‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 479 sur 511 · THÈBES.— MÉDINET-ABOU · texte numérisé non relu

THÈBES.— MÉDINET-ABOU

d'hui de la décoration intérieure d'un palais égyptien. Dans une salle du second étage, dont le plafond est orné de losanges et d'un encadrement disposé avec goût, on voit représentées des scènes de harem. Le roi est assis dans un fauteuil de forme élégante. Une femme est debout devant lui et lui présente un fruit; le maître la prend d'une main par le bras, et de l'autre, fait un geste caressant.

Dans d'autres groupes, le roi joue aux échecs, ou bien des esclaves agitent un large éventail au-dessus de sa téte. Sur les murs extérieurs du pavillon, les tableaux ont un autre caractère. Ce sont des scènes guerrières. Le roi frappe ses ennemis en présence de son protecteur céleste, Amoun-Ra. Les peuples vaincus sont représentés, comme toujours, sous leurs traits et leur costume caractéristiques, en même temps que leur nom est inscrit dans des cartouches. On voit là des Khéta, des Amari, des Tikouri, des Charoudana, des Touïricha, des Kouschi, des Hibou et d'autres encore, nomenclature qui nous met en présence des peuples asiatiques et africains limitrophes

de l'Egypte, au N.E., au S. et au N.-O. Le cartouche royal porte le nom de Ramcssès, avec les titres ou surnoms qui appartiennent au '1e prince de ce nom (le chef de la xx* dyn.}. La partie supérieure du pavillon se termine par des créneaux.

Le grand Temnle, qui est la partie principale du groupe de constructions de Médinet-Abou, est, comme le pavillon roval, l'<euvro de Ramessès III. Ainsi q uc le temple de Touthmès, il est dédié au dieu Amoun ou Ammon, la grande divinité solaire de Thèbes.

Un dromos de 811 m. d'< tendue le sépare du pavillon, dans la direction du N.-O. On a en face deux tours élevées de forme pyramidale, réunies par un portail intermédiaire, le tout formant comme un seul pylône de b'3 m. de largeur et d'une hauteur de 22 m. I

1056 ÊGY

est obstrué de décombres, surtout à ses extrémités, jusqu'à une hauteur considérable. Tous les basreliefs représentent des ennemis vaincus que le roi frappe de son glaive, comme un sacrifice agréable à Àmmôn.

Quand on a franchi le portail, on se trouve dans une vaste cour (34 m. sur 42 environ), avant à droite une galerie formée de 7 piliers à caryatides, dont les figures sont d'un beau fini et l'ensemble d'un très-bon effet, et du côté opr posé, 8 grosses colonnes circulaires à intervalles inégaux. Les maisons de l'ancien village ont autrefois rempli cette cour, ainsi que tout le pourtour extérieur des constructions, et l'ont laissée encombrée de briques. Un pylône forme le fond ae la cour. Une porte qui y est pratiquée à l'extrémité de chacune des deux galeries, donne accès de chaque côté à un escalier qui conduit à la terrasse supérieure du pylône, qu'entoure circulairement une bordure de cynocéphales assis, emblèmes du dieu Tnoth. Les parois extérieures du pylône sont décorées de tableaux de guerre, comme toutes les autres constructions de Hamessès III. Des déblaiements, exécutés en 1855 par M. Greene, y ont mis à jour, entre autres sujets nouveaux, tout un calendrier religieux.

Au milieu du pylône est une large porte entourée d'inscriptions hiéroglyphiques. Elle donne accès à une seconde *cour, trèssupérieure à toutes les précédentes par ses détails d'ornementation et son effet général; c'est certainement un des plus beaux péristyles (en prenant le mot dans sa véritable acception oui désigne un espace environné ae colonnes) que l'on rencontre dans aucun temple d'Egypte. La cour a 38 m. dans un sens et 41 dans l'autre. Les galeries qui l'entourent sont formées à droite par 8 piliers à caryatides, à gauche par 8 autres piliers semblables, et par un pareil nom-

PTE. IRootb 175.

bre de colonnes correspondantes au S. et au N. par 5 colonnes massives de 7 m. de circonférence ?\ de 3 diamètres de hauteur. Touws ces colonnes sont peintes et ornées de figures emblématiques Les plafonds des galeries sos:

peints en bleu et semés d'étoiles, et les parois en sont couvertes d?

tableaux en partie historiques, et partie religieux. Le roi Raines**^ y figure au milieu d'un cortég?

triomphal , représentant son couronnement comme souverain de?

deux régions (la haute et la basse Egypte).

