‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 332 sur 511 · SAINT-JE AN-D'ACRE · texte numérisé non relu

SAINT-JE AN-D'ACRE

ces de 12, huit obusiers, et une trentaine de pièces de 4. Encore manquait-on de boulets, et était-on obligé d'utiliser ceux que Sidney Smith faisait pleuvoir sur la plage.

« C'était, dit M. Thiers {Hévol.

Franç., t. X, p. 404) un grand siège à exécuter avec 13,000 hommes et presque sans artillerie. » Après deux assauts préliminaires infructueux et six jours de travaux d'approche, Bonaparte dut détacher Kléber et courir bientôt lui-même au-devant de la grande armée turque qui débouchait de Damas.

Malgré la brillante victoire du Mont-Thabor, ce siège impossible n'avançait pas. Au bout de six semaines, c il arriva dans le port d'Acre un renfort de 12,000 hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pouvaient pas être débarqués avant six heures, fait sur-le-champ jouer une pièce de 24 sur un pan de mur, et la nuit venue on monte à la brèche... On était presque maître de la place, lorsque les troupes débarquées s'avancent en bataille et repoussent les assaillants. Un dernier assaut infruc tueux est donné le 10 mai. Il y avait

toute une armée gardant la place.

Il fallut y renoncer... En s'obstinant davantage, Bonaparte pouvait s'affaiblir au point de ne pouvoir repousser de nouveaux ennemis.

Le fond de ses projets était réalisé, puisqu'il avait détruit les rassem- , cléments formés en Syrie, et que de ce côté il avait réduit l'ennemi à l'impuissance d'agir. Quant à la partie brillante de ses projets , quant à ces vagues et merveilleuses espérances de conquêtes en Orient, il fallait y renoncer. Il se décida enfin à lever le siège, le 20 mai; mais son regret fut tel que, malgré sa destinée inouïe, on lui a entendu répéter souvent, en parlantde Sidney Smith: «Cet homme « m'a fait manquer ma fortune. »

(Thiers, ouv. cit. p. 409). — Les malheurs d'Acre n étaient pas finis; relevée de ses cendres, elle soutint sous le pacha rebelle Abdallah un siège de neuf mois con-

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[Roit* 133. j

tre les troupes de la Porte. Ibrahim-Pacha s'en empara en 1832, après un bombardement terrible.

Elle eut à supporter en 1840, le poids principal de l'intervention des puissances en faveur de la Porte. Le 3 novembre 1840, la Qotte anglaise, sous les ordres des amiraux Stopford et Napier, la bombarda pendant deux beures. Les ruines causées par cette dernière catastropbe ont à peine été réparées.

Etat actuel. — La ville occupe une presqu'île triangulaire, dirigée du N.-E. au S.-O., et qui ferme au N. la grande baie semicirculaire terminée au S. par le cap Carmel. Du côté de la terre s'élèvent de belles fortifications nouvellement construites. On aperçoit dans la mer les restes des anciennes fortifications détruites par le bombardement de 1840, et du môle qui fermait le petit port aujourdbui onamblé, et praticable seulement pour les barques.

Il n'y a qu'une porte à l'E. du côté de la terre; après l'avoir franchie, on rencontre un bazar assez bien fourni, qui s'étend au S. Les seuls édifices que l'on puisse mentionner dans cette ville si ravagée par la guerre sont : la mosquée de Djexxar, en partie détruite par le bombardement ; c'est une jolie cour, plantée de palmiers et entourée d'arcades ogivales soutenues par des colonnettes de marbre: les matériaux en ont été empruntés en partie aux ruines de fyr, de Césarée et d'Ascalon. Le member et les murailles latérales sont bien conservés, mais la voûte a été défoncée. On peut reconnaître encore quelques fragfmenta d'édifices datant des croisés, Yéglise de Saint-André, dont il reste une petite chapelle, près de la mer, 1 HAtel des chevaliers de Saint-Jean, transformé en hôpital militaire, et Y église de Saint-Jean.

A l'extrémité S.-O. de la ville, on trouve une grande forteresse et l'on peut suivre les anciennes murailles encore toutes percées dea brèches pratiquées par les ca-

nons anglais. De nouvelles fortifications à la moderne ont ét^ construites en dehors des anciennes.

