DE NAZARETH A KHAIFA ET AU CARMEL
(7 à 8 k«ore«.)
En quittant Nazareth, on monte vers le N.-O. sur les collines pierreuses qui dominent la ville. On la perd do vue (15 min.), mais le regard plonge au S. dans une autre vallée, plantée d'oliviers et de palmiers. Sur un monticule, au S., so montre le village de Yafa, oui semble répondre au Japhia de 'Zabuion ;Josué, xix, 12; Onomastiron, art. Japhiè). C'est sans doute le même Japhia qui* fut fortifié par Josèphe, et puis par Trajan et Titus (Josèphe, Vie, 37 et 45; Guerre de& Juifs, n, 20, C; m, 7, 31). Une vieille tradition le désigne comme le pays de Zébédéo et de aos fils Jacques et Jean. Le village de Malout. que l'on voit ensuite un peu plus loin à l'O., sur un plan plus rapproché, répond peut-être au Maralah de Josué ixix, 11). On y a trouvé plusieurs fragments d'antiquités et les restes d'un temple avec une crypte qui sert d'église chrétienne. De loin cette ruine ressemble à une grande cheminée On atteint (15 min.) un roi d'où l'on découvre la mer et la chaîne du Carinel jusqu'à Khaïfa, et, descendant vers l'O. entre île jolies collines, on débouche ôo min.) dans la plaine. C'est l'ex-
trémité N.-O. do la grande plaine d'Esdrelon, qui s'étend au loin a gauche vers le S.-E. et parait un vaste désert limité par la chaîne du Carmcl. Arrivé ^30 min.) prè* d'un puits, on aperçoit à droite le village de Samounièh , entouré d'une muraille ruinée et de quelques vieux figuiers; le nom et la position semblent répondre au Simon ias, où les Romains tentèrent de " surprendre Josèphe pendant la* nuit (F»e,xxiv). A gauche au S.-E., vers la plaine, so montre Djrhata, qui est peut-êtro le Gabatha de saint Jérôme.
Continuant sa route vers l'O., le voyageur gagnera (1 h.) le misé»rable hameau de Djéida, à 3 kil.
au N. duquel s'élève, au milieu d'une forêt de chênes, le village de Beïi-Lahm, la Bethléhem de Zabulon ;Josué, xix, 15), que nous ne mentionnons que pour mémoire, car Robinson n'y a rien trouvé qui mérite de nous détourner de notre route.
Après une petite plaine, on arrive (30 min.) au pieu d'une chaîne de collines bien boisées, dernier rameau des montagnes de Nazareth. Sur ces hauteurs planent déià les aigles qui abondent sur le Carmel. Au sommet de ces collines \10 min.) apparaissent soudain la mer, Khaïfa et le Carmel, admirablement encadrés par les chênes-verts du premier plan. On sort du bois (15 m.] près du hameau Kl-Artyèh, et l'on descend à travers des champs cultivés dans l'étroite vallée du Kison, oui joint la plaine d'Esdrelon à la plaine et à la baie de Saint-Jean-d'Acre. En f*co se dresse le Carmel, haute et belle montagne aux lignes grandes et sévères, couverte de superbes forêts. C'est un des paysages les plus riches de la Palestine. Bonaparte y campa le 17 mars 17D9. On franchit (10 min.) le lit ordinairement desséché du Kison (Wahr el- Mcukatta,) encaissé entre des rives de terre crevassées, hautes de *i à 5 met.; lorsqu'il a plu, ce torrent prend en quelques heures un vo-
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rapproet Von la
lume considérable. On se cbe du pied du Carmel aperçoit (30 min.)i 8ur lft nvc droite du Kison, un monticule régulier , surmonté d'un village (El-Harchyèh?) qui a l'air d'un camp retranché. Apres le village de Nedjoun, entoure de beaux palmiers et de grands cactus, le chemin se dirige vers le N.-O., entre le pied du Carmel et le Kison, traverse un beau bois d'oliviers pour atteindre (15 min.) la fontaine et le village de Belad ech-Cheikh ou Kefr ech-Cheikh (le pays ou le village du Cheikh), qui doit ce nom à un saint musulman dont il possède le tombeau. Le village est t>ien bâti, et dans une charmante position sur la pente de la montagne. Le sentier se resserre ensuite entre les contre-forts abrupts de la montagne , et (35 min.) la grande source d'où sort le ruisseau Es-Saàdèh, qui se répand en marécages jusqu'à la baie de Khaïfa. On longe enfin une belle plantation de palmiers avant d'entrer a (50 min.)
Khaïfa , l'antique Sycaminum des Phéniciens, qui au moyen Age fut prise d'assaut par Tancrède (1100). Cette petite ville, située au pied du mont Carmel, en vue du couvent et a l'extrémité S. de la baie de Saint-Jean-d'Acre, possède deux mauvais cafés (Engltsh coffeehotel et caffè del Commerao), mais on n'y loge pas la nuit ; il faut demander l'hospitalité aux particuliers. Elle possède plusieurs agences consulaires. Les paquebots du Lloyd autrichien viennent y toucher tous les quinze jours.
