DE THÈBES A ASSOUAN
est d'ailleurs assez bien conservé; il fut "commencé au temps des Ptolémées, et terminé sous les premiers empereurs romains. Son portique, soutenu par vingt-quatre colonnes sur quatre rangées, rappelle celui de Dendérah; il est construit en grès. Les noms de Tibère, de Claude et do Vespasien sont gravés dans l'inscription dédicatoire, et ceux de Domiticn, de Trajan et d'Antonin dans les ornements du portique ; mais, sur la muraille de la partie postérieure du temple, on trouve les noms de Ptolérnee-Philomvtor et d'Évergètc. Il se peut, toutefois, qu'un temple bien plus ancien existât sur le même emplacement, car on y a lu aussi le nom de Toutumès III. Le temple éiait consacré aux trois dieux protecteurs de la ville, Nouinra. la déesse Xébouou son épouse, et leur divin enfant Harpékhrot. Les inscriptions, ainsi que les sculptures, sont d'un caractère exclusivement religieux ; la plus importante de ces inscriptions, qui se trouve sur les murailles latérales, est un calendrier religieux donnant la liste de toutes les fêtes qui se célébraient dans les trois villes du district. Il y a aussi une sorte de zodiaque au plafond du portique.
On croit qu'Esnèh répond à la Latopolis de Strabon, ainsi nommée, dit le géographe/#du poisson Lattis
3ui y était en vénération ; cepenant le seul nom de la ville dans les inscriptions hiéroglyphiques est Chennou , ou Sent, d'où s'est évidemment formé le nom moderne.
De nombreux monticules semblent indiquer que l'ancienne ville avait plus d'étendue que la ville actuelle ; mais les seuls vestiges anciens, outre le temple, sont les rentes d'un quai sur ce qu'on nomme encore le port.
A 3,4 d'heure au N. àfi la ville et à 35 ou 40 min. dufleuve, on peut voir, sur une petite éminence, les ruines d'unauire temple, beaucoup moins considérable que le premier et qui n'a probablement jamais été
compris dans l'enceinte de la ville, 11 a aussi, comme le grand temple, son zodiaque sculpté au plafond du portique.
De l'autre côté de la ville, c'està-dire au S., à la distance de 3 quarts d'h., est un couvent copte avec son église, célèbre par le massacre des chrétiens au temps de Dioclétien. C'est un Heu de pèlerinage trè3-fréquenté.
A l'E. d'Esnèh, sur la rive droite, du Nil à. 15 min. du fleuve, sont les restes d'un troisième temple de petites dimensions, dont les sculptures ne semblent pas avoir été jamais achevées. On y lit les noms de Cléopâtre Coccé et de Ptolémée Lathyre, et ceux de Marc Aurèlc et Ile Commode. Il domine un monticule de décombres couvert de briques et de débris de poteries, et il s'aperçoit de trèsloin. Le village voisin se nomme el-IIellèh. Ce doit être le Contrà- LatO de l'Itinéraire.
Entre Esnèh et el-Kab, la rive gauche ou oecidentaledujfleuve est bordée d'une suite presque continue de vestiges anciens. Les premiers que l'on remarque, a 11 ki!.
au-dessus d'Esnèh, sont des monticules annonçant un ancien site, dans un lieu appelé aujourd'hui Koum-siïr. Plus haut (7 kil.) est ei-KYna», qui répond, selon toute apparence, au Chnubis de Ptolémee, et non loin duquel sont les restes d'un ancien quai en pierres de taille. C'est à Kénan que commence la région du grès, que son grain uni et serré rend si propre à la sculpture et à l'architecture, et dont les Egyptiens firent un si grand usage dansleurs monuments de la haute Egypte.
A 5 kil. plus haut, on voit les restes d'une petite pyramide en pierre calcaire, appelée el-Koula, dont les côtés mesurent environ 18 mèt., ci qui n'a plus que vingtcinq gradins. EV-Koum el-Ahmar Ja Butte-rouge), à (> kil, d'el- Koula, vis-à-vis d'el-Kab, occupe le site de Hieraconpolis, dont il reste peu de vestiges. Le nom
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d'Ouscrtesên (xn« dynastie), qu'on a lu sur une pierre de ces vieilles ruines, les fait remonter à une antiquité très-reculée.
