NAPLOUSE (SICHEM
siège du nouveau gouvernement.
Après la destruction du royaume d'Israël 7*21 av. J.-C), Salmanazar emmena tous les habitants en captivité et les remplaça par des populations idolâtres de Babel , de Coutb, de Hava, de Hamath et de Sépharvajem .
Ces peuples, qui mêlèrent bientôt le culte de Jéhovah avec celui des faux dieux, prirent le nom de Samaritains. Lors du retour de la captivité de Babylone, ils envoyèrent des députés à Jérusalem demander qu'on les admît à contribuer pour leur part de travail et de dépenses à la reconstruction du temple et des murailles. Les Juifs repoussèrent dédaigneusement leurs offres de services et refusèrent de les reconnaître comme descendants d'Abraham (Esdras, iv). Ce refus fut l'origine de la haine qui a toujours régné entre les deux peuples, haine d'autant plus profonde qu'elle était à la fois politique et religieuse. Manassè , frère du grand prêtre Jaddus, avait épousé la Mlle de Sanaballètc* satrape de Samarie ; chassé de Jérusalem par l'orthodoxie de Néhémie, il se retira auprès de son beau-père, qui fit élever sur le mont Garizim un temple en tout semblable à celui de Jérusalem. Josèphe raconte qu'il devint dès lors un lieu d'asile pour les Juifs apostats et relâchés {Ant. Jud., xi, 8,6). Depuis cette époque, Sichem fut la métropole des Samaritains et garda ce rôle jusqu'à nos jours. L'an 132 avant Jésus, le temple du Garizim est détruit par Jean Hyrcan^ Dans la guerre des Juifs contre les Romains., les Samaritains sont cernés sur le mont Garizim et passés au su fil de l'épée par Céréalis, lieutenant de Vespasien (Josèphe, Guet, des Juifs m, 8, 32}.
L'Évangile renfermedespreuves évidentes de la haine profonde qui régnait entre les Juifs et les Samaritains. Ce dernier nom de Samaritain est constamment emplové cinrmic un terme <Ui mépris». ï.o
Samaritaine s'étonne que Jésus- Christ, qui est Juif, lui demande à boire. Ce mépris explique l'origine du nom de Siehar (Jean, iv) donné à Sichem; il est sans doute dérivé de l'hébreu schakar (s'enivrer), par allusion à l'ivrognerie que les Juifs reprochaient aux samaritains (Munk, Reland). Jésus passa quelques jours à Sichem (Jean, iv) et Philippe 7 prêcha avec succès. Cette ville fut le théâtre des exploits de Simon le Magicien, un des plus dangereux ennemis de l'Eglise; mais en revanche elle donna le jour à un des pères apologistes les plus remarquables, Justin le Martyr. Du Christ à nos jours, l'histoire de Sichem et des Samaritains est peu connue. Leur culte dut dominer dans cette ville pendant les premiers sic c les de l'ère chrétienne, car on voit sur les médailles de cette époque le mont Garizim et le temple figurer comme symbole de la ville de Néapolif, nom imposé par les Romains à Sichem, et dont on retrouve la forme dans l'appellation moderne de Naplouse. Plus tard, elle devient le siège d'un évêché, et ses prélats tigurent aux conciles d'Ancyre, de #icée et de Jérusalem. En 487, les Samaritains se soulèvent contre les chrétiens; ces derniers les chassent du mont Garizim et élèvent sur la colline sacrée une église en l'honneur de la Vierge.
Justinien, pour protéger cette église contre les attaques des Samaritains exaspérés, la fit entourer d'une forteresse. Les Samaritains se répandirent en Egypte, à Damas et même jusqu'à Kome, où ils avaient une synagogue sous le règne de Théodoric. A partir de ce moment, Sichem est a peine mentionnée dans l'histoire; elle subit le joug des musulmans et
Êasse entre les mains des croisés, [ais la secte des Samaritains continue à subsister dans cette localité. Au xiii* siècle Benjamin de TudMe découvrit avec étonnement quelques centaines deCouthéens à
Sichem. Plus tard l'existence du P entateuque samaritain attira l'attention des théologiens sur eux; on fit des démarches pour en obtenir un exemplaire, et surtout pour connaître quelques détails sur leur culte et leurs croyances.
Des savants français, anglais et allemands firent ou laissèrent croire aux Samaritains qu'il y avait en Europe différentes communautés samaritaines. Une correspondance fort curieuse fut commencée par Scaliger, 1671, et continuée par plusieurs savants, entre autres par de Sacy, qui reçut encore au commencement de co siècle des lettres du pontife de Naplouse. On obtint de cette manière des détails fort curieux sur la religion des anciens Couthéens.
