SYÈNE
bientôt plus que des ruines. Elle ne reprit un peu de vie qu'au temps où Sélim, après la conquête de l'Egypte (1517), y plaça une garnison turque, dont les descendants gardent encore avec orgueil la tradition de leur origine au milieu de la population actuelle.
Cette population, qu'on évalue à 3 ou 4000 âmes, offre un singulier mélange de Barabrâ, do Fellâh, d'Ababdèh, d'Albanais, de Turcs, de toutes les races, en un mot, que la guerre y a jetées. S'il y a des Coptes, ils sont en petit nombre. Aujourd'hui, comme au temps des Arabes, la principaleressource de la population est la culture des dattes, dont on fait des envois considérables au Caire, ainsi que du séné qui arrive du haut pays par le NiL
État actuel. — Tant de changements et de catastrophes n'ont rien laissé subsister des anciens édifices. On peut cependant encore suivre dans les débris de la ville, les phases de son existence. La Syène des Romains était au S.-O.
de la bourgade actuelle, entre le Nil et les rochers. Quelques colonnes de granit, et les restes très-peu importants d'un petit temple dont la façade regardait le Nil, k la distance d'une centaine de mètres: voilà tout ce qui reste de la ville romaine. Les seuls noms qu'on ait lus sur les murs du temple, sontceuxdeNéronetdeDomitien. Il ne s'est rien conservé du Nilomètre, si ce n'est le nom arabe de Mékyas <jue l'on donne encore à l'endroit ou sans doute il se trouvait. De la villo arabe, il ne reste non plus que des décombres ; mais on peut suivre dans une partie do son périmètre la forte muraille en granit, avec de larges fossés intérieurs et extérieurs, dont elle fut entourée. Cette enceinte passe sur les hauteurs, dont elle suit les ondulations, et vient aboutirau fleuve que domine une de ses faces. Le cimetière musulman, ainsi que plusieurs mosquées, dont une est du temps même d'Omar, est en dehors
EGYPTE
des remparts, du côté du Sud. Il y a d'autres tombeaux en grand nombre un peu plus à l'est, parmi les rochers ; c'est sûrement l'ancienne nécropole.
La ville moderne, que l'on croit avoir été bâtie du temps de Séliin, est à l'K. de la ville arabe, et dans un fond. Elle est couverte au N.-E. par un bois de dattiers et par des jardins ; au S., elle arrive usqu'aux rochers où commencent es carrières. Sa longueur est d'un peu moins de 1 Ici 1 . Les maisons sont toutes construites en terre.
Le port où s'arrêtent les barques est spacieux ; il est fermé d'un côté par des éeueils. Au total, ces remparts qui couronnent les hauteurs, ces ruines étagées sur les pentes, ces habitations ombragées de palmiers, .forment un ensemble qui ne manque, vu a distance, ni d'intérêt, ni de pittoresque.
Les Carrières. — Les carrières de granit sont au S. de la ville ; elles occupent, à partir du fleuve, un développement de plus de 6 kil.
On y remarque avec intérêt, à 1 kil. de la ville actuelle et à la même distance du Nil, un obélisque ébauché resté sur place. Il n'a pas moins de 32 met. de longueur. Il y a une légère fissure dans sa partie supérieure.
Gharbi-Assoudn, ou l'Assouan de l'O.. est un ancien village de la rive gauche, vis-à^vis d'Assouàn, au delà de l'île d'Éléphantine ; la position répond évidemment a celle de Contrà-Syene. 11 n'y a plus la aujourd hui qu'un couvent copte abandonné , situé dans le rocher à mi-côte, et qui domine le pays. La montagne a «Hé creusée très-anciennement; l'intérieur même du couvent renferme une grotte égyptienne. A une demiheure dans la montagne est un autre couvent où l'on voit encore des peintures d'une exécution plus que médiocre. Ces couvents du désert étaient de petites forteresses; les murs de celui-ci ont été crénelés. Il est maintenant désert comme le premier.
[Route 176-'
L'île d'Eléphantine fait face *
Assouàn. Le bras du Nil on» 1-** sépare peut avoir 150 met.; l'autre canal, à l'O., est beaucoup liai large. Dirigée du S. au N.t l'île i 1 kil. 1/2 environ dans sa tins grande dimension, et 1/2 kil. du* l'autre sens. La belle végétatice dont elle est couverte, au morn?
dans sa partie du N., lui a valu u qualification* arabe de Géztrei Zaher, l'île fleurie; mais son riva le plus habituel est Géziret A*souàn.
Les anciens auteurs de la période romaine l'ont toujours nommée Êlêphantine ou Elrphantu dans les inscriptions, son ciom hiéroglyphique est Ab, qui a lement en égyptien la signi licatu»t d'Éléphant, ét qui fait songer an latin ebur. Strabon dit de l'Ile d'Éléphantine : < Elle renferme une ville où se trouvent un temple de Cnuphis et un mlomètre comm* à Memphis. »
La ville, qui était au midi do l'Ile, n'existe plus; ses décombres y forment un grand monticule àt 7 à 800 mèt. de tour. Un village s'est formé au pied. L'ile a un second village au N.; tous deux ont pour habitants des Barabrà. ï.e> restes de deux petit» temples, dont l'un était bien conserve, s'y voyaient encore à la fin du dernier siècle; ils ont été anéanti» en 1822 par le gouverneur turc d' Assouàn,. qui voulait en employer le* matériaux. Il n'en reste sur place que quelques biocs de granit, tjui portent les cartouches de Toutbmès III, d'Aménophis II et de Touthuocs IV, de la xviti* dynastie (entre 1025 et 1509 avant" J.-C.
celui de Ramessès II, de la \:u (vers 1 100); et de Ramessès III. <le la xx* (versl280). En avant de l'ancienne ville, du côté qui regarde Assouàn , on avait construit, tiu temps des Ptolémées ou des Romains, un quai en grès qui exisw encore. Cette belle construction a de 150 à 200 mètres de longueur, et s'élève de 15 met. audessus des basses eaux. Un e*-
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ralier d'environ 1)0 marches y desct nd au Nil, coupé par un large palier où l'escalier fait un coude.
11 se terminait à sa partie inférieure par une porte qu'on ne voit plus que dans les basses eaux: a sa partie supérieure il aboutissait à une petