KOUM-OMBO
du es, ne laissent au fleuve qu'un espace toujours plus resserré. La plage, privée du bienfaitde l'inondation par l'élévation des rives, n'offre aux regards qu'une lisière de sable, à peine relevée par un étroit ruban de verdure, et ne loin en loin deux ou trois huttes en terre au-dessus desquelles se balance la tige élancée de quelques dattiers. Partout l'image de la stérilité. Les habitants eux-mêmes n'ont plus la même physionomie ; tout annonce que l'on quitte l'Egypte et que l'on touche à la Nubie.
Koum-Ombo la colline d'Ombo) ($3 kilom.. de la gorge de Silsilèh et(H kil.d'Edfou, rive E.) domine, comme son nom l'indique, une colline de sable qui s'élève à pic au-dessus du fleuve, au débouché d'une vallée, vis-k-vis d'une grande île appelée Mansourièh. C'est là que sont les restes de la ville d Ombos, a laquelle a succédé un village qui, lui-même, est abandonné à cause de l'envahissement des sables. Le site de l'ancienne ville et toute la plaine environnante en sont entièrement recouverts ; on n'v voit plus ni une maison ni un artre. Les restes de deux temples, un grand et un petit, avec un mur d'enceinte qui les environnait et qui les séparait du reste de la ville, dominent seuls, à demiensevelis, cette scène de désolation. '
Lè portique du grand temple, ainsi nue la salle contigut», sont assez bien conservés. Le temple, d'après les inscriptions, fut commencé sous Épiphane (le cinquième Ptolémée), et terminé sous Evergète II fie neuvième), ou plutôt sous le treizième Ptolémée. Néos Dionysos, dont le nom, avec celui de la reine Cléopâtre sa femme, est inscrit sur les colonnes du portique. Mais avant ce temple des Ptolernées, il a dû y en avoir un bien plus ancien sur le même emplacement ; car le nom de Touthmès III, de la xviin» dynastie, se ht dans les cartouches
1070 ÉGY
du portail oriental de la grande enceinte. Le temple est dédié aux deux triades divines, Tune qui a pour chef Sébek, le dieu à la tête de crocodile, protecteur spécial d'Ombos, l'autre Harouèr, le dieu du Sud. Dans les inscriptions, le nom hiéroglyphique de la ville, d'après la lecture de M. Brugscb, est Noubi.
Une singularité qui distingue cet éditice de tous les autres temples connus de l'Egypte, c'est qu'il est divisé, dans le sens de sa largeur, en deux parties symétriques, chacune ayant son portique et son sanctuaire. C'était, en réalité, deux temples accolés. Cette disposition tenait au double culte rendu simultanémentà Sébek età Harouèr.
Les deux sanctuaires sont détruits; il reste seulement plusieurs petites chambres qui les précédaient, ainsi que la plus grande partie du portique. Les colonnes peuvent être comptées parmi les plus grosses des temples de l'Egypte ; leur circonférence est de plus de 0 mètres.
Le petit temple, dépendance du précédent, en est distant d'une quarantaine de mètres vers le N.-O. ; il est au bord même de l'escarpement sablonneux dont le Nil ronce le pied, et une partie de ses débris a roulé en bas jusque sur la plage. Le tleuve était autrefois moins rapproché ; ses empiétements l'ont porté de plus en plus à l'E., et il mcltace de saper complètement le sol sur lequel se dressent encore les ruines du petit temple. Celles de la ville antique reposent sous le sable qui les recouvre, et ne se laissent deviner que par les inégalités de la surface, principalement au N.
et à l'E. des temples.
De Koum-Ombo à Assouan, (8 à 10 h.) la vallée continue, dans son étroit encaissement, de présenter le même aspect d'aridité. La rive droite ou orientale est toujours très-élevéc ; sur la rive gauche ce sont plutôt des dunes de sable. Sur nombre de points, la vallée n'a de
PIE. [Routb 176.
largeur que le lit même du fleuve.
