A RAME
git du centre môme de la Péninsule, et qui en couvre toute l'étendue, sauf une étroite bande littorale sur le golfe de Suez, et une zone également étroite au N.
vers la ceinture du djébel et-Tîh :
tel est, dans son aspect le plus général, le caractère de Ja presqu'île du Sinaï. Dans le détail plus particulier où nous allons entrer sur la conformation intérieure et le relief de cette région, nous suivrons surtout les excellentes no- i tions qu'en a données M. Stanley, ainsi que les relations de M. Lepsius et de M. Edward Robinson.
La chaîne du djébel et-Tih , qui n'est à bien dire que l'escarpement méridional du large plateau compris entre le wadi el- Arabab, et l'isthme de Suez , forme, nous l'avons dit, la limite naturelle de la presqu'île du côté du N. Au pied de cette chaîne, ou de cet escarpement, s'étend cette zone do sables que nous venons de mentionner, ef que les Arabes nomment Debbet er-Ramlèh.
D'après une observation barométrique de M. Russegger, elle est élevée de 500 met. environ au-dessus du niveau de la mer. C'est à peu près le seul terrain véritablement sablonneux que renferme la presqu'île, le seul aussi de cette nature que retrouve le voyageur venant d'Kgvpte, depuis qu'il a quitté la rive gauche du Nil.
Le Debbet er-Ramlèh sépare le djébel el-Tih du groupe des montagnes sinaïtiques, groupe que dans son ensemble les Arabes appellent le TMr, appellation primitive qui signifie seulement la Montagne. Le massif le plus élevé du groupe, celui qui renferme le Sinaï et l'Horeb de Moïse, est non pas au centre, mais vers le côté septentrional; c'est de là que descendent à l'E. et a l'O. les wadis ou rivières temporaires qui i sillonnent la presqu'île et vont aboutir à ses deux côtes. La zone littorale, particulièrement à l'O., sur le golfe de Suez, oit elle a le plus de largeur, est frappée d'une
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stérilité absolue, et redoutée de tout être vivant. Les indigènes, dit M. Lcpsius, la traversent à I* hâte pour gagner ses vallées intérieures, qui renferment souven; quelques maigres pâturages, de* dattes et le fruit du nèbck , puis çi et là de rares 61ets d'eau, et au moins l'ombre des rochers. Les animaux de toute espèce y son:
rares, à l'exception des poules dj désert, eescat/ftfj de la Bible, qui.
en prenant leur volée à la vue du voyageur, troublent seules le silence de ces solitudes . »
Des zones inférieures, on pénètre dans le triangle montagneui dont elles forment les trois côté*.
On y arrive, en général, par des passes rudes et malaisées. La montée, d'abord graduelle, aboutit ordinairement à des pem^s d'une roideur excessive, de véritables escaliers, moins les degrés, que M. Stanley compare aux puertas du plateau de l'Andalousie.
Ces défilés escarpés et singulièrement pénibles sont désignés par les termes arabes de nalb et a ahabah.
Le massif se compose d« deux formations principales, le calcaire et le granit. De cor deui formations , la première constitue le noyau môme et la nartie de beaucoup la plus considérable du massif; la seconde est la bordure extérieure, au N. et à l'E. Lune et l'autre , ici comme dans la chaîne des montagnes de Tldumée, se montrent sous une couleur rouge-foncé que 1 on a cru oc pas être sans rapport avec l'origine du nom d'Édom , et qui donne aux paysages de l'Arabie Pétrée une chaleur de tons, une richesse de nuances, inconnues aux montagnes ternes et grises des climats du nord. La partie granitique, noyau de tout le massif, se partage en deux groupes, peutêtre trois, chaque groupe avec son pic central. C'est d'abord le groupe N.-O., dont la montagne la plus remarquable, et même, a certains égards, la plus remarquable
PKNlNSULK. - GENKRALU'KS.
de toute la presqu'île, est le mont Serbâl (2059 mèt. ; c'est, en second lieu, le groupe de l'K. et du centre, dont le point culminant est la montagne Sainte- Catherine r2723 met.); c'est enfin le croupe S.-E. dont le pic principal est Oum - ChAmèr $83$ mèt.) le point le plus élevé de tout le système. La montagne Sainte-Catherine a été gravie par beauc'oup de voyageurs, ainsi que la plupart des sommets adjacents, le mont Serbal par un très-petit nombre, et l'Oum-Chômèr par un seul jusqu'à présent, Burclchardt,* qui môme n'a pas atteint tout à fait le sommet.
Un des traits communs à tout cet ensemble, après la particularité des nuances pourprées que nous avons signalées déjà et qui frappe à première vue , c'est la complication infinie des pics dentelés et des pentes accidentées qui les supportent et les relient.
C'est cette complication qui, à mesure qu'on approche, ne permet plus que très-difficilement de rien saisir d'une manière nette et distincte. C'est à cela sans doute qu'il faut imputer les nombreuses méprises des voyageurs sur les points particuliers d'où l'on peut le mieux apercevoir les différents pics. Cet aspect général a été heureusement rendu par M. Frédérick Henniker, bien qu'avec un peu d'exagération peuté'tre dans l'expression, lorsqu'il a dit que du Jjébel- Mouça (d'où l'on embrasse l'ensemble mieux que d'aucun autre point) il semble que l'Arabie Pétrée soit un océan Je laves qui auraient été saisies et pétrifiées tout à coup au moment où elles se précipitaient en vagues bouillonnantes hautes comme des montagnes. Le même voyageur s'est exprimé d'une manière également frappante, et plus jïiste encore, quand il a dit de ees montagnes que ce sont les Alpes nues. Ce sont les Alpes de l'Arabie, en effet, mais les Alpes transportées dans le désert et en harmonie avec lui. Le Sinaï, com-
me les autres montagnes de l'Arabie, manque de verdure parce qu'il manque d'eau , parce qu'on n'y trouve pas un seul courant, pas une seule rivière permanente.
