III. Le Temple
Haram ech-Chérif. — Mosquée d'Omar.
L'ancienne enceinte du temple de Jérusalem, occupée aujourd'hui par la mosquée d'Omar, la mosquée el-Aksa et leurs dépendances, ett nommée par les musulmans el-Haram ech-Chèrif (l'enceinte sacrée); c'est pour eux l'endroit le plus saint de la terre aprèi la Mecque et Medine.son eutrée a été jusqu'à nos jours sévèrement interdite aux chrétiens; une garde spéciale de nègres nubiens y reille le sabre à la main, et c'est véritablement au péril de leur vie que plusieurs Européens ont pu/ pénétrer sous un audacieux déguisement.
A la suite de la guerre d'Orient, le fanatisme musulman s'etant beaucoup relâché de ses rigueurs, le duc et la duchesse de Brabant furent admis à visiter la mosquée, et, après eux, la tolérance du gouverneur de Jérusalem , Kiamil-Pacha, donna la même autorisation à un assez grand nombre de voyageurs , parmi lesquels noue avons eu le bonheur de nous trouver. Plusieurs relations de ces visilea ont paru (L. de Castelneau, Arch. des missions, l. V; Bonar, The Land of Promise, Londres, 18Ô8, Barclay, The City of the ilreat King, Philadelphie, 1858, et.s'il est permis de se citer soi-môme, E. Isambert, Bull, de la Soc. de Géographie. Paris, 1860). M. Pierrotti, architecte, a pu prendre des plans et des dessins, et M. James Graham, un grand nombre de photographies,
7«2 SYRIE. — PALESTINE
Depuis cette époque Kiaroil-Pacha a été rappelé et la mosquée a été de nouveau fermée aux chrétiens. 11 est à espérer que cette rigueur ne sera que passagère. Elle dépend de l'influence exercée à Constuntlnople parles puissances étrangères; hors de cela, il est p.-u de fonctionnaires ottomans qui no suient accessibles à l'appât de l'argent. L'imam du Haram en était descendu, en 1856, a se contenter de, *2ô fr. par visiteur, et l'intervention européenne, rendue indispensable par les dernier? événements de la Syrie, rouvrira sans doute In mosquée au grand bénéfice de la science. C'est dans cct:e espérance que nous décrirons ici Tinté rieur <iu Harum, comme si les voyageurs devaient y avoir accès. Si l'enceinte leur reste fermée, ils devront se contenter de lire cette description du haut du mont des Oliviers, ou des terrasses du Sératr du pacha , de la maison d'Abou- Saoud (v. p. 791), ou de quelques maisons particulières où la protection du
consulat pourra les introduire; ils pourront en tout cas faire extérieurement le tour des murailles, ce qui leuc permettra encore de se rendre un compte suffisant de cette enceinte si importante à tous les points de vue.
Histoire. — On sait que Salomon fit construire le temple de Jérusalem sur le mont Morinh, nue son père David avait acheté d Arnvna (vulgairement Oman; le Jébuséen; pour 600 siolcs d'or (II, Sam., xxiv.
J8-2.r>; I, Chronjq. xxi, 18-M0\ Les travaux, commencés par Salomon l'an 1011 avant J ,-C, uurèrentsept ans (I, Rois, vi etvn; II, Chroniq., lit et iv). C'est ce temple qui dura 423 ans et fut détruit par Nabuchodonosor. Le second temple, commencé au retour de la captivité, en 524 avant J.-C, fut achevé 1U ans plus tard; il eut beaucoup à souffrir, surtout dans les deux derniers siècles avant l'ère chrétienne. Il fut enfin rebâti avec une grande magnificence par Ilérode je Grand, les travaux durèrent 46 ans (Saint Jean, n, 20\ .losèphe nous donne du temple d'Hérode , en deux passages différents {Antiq.
xv, 11, 3-7, Oucr. des J., v, 5, 1-é),
(RotTF 143.
des descriptions un peu eonfuso.