El-Kab, (29 kil. d'Esnèh, rive orient.), marque l'emplacement d'Éléthya , en face de Hieraconpolis. Cette localité est une de celles que le voyageur ne peut se dispenser de visiter. Lorsqu'il met pied à terre un peu au-dessous du village, il voit devant lui les traces d'une enceinte immense; ce sont les restes des anciens remparts de la ville, qui étaient très-épais et construits en briques creuses. De nombreux monticules formés par des amas de décombres pulvérisés couvrent l'emplacement considérable où s'élevaient les habitations privées. On ne voit, parmi ces buttes artificielles, aucun vestige de monuments publics.
C est dans une seconde enceinte, au S. de la première et l'enveloppant en partie, qu'étaient situes les édifices d'un caractère monumental; mais ils sont pour la plupart détruits jusqu'au ras du sol.
Quelques restes de temples ont seuls échappé à cette ruine complète.
A peu de distance flu Nil, une chapelle isolée (naos) avait été dédiée à Amoun-Ra par Rame ss es II (entre 1407-1341). Plus loin, un petit temple commencé par Ptolémée Evergète II (vers 140), et terminé, 50 ans plus tard par Ptolémée Alexandre, est adossé à un rocher calcaire dans lequel il est en partie excavé. Enfin à 15 ou 20 min., de là vers l'E., età50mèt.
de la rivière, une autre ruine isolée porte le nom et les sculptures d'Aménophis III.
Plus au N., à mi-chemin environ entre l'enceinte de l'ancienne ville et le village d'el-Mahamid, il y a un autre temple, très-petit comme les précédents et dans une situation isolée. Sess légendes portent les noms de Touthraes III et de son fils et successeur Aménopbis II (entre 1625 et 1577). Près d'el-Mahamid, un rocher d'une
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forme singulière attire l'attention.
Il a été exploité et taillé de telle sorte par 1 extraction des pierre*, que de loin il présente tout à fait la forme d'une porto gigantesque.
Ce qu'Eléthya présente de plos curieux et de plus important, ce sont ses grottes percées dans le> hauteurs qui terminent la plaine et dominent, à la distance d une heure, le site de l'ancienne cité.
Les plus nombreuses sont directement à l'E.; elles indiquent probablement l'emplacement de la nécropole commune. Plus près da grand rocher et d'el-Mahamid, plusieurs de ces hypogées, ornés de sculptures, se rapportent par leurs légendes aux premiers rois de la xvine dynastie. Ce sont des tombes de hauts dignitaires et de personnages considérables. L'une d'elles, celle d'Aahmès, le chef des naatoniers (comme il s'intitule), est devenue célèbre dans la science parle beau travail que lui a consacré M.
de Rougé ; elle est contemporaine du règne d'Aménophis lw, le troisième roi de la xviii« dvnastie (entre 1681-1668). Au-dessus de cette grotte, il y en a une autre extrêmement curieuse par les tableaux dont ses parois sont décorées.
Tous les détails de l'agriculture, de la pêche et- de la chasse, ceux de l'embaumement et de la préparation des momies, s'y trouvent représentés ainsi qu'une infinité d'autres sujets. Bien que ces peintures soient d'une exécution inférieure à celles des grands hvpogées de Koumah, elles n'en fournissent pas moins des renseignements d un extrême intérêt pourla connaissance de la vie privée des Égyptiens dans les temples antiques, aussi bien que pour certains points d'histoire et de chronologie.
Edfou (20 kil. d'el-Kab, rive O. .
est un assez fçros villaçre arabe, à 30 min. de la rive du Nil. Les pauvres maisons des habitants actuels se sont groupéessur l'emplacement d'Apolhnopolis Magna, dont les
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KDFOU.
dt'bris, enfouis bous des monticules de décombres et de sable, s V»tendent jusqu'à la rive du fleuve, où se voient encore les restes d'un qtiai en pierres de taille. Deux édifices, un grand et un petit, ont seuls survécu, et leur parfaite conservatien n'en paraît que plus remarquable au milieu du complet anéantissement de l'ancienne cité.
Le grand temple n'est pas seulement un des mieux conservés, il est aussi un des plus beaux et des plus imposants de la haute Egypte.
î,e pylône qui le précède domine toute la plaine et se voit de trèsloin. Ce beau monument est malheureusement caché en partie par les décombres accumulés à l'extérieur et par les masures des Fellàh qui en ont envahi jusqu'aux terrasses; mais les mesures qui se poursuivent actuellement pour le déblayement complet des anciens monuments auront bientôt rendu ceux-ci aux admirateurs des beaux restes de l'antiquité.