Une autre particularité caractéristique du Sinaï, c'est le calme profond, le silence de mort qui enveloppent ses vallées, et, par suite, la portée prodigieuse qu'y acquiert la voix humaine. C'est probablement a la môme cause qu'il faut attribuer ce que Ton rapporte des bruits mystérieux qui de temps à autre se font entendre dans le djébel-Mouça et en d'autres parties de la montagne, bruits qui sont devenus l'origine de plus d'une légende.
L'absence complète d'eaux courantes dans la presqu'île du Sinaï nous amène à parler de ses wadis ou vallées sèches, qui sont une des parties essentielles de sa configuration.
Une appréciation instinctive , mais juste, du principe même de cette configuration, a fait que les Bédouins désignent en général les montagnes non par une dénomination propre, mais par le nom des wadis qui les entourent. Il nous faut conserver le mot arabe, parce que nos langues européennes n'ont pas de terme qui lui réponde exactement La signification, d'ailleurs, en est maintenant généralement comprise par nos rapports avec les Arabes de l'Algérie. On sait qu'un \radi est un ravin, une dépression, une vallée plus ou moins creuse, plus ou moins large, que les eaux envahissent au temps des pluies et changent en torrents pendant quelques semaines, quelquefois pendant plusieurs mois, mais qui restent a sec pendant la plus grande partie Je l'année. L'aspect ordinaire des wadis est une nudité absolue; dans quelquesuns seulement, l'inondation passagère qui les a remplis y laisse un principe d'humidité qui développa une faible végétation. Ce n'en est pas moins à ces rivières
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6 an s eau que le désert doit ses limites, sa forme et ses moyens de communication, comme en Europe les rivières et les fleuves sé-
Sarent les chaînes de hauteurs, éterminent l'aspect des bassins, et servent de limite aux KtaU en même temps que de lien entre les nations. Et de même que dans nos contrées, au milieu d'un réseau de petites rivières, un courant principal , qui tes absorbe toutes forme une grande ligne de communication pour toute une contrée, dans le désert une infinité de wadis inférieurs se rattachent à un wadi principal. Le wadi el-'Arieh, le wadi Pjeïb , le wadi Djérafèh , ces grandes artères du plateau de tih, présentent ce caractère dominant ; on le retrouve également dans quelques-unes des vallées Mèches de la presqu'île du Sinaï.
Oum-Chêmèr, Sainte -Catherine et Serbàl, ne sont pas d'une manière plus apparente et plus tranchée les sommets culminants des montagnes sinaïtiques , que le wadi Sayàl n'est la reine des vallées du Sinaï. La vaste courbe par laquelle il embrasse toute la partie orientale de la péninsule est aussi claire en réalité que sur la carte. La remarque est de M. Stanley, mais elle est frappante pour tous.
<£ Si le caractère général des wadis et des montagnes du Sinaï est l'aridité, il y a néanmoins des exceptions dans les deux cas. Le sol est fréquemment couvert d'une mince apparence, on pourrait dire d'une couche transparente de végétation. Un rencontre ça et là des coins de verdure qui échappent aisément à la vue, mais que par cette raison même on remarque davantage quand on les a découverts. Cliaquc groupe d'arbres laisse dans la mémoire un souvenir aussi distinct que les villes et les monuments du monde civilisé. Aussi les vallées reçoivent-elles ordinairement leurs noms de la légère végétation qui
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les distingue l'une de l'autre ; et il en est de même pour les montagnes quand leur nom ne décrive pas directement de celui des vallées. Le plus haut pic de tout massif n'est connu que par l'appellation triviale d'Oum-Chôxnèr, U Mère du fenouil, sans doute d'aprvs cette plante que Bûrekhardt représente comme caractéristique de la péninsule. Le HAs - Saisàieh.
dans lequel M. Robinson voit le Sinaï de Moïse, est la TtHc tlu sault, d'après un groupe de deux ou trois saules qui a pris pied dats un enfoncement de la montagne.
11 est possible que le Serbàl &oi\ ainsi nommé d'après le ser {la myrrhe), qui croit le long de ses flanc* jusqu au sommet. Lt si l'on en juge par cette analogie, l'ongle la plus probable même de l'antique appellation de Sinaï pourrait bien êtro le sénèk ou acacia que l'on sait y avoir été alors très-abondant. Le wadi Abou-Hamad, le Pire des figuiers, doit son nom au mcux figuier que Ton y rencoutre. Le wadi-Sidri tire le sien do ses buissons d'épine sauvage ; le wadi Savàl, de l'acacia; le wadi-Tayibèli , de sa bonne eau et Je *a belle végétation. >
M. Stanlev, à qui nous empruntons ce qui précède, ajoute eue les parties du paya où la végétation se développe de la manière la plus marquée ne sont peut-être pas encore tant le lit des torrents d'hiver que le petit nombre de sources vives et pérenniales, qui.
précisément à cause de leur rareté , prennent une importance dont nous nous faisons diflictk— ment l'idée dans nos climats humides. Ces sources fournissent parfois aux wadis des hlets d'eau courante , qui , bien que trop minces pour mériter même le nom de ruisseaux, n'en deviennent pas moins immédiatement le novau de ce que le désert produit de végétation. Souvent on en peut suivre le cours, non par \\ au coulant a la surface, mais par une ligne de mousse, par une bordure