‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 342 sur 511 · DU CARME L A JAFFA · texte numérisé non relu

DU CARME L A JAFFA

PAR. CESARFE

'17 à 19 h. — On e*mp«ra à Ttntonrah ou i Mouktutid.)

En quittant le couvent du Carmel, t>n descend à l'extrémité du promontoire, que I on contourne pour se diriger au S., en suivant le rivage. On rencontre (1 b.) un puits antique, et un peu plus loin, sur un petit monticule, quelques ruines qui portent le nom du Tell- Kniçeh, ou Konéiçch, dans lesquelles M. Guérin r De ora Palestine , p. 3ti-39) reconnaît le Caphamaûm mentionné entre I)ora et Caïpha par les historiens des Croisades.

C'est par une erreur évidente que Kiepert y a placé la Mutatio Calamon, qui était a 3 railles au X. de Sycaminon (Khaïfa). Au delà de Koneïçèh, la route longe le versant orientai dune petite chaîne de collines qui sépare la plaine de la mer. On franchit ensuite trois peii ts wadis; après le dernier, nomme wadi Adjal, on trouve à droite (1 h.) un chemin creux qui traverse les collines de l'K. à l'O. Ce chemin, appelé dans les historiens des Croisades via Stricta, Districtum ou Pclra incita, est évidemment creusé de main d'homme sur une longueur de près d'un kilomètre et sur une largeur de 2 a 3 mètres; il a été fortifié par les Templiers. Son extrémité K. présente les vestiges d'une porte et le* fondations de deux fortes tours.

Ce passage aboutit à

Athlit (2 h. 50 min. du Carmel), l'rfntique Magdiel d'Eusèbe et de saint Jérôme, qui prit au moyen Age le nom de Castelhim jwiregrinorum. On ignore l'histoire de cette place forte avant le xm« siècle; elle parait, selon Ritter, répondre à la Certha, do V Itinéraire de Boràea*x à Jérusalim. En 1218,

fortifièrent pour

les Templiers la

Srotéger les pèlerins au passage, o la Petra-Ineita, où Baudouin I«r lui-môme avait été blessé en 1103.

La forteresse fut le dernier point de la Palestine occupé par lescroisés, puisque les Templiers ne l'abandonnèrentqu'en 1*291, Quelques semaines après la perte de Saint- Jean-d'Acre.

Athlit occupe un promontoire rocheux, qui parait avoir été originairement une île véritable, avec une petite baie du cdté du S. Ce n'est plus qu'un pauvre village construit au milieu des ruines de la forteresse. On voit à l'K. les restes d'une épaisse muraille, dont la construction excite l'admiration ; les beaux blocs réguliers de la base sont antiques, mais les parties supérieures ne remontent qu'aux croisades. Dans cette enceinte, on remarque les ruines d'une bolle église à triple nef, dont les murs sont ornés de beaux arceaux gothiques et de figures d'animaux trèsmutilées. L'intérieur de la péninsule n'est qu'un monceau de décombres. A 10. , c'est-à-dire près de la mer, sont les restes du r/idteau des T empli rr s, qui semble avoir été bâti sur les fondations d'une acropole antique; vers le N. sont quelques fragments de colonnes on granit de Svène ; et, près de là, on voit une partie de la muraille avec un grand arc ogival renversé probablement par un tremblement de terre. On vient continuellement y prendre des matériaux pour les constructions des villes voisines.

Au îS. sont les vestiges del'ancien port, de forme semi-circulaire. Il est complètement ensablé.

Au delà d'Athlit, le rivage présente un aspect de fertilité et quelques bouquets de palmiers. On voit .")() th.: sur une colline à gauche le village de Sarfetid, ou l'on trouve quelques tombeaux et citernes antiques. Plus loin (20 m.), se montre au sommet des rochers, à gauche, Kefr el-Ham, où l'on voit aussi quelquesantiquités. La route longe à gaucho le pied des col-

SYRIE.— PALESTINE

lines, où l'on remarque de vastes excavations de carrières , tandis qu'à droite s'étend une plaine fertile, avec des bois d'oliviers. On arrive (30 m.) à

Tantourah, l'antique Dora, fondée par les Phéniciens; son roi, allié deJabirr, fut battu parJosué (xii, 23), et son territoire donné à la tribu de Manassé, qui ne put jamais s'emparer de la ville, et se contenta d'un tribut. Sous Salomon, elle étaitadministrée par Ben- Abinadab (I, Rois, iy, 2). En 217 avant J.-C, elle fut attaquée sans succès par Antiochus le Grand. Antiochus VII y assiégea l'usurpateur Tryphon. Prise par Alexandre Jannttîus (103), elle recouvra son autonomie par le bienfait de Pompée (64). Au temps de Pline et de saint Jérôme, elle était déjà détruite.