La population d'Acre monte aujourd'hui à environ 5000 âmes dont les trois quarts sont musulmans ou druscs, et le reste chrétiens et juifs. La garnison est commandée par un pacha subordonné au pacha de Beyrout. Le commerce d'Acre consiste en quelquei balles de coton et quelques sacs de grains. A peu de distance à l'E.

de la ville est un monticule allongé et bas, où Bonaparte avau établi ses batteries, et qui répond aussi probablement au Turon du temps des croisades, où Guy de Lusignan était campé.

De Saint-Jean d'Acre à Kaïfa et au Carmel, en mirant le mage circulaire de II baie, 8 h. 30 m. à 3 h. V. R. 136.

DR ST-JEAN-D-ACRE A NAZARETH, raa jotafata, kaha rr skphobis.

(7 18 h. — Un bon gnid* t»t née«itairt Djtflt (Jot»p»U)el Km» tl-l>j«M.

bin**B »'«■ «al procuré un ban à Ttarab,

La route directe d'Acre a Nazareth par Chéfa-Omar et Sephons ne demande que 6 h., mais elle ne présente d'autre intérêt que l'aspect pittoresque du pays. Un détour d'une à deux neures non?

permettra au contraire de visiter deux localités très-intéressante*, et encore assez peu explorées.

En sortant d'Acre, on longe le cimetière, et traversant une plantation de palmiers et de cactus, on dépasse (10 min.) une fontaine avec un grand abreuvoir, pour entrerdansla grande plaine lé m aïs ; à gauche court une jolie chaîne de montagnes aux ligne* douces et riantes; à droite à l'O.

s'étend la Méditerranée, au S.-O.

se dresse la chaîne plus sévère du Carmel." ;

La route la plus courte, par laquelle on enverra les chevaux de bagage, se dirige à I'E.-S.-E., at-

[Route 133.] JOTAPATA.

teint (2 h. 30) le pied des colline», puis (30 min.) le gros v. de Chéfa- Omar (pron. vulg. Chfamar), surmonté d'un gros bâtiment rectangulaire en forme de forteresse c'est peut-être le Caryharnccho fortifié par Josèphe), laisse à gauche au N.-O. le v. d'Abilin (peut-être Ylbalin du temps des croisades) et franchissant successivement (30 minutes) deux chaînes de collines, d'où Ton a de beaux points de vue sur Saint-Jean-d'Acre, la mer, et le Carmel, descend dans le Wâdi- Mélik, belle vallée boisée, courant de l'O. a TE. et s» parant les montancs de Safed de la petite chaîne

ife Nazareth ; franchit (25 min.) le Nahr el-Mélik, pour atteindre (50 min.) Séfourièh , et (1 h. 30i Nazareth.

La route que nous suivrons se dirige un peu plus au N., à peu près au S.-E., à travers la grande plaine d'Acre jusqu'à Tell-Kisoun.

monticule isolé qui domine la plaine, et d'où l'on découvre un assez grand nombre de villages perchés sur les sommités environnantes, Abilin et Chéfa-Omar au S. (V. ci-dessus), au N.-E. Tamrah, Dimoûn, etc. Un monticule isolé dans la plaine au S.-O., le Tell- Kourdani, marque la source du Nahr-Namdn, l'antique Belus. De Tell-Kisoun, on gagne (1 h.) Tamrah, et (1 h. 30) Kawkab, par des sentiers de montagnes, où il est impossible de se diriger sans un guide pris dans le pavs. Kawkal> est biti sur la crête d'un plateau élevé, d'où la vue s'étend fort loin; à TE. se dresse la montagne de DjéfAt, au S.-E. on distingue le petit wézi, nommé Nebi-Saïd, qui domine Nazareth. On descend de Kawkab dans un vallon fertile, rempli d'oliviers, qui est l'origine du Wàdi-Abilin, et l'on gagne (45 min.)

