DE SIOUT A GIRGÉH
(165 kil. 38 h.)
A 2 h. 1[2 au-dessus de Siout, près d'un couvent copte appelé Deir-Bosra , quelques ruines sur une hauteur annoncent un ancien site ; la tradition locale veut (me ce lieu ait été le premier emplacement de Siout. Derrière ces ruines s'ouvre une large vallée, dans laquelle, à 6 h. du Nil, il y a une carrière d'albâtre. A 4 ou 5 h. de Deïr-Bosra, on atteint
Aboutig (30 kilom. de Siout.
Rive O.), l'ancienne Abutig; il n'y a pas de ruines.
Plus haut 3 h. 30 m.) se montre le bourg de Self eh (14 kilom. Rive O.) et derrière ce bourg dans l'intérieur, à 1 h. de distance, la petite ville de Doueir. •
Ici le Nil se porte au S.-E. jus-
âu'k proximité du gros village de aou el-Kébir (20 kil. Rive E.) Ce lieu a succédé depuis 37 ans à un autre village du même nom un peu plus près de la rivière, où se voyaient encore quelques restes de l'ancienne Antaeopolis ; en 1823, ruines et habitations, tout fut emporté parle fleuve. Derrière Gaou el-Kébir, en gravissant au N. la pente des hauteurs, on peut voir quelques grottes tumulaires et un petit temple taillé dans le rocher, le premier de ce genre que l'on rencontre en montant vers Thèbes.
Méchté i-2 h.). Chabaïkèh (1 h.) et Cheikh-Chéntdtn [\ h.), sont d'anciens sites, mais sans ruines; tous sur la rive occidentale. Un peu plus baa (1 h.) se trouve
A GIRCtKH. 10-29
Tartha 22 kil. de Gaou el-Kébir. Rive O.), ville d'une certaine importance, chef- lieu de
rirovince, à 30 m. de la rivière ; le ieu de débarquement se nomme tSahel. Sur la rive opposée , la chaîne orientale projette un promontoire élevé qui vient aboutir tout près du fleuve, et qu'on nomme Gébtl-Cheikh.IIaridt. Il y a lk quelques ruines et des grottes, qui n'ont rien de particulièrement remarquable.
Fahou (rive E..4h.). ancien site.
Sohag, (rive O. 0 h. 37 kil. de Tarihay, petite ville assez bien bâtie , chef-lieu de province , avec plusieurs mosquées. Là se détache du Nil une dérivation ( le Bahr-Sohaghièh), qui se porte au N. et qui est le véritable point de départ du Bahr-Youçef A 3 h. de Sonag, dans l'intérieur, au pied de la chaîne Libyque, près du monastère copte appelé Deir-Chénouai, le couvent blanc), sont les ruines d'Athribis, avec un temple de l'époque romaine. Le lieu garde encore le nom de Mêdinet-Athrib ; on le nomme aussi Mëdinet-Achaisch.
Akhmiu ou Ekhmin (-2 h. 30 m.,
ou 10 kil. de Sohag. Rive E.)a succédé à Chemmis (appelée par les Grecs Panopolis . autrefois une des places les plus considérables de la Thébaïde. La ville garde encore de l'importance. Elle a un bazar et un marché chaque mercredi. En dehors de la ville, du coté du N., on retrouve quelques restes de la vieille cité, avec des inscriptions grecques de l'époque romaine.
Menchyèh (2 h. ou 9kil. d'Kkhmim. Rive E.j. Les vestiges de la ville ancienne à laquelle elle a succédé, marqués par les monticules habituels, sont assez étendus. On croit que c'est Ptolémaïs, qui était au rapport de Strabon, la plus grande ville de la Thébaïde après Thèbes, et que Ptolémée surnomme Hermii.
Dans tout l'intervalle entre Menchyèh et Girgèh, la chaîne Ara-
EGYPTE
[UoriE 170
bique arrive jusqu'aux borda mêmes du Nil , qu elle domine comme une falaise.
Girgèh (5 h. ou 20 kil. do Menchyèh. Hive O.) a été avant ÎSiout la ville capitale de la haute Egypte. Elle n est plus qu'un cheflieu de province, mais c'est encore une place importante. Il y a en dehors de la ville un couvent latin, le plus ancien des quatre ou cinq établissements catholiques romains qui existent en Egypte.
Virile aux ruines d'Abijdos.