Les ruines de Dora , situées à environ 300mèt.'au N.-O. de Tantourah , consistent en quelques substructions éparses entre le rivage et la colline , où l'on remarque aussi des carrières, des citernes et des tombeaux creusés dans le roc; près du rivage, et au N.

du promontoire qui portait l'antique acronole, sont les restes d'un grand édifice bati de blocs carrés, qui 6einble d'époque gréco-romaine, et qui parait avoir servi d'entrepôt pour le débarquement; quelques fragments de colonnes annoncent aussi un ancien portique, un temple. Le sommet du promontoire porte une grande tour ruinée, qui se voit d'une grande distance, seul reste du chAteaudes croisés, bâti sur une ancienne acroole. Au S. du promontoire s'étend e port semi-circulaire, protégé à 10. par quelques îlots rocheux.

Le village moderne de Tantourah, situé ru S., contient environ 140 familles arabes.

Au delà de Tantourah, on passe (40 m. i le lit presque desséché du Nakr-Delka ou Nahr ed-Defzèh , et nlus loin (40 m.) le Nahr ez-Zerha, l'ancien Crocodilon flumende Pline et deStrabon. L'existence de petits crocodiles, du genre appelé temsah,

[Roc TE Utt.J

est encore confirmée par les Àrabw d'aujourd'hui , comme elle l'a été par les anciens et les auteurs de* croisades. Ces animaux y auraient été apportés du Nil, dans la Tille de Crocodilon Polis , dont on voit les ruines sur la rive sud du torrent. La ville n'existait déjà plus du temps de Pline.

Au delà du Nahr ez-Zerka, commence la grande plaine de Saron.

Un aqueduc, dont la construction remonte sans doute à Hérode le Grand , et dont les arcs sor. presque entièrement enfouis da* le sable, court sur un espace à* 3 kilom. jusqu'à (40 m/

Kalsaryéh, l'antique Césaréf èt Palestine.

Histoire. Cette ville n'était dan* l'antiquité , jusqu'au temps è> Strabon, qu'une localité sans importance nommée la tour de Stroton, Hérode le Grand entreprit è>:

créer un port sur la côte inhospitalière de la Palestine, et v fond»

l'an 25 avant J.-C. une ville m«gnifique, qu'il nomma Césaréf.

en l'honneur de César-Auguste, son protecteur. Ce port reçut poar la même raison le nom de Sébastv.

Joséphe a raconté [Antiq., xv, 9 la magnificence que ce roi déplov»

pour orner sa nouvelle capitale et y attirer les étrangers. Il y bit.t un théâtre, un cirque, des é^ouU des aqueducs, un temple dédié »

César, un immense brise-lamei pour protéger le port, de grand* magasins montés et un grand qu* de débarquement, servant au<si de promenade. C'est à César* que le roi Agrippa mourut subitement (44 après J.-C). Les trouble* qui éclatèrent dans cette vil* entre les Juifs ot les Syrien* ou les Grecs qu'Hérode y a*a«attirés, déterminèrent de 57 à t> plusieurs interventions des Romains; enfin le grand massacre de 20 000 Juifs par les Grecs soûle" toute la Palestine, et commençJ la grande guerre qui devait amener la ruine de la nation juive.

Vespasien était à Césarée, quand :!

apprit , l'an 69, la mort de Galba t\

(Routb 140.] CES,

l'élection de Vitellius, qui indigna l'armée de Syrie et l'engagea à proclamer Vespasien. Apres la prise de Jésusalem (70\ Titus célébra à Césarée des fêtes magnifiques, où plus de 2500 Juifs furent sacrifiés dans les jeux du cirque. Césarée reçut deVespasien le nom de Colonia prima Flavia, et de Titus l'immunité de son sol.