Tell-Djéfât, l'antique Jotapata, célèbre par le siép' soutenu par Josèphe contre Ycspasien. L'illustre historien a raconté d'une manière saisissante les incidents de ce siège, qui le fit tomber entre

les mains du vainqueur IGuem <Ut Juifs, III, 7 à 26). Cette ville, située au N. de Séphoris, à une journée de marche de Ptolémaïs, était presque entièrement bAtie sur un roc escarpé et environné de trois càtés de vallées si profondes que les yeux ne pouvaient sans s'éblouir porter leurs regards jusqu'en bas; le seul coté du N., où 1 on avait bâti sur la pente de la montagne, était accessible, mais Josèphe l'avait fait fortifier et enfermer dans la ville ; d'autres montagnes qui étaient alentour en cachaient la vue de telle sorte que l'on ne pouvait l'apercevoir que l'on ne fût dedans [ibid. 12)* « La ville manquait d'eau et n'avait que des citernes ; du coté de 10., il y avait une ravine si profonde que les Romains ne faisaient pas grande garde de ce côté. Josèphe se fit ravitailler par cette voie, qui fut enfin bouchée. Les rues étaient si roides et si étroites, qu'une fois l'enceinte forcée les Juifs ne purent s'y défendre. Une partie se réfugia avec Josèphe lui-même dans des cavernes spacieuses creusées dans les flancs de la montaçne , c'est là qu'il finit par être découvert. » C'est a Schultx (Ztitichrif der Morgenlands Ges. III; p.

51-61,) que revient l'honneur d'avoir en 1.847 retrouvé cette localité complétementperdue et en dehors des routes ordinaires ; Robinson {Lat. res.t p. 105-107). confirme ce témoignage, et reconnaît que le Tell- Dje fat répond de point en point à la description de Josèphe, sauf une légère teinte d'exagération orientale. Le plateau est i6oîé par deux Wadis, qui le contournent l'un du côté de l'O. et du S., l'autre du coté de l'E. pour rejoindre le premier: les deux vallées réunies courent au S., puis à l'E. -S.-E.

vers la plaine de Battaouf. La communication n'est facile que par le N., où le plateau s'unit par une gorge étroite aux hautes collines qui le séparent de Saknin; on y observe les restes d'une ancienne place avec quelques fragments de

SYRIE. — PALESTINE

[Hoi'TE 133]

pierres; au S., il est dominé par le

Çlateau de Deidebèh. La surface du ell-Djéfât est pur roc, avec deux ou trois citernes, mais uas de fontaines. On ne voit pas de trace de forteresse ni d'enceinte, mais Josèphe nous apprend qu'elle fut entièrement rasée. Sur les flancs, on trouve un grand nombre de cavernes artificielles avec des escaliers ; elles sont assez grandes pour avoir servi de refuge aux habitants. Le nom gréeisé de Jotapata répond sans aucun doute au Gotapata du Talmud et au Jiphthah-cl de Josué (xix, 14, 26, 27), situé sur les confins d'Azer et de Zabulon ; la vallée de Jiphtahel était lo Wadi-Abilîn [V. Robinson, Làt. res. p. 107).

En quittant Djéfât, on se dirige vers l'E. à travers la vallée, sans chemin tracé, et l'on atteint (40 min.)

Kana el-Djélil ou Gana de Galilée, où fut accompli le premier miracle de Jésus-Christ Saint Jean n, 1-11 ; iv, 46). Outre l'identité du nom arabe (el-Djélil , signifiant toujours la Galilée, dans la version arabe du Nouveau Testament), le témoignage de tous les pèlerins chrétiens (Antonin le Martyr, saint Willibald, Marinus Sanutus, etc.) s'accorde à placer Cana dans cette localité. C'est vers le xvi« siècle que la tradition a changé en faveur de Kefr Kenna (V. Robinson, Bibl. res., III, p. 204 a 208, et Lat. res.f p. 108, note, réfutation de M. de Saulcy).

Kana el-Djélil est un v. abandonné, sans trace d'antinuités, situé sur le cété gauche de la vallée venant de Diéfàt, à son débouché sur la grande plaine d'el-Battaouf. On découvre une belle vue sur toute cette région fertile et sur les collines de Nazareth.

De Kana, on revient vers 1*0.

jusqu'à (40 min.) Kefr Menda, où l'on remarque un grand puits avec trois sarcophages antiques servant d'auges. L'un d'eux porte d'élégantes sculptures. Selon Robinson, co v. répond à la V. d'ÀiO-

chis, où résida Josèphe (Vie, AV, il n'y a pas dedonte que la grande plaine el-Battaouf ne soit le ju^i it&w de l'historien juif. et G., d. J., iv, 1; Anti<i., xiii, 12.4).