Le petit village de Koubanyèh, sur la rive occidentale, avec ses bouquets de palmiers (4 h. d'Assouin est le seul point où la vue puisse reposer sur un peu de verdure.
Non loin de là, sur la rive ©rier> taie, on peut observer le passaç?
du grès au terrain granitique.
Assouân ou Syène, (42 kil. de Koum-Ombo. Rive E.). — Situation. Histoire. Cette ville doit son antique renommée et «on existence même a sa position extrême.
firèsdes cataractes qui marquaient a limite del'Égypte et de 1 Ethiopie, non moins qu'au voisinagre •des be41es carrières de granit doi les Pharaons tirèrent les immenses monolithes, taillés en statues et en obélisques, dont ils ornèrent leur* monuments. Un autre genre è* célébrité lui vint plus tard de l'opinion où furent les astronomes d'Alexandrie, au temps des PtoUmées, que Syène était située précisément sous le Tropique, d'après la remarque que l'on avait fait?
que le jour du solstice d'été uo puits s'y trouvait éclairé verticalement jusqu'au fond, d'où l'on concluait que le soleil était au zénitt même de la ville. Ce fut de cette observation , combinée avec la détermination astronomique d'Alexandrie et la distance d Alexandrie ù Syène, qu'Ératosthène . 230 ans avant notre ère, déduish ce qu'on a nomm<* «sa mesure de U terre. La véritable position d'A>souAn , connue par les observation* modernes, permetde rectifiereeH^ que lui attribuaient les anciens astronomes. On sait aujourd'hui oue sa latitude est de 24* 5' 23", eonséquemment de 37' 23" plus septentrionale que le Tropique du Cancer. 11 est vrai qu'à raison du changement séculaire de l'obliquité de FÉcliptique. cet écart était, beaucoup moindre nu temps d'Ento*thène (il n'étailalors quede loW et comme les rayons du soleil tombent verticalement non pas seulement sur un point, mais dan* toute l'étendue d'un rayon de
[Route 176.] ÀSSOUAN
15' 57" autour de son centre, il en résulte que le puits de Syène pouvait être en effet éclairé verticalement lejourdu solstice, nonobstant la distance du Tropique. Le phénomène était réel, quoi qu'on en tirât une fausse conclusion.
L'existence de Syène, à l'époque oii les puissants Pharaons do la xviue dynastie faisaient exploiter ses carrières de granit rose par une armée d'ouvriers (de 15 a 1700 ans avant notre ère), ne saurait être mise en doute: mais la fréquente répétition des noms des princes de la xir» dynastie sur les rochers des environs, permet sûrement de la faire remonter* beaucoup plus haut ( entre 2600 et £800). Le nom de la ville , dans les inscriptions hiéroglyphiques, se lit Soudn, dont les Grecs nrent Zintivr, et les Romains Syène, et qui, dans la bouche des Arabes, par l'addition euphonique de l'élif initial, est devenu Assoudn. Sous les Romains, ce fut une de* places importantes des frontières de l'empire; dans les premiers siècles*du christianisme, elle devint le siège d'un évêché. Au commencement du ix» siècle (806), à la suite d'une peste meurtrière qui fit périr, s'il faut en croire les chroniqueurs arabes, plus de 20 000 habitants, une partie au moins de la ville romaine, qui n'était au fond aue l'ancienne ville égyptienne peut-être agrandie et restaurée, iut abandonnée pour les quartiers plus élevés construits par les Sarrasins sur le penchant de la colline. Cette disposition en amphithéâtre est unique parmi les villes de l'Egypte, qui sont toute* bâties en plaine. Les auteurs arabes parlent d'Assouân comme d'une place florissante ; mais les troubles extérieurs qui suivirent l'extinction de la dynastie fatimite (seconde moitié du xir* siècle), mirent fin k cette période de prospérité. Prise et reprise, tantôt par les Kénous ou Barabrâ de la basse Nubie, tantôt .par les Hawârah de la haute Egypte, Assouân n'offrit