Césarée ioue un grand rôle dans l'histoire des apôtres; c'est là que le centurion Corneille fut "baptisé (Actes des apôtres, x ) et que saint Paul fut supplié de ne pas se rendre à Jérusalem (Ibid., xxi,8); c'est là qu'il fut ramené prisonnier et embarqué pourHome (Ib. xxin, 33 ; xxiv, 25; xxvi 28; xxvn, 1, 2).

La ville devint de bonne beure un évéché et fut en 195 le siège d'un concile. Elle donna asile à Origène, et Pamphile y souffrit le martyre. Eusèbe, l'auteur de l'Histoire ecclésiastique et de YOnomasticon, que.nous citons si souvent, y naquit et occupa le siège épiscoçal de 315 à 338. Procope, l'historien de Justinien, était aussi de Césarée.

Abou Obeïda, lieutenant d'Omar, s'empara de la ville en 638. Sous la première croisade, l'émir qui y commandait offrit le tribut à Godefroy de Bouillon. Baudouin Ier s'en empara en 1102, après un siège meurtrier. Reprise par Saladin en 1187, rendue aux croisés en 1190, puis aux musulmans en 1219, elle fut relevée par saint Louis en 1251 ; ravagée par Bibars Bondoukdar en 1265, elle fut définitivement détruite par le khalife el-Achraf en 1291, et ne présente plus depuis cetie époque jusqu'à nos jours qu'une enceinte de ruines complètement abandonnées où les Arabes viennent seulement chercher des matériaux qu'ils transportent par mer à Acre, a Beyrout ou à Jaffa.

État actuel. — Les ruines de Cé- *arée forment un grand parallélogramme de 600 pas de longueur, sur environ 400 ae large. Les murailles rebâties par saint Louis

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existent encore en partie, et, malgré les brèches nombreuses qui y ont été faites, présentent une enceinte complète; la partie supérieure seule s'est écroulée. Les rossés, larges de J2 mèt. et profonds de 6 à 7, sont revêtus de maçonnerie à l'intérieur. Les tours sont presque toutes ruinées; on en comptait 10 sur la face E., 4 au N.

et au S., 3seulement à l'O. Il y avait quatre portes ; celle du S. est seule intacte. Du côté du S. une langue de terre rocheuse avance dans la mer et forme deux golfes : celui du N. était le port de la ville ; celui du S. baignait les faubourgs. Ce promontoire formait une jetée naturelle qui fut agrandie par Hérode, au moyen de travaux considérables, maisce port artificiel, élevé à si grands frais, était déjà détruit du temps des croisades. Le promontoire, dont le sommet portait autrefois la tour do Straton, présente encore des ruines massives du temps des croisés et de saint Louis. Ces murailles contiennent une quantité de fûts de colonnes de granit de Syène, placés transversalement à la fois comme moyen de consolidation et comme ornement. Le bras septentrional du port présente aussi, au point où il rejoint la terre, plusieurs chapiteaux du môme granit. Les colonnes placées à 1 entrée du port par Ht rode, et le grand môle fortifié qu'il avait bâti dans la mer, ont disparu, ainsi que les voûtes qui servaient de magasins aux marins et le grand quai qui entourait le port.

L'intérieur de l'enceinte ne présente plus qu'un monceau de décombres enfoui sous une végétation si épaisse qu'il est à peu près impossible d'y pénétrer, si ce n'est à la fin de l'été, ouand les broussailles ont perdu leur feuillage. Il est impossible de reconnaître le plan d'aucun des édifices d'Hérode ou des croisés. On distingue cependant les restes d'une vaste basilique chrétienne, avec trois absides semi- circulaires et trois grands

arcs- boutants encore debout. Sous l'autel régnait une longue crypte dont les substructions paraissent remonter au temps d'Hérodc : ce sont peut-être les fondations du temple d'Auguste, qui ont servi de base à l'église chrétienne, transformée plus tard en mosquée. Près de là on reconnaît aussi les restes d'une autre église plus petite. Le théâtre et l'amphithéâtre ne sont plus reconnaissablcs qu'à leur position au S. du port. La hauteur à laquelle s'adossait l'amphithéâtre porte les restes d'un château moyen Age (Guérin, ouvr. cité, p. 47-50).

