fantômes, les emmes couvertes de leurs longs manteaux blancs et le visage caché par un voile noir percé de deux trous pour les yeux.
Damas remporte sur toutes les autres villes par la beauté de l'architecture arabe. Dans la ville, bouges et palais ont la même apparence extérieure. Mais derrière ces murs misérables se' cachent des habitations élégantes, ou l'imagination arabe a déployé ses plu»
gracieuses fantaisies. La partie la plus originale de ces maisons est une cour intérieure qui communique avec la rue par un corridor étroit et voûté. Au milieu s'élève un bassiu dont les parois extérieures sont revêtues de plaques de marbre disposées en mosaïques capricieuses. L'eau y flue par quatre siphons de formés diverses. Sur la corniche , sont placés iles vases de Heurs ; le tout est gracieusement ombragé par un saule pleurour, par des orangers ou des citronniers entremêlés de massifs de roses et de myrtes touffus. Le* mur* *oiu peints
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de largos raies iauties et blanches disposées parallèleraenl. Sur une des faces de la '/our s'ouvre une grande baie ogivale KLcidan\ qui forme une espèce de portique entouré d'un divan. Les appartements intérieurs ne swnt pas indignes de eette gracieuse entrée. Le pavé des salons est formé ordinairement do deux plans d'inégale hauteur; la première partie renferme un bassin octogone avec un jet d'eau. Le second plan, auquel on arrive par trois marches, est couvert de nattes d'Egypte ou de tapis de Perse, et entouré d'un large divan. Les parois des murs sont revêtues, selon la richesse du propriétaire, de boiseries, ou de plaques de marbre découpées en arabesques légères, peintes de couleurs brillantes et rehaussées de moulures d'or. Le plafond de bois peint, est orné d'une rosace qui renferme dans ses replis de petits miroirs. Souvent une niche en forme d'ogive sculptée avec soin est pratiquée dans l'épais-seur du mur. La sont réunis les narghilés, les caillouns, les tasses à café, les flacons d'eau de ro*e et les cassolettes aux formes élégantes pour brûler les parfums.
Il est impossible de pénétrer dans les demeures musulmanes, mais on obtient facilement la permission de visiter quelques-unes des maisons chrétiennes ou juives, qui sont souvent fort belles. Outre celle du Consul de France, mentionnons les maisons de MM. Freije . Anton Sbamy, Liobony et Farlky. En visitant les maisons juives le samedi, le voyageur au»
ra le plaisir de voir leurs gracieuses habitantes revêtues de leurs plus beaux atours.
Damas, placée, comme nous l'avons dit, dans une plaine fertile et verdoyante, est située sur la rive droite du Barada. La ville de forme ovale est entourée d'une vieille muraille délabrée et flanciuée de tours. Elle est coupée de 1 E. à l'O. dans sa plus grande lon-
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gueur par la rue droite, qui va du Hab-Charki au Dab el-Djaoyah. La ville a franchi son enceinte au N., à l'O. et au S., pour former trois immenses faubourgs. Le plus important est celui du S., le Meïdan; nous aurons occasion d'en parler plus loin.
La rue droite occupe le même emplacement que la Viarc^ta des Romains (Act. des Apôtres ix, 11).
Elle était autrefois ornée de colonnades comme les rues de Palmyre et de Djérach. On découvre souvent, en creusnnt des fondations, des fûts de colonnes corinthiennes encore en place. La Via recta avait environ 1C00 mêt. de long snr 30 de large. Cette rue connue des Musulmans sous le nom de Es-Soultani coupe la ville, comme nous l'avons dit, dans sa plus grande longueur de l'E. à l'O. Le quartier juif s'étend au S.
de cette rue, le quartier chrétien au N.-E. et le quartier turc au N.- O. Ce dernier, qui est le plus animé et le plus important de toute la ville, renferme les bazars , la grande mosquée, le château, etc..
etc.
Pour mettre plus de clarté dans notre description et faciliter les recherche* du vovageur, nous explorerons d'abord la partie S. de Damas, puis la partie N. Nous % décrirons les curiosités ou les édifices à mesure qu'ils se présenteront.