On se dirige ensuite à travers la grande plaine vers la tour de Sciourièh, qui se dresse vers le On laissé à g. le TeU BédawyèK avec un khân ruiné, on franchit le ruisseau du même nom, qui prend plus bas le nom de Nahr el-Mélik, pour gagner le pied de la colline où s'élève (1 h. 15. ï

Séfouriôh, l'antique Séphoris ou Dio-Césarôe. Elle fut prise par Hv rode le Grand et brûlée par Varui.

rebâtie par Hérode Antipas, elle devint la place la plus forte et le chef-lieu de la Galilée : Josèphe U mentionne souvent (G. des J., n, 18, n ; m, 2, 4. Vie, 9, 45, 63;.

Il s'en empara, et sut par un stratagème sauver ses habitants de la fureur de ses soldats (Vie, 6*7).

Séphoris ouvrit ses portes aux Romains ; après la prise de Jérusalem, elle devint le siège du sanhédrin, avant Tibériade. Au tenir* d'Antonin le Pieux, elle reçut le nom de Dio-Césarsea. Plus tard elle devint un évêché ; mais en 339, elle fut détruite par les Romains à la suite d'une révolte de?

Juifs. $elon Antonin le Martyr ( vi' siècle), elle possédait une église marquant l'endroit où la vierge Marie avait reçu la salutation de l'ange. Plus tard, une autre légende fait de Séphons la résidence de Joachim et d'Anne, lei parents de la Vierge. Le nom de Séfourièh apparaît dans l'histoire des croisades : elle fut reprise par un lieutenant de Saladin après la bataille de Uattin.

Séfourièh est aujourd'hui un grand village eomposé de maison misérables, bâti sur la pente S.-O d'une colline couronnée, par une grosse tour carrée de 16 met. de cété, dont les fondations, tailléei en bossage, paraissent fort an ciennes et peut-être juives, mai»

le portail du S. et la partie supérieure de la construction «ont d?

(Route 133.] SÉPHOR1S.-

l'époque des croisades. On voit dans le village les ruines d'une église gothique, dont il reste deux arceaux en ogive, et tout autour, des fragments de colonnes , de pierres taillées et de frises sculptées, encastrés dans les murailles de la route, et quelques sarcophages. L'un d'eux est attribué a Dinah, fille de Jacob !

Revenant un peu vers le S.-O., on descend par un joli vallon cultivé, et l'on atteint (25 min.) une belle source, célèbre dans l'histoire :

c'est là que se réunit l'armée chrétienne avant la fat nie bataille de Huttin (v. p. 713>; c'est là que Saladin vint camper après sa victoire.

On monte ensuite par des pentes pierreuses sur la montagne qui sépare Séfourièh de Nazareth. Un atteint (40 min.) le sommet du pasuuge, et l'on descend par des sentiers difficiles pour les cbovuux <\ (90 min.)

Naiareth (en arabe erir-Nâsrah).

On loge ordinairement au couvent lutin, où l'on est assez bien trait*'.

— Histoire. Le nom de Nazareth n'est prononcé ni dans l'Ancien Testament, ni dans FI. Josèphe.

Les Évangiles la signalent comme le lieu où se passa l'Annonciation (Luc, i, 26-35) et où s'écoula l'existence de Jésus, pauvre, ignoré, soumis à ses parents (Luc, n, 39 et 51-52. Matth., n, 23). Quand commença la vie publique du Christ, les habitants de Nazareth le chassèrent, après avoir voulu le précipiter du haut d'un rocher (Luc, iv, 16-31). Il alla demeurer à Capharnaum (Matth., iv. 13.) ; étant revenu à Nazareth, il ne trouva chez ses compatriotes que le mépris et l'incrédulité (Matth., xm, 54- 58 ; Marc, vi, 1,5). Ce lieu ne parait avoir été qu'un village insignifiant dont le nom prononcé avec dédain (Jean, i, 46) fut appliqué plus tard en signe de mépris aux premiers chrétiens(Rusèbe et Jérôme, Onomast.). Pour les Arabes, ceuxci" sont encore les nazaréens (<m- NAçara). A peine mentionnée dans Jes premiers pères de l'Église,

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