On ne sait à quelle époque ils ont abandonné le culte des faux dieux (IIt Rois, xvn). Néanmoins il est probable que c'est peu après la construction du temple du Garizim. Les Samaritains n'admettent que le P entateuque , c'est-à-dire les cin^ premiers livres de la Bible attribues à Moïse. Leur acte ressemblait donc à celui des anciens Juifs. Ils ont remplacé les sacrifices par des prières liturgiques.
Cette partie du culte a cessé depuis que le tabernacle a disparu.
Le sacrifice pascal seul subsiste avec tous ses rites, mais il doit être fait sur le mont Oarizim.
Au commencement de ce siècle, il fut interrompu pendant 25 ans, parce que les Turcs ne permirent pas aux Samaritains de faire l'ascension de la colline sacrée. Les Samaritains admettent la résurrection, mais seulement pour les justes; ils attendent un prophète qui les délivrera de leurs ennemis et rétablira leur culte sur le mont Garizim ; ils l'appellent Hathab et s'appuient surlcDeutéronome(xn, 15 ).
L'histoire des temps modernes nous montre Naplouse en rébellion constante contre les pachas d'Acre et Damas, chargés de l'administrer. Pendant tout le xvni» siècle
ALESTINE. IRoutb 13». j
les pèlerins n'osèrent traverser ce district inhospitalier. Djezzar-Pacha lui-même ne putsoumeitre les Samaritains. Junot , après la bataille du Mont-Thabor, brûla leurs villages, mais ne put s'emparer de Naplouse elle-même. La main de fer d'Ibrahim-Pacha changea tout cela, et une révolte des Naplousiens en 1834 fut réprimée avec promptitude. Depuis le retour du gouvernement turc , l'anarchie i recommencé.
État actuel. — Naplouse est bâti?
dans l'étroite vallée de Jacob, au point de partage des eaux. La ville est de forme allongée, et s'étaf ~> sur la pente au pied du mon:
Garizim, qui la domine de se* hautes parois de rochers. De loin elle présente un aspect pittoresque et coquet au milieu du bosquet de verdure qui l'entoure , avec ses minarets, les blanches coupoles qui recouvrent ses maisons, et ses murailles crénelées et blanchies à la chaux. Mais l'intérieur ne répond nullement a ce premier aspect. Sauf deux rues principales, dirigées suivant le grand axe de la ville, on est obligé de grimper au milieu de monceaux de décombres à travers des ruelles étroites, tortueuses et en partie recouvertes de voûtes. Naplouse est néanmoins une des villes les plus florissantes de la Palestine et renferme quelques belles maisons en pierre, hautes de trois ou quatre étages, chose assez rare en Orient.
Elle n'offre aucun monument remarquable, et ses antiquités se réduisent à des fragments de colonnes encastrés dans les murî et à quelques sarcophages transformes en abreuvoirs. On visitera cependant dans l'intérieur de la ville les ruines de l'Église de la Passion ou de U Résurrection, construite en llfiT La seule partie intacte est le portail, qui offre une certaine analogie avec celui du Saint-Sépulcre. Ot y remarque trois moulures ogivales surmontées d'ornements
, Route 138. j NAPLOUSE (SICHEM).
style roman. On voit encore dans un jardin une autre Eglise, qui est
sans doute celle des chevaliers de Saint-Jean y avec trois portes ogivales. L'intérieur présente des arceaux semblables, mais il n'y a pas de transsept. Une niche à voûte sculptée, en forme de coquille, répond a la porte du milieu. En face de cette église , on voit un clocher carré à fenêtres romanes.
— On ira visiter également à travers un dédale de ruelles :
La synagogue samaritaine, précédée d'une petite cour. L'intérieur, où l'on pénètre moyennant un léger baghchich et à la seule condition d ôter ses chaussures, est une salle carrée de grandeur médiocre , pouvant contenir au plus 40 à 50 personnes, et dont les murailles sont blanchies à la chaux et le parquet recouvertd'une natte.
Quelques lampes en verre de couleur sont suspendues au plafond.
En face de U porte se trouve un enfoncement séparé de la salle par une balustrade a hauteur d'appui et un rideau vert : c'est le lieu saint où l'on garde le fameux manuscrit du Pentateuque, écrit, selon les Samaritains, par Abisçua, fils de Phinéas (I, Chron., vi, 4), et qui aurait ainsi 3500 ans d'existence. Il est inutile de dire que cette assertion ne repose sur aucune preuve historique. On doit cependant reconnaître que ce manuscrit, ou plutôt le texte, remonte à une haute antiuité. S'il n'est pas contemporain u schisme, on peut au moins le faire dater de Manassè , frère de Jaddus (420 ans av. J.-C.).