Les ruines d* Abydos sont un des «tes le> plus intéressants de la haute Egypte. Elles sont situées dans l'intérieur, immédiatement au pied des montagnes Libyques, à 1 h. 3. de Girgèh. J.e voyageur peut louer des ânes à Girgèh et envoyer son bateau l'attendre à Bellianèh ou à Samata, où 11 viendra le rejoindre dans la soirée. De même, s'il visite Abydos à son retour de la haute Ègypte, il peut partir de Samata ou de Bellinnèh (qui est à :î h. d' Abydos) et envoyer la cange l'attendre à Girgèh.
En partant de Girgèh, on traverse une plaine d'un bel aspect, entrecoupée de canaux et barrée par des digues revêtues de briques.
Ces digues, qui s'appuient sur les pentes de la chaîne Libyque, sont diversement dirigées pour retenir les eaux de l'inondation sur le territoire des différents villages. Après 3 h. 1;2 de marche un arrive au village d'cl-Khirbèh. C'est là que commencent les ruines. Un chemin creux, entre les monticules, conduit, un quart d'heure plus loin, h un second village appelé Arabdt, surnommé par les Arabes el-Madfounèh, l'enterré, parce qu'en effet, une partie des anciens éuiticesaété tellement envahie par les sables, que plusieurs d'entre eux en sont entièrement ou presque entièrement couverts. Tel était notamment le cas d'un temple c\ue. M. Mariette a lait déblayer en 18">8 et lHô'J, non sans un énorme travail, et qui s'est trouvé être un des beaux édifices de l'Egypte. Dans une des
chambres dégagées qui porte W cartouche de $éti 1" (xixe dyi.
milieu du xv« siècle avant n«»irr ère}, on a trouvé une procès? i.i des provinces de l'Egypte, au m libre de r>2. défilant de\ant le re
Les ruines d'Àbydos, qui à*cs leur ensemble ont plus de 1 Leif 1 2 de périmètre, montrent qu^ U ville s étendait sur la partie N.-t.
d'une grande plaine, qui est donnée de trois côtés par les hauteurs environnantes. Des mwceaux de décombres et des ro de tnurs en briques permette::
de reconnaître surplusieurs pouii* l'emplacement des habitation» .
une maison isolée a même conserve son enceinte presque intacte, (futre ces restes de la cité. It?
ruines consistent prineipalemcr:
en deux groupes de temples qui se trouvent dans la partie S.-E. de la plaine. De ces deux groupe*, l'un était complètement enfoui sous le sable, notamment le grandi et beau temple de Séti dont if a été question tout à l'heure; l'autre groupe qui est au 8., à un quart d'heure de distance, se compose de ce que Strabon appelle le Merunonium et le temple d'Osiris.
Le Mimnonium appartient au*u au roi ÎSéti- Ier» Ce qui en reste se compose de plusieurs chambres eontigués, dont le plafond i*t formé de deux énormes blocs de pierre calcaire portant sur les murailles latérales, qu'elles débordent intérieurement pour se rejoindre au milieu, et qui ont » u arrondies après coup de manière à figurer une voùle. Les par«n> sont couvertes de légendes hiéroglyphiques et de sculptures d un très-beau style. Le Mcinnomuta était une appellation commune qui se retrouve dans plusieurs des anciennes cités égyptiennes; re n'étaient pas des temples proprement dits, mais des édifices consacrés aux divinités funéraires. Le mot Mennou, en égyptien, désignait un monument, une grande et belle construction; c'est de là, selon toute apparence, que se forma le
(KotîTK 171.J DE G1RGK1
terme grec. Le Memnonium d'Abydos était dédié à Osiris, le dieu protecteur de la ville, et l'on montrait son tombeau dan» l'autre édifice, c'est-à-dire le temple qui lui était particulièrement consacré.
Ce temple d'Osiris est un peu au N. du Memnonium. Il devait être d'une grande magnificence, mais il est malheureusement trèsdégradé. C'était un des lieux les plus révérés de l'Egypte. C'est sur une de ses parois que fut découverte, en 1818, la fameuse inscription connue sous le nom de Table d'Abydos, qui est maintenant au Musé*e Britannique. On sait que cette tablette, malheureusement mutilée dans sa partie supérieure, contient lajiste aesrois quiavaient régné en Egypte avant Ramessès le Grand, sous le régne duquel fut achevé le temple.