mais d'où l'on petit cependant tirer ces points fondamentaux: le temple fut bâti sur une éminence rocheuse, qui suffisait à peine pour le sanctuaire et 1 au tel; les cotés en étaient partout des pentes abruptes. Salomon nivela complètement le cflt- K. de la montagne, et construisit une colonnade sur le remblai. Dc< trois antres côtés, le sanctuaire restait exposé. Par la suite destemp?.
on ajouta constamment au rem- Mai , et la montagne fut nivelée et élargie, et çagna ainsi an N. tout l'espace, qui lut occupé ultérieurement par le circuit du temple; une triple muraille entoura la ba<« de la montagne , et après un travail qui surpassa toute attente. nu.
exigea de longues années, et pou:
lequel on épuisa tout le trésor sacre et les tributs offerts à Pieu «fr toutes les parties du monde, on termina enfin la clôture supérieure et la cour inférieure du temple. La partie la plus basse de cette dernière avait été élevée sur une profondeur de 300 coudées et* plus en quelques endroits. On y employa des pierres qui mesuraient 40 coudées. Tel fut le zélé du peuple et l'abondance des dons, qu'à force de temps et de persévérance, 1 ouvrage lut mené à fin. Sur ces fondations s'élevèrent «les portique* dont les colonnades de marbre monolithes avaient jusqu'à 2.'» coudées de haut Les portiques avaient 30 coudées de large. La cour ouverte était couverte d'un pavement dcdalles. De cette cour, on passai»
dans une seconde, séparée p|r une balustrade de pierre élevt.?
de trois coudées. îles inscriptions en grec et en latin prévenaient les étrangers qu'ils ne pouvaient passer ce* limites. Kn dedans de cette barrière, on montait par 14 marches, sur une terrasse nivelée, large de 10 coudées, entourant)!
muraille de la cour intérieure, où l'on montait encore par f> marche*.
La grande porte était à I L.. tnM il y en avait 3 au N.. 3 au S., auxquelles on ajouta 3 autres pour
IROCTK 143.] JERUSALEM.
les femmes. Le premier espace , à
I L'., portait le nom do cour des Femmes , de lit on passait dans la cour des Hommes, ai eniinles prêtres seuls étaient admis dans la troisième enceinte, ou enceinte sacrée, qui contenait l'autel des holocaustes , le naos et le saint des saints. Tel était le temple au temps df Iérode et au temps de J.-C. : c'est de l'enceinte extérieure que Jésus chassa les marchands, c'est là qu'il lit l'éloge de la charité de la veuve, etc. Le temple fut entièrement détruit et rasé par'fi tus;f>0 ans plus tard, Adrien y éleva un temple a Jupiter ; Justmien la basiliquede Sainte-Marie, Omar et les khalifes musulmans mirent l'enceinte à peu près dans l'état ou nous là voyons aujourd'hui, car la domination transitoire des croisés n'apporta pas de modifications sensibles aux édifices. Voyons maintenant ce que l'examen attentif du Haram ech-Cbérif nous fera retrouver de toutes les constructions élevées par Salomon, ses successeurs, ainsi que de celles d'Hérode et des divers restaurateurs du temple.
Etat actuel, — Intérieur du Haram ech-Chérif. — C'est ordinairement par les bâtiments du Séraï et la porte Bab el-Ghawarinèh, ouvrant a l'angle N. O. de l'enceinte, que les visiteurs ont été* introduits. On se trouve tout d'abord sur une vaste plate-forme planté^ de cyprès et d'autres arbres et formant une magnifique promenade pour les fidèles. La surface en est parfaitement nivelée et formée en grande partie par le roc même du mont Monah.
II a fallu un travail considérable pour aplanir les inégalités naturelles du sol. Près de l'angle N.-O.
le rocher dominait le niveau actuel de l'enceinte, et notamment au-dessous du Minaret du Serai (Medenèh- es- Serai) , et au pied des maisons qui limitent l'enceinte du côUé du N., on voit le rocher taillé verticalement à la hauteur de plusieurs mètres au-dessous des constructions qui le couronnent.
On passe rapidement sur ce ter-