Ce manuscrit est un véritable volume fvolumen) , selon l'étymologie du mot, se roulant et se déroulant sur deux baguettes. Ces baguettes sont simplement ornées et n'offrent pas, comme l'ont prétondu certains voyageurs, les images sculptées de deux rolombes auxquelles les Samaritains attachaient, disait-on, un sens mystique, et rendaient même un culte.
Le texte est écriten anciens caracères phéniciens ou samaritains,
Orifnt.
que les Israélites employaient avant la captivité. A leur retour, ils ne se servirent plus que des caractères chaldéens , vulgairement appelés hébraïques. C'est un aspect curieux que celui de ce long parchemin divisé en colonnes, et dont les lettres sont tellement serrées les unes contre les autres, qu elles semblent ne former qu'un seul mot fantastique qui s'étend à l'infini, et n'est coupé ni par des versets, ni par des signes de ponctuation.
On montre également au voyageur une édition de-la Bible polyglotte de Londres, renfermant le texte du Pentateuque samaritain, une Chronique manuscrite qui s'étend de Moïse à Alexandre Sévère, une collection de prières liturgiques, plusieurs manuscrits de la version samaritaine, c'est-à-dire un dialecte qui tient du syriaque et du chaldéen, et un grand nombre d'exemplaires du Pentateuque , traduit en arabe, mais écrit en caractères samaritains: c'est celui dont les Samaritains se servent ordinairement. Cette collection n'offre plus le môme intérêt qu'à la fin du siècle dernier, car ae nos jours on en possède plusieurs copies.
La population de Naplouse est d'environ 8000 habitants, sur lesquels on compte 500 chrétiens grecs, 150 samaritains, 50 juifs et quelques protestants. Les musulmans de Naplouse sont connus
f^our leur esprit de révolte, leur anatisme et leur grossièreté envers les étrangers. Le commerce principal de la ville consiste en coton, huile, et surtout savon, dont il s'exporte une grande quantité. En dehors de la ville, le voyageur a plusieurs excursions intéressantes à faire :
1° Excursion au mont Garizim (2 heures, aller et retour. La plus grande partie de la montée peut se faire à cheval. On fera bien de prendre un guide samaritain). — En quittant Naplouse par la pente occidentale, on tuitquelquesinstants
740 SYRIE.— PALESTINE
la route de Samarie, qui a été déjà décrite, et l'on tourne à gauche pour pénétrer dans un gracieux ravin qui descend du S.-O. et trace sur les flancs dénudés du Garizim un sillon de verdure. Bientôt les vergers disparaissent, la végétation cesse, et le joli sentier que l'on a suivi fait place à une affreuse montée roide et pierreuse, dans une gorge fortement inclinée qui s'élève (15 min.} jusqu'au sommet du Garizim. Le voyageur voit alors devant lui un large plateau accidenté, couvert de broussailles et de monceaux de pierres. Il se dirige ensuite à Th., vers un wéli arabe placé au sommet d'un monticule qui parait être le point le plm élevé de la montagne. Au pied de ce monticule et du côté O. les guides montrent une dizaine de grandes pierres : ce seraient celles qu'apportèrent les tribus sous la conduite de Josué (Deutér., xi , xxvn), tradition en contradiction avec la Bible, qui dit positivement et à plusieurs reprises que l'autel fut élevé sur le mont Ébal. Il faut grimper au milieu des broussailles et des monceaux de pierres taillées pourarriver aux ruines imposantes qui couronnent le sommet. Elles se composent de deux vastes enceintes quadrangulaires bâties de gros blocs taillés en bossage. L'enceinte S. est flanquée à ses quatre angles de tours dont celle du côté N.-E.
est occupée par le wéli dont nous avons parlé. Au milieu de l'enceinte on remarque les débris d'une construction octogone. Dans l'enceinte N., ou se trouve un cimetière musulman, on remarque une belle piscine. Hobinson n'y voit que lesdubrisde la forteresse construite par Justinien pour protéger l'église de la Vierge; M. de Saulcy les considère comme celles du temple samaritain construit par Sanaballète, et soutient qu'elles n'ont jamais pu avoir un caractère militaire. J.os Samaritains de Na-
f>louse nomment ces ruines el-Kaa (la forteresse), et indiquent comme l'emplacement de leur
i Route
temple une enceinte au pied du monticule et dans la direction du S. C'est leur lieu saint, leur kiblai et il» n'y marchent que nu-piedt La question est donc encore pendante; pour la résoudre, il faudra ; pouvoir consacrer quelque» jours a l'étude de ces ruines, et surtoo:
y faire des fouilles. Jusqu'à pr< sent tous les Toyageurs les ont irritées à la hâte /Dans tous les cas.
ce n'est qu'une question d'empli cernent, car ces ruines, bien quconsidérables , n'offrent rien a remarquable.