La population est d'environ 2 000 hab.; les chrétiens sont en majorité. L'intérieur de la ville est sombre et triste ; elle est entourée d'une fortification ruinée avec quelciues vieux canons abandonnés; du càté du S. elleest dominée par une vieille tour. Son port est à peine fréquenté ; la rade n'est pas sûre.
De Khaïfa à Saint-Jean-d'Acre, 1 h. 30 en suirant le ri rage de la baie ; on fran-
SYRIE. — PALESTINE. [Roitb 136-1
chit le Kison an delà des palmieru de Khaïfa; plus loin ce ne sont que des dunei arides; on ne retrou?e les palmiers qu'en approchant d'Acre. On franchit l'embouchure du Nahr en-Namdn, l'antique Bêlas, avant d'atteindre la ville. (V. R. 135.1
Un chemin, qui ressemble à uc escalier, gravit la montagne obliquement jusqu'au*
Couvent du Carmel, en arabe
Deir Mar-Elias. L'origine du couvent paraît fort ancienne. Les moines au Carmel font remonter leur ordre jusqu'à Elisée , qui reçu:
d'Élie la possession de sa grotte; les fils du prophète restèrent en possession du sanctuaire jusqui la naissance du christianisme, épogue à laquelle ils embrassèrent la loi nouvelle. Le témoignage des historiens profanes montre que cet endroit était en effet un sanctuaire. Pythagore le visita , et Tacite (fltst., II, 78), ainsi que Suétone {Vita Vesp., v), racontent que Vespasien sacrifiant sur un autel élevé à Dieu sur le Carmel, le prêtre lui prédit sa fortune. Le Carmel paraît avoir été habité de bonne heure par des anachorètes.
Un monastère s'éleva plus tard sur la grotte d'Élie; il est mentionné en 1185 par Jean Phocas.
comme étant en ruines. En 1209. ù était réparé et appartenait à l'ordre des carmélites. Le couvent et l'église paraissent avoir été détruits et rebâtis à différentes reprises.
Celui qui avait été construit en 1760 servait, en 1799. d'hôpital à l'armée française pendant le siège de Saint^Jcan-d'Acre. Après la retraite des Français, il fut ravagé par les Turcs, et les pauvres blessés furent tous massacrés. En 1821, Abdallah - Pacha . gouverneur de Saint-Jean-d'Acre, le ruint de fond en comble. Un simple moine, frère Jean-Baptiste, obtint de la Porte, par l'intermédiaire de l'ambassadeur français, un firman de reconstruction, parcouru:
l'Europe pendant 'quatorze an* pour recueillir des dons pieux qui permirent d'élever l'édifice actuel
[Roittb 136.J
Le couvent occupe, àl'extrémité N.-O. du promontoire ou cap Carmel, une plate-forme qui domine la mer de mot. Les bâtiments forment un grand carré ; les murailles sont épaisses et les fenêtres munies de grilles de fer pour défier les ennemis du dehors. L'église occupe le centre ; sa coupole et son clocher dominent les toits plats du monastère. Le maître-autel, dédié à Notre-Dame du mont Carmel, est construit sur la grotte d'Élie, où le prophète se cacha pour fuir les persécutions de Jésabel. La grotte mesure un peu plus de 2 mèt. de hauteur, sur 5 met. de longueur et de largeur.
On y voit un autel consacré à Klie.
Le reste des bâtiments contient les cellules des moines et les chambres réservées aux étrangers qui y reçoivent une hospitalité cordiale et confortable, sans distinction de patrie ni de croyance. C'est, à cet égard, le premier établissement hospitalier de la Terre sainte.
Devant le couvent est un jardin en terrasses , où l'on remarque une petite pyramide en pierre , élevée à la mémoire des soldats français massacrés en 1799. De dette terrasse, on jouit d'une vue magnifique sur la mer, Saint- Jcan-d'Acre, les montagnes de la Galilée, le Liban et le grand Hermon. Une villa, qu'Abdallah-Pacha s'était fait construire avec les débris du couvent, est aujourd'hui réservée aux pèlerins musulmans.
Devant ce bâtiment on voit un puits profond et de grandes citernes.
En dehors du couvent, on montre plusieurs grottes occupées autrefois par des anachorètes. La plus célèbre, située sur la pente abrupte de l'Occident , porte le nom d'école des prophètes ; elle est aujourd'hui gardée par un imam musulman, mais les chrétiens et les juifs y sont admis. C'est une grotte naturelle, agrandie par la main de l'homme, et formant une chambre de 15 mèt. de long sur 7 de large et 6 de hauteur. Une