II. Situation. Aspect général », climat
Llîe de Malte . située par 3V\ 53' 50" de latitude N., et 12<> 11' 6" de longitude E., est placée en quelque sorte sur les limites de l'Afrique et de l'Europe. C'est cette position avancée dans un canal étroit qui lui a donné de tout temps une si grande importance au point de vue stratégique, et qui en a fait Ja position dominante de la Méditerranée.—Par sa formation et sa constitution géologique, l'archipel de Malte se rattache a la Sicile, dont il a suivi longtemps la destinée politique. L'île principale , Malie, n'a pas plus de 4 1. de large, 8 de long et 20 de circuit. Elle compte 103,247 bab,, non compris la garnison anglaise, qui en temps de paix est d'onv. 2,500 h., population considérable pour une lie si petite et si pauvre qu'elle peut à peine nourrir le tiers de ses habitants. Aussi est-elle obligée de
1. Voir WaHe et 1« Goia, par M. P. Lac roix, dm» t'Unwei» pitlortsiiuc, Afrique, I. IV.
tout demander à l'importation; la misère est extrême, et les Maltaif émi^rent dans tous les ports de la Méditerranée.
Le premier asnect de l'île de Malte est singulier et peu attrayant. Au delà des fortifications de la capitale, on aperçoit une campagne poudreuse , découpée comme un vaste damier par un nombre infini de clôtures, et couverte de villages aux proportions monumentales : des montagnes sans arbres, un sol sans verdure, partout des pierres blanches, nui reflètent le soleil brûlant de 1 Afrique, et dont le détritus forme un sable fin qui vous aveugle et vous étouffe, voilà Malte.
La température de l'île est celle de l'Afrique. En été, le thermomètre marque ordinairement 30° centig., et dépasse rarement isb°; en hiver, il ne descend presque jamais au-dessous de 10°. Les variationsde température sont fréquenteset brusques. Le vent d'Afrique (scirocco) produit une chaleur accablante et insupportable, surtout pendant les mois de juillet et d'août. Les vents de N. et N.-O.
amènent une agréable fraîcheur, mais jamais un froid rigoureux.
Malte n'est qu'un rocher ealcairè et argileux. L argile do Malte a été considérée comme douée de pro*priétés médicinales énergiques, surtout celle de la Grotte de SU Paul, dont il se fait un assez grand commerce. C'est une terre bolairé; t qui se divise très-facilement et est!
employée comme fébrifuge. — La pierre calcaire de Malle n'a pas de consistance; l'eau de la mer la corrode; elle se laisse tailler avec la plus grande facilité : aussi, dans l'île, tout est bati en pierre de taille» Selon Houel , les roches de l'Ile auraient la singulière propriété de condenser les vapeurs atmosphériques, et de les laisser filtrer pàV leurs parties inférieures pour eon* stituer des sources. La culture du sol est extrêmement remarquable.
La terre végétale manque presque partout ; mais le Maltais la
MALTE
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cueille avec un soin minutieux, et il va la chercher jusqu'en Sicile ; il la dispose alors dans des cadres creusés dans le rocher, et entourés d'une petite muraille qui la retient : le rocher est d'ailleurs aménagé pour l'écoulement des eaux.
C'est grâce à ce prodige de patience et de travail que le Maltais parvient à récolter le blé, l'orge, l'avoine, le cumin, le trèfle, la luzerne, le coton, des légumes et des fruits savoureux : les oranges de Malte jouissent d'une réputation méritée, surtout les mandarines; on les recueille môme en hiver; mais elles supportent difficilement le transport quand elles sont mûres : aussi celles qu'on mange en Europe donnent-elles une idée imparfaite de ce que cet admirable fruit devient sous le ciel de l'Ile.
Malte produit une race d'ânes très-estimée, et les petits chiens connus sous le nom de bichons.
Les oiseaux sont ceux de l'Europe et de l'Afrique, et surtout les pigeons sauvages, qui viennent reposer à Malte leurs ailes fatiguées, et construire leurs nids dans les grottes de l'île, où les habitants leur font une guerre acharnée.
Les poissons abondent dans la mer de Malte : les huîtres y sont mauvaises ; mais on y trouve en revanche plusieurs coquillages trèsdélicats. Malte nourrit encore les abeilles, d'où elle a tiré son nom dans l'antiquité.
Le commerce est malheureusement très-restreint ; car l'île n'a non à exporter que ses cotons, qui, d'une qualité inférieure, ne «ont pas admis en Angleterre, et s'écoulent en Italie. Les oranges, les citrons, les abricots confits, le lichen, le cumin, l'anis et la pierre de construction sont les principaux articles du commerce de Malte. L'importation dépasse donc de beaucoup l'exportation.
Kien do plus varié que la population de Malte. Elle se compose en effet de Maltais proprement dits, qui offrent un contraste frap-
pant avec la colonie anglaise, et d'étrangers de toutes les nations, dont les costumes ne diffèrent pas moins que les mœurs et les manières. Des Turcs, des Arabes, des Tunisiens, des Grecs, avec leurs costumes éclatants et pittoresques, s'y mêlent aux Européens aux habits sombres et étriqués. Les soldats, marins etofficiers anglais, aux brillants uniformes, les policemen à la physionomie sévère, attirent surtout les regards au milieu de cette foùle bigarrée. La Maltaise, oui a eu le bon goût de ne pas échanger le costume national contre les modes de Paris, passe enveloppée dans la fal delta, espèce de grand domino noir, qui recouvre la tôte, les épaules, la taille, et sert en môme temps de voileet de masque. Les Maltaises sont jolies et savent jouer avec ce costume mystérieux, qui peut à volonté découvrir, cacher, ou laisser entrevoir des yeux brillants, des cheveux noirs, une figure gracieuse, et des épaules entourées d'une blanche collerette. On a beaucoup parlé des mœurs faciles des Maltaises.