La Nécropole, qui est au N. de la ville, avait une très - grande étendue; une foule d'Égyptiens, môme des provinces éloignées, tenaient a honneur d'être inïiumés dans la ville d'Osiris. C'était pour eux une terre sainte par excellence. Dans la même direction , les fouilles de M. Mariette ont mis à jour une enceinte de briques renfermant un édifice de! la xn* dynastie. Un beau colosse du roi Ouscrtésen Ier y a été découvert, ainsi qu'une stèle funéraire portant une' longue inscription. Ces objets sont maintenant au musée du Caire.
1 DE OIRGKH A KÉNÈH.
(103 kil. environ Î3 h.)
Le Nil, au milieu de ses sinuosités, prend a partir de Girgèh, une direction générale à l'E., qu'il garde jusqu'à Kénèh, où il reprendra sa course au S.
On laisse à droite les villages de BeUianèh et de Samata (Rive O.), et l'on arrive, en 7 heures environ, à la hauteur de Samhoud (Rive O.), qui est à droite dans l'intérieur.
A KÉNÈH. 1031
2 h. plus loin, on a à sa droite, également à une certaine distance dans l'intérieur, la ville de Farchout [10 kil. de Girgèh, rive ().», plus considérable que les lieux précédents, bien qu'elle soit déchue depuis quinze ans.
De Farchoutà la grande Oasis, R. 172.
Un peu au-dessous de Farchout, une dérivation naturelle, nui se détaehc de la gauche du Nil , est la première et véritable origine de ce qu'on nomme plus bas le Bahr.Sohaghich et le Hahr Youçef.
On voit bientôt après, toujours à sa droite, le village de liadjoura, et un peu plus loin, à une petite distance au fleuve, le village de Hôou, cjui occupe le site de la Diospolis Parva des anciens. Ce qui reste de vestiges antiques se trouve à l'extrémité d'une longue digue qui sert de chemin et qui se termine par un pont. On trouve près de là, une enceinte carrée en briques crues, renfermant quelues restes de constructions et 'architecture , et qui sont do l'époque des premiers Ptolémées.
Ce qui subsiste des représentations murales se rapporte à des.
scènes du rite funéraire et aux divinités qui y présidaient.
Kasr es-Skiad, vis-à-vis de lloou sur la rive opposée du fleuve, garde l'emplacement de l'ancien Chenoboscium. Un quai ruiné, sur une pierre duquel on a trouvé une inscription grecque au nom d'Antonin le Pieux, est tout ce qui s'est conservé de l'ancienne ville. 11 y a des grottes sépulcrales, intéressantes au moins par leur grande ancienneté, à un 1/1 d'heure du village vers l'entrée de la montagne.
L'Ile de Tabenné (40 kil. de Hdouï, à 1 h. environ avant Kénèh, justifie encore son nom, qui. en égyptien, signifiait l'île des Palmiers. L'église copte a consacré le souvenir du monastère que S. Pachom (ou Pacome) éleva dans cette île en l'an 356. De ce point du fleuve, les ruines deDendérah,
1032 ÉGY)
et la ville de Kénèh oui en forme l'arrière-plan, encadrées dans une riche végétation de dattiers et de doums, présentent un beau coup d'œil.
Dendérah (4 kilom. — ttive O.).
La grande célébrité que l'on a faite k ce nom, depuis l'expédition française de 1798, tient à une erreur archéologique sur la date d'un planisphère sculpté au plafond du temple, et aux spéculations «fantastiques de Dupuis et de son école sur cette antiquité prétendue; néanmoins les restes de Tentyris, dont le misérable village de Dendérah garde le nom sous son altération arabe, ont par eux-mêines un réel intérêt, principalement à cause de l'état de conservation du temple.
Mais si ce temple est un des « mieux "conservés de l'Egypte, il est aussi un des plus récents. Commencé sous les derniers Ptolérnées, il ne fut terminé que sous Néron.
Les noms les plus anciens qui figurent dans les inscriptions hiéroglyphiques sont ceux de Cléopâtre et de son fils Ptolémée Césarion; le plus récent est celui de Néron.
