‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 400 sur 511 · PÉNINSULE. —GÉNÉ RALIT KS · texte numérisé non relu

PÉNINSULE. —GÉNÉ RALIT KS

de roseaux, plus loin par un palmier solitaire ou un groupe d'acacias, qui tout d'abord indiquent, qu'il y a là, quoique invisible, un principe de vie. Partout où I on trouve do ces sources, on peut être certain que dans tous les temps le lieu a été une station pour les tribus errantes du désert; et on les rencontre à des intervalles assez rapprochés pour qu'en partant de Suez il y en ait une au moins par chaque journée de marche. Dans deux de*> wadis qui aboutissent au golfe de Suez, le wadi -Gharandel et le wadi Wouçeït, dont le wadi-Tayibèh est la prolongation, cette végétation accidentelle a une véritable luxuriance. Elle en a plus encore dans les différents wadis qui descendent du Sinaï au golfe d'Akabah, dans le wadi ol-'Aïn, le wadi Samghi, le wadi-Kid, et d'autres ; sur tous ces points, le rapprochement dans un même cadre d'une végétation active et d'un entourage do montagnes arides, découpées en formes fantastiques, produit une combinaison d'un effet extraordinaire, et qui a sa beauté. Dans trois lieux du désert, néanmoins, et dans trois seulement autant qu'on sache, cette végétation est portée à un plus haut développement encore par la disposition topographique du pavs. L'agroupemcnt de sources le plus remarquable est, sans comparaison, celui qui fait du djébel-Mouça et des vallées environnantes le point de réunion prirrcipal des Bédouins de cette région durant les chaleurs de l'été. Quatre sources abondantes

3ui existent au-dessus du couvent e Sainte-Catherine doivent en avoir fait dans tous les temps un d*»s points les plus fréquentés du désert. Deux autres endroits sont encore à cet égard d'une grande importance : l»»s palmiers d'el- Wadi, prés de Tôr, sur le golfe de Suez, et le wadi-FeïrAn, au N. du mont Serbal. Les eaux qui descendent tics vallées environ-

nantes couvergent et se réunissent vers ces deux points, et cette concentration d'humidité y a créé une végétation exceptionnelle.

Ce sont véritablement les oasis de la presqu'île.

Telles sont, dans leurs traits les plus généraux, la conformation et la nature de la presqu'île Sinaïtique. Il convient de dire* aussi quelques mots des tribus qui l'haoitent. M. Robinson, qui a réuni à ce sujet les informations les plus étendues, rapporte la population sinaïtique à cinq tribus principales, dont il ne croit pas que le chiffre total dépasse 4 000 Ames, selon l'estimation qu'en avait déia donnée Burckhardt. Oes cinq tribus sont les suivantes ;

Les SawAlihah , la plus nombreuse et la plus importante. Ils se partagent en Awlad -Sdid, Dhoàheïn , Saïdyèh, Awârimèh .

Karrdchi et Rahamt. Le plus grand nombre des Sawâlihah campe à l'O. et au N.-O. du couvent;

Les Aleîkat, vers la cote O., entre le wadi-Nasb et le wadi-Gharandel ;

Les Mézéiniy sur le golfe d'el- 'Akabah ;

Les Awlad- Soulelmân , seulement quelques familles, aux environs de Tor ;

Les Beni-Wdsc}} également peu nombreux, sur la côte orientale, vers la pointe S. de la péninsulo.

Il faut ajouter à cette nomenclature les Djcbélyèh ( les montagnards), comme on nomme les vassaux du couvent. Kien ne les distingue des autres Arabes, bien qu'ils forment une classe à part en dehors des cincj tribus. Les Bédouins les qualifient de fellah et d'esclaves. Ce sont eux qui cultivent les jardins que possède le couvent, et qui dans le couvent même remplissent les fonctions serviles ; ce sont eux aussi que le supérieur donne pour guides aux étrangers qui désirent visiter les lieux environnants.

AKAMK.—

MH.l

Moïse a donné au Sinaï une grande place dans les souvenirs cre l'humanité. Le passage du peuple hébreu a travers la péninsule, dans sa marche vers la Terre Promise, nous fait remonter à un peu plus de 1300 ans avant l'ère chrétienne, selon les données chronologiques les mieux établies.

Alors, comme aujourd'hui, ces arides solitudes étaient le domaine de quelques tribus pastorales de sang arabe, et depuis bien des siècles déjà ces tribus étaient en rapport avec l'Egypte. Des stèles et des inscriptions égyptiennes, découvertes parNiebunr, mais qui n'ont été lues et expliquées que de nos jours, constatent que depuis les temps de la troisième dynastie, jusqu'à la lin de la dix-neuvième, c'est-à-dire à partir île 3 700 ans (un peu plus ou moins: avant notre ère jusque vers 1290 (précisément au temps où les Hébreux venaient de franchir le Jourdain après la mort de Moïse), les Pharaons étendirent leur domination, au moins par intervalles, sur les vallées du N.-O. de la presqu'île, et qu'ils y firent exploiter des mines de cuivre (V. p. 894, H. 159.) Les grandes montagnes de l'intérieur, dont les pics inaccessibles et les effrayants précipices durent frapper de touttemps l'imagination des enfants du désert, étaient d'ailleurs regardés comme des lieux saints même avant Moïse, comme on le voit dans un passage de l'Exode (ni, 5\