Le grand temple d'Edfou n'ap-
Sartien t cependant pas à la période es anciennes dynasties ; il est du temps des Ptolémées. Mais il nous est un témoignage que les traditions de l'art égyptien survécurent longtemps encore à la ruine de la monarchie nationale. La partie du temple la plus ancienne, le naos et le pronaos, date du quatrième Ptolémée, Philopator (2-22-1 93). Les constructions paraissent n'avoir été que faiblement poussées sous les rois suivants, Epiphane, Eupator, Philométor Ier et Philopator II; mais le règne du 9« Ptolémée, Évergète II (146-117), vit s'élever le portique. Les sculptures des murs du naos et du pronaos sont du même temps. Les grands murs extérieurs, avec leurs ornements, sont des deux Ptolémées suivants, Philométor-Soter et Alexandre Ier (1 17-81 ) ; enfin le dromos et le pylône furent terminés sous Neos- Dionysos, le treizième Ptolémée (81-52). Le temple était dédié àHarhat (Ilorus) et à sa mère Hathor, que les Grecs identifièrent avec
leur Aphrodite (Vénus). Harhat dont Harpékhrot, le dieu-enfant»
est une forme, est qualifié dans les inscriptions du temple de « grand dieu, seigneur du ciel, le dieuépervier, fils d'Osiris, roi des rois de la haute et de la basse Egypte, maître des dieux et des déesses. »
Parmi les sculptures et les inscriptions hiéroglyphiques les plus importantes, on a signalé la liste des nômes et de leurs subdivisions dans la grande cour, et le tableau astronomique de l'entrée du pronaos. On a aussi remarqué, à l'angle N.-E. du mur extérieur, une inscription datée du règne de Ptolémée Alexandre I*r, et qui a pour objet une donation de terres faite au temple , où sont rappelés les t noms d'Amyrtée, de Nectanèbos et de Darius. Dans les inscriptions hiéroglyphiques, le nom de la ville est Tc6, d'où s'est formé le copte Atbô% qui est lui-même devenu, par la corruption arabe, Edfou. Les tas-reliefs se rapportent pour la plupart à des sujets religieux; il y en a néanmoins, sur la façade principale des deux aifes de l'entrée,
3ui ont pour sujet, à l'imitation es anciennes sculptures pharaoniques, des expéditions militaires.
On voit le Ptolémée qui saisit par les cheveux ses ennemis prosternés, et qui se dispose a les frapper.
Les noms des peuples vuincus inscrits dans les cartouches sont les Anou, les Chai, les Jf éntou, les Fenekh (Phéniciens), les Grecs, les Tamhouf\c* Rétcnnou, les Bétennon (Bithyniens), les Takou (Daccs), le pays des Neuf- Arcs, etc.. Cette nomenclature de la géographie extérieure au temps des Ptolémées est surtout intéressante par les moyens de comparaison qu'elle fournit pour les nomenclatures parallèles des temps pharaoniques.
Le petit temple, à 2 min. du précédent, se compose de deux chambres et d'un péristyle. Il est du règne de Ptolémée Evergète II et de Ptolémée Lathyre ou Soter II , son successeur (146-107).
11 y a des grottes creusées dans
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une colline, à 4 ou 5 kil. d'Kdfou.
C'était .sûrement la nécropole de l'ancienne ville. Elles ont échappé, à ce qu'il semble, à l'attention des archéologues qui depuis trente ans ont exploré la vallée du Nil.
Le v. duHêdésièh ;9 kil., riveE.) n'a rien de remarquable que d'être la résidence d'un des principaux chefs des Ababdèh, population nomade qui campe entre la haute val-
lée du Nil égyptien et la mer Rouge, et que l'on qualifie abusivement d'Arabes. Si les Ababdèh sont Arabes, c'est seulement par les mœurs et les habitudes; par le sang, c'est un peuple de même souche que les Riehari de la Nubie orientale.
Un autre de leurs quartiers généraux est àDérdwi, près de Kouin- Ombo.
A 4 ou .r> heures au-dessus de Rédésièh (10 kil.), le village de Toum, et les ruines qui l'avoisinent sur la rive E., représentent
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sauce a la légende populaire. On montre cependant une grande cllonne naturelle sur la rive E. à laquelle la chaîne aurait été mâchée.
Ce qui a fait de tout teirn * Il célébrité de cette localité remarquable, ce sont ses immenses cur-
ru rts , dont le grés calcaire, d'\it grain fin et serré, forme, on peu' dire, la transition entre les bea-i granits de Svène et les calcaire»
moins durs de l'Egypte inférieure.
Les carrières de Silsilèh. .sont rëpandues aux deux cotés du tlcuvi-, mais les plus remarquables soc.
celles de la rive gauene. où nombre d'excavations ont été- transformées en hypogées sépulcraux même en sveos consacrés au < ii*.i€-, sûrement en vue des légions ù ouvriers employés à l'extraction Jc.
pierres.