De Kaïtaryèh à Samarie et Naplouae, R. 141.

Au delà de Kaïsaryèh on» suit le rivage désert et désolé ; on franchit (30 minutes) le Nahr el-Akhdarj qui se répand en marécages, mentionnés dans les historiens des Croisades sous le nom de flumen mortuum. Le rivage devient ensuite plus étroit et présente des falaises abruptes. Le chemin est sablonneux et pénible ; il s'élargit un peu à l'emoouchure du Nahr Abou- Zabourah , le flumen Salsum des croisés , appelé par Bohaeddin Nahr el-Kassab /fleuve du Roseau), et Kanah par le livre de Josué (xvn, 8).

Au delà de ce ruisseau, le rivage se resserre de plus en plus entre la mer et les rochers, et il vaut mieux monter sur la plaine de Saron, où l'on trouve des champs couverts de céréales. On atteint (50 min.)

Moukhalid ou plutôt Oum-Khalid t village formé d*un certain nombre de cabanes en terre, qui doit son nom à une sainte musulmane dont il possède le tombeau.

La plaine est ensuite semée de monticules verdoyants, restes des forêts de chênes qui couvraient anciennement la plaine de Saron On rencontre bientôt (1 h.)\c Nahr el-FaUh, autre fleuve marécageux qui nourrit des crocodiles, s'il faut en croire le nom arabe de May et et-Temsah. Les croisés le nom-

PALESTINE. |Roi;tr 140.|

maient Rochetatlie. C'est dans U grande plaine au S. de ce fleuve que Richard Cœur-de-Lion remporta, en 1191, sur Saladin, une grande victoire, où 100 000 chrétiens furent engagés contre 300 000 musulmans. Dans le môme lieu, vers le hameau de Kakoun, à l'E., eut lieu, le 15 mars 1799, le combat où Bonaparte mit on fuite le* hordes syriennes. Le chemin conduit ensuite (50 min.) aux ruines de

Arsouf , l'antique Apolloai* mentionnée par Josèphe, Pline et Ptolémée, entre Césaréc et Joppé, mais dont l'histoire est inconnue, bien qu'elle paraisse avoir été détruite par les Juifs et rebâtie par Gabinius, l'an 57 après J.-C. Au temps des croisades, elle est nommée Assor, ou Assur, ou Arsuffum Godefroy de Bouillon ne put s'er.

emparer, mais Baudouin l*r l'emporta en 1102. Prise par Saladin.

reprise par Richard Coeur-de-Lioa en 1191, fortifiée par saint*Loui$ ea 1251, elle fut prise et rasée Bibars Bondoukdar. Les ruine»

d'Arsouf occupent une hauteur près du riyaçe, où l'on voit quelques débris d'un château. Les rentes des murailles et de la ville ont presque tous disparu sous le»

broussailles. La ville possédait deux petits ports.

Tout près d'Arsouf (6 min.) ett le hameau de el-Haram Ali-Ibr^ Aleim, bâti autour d'une mosquée élevée sur le tombeau d'un santon révéré.

A S h. enwon à l'E. d'Arsonf et d"E>- Haram , on pourra aller rimer remplacement d'Antlpatris, bâtie par Hf rode W Grand sur l'emplacement de l'anu^a* Caphar-Saba, et où aaint Paul fat con chut prisonnier (Actes des Apôtre», nxui, 31. 11 n'y a plus aujourd'hui qu'un village») insignifiant qui a repris l'ancien oom 4t Ktfr-Sobo.

D'el-Haram on continue par la plaine jusqu'au (45 min.) pont du Nahr el-Awdjèh, un des principaux cours d'eau de la Palestine, qu:

prend sa source dans les m on ta-

[Route 141.] DU CARMEL

g ne. s d'Éphraïm et se répand en marécages près de son embouchure. 11 répond peut-être au Gaas de la Bible (11, Samuel, xxiii, 30).

A partir du fleuve, la route traverse une plaine monotone jusqu'à U h. 45) JaifaiV. R. 142).

BOUTE Ul.

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