Quoique le nom de Moïse, toujours vivant dans les traditions légendaires des Arabes, soit resté attaché à une foule de localités de la presqu'île Sinaïtiqûc, c'est une chose remarquable qu'à une seule exception près (encore est-elle contestée) les noms mentionnés dans le récit biblique de la marche des Hébreux, depuis le passage de la mer Rouge jusqu'aux montagnes d'Edom, ont tous disparu de la tradition locale. Les

MINAI.

appellations mêmes de Sinaï et d Horeb ne sont plus connues des ^Arabes, et l'application qu'en fait la tradition chrétienne est encore assez douteuse. Cette incertitude, néanmoins, ne s'attache qu'au détail, non au fond même de la tradition. Les lieux où Moite avait reçu la Loi furent sacré* pour les premiers chrétiens de l'Egypte et de la Syrie, comme ils l'avaient toujours été pour le* Juifs. Dès les premiers siècles d*.

l'Eglise, ils devinrent, comme le»

déserts de la Tbébaïde sur l'autre rive de la mer Rouge, l'asile d une multitude d'anachorètes. Une lettre de l'empereur Marcien, au milieu du v° siècle, parle desmo>> nos du mont Sinaï, * où sont situés des monastères aimés do Dieu et dignes do tout honneur. » Il se formam^me, dans le large et beau wadi de Pharan (le wadi Feïrin actuel), qui conduit de la plage occidentale au groupe central des grandes montagnes, une ville qui

f»rit le nom de la valFée, et dont es restes existent encore. Le couvent de Pharan est mentionm* comme siège épiscopal dès le commencement du v siècle. Et non-seulement ces parties de la presqu'île reçurent alors une nombreuse population chrétienne ; mais la multitude des pèlerins qui de bonne heure y afflua chaque année contribua "puissamment à donner à ces vallées solitaires une vie que jusqu'alors elles n'avaient pas connue. Les pèlennftges du mont Sinaï se sont perpétués à travers tout le moyen àçe, et, maintenantencore, on peut dire que, jusqu'à un certain point, ils n'ont pas discontinué. C est à ces pèlerinages des premiers siècles que se rattachent les inscriptions en nombre immense qui , dans certaines vallées , couvrent littéralement le tlanc des rochers, et

3ue l'on a désignées sous le nom 'inscriptions sinattiques. Ces inscrintionsnesont que de courtes formules, souvent même de simples noms. Elles sontécritesdans un aJ-

[Roi tk 158.j COUVENT

phabct inconnu ; mais un savant Allemand, M. Beer, a pu avancer assez Sans leur déchiffrement pour qu'on ne puisse plus douter de leur origine chrétienne. Elles se trouvent sinon exclusivement, du moins pour la plus-grande partie, sur toutes les routes qui conduisent de l'O. vers les grandes montagnes de l'intérieur, en descendant au S. jusqu'à Tdr. Elles s'étendenl jusqu'à la base môme du Sinaï dans le wadi-Ledia, audessus du couvent d'Arba in , mais on n'en trouve ni sur le Djébel-Mouça, ni au sommet du Safsafèh, ni sur la montagne Sainte-Catherine, ni dans la vallée du Couvent. Elles ne sont nulle part aussi nombreuses que dans le tvadi-Mokattcb, « lavalléc écrite, »

qui précède à 10. le wadi-FeïrAn, et dans tout le mont Serbàl ; on en trouve jusque dans les parties les plus élevées de cette remarquable montagne , qui dominait au S. la ville de Pharan. Cette distribution des inscriptions sinaïtiques indique clairement quels étaient les lieux visités par les pèlerins ; il est évident que le Serbàl était leur but principal. A l'époque du voyage de M. Robinson (1838;, on ne connaissait pas d'inscription à l'orient du Sinaï ; mais depuis, M. Stanley en a rencontré de nombreuses sur le plateau appelé Hérimet-Hadjadj , entre le wadi-Sayàl et le wadi ef-'Aïn.

M. Wilkinson en a vu aussi au djébel-Abou-Derradj, entre le Nil et le golfe Arabique : d'autres ont été trouvées, mais en petit nombre, aux environs de Pétra.

Cependant les religieux du Sinaï avaient souvent à souffrir des attaques des Bédouins ; pour les garantir de leurs déprédations, l'empereur Justinien, dans l'année 527, fit construire le grand couvent actuel de Sainte-Catherine, ; entouré de hautes murailles semblables à celles d une forteresse.

Sur cet emplacement existait déjà une tour qu'avait fait élever l'impératrice Hélène, mère de Cons-

DLÎ SINAI. 885

tantin, et qui fut Conservée: on la montre encore aujourd'hui. Cette vaste et riche fondation de Justinien, avi>c l'église qui en fait l'ornement intérieur, amena l'abandon plus ou moins prompt des autres monastères qui s'étaient élevés dans les vallées adjacentes ; ils disparurent successivement, et l'on n'en trouve plus actuellement aucun vestige.

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