Le plus remarquable de ces petits temples excaves présert..
indubitablement le site de laTmui extérieurement une façade s eut»:
de Ptolémée. A 8 kil. environ de j ce dernier point, un rocher de la rive gauche forme dans le lit du lleuve un cap avancé connu sous le nom de Gcbel Abou-Cheghi-r, la montagne des Tempêtes, parce qu'en effet, sans doute à cause de la disposition des vallées qui débouchent au lleuve, les coups de vent y sont fréquents et dangereux.
De là il y a encore tî kil. jusqu'à
Gébel-Silsilôh oû Haçar-Silsi-
lôh, comme on dit aussi dans le pays (13 kil de Toum). Ce nom s'applique à un défilé de la valjée que forment, en se rapprochant jusqu'à la distance d'environ 500 ne t., les deux chaînes parallèles qui bordent le lleuve. Lrs Arabes ont une tradition, ou, pour parler plus exactement, une légende, d'après laquelle le fleuve aurait été autrefois fermé au moyen d'une chaîne tendue d'un rocher à l'autre, et ils tirent de là l'origine même du nom de Silsilèh, qui, en arabe, signifie une chaîne. Il est bien plus présumable que c'est le nom même, et son assonnanee accidentelle avec Je mot arabe, qui ont donné nais-
nue par 4 piliers, dont les inser.pt i on s h i é ro gly p h i qu es co n t i e n ueu les cartouencs des rois de la xvine dyn. et des dynasties suivantes. On y trouve la mention <ie Hamess's II iSésostris). On y ver.
des bas-reliefs d'un intt'rét particulier consacrés à une campagr..' d'Amenhotep III (Ilorus de Mari thon, xvni« dyn., vers 1510). contre les peuples de Koiisch, c'est-àdire les populations de la.Nulie actuelle, au-dessus de l'Ég^pto.
l'ne sorte d'hymne propitiatoire est mis dans la bouche des prisonniers, amenés devant le pharaon :
* Abaisse ta face, é» roi d'Egypte, soleil de la Libye ! Grand est ton nom dans le pays de Kousch, »
etc.
Au delà de cette grotte, il y cl a d'autres moins grandes qui ont servi de sépulcres, et où se lisent les noms de* premiers rois de !a xvtu* dyn., ceux de Touthmès I* et de Touthmès III entre autres. Le peu de -sculptures qu'on y trouve ont principalement pour sujet des offrandes faites à l'occupant ou aux occupants de la tombe. Plu*
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au S. encore, sont d'autres tombes et d'autres chapelles d'un beau travail. Elles sont ornées de colonnes, dont les chapiteaux, que surmonte une corniche élégante, sont imités de la fleur du lotus.
Ces grottes sont aussi du commencement de la xviiie dynastie. Kaniessès II, entre autres, y fait dos offrandes h la triade thébaîne et au dieu Nil. Ce dernier est ici assimilé aux autres divinités de l'Egypte, ce qu'on ne voit pas ailleurs, i
Moins remarquable sous le rapport des spéos et des grottes tumulaires, le coté droit du Nil»
l'était davantage par l'étendue des carrières. C'est fie ce côté de la valléeque sontles plusnonibreuses et les plus dignes d'attention. Les matériaux employés pour la construction de Thèbes et des autres villes de la haute Egypte en sortirent en grande partie. Ces vastes carrières rappellent celles dtToura près de Memphis. Cn spéos trèsdégradé, dans lequel le roi Amenhotep III fxviii0 dvn.), est représenté en présence du dieu Am mon, est à peu près le seul monument remarouable qu'on rencontre de ce côte. Près de cette chapelle on voit un sphinx ébauché dans un énorme bloc.
Il est question dans quelquesunes des inscriptions d'un Heu nommé Khennou, ou, avec l'article égyptien, Pékhennon, qui existait dans cette partie de la vallée, et nui était consacré à Sébek, le dieu d'Ombos. Les indices tres-reconnaissables d'une ancienne ville lui se voient au N. et tout près te la gorge du fleuve, sur la rive droite, en marquent peut-être l'emplacement. C'était là sûrement aussi que se trouvait le poste romain de SthiH, mentionné dans la Notice de l'empire (où le nom est écrit par corruption SiîilCj.
Depuis qu'on a dépassé Edfou, et surtout après Gébel-Silsileh, la vallée du Nil prend un nouvel aspect. Les deux chaînes riveraines, de plus en plus rappro-