Tout auprès de la kiblah, dor nous avons parlé, on remarqu une autre enceinte formée de gr^* blocs. Au centre se trouve une ooverture circulaire en pierre, destinée à faire rôtir l'agneau pascal selon les prescriptions mosaïque?
^Exode, xu, 10); tout à côté une auge sert à brûler les restes du ne pas. Les Samaritains tienne r>.
également chaque année en pèlerinage sur la montagne sacrée, a la féte des Tabernacles, et campen'»
près de l'enceinte, dans des cerceaux de feuillages. Du côté S. di monticule et au-dessus de l'escar pement qui domine la plaine de Makbnah, M. de Saulcy s signa, l'existence de plusieurs marche* gigantesques faisant probablement partie de l'escalier qui est représenté sur les médailles de Na plouse où figure le temple et don parle le pèlerin de Bordeaux.
Le versant S. du monticule e* jonché de ruines innombrables qu n'ont été encore que peu ou pai examinées. On y voit des debr if non équivoques de basiliques byzantines , qu'il serait intéressa:
d'étudier. M. de Saulcy a vouh voir dans ees ruines l'antique S.
chem, qui aurait occupé le somme de la montagne au lieu d'être * tuée dans la vallée. Son opimoi est en contradiction avec la description de la Bible (Juges, ix, oc 37), et avec les données d'EusèU Prrpar. évang., ix, 98).
Du sommet du Garizim on jou d'un magnifique panorama; à 1 F
[Roi tb 139.] DE NAPLOUSE
et aux pieds du voyageur s'étend la belle plaine de Makhnah; plus loin apparaissent , derrière une chaîne de collines, les hauteurs couples à pic qui resserrent la vallée du Jourdain au N. Au delà des montagnes de la Samaric, se dresse le sommet neigeux du mont Ilermon. A l'O. et au S. la vue s'étend fiur les montagnes d'Kphraïm, la plaine de Saron et les flots bleus de la Méditerranée.
2° Au tombeau de Joseph et au putft de Jacob (l h. aller et retour}. On suit la vallée de Naplouse vers l'E. On traverse d'abord un bois d'oliviers; on remarque à gauche, au pied du mont Ébal, un assez grand nombre de cavernes a entrées sculptées. On atteint enfin a pauche de la route, au pied du fnont Ébal, à l'endroit où la vallée tic Sichem débouche à TE. dans la
f;rande plaine cl-Makhnah (20min.), e tombeau de Joseph. C'est une enceinte carrée, au milieu de laquelle s'élève un tombeau de pierre en, forme de dos d'âne, avec quelques ornements en stuc. Les murailles sont couvertes d'inscriptions hébraïques. Ce. tombeau est tenu en grande vénération par les juifs, les samaritains, les musulmans. La tradition, qui désigne cet emplacement comme celui où furent déposées les cendres de Joseph, rapportées d'Egypte, est d'accord avec l'Ancien Testament (Genèse, i, 25; Josué, xxiv, 32).
Le puits de Jacob, lié à la même tradition, est à 20 min. vers le S., au bord de la route de Naplouse K Jérusalem, sur un petit monticule qui se rattache au mont Garizim.
C'est près de ce puits qu'eut lieu l'entretien de Jésus avec la Samaritaine (saint Jean, iv, 5, etc.). Les preuves de cette identité admise par tout le monde sont développées par Robinson {Bibl. re«.,t. III, p. 109). Ce puits est placé au milieu d'une salle souterraine dont l'entrée est obstruée par des décombres et des fûts de colonnes on granit monter au
51f UCB IUIS LIC l.U|\>4lll^u
gris qui paraissent reiv« siècle ; il est creusé
dans le roc et très-profond. L'ouverture de ce puits devait être de niveau avec le chœur de l'église construite par les croisés et qui fut détruite en 1187. Les ruines qui se voient à l'cntour appartiennent à cette église, mais il est impossible d'en retrouver fe plan .
3<>Au mont Êbal. Cette montagne n'a pas été entièrement explorée, bien que son ascension ne présent© aucune difficulté. Le sentier se détache au N. de la ville, près d'un petit wéli. Au sommet se trouve une plate-forme avec quelques ruines insignifiantes. Le panorama qui s'y déroule est assez semblable à celui du mont Garizim, mais plus étendu vers le N.-E., où l'on distingue le grand village do Tallouzah, entouré de grands bois d'oliviers, que Robinson identifie avec l'ancien Tirsah, une des premières capitales du rovaume d'Israël (I, Rois, xiv, 17; xv, 25; xvi, 8-24).
De Naplouse au Carmel , par Anebta et B*kah. R. 141; -à Jérusalem, R. 13Ô