La porte centrale de la galerif du N., celle qui est dans le granc axe des constructions , forma:!

l'entrée principale de l'édifice- Quelques chamores du fond sont encore accessibles ; mais le plu* grand nombre est détruit ou enseveli sous la masse des décombres Les buttées de l'ancien village copte avaient envahi jusqu'aux terrasses du péristyle.

De ces tristes débris, ce qui est de nature à intéresser aujourd'hui le plus fortement l'archéologue et le voyageur.ee sont les bas -reliefs sculptés et peints sur les murs eitérieurs de l'édifice. Sur la muraille qui fait face au N.t on peut suivre jusqu'à 10 tableaux distincts, qui retracent, comme en autant de pages, l'histoire d une suite de campagnes de Ramessès III, durànt sept années consécutives. Les dates sont consignées dans les légendes, en même temps que le nom de chaque peuple.

Dans le l«r tableau, le Pharaon, entouré de ses troupes, est montr sur un char richement décorc'est le départ d'Egvpte. Une défaite sanglante des Tamhou (nation du littoral africain, à l'O. de l'Égypte) est le sujet du 2' tableau.

Dans le 3', les prisonniers sont amenés devant le roi, et un senbe inscrit sur son registre le nombre des mains coupées aux captif?, 12 535, et le nombre des émasculations,également 12 535,On voit par là et par d'autres représentation*

[Route 175.]

analogues des monuments, que ce dernier usage, qu'on retrouve encore aujourd'hui chez les Abyssins et chez les Gallas, fut autrefois commun à tous les peuples du bassin du Nil. Le Afi tableau montre le roi entouré des chefs de son armée, qu'il harangue après la campagne des Tamhou. Les 5«, 6e et 7« tableaux se rapportent a une campagne contre les nations maritimes de Zakkaro et de Charoudana. Le 8* représente une grande bataille navale contre ces deux peuples; dans le 9a, on voit le rivage couvert de leurs prisonniers, près d'une place que la légende nomme Magadil (Migdol, à ce qu'il semble, non loin de Péluse); le 10e, enfin, montre le retour du Pharaon dans Thèbes, sa capitale. La tin de cette campagne tombe vers l'an 1279 avant notre ère, ce qui donne en môme temps la date approximative de la construction du temple, où le roi fit retracer la représentation figurée de ses campagnes. Dans un hymne de victoire, que l'on peut regarder comme un spécimen du lyrisme égyptien, le roi s'exprime ainsi :

c Je suis assis sur le trdne d'Horus; la déesse Hourhékaou réside sur ma tête. Semblable au soleil, j'ai protégé de mon bras les pays étrangers etlesfrontières d'Egyp'te pour en repousser les Neuf-Peuples. J'ai pris leur pays, et de leurs frontières j'tfi fait les miennes.

Leurs princes me rendent hommage. J'ai accompli lesdesseins du seigneur absolu, mon vénérable père divin, le maître des dieux.

Poussez des cris de joie, habitants de l'Egypte, jusau à la hauteur du ciel. Je suis le roi de la haute et de la basse Egypte sur le trône de Ton m, oui m'a donné le sceptre de l'Egypte pour vaincre sur terre et sur mer dans toutes les contrées. >

Quelques autres ruines au voisinage de MédinetAbou. Quand on a parcouru ces ruines désolées d'un ensemble d'édifices, autrefois si spèendides, l'attention fatiguée ne

Page 1