Une inscription grecque qui se lit a la partie supérieure du portique, sur la saillie de la cornielic, est au nom de Tibère et datée de la 21e année de son principat. Les empereurs Caligula et Claude contribuèrent aussi aux embellissements de l'édifice. Près de l'inscription hiéroglyphique où se lit le nom de Cléopâtre et du fils qu'elle avait donné à César, à la partie extérieure du mur de derrière du temple, on a soulpté le portrait de cette reine fameuse ; ce portrait fait médiocrement honneur au ciseau de l'artiste. Tout le travail sculptural accuse, au surplus, une époque de décadence. Les hiéroglyphes, comme les ornements, sont" d une mauvaise exécution, ainsi que dans bien d'autres monuments des mémos époques. Mais l'architecture s'était mieux maintenue au milieu decette corruption de l'art. Ici, notamment, l'effet gé-
?te. [Rot-TF. m.;
néral. malgré le mauvais goût et la lourdeur des détails, ne manquant de grandeur ni de majesté, ei le temple, même dans son état actuel, produit encore une vive impression sur le voyageur.
Le portique ou pronaos, ouvrage de TiDèrc, est supporté par 24 colonnes en quatre rangées de (5 colonnes chacune. Vn mur d'entrecolonnement à hauteur d'appui ferme la partie inférieure de la 1** rangée. Le plafond, qui s'y esteonservé entier, est déepré "du célèbre zodiaque qui a été l'objet de tant de dissertations et d'hypothèses. Au portique, succèdent trois salles de granaeur inégale, la première, ornée de colonues.les deux autres accompagnées de chambres latérales. Au plafond d'une de ces chambres était fixé un petit planisphère qui est maintenant à Paris. Le naos ou sanctuaire, qui termine cette suite de salles, est isolé par un passage circulaire des six enambres qui l'entourent.
La longueur totale du temple est de 81 mètres, et sa largeur de 34.
Celle du portique, oui déborde le corps du temple de manière à donner à l'ensemble la forme d'un H , est de 43 m., sur 18 m. d'elrvation intérieure. Le temple était précédé de son dromos, s etendaDi sur une longueur de 110 pas jusqu'à un pylône isolé qui porte les noms de Domitien et de Trajan.
Le temple était dédié à la déesse Hathor, dont la ville, selon toute apparence, avait pris son nom {Tnanathor,* habitation d'Hathor\.
Dans les inscription* répandue* en diverses parties du temple, h déesse porte entre autres turei celui de reine de Tenatliyr (Tentyris!.
" Tout près du temple, derrière l'angle S. O., est un pettt sanctuaire ce que nous appellerions une chapelle, qui était dédié à Isis. U déesse y est représentée sous U forme symbolique d'une vache.
Ce petit temple d'Isis avait aus^i son pylône, à l'extrémité d'un dromos de 170 pas. Une inscription
IRoutk 172. j DENDKRAH. —
grecque nous apprend qu'il fut construit dans la 31* année du gouvernement d'Auguste.
Un autre bâtiment, à 90 pas au X. du grand temple, est connu sous le nom de Typhonium, parce que le symbole de Typhon y est figuré. Les inscriptions hiéroglyphiques portent les noms de Trajan, d'Adrien et d'Antonin. Autour de ce grand ensemble de constructions , s'étend un vaste enclos carre en briques crues d'environ 2 10 pas sur chaque face, avec deux entrées, dont lune fait face au pylône du grand temple et l'autre au pylône dlsis.
A 500 pas à l'E. du pylône d'Isis est un autre enclos en briques, avec- un portail en pierre, dont les inscriptions portent le nom d'Antonin. Il semole que cette enceinte qui mesure 15f» pas sur 265, ait dû renfermer des monuments funéraires. La ville était comprise entre cette enceinte et celle des temples; elle se déployait aussi au pourtour de l'édifice sacré. 11 n'en reste aujourd'hui que des fragments enfouis, et quelques débris de maisons en briques. Le grand temple est à 1 h. 12 de la partie du Nil qui borde la ville de Kénèh.
Kénèh , sur la rive E. du Nil , n'est séparée du site de Tentyris que par' le fleuve. C'est un cheflieu de province et la résidence d'un pacha. On n'y voit pas de reste d'antiquités, bien qu'elle occupe l'emplacement que les itinéraires assignent à Cœnopolis, dont elle a conservé le nom. C'est aujourd'hui l'entrepôt du commerce entre la haute Egypte et l'Arabie, par la voie de Koeeïr.
De Kenèh à Bérénice, R. 171 — à Koçeir, R. 173-à Thèbes, R. 175.