Il faut faire la part de l'exagération ordinaire des voyageurs en pareille matière. Les mœurs sont a Malte ce qu'elles peuvent être dans une ville de garnison, sans cesse traversée par les étrangers, et où la population est sans ressource. Il faut tenir compte aussi de l'influence du climat, et aussi, dit-on, des traditions de galanterie laissées par les chevaliers.
Les Maltais sont, nous l'avons dit, de laborieux cultivateurs ; mais ils sont encore plus marchands et navigateurs. Ils éraigrent dans tous les portsdu Levant, où ils exercent les professions do portefaix, bateliers, interprètes, etc.; mais, dûs qu'ils ont amassé un petit pécule, ils reviennent dans leur île. Les Maltais sont d'admirables nageurs.
Dès son arrivée , le voyageur pourra se procurer le spectacle d'une troupe de plongeurs qui se précipiteront à l'eau pour se dis- I puter la plus légère pièce de
monnaie qu'il leur jettera. — La langue maltaise est une espèce de patois dont l'arabe forme la base, mais qui a emprunté un certain nombre de mots aux langues des différents dominateurs de l'île :
mots grecs, italiens, allemands, etc. Les Maltais s'entendent facilement avec les Barbaresques et la plupart des wverains de la Méditerranée. L'écriture de cette langue a été entièrement perdue à une époque d'ignorance, et elle est très-difficile à 6gurer, au moins par les écritures européennes.
L'abbé Agius et Boisgelin ont publié chacun une grammaire maltaise. Il n'existe aucune littérature nationale, si ce n'est quelques chansons et des proverbes.
Du reste, dans l'île de Malte, presque toute la population parle l'italien, et, à la Valette, l'anglais et la plupart des langues européennes.
ni. Histoire.
L'ile de Malte, décrite dans l'Odyssée sous le nom d'Hupert*, comme la demeure de Calypso, eut, suivant Homère, pour premiers habitants les Phéaciens, race de géants. Elle prit plus tard le nom d'Ogygie et fut habitée par les Pélasges, qui y ont laissé plusieurs raonumentsde leur passage.
Les Phéniciens s'en rendirent maîtres en 1500 avant J.-C, et les Grecs en 736. C'est alors que Ogygie prit le nom de Méhta (jus><rx, abeille, en dialecte dorien), d'où le nom moderne est dérivé.
En 528, les Carthaginois s'emparèrent d'une partie de la colonie et la possédèrent bientôt tout entière. Prise, puis perdue par les Romains, elle ne leur appartint définitivement qu'à partir de la deuxième guerre punique. S'ils en expulsèrent les Carthaginois, ils favorisèrent la colonie grecque, et se l'attachèrent par la prospérité qu'ils firent régner dans l'ile.
Une tradition a placé à Malte le théâtre du naufrage de saint Paul, rapporté au chapitre 27 des Actes
HISTOIRE. y
des Apâtren. M. F. Lacroix (ouvrage cité) a accumulé preuves sur preuves pour établir, d'après le texte même des Écritures, que saint Paul n'avait jamais débarqué a Malte, mais bien à une autre Mélita, située dans la mer Adriatique. Sa démonstration nous parait convaincante; mais Malte n eu honore pas moins la mémoire de l'apôtre, et montre la baie où il fit naufrage, la grotte qu'il habita, etc.
A la chute de l'empire romain, Malte fut prise en 434 aprè3 J.-C.
par les Vandales, et dix ans plus tard par les Goths. Les Grecs du Bas-Empire, sous la conduite de Bélisaire, la reprirent en 583; mais elle ne retrouva pas son ancienne prospérité sous le gouvernement corrompu et oppresseur des empereurs de Byzance. En 870, les Sarrazins, appelés par le rebelle Euphémius et secondés par les indigènes, s'emparèrent de Gozzo, puis de Malte, et massacrèrent tous les Grecs. Ils la reperdirent presque aussitôt; mais ils ne tardèrent pas à la reconquérir. Leur administration fut sage, humaine et tolérante pour les chrétiens ; toutefois, l'Ile devint un repaire de pirates. Les Normands la reprirent en 1090, sous le commandementdu comte Roger, conquérant de la Sicile, et traitèrent d'abord les Arabes avec douceur ; mais ceux-ci, s'étant révoltés en U20, furent définitivement expulsés.
En 1 186, Malte, comme la Sicile, échut en héritage à Henri VI, empereur d'Allemagne. Sous cette domination elle fut réduite à la plus extrême misère. Elle passa, en 1258, aux Français de Cnarles d'Anjou. Le célèbre complot des Vêpres siciliennes (1282) y fut ensuite tramé, mais elle resta encore deux ans aux mains des Français.
Une bataille navale sanglante la livra aux Espagnols; toutefois, la citadelle résista encore quelque temps et ne céda qu'aux supplications des Maltais. La domination espagnole acheva la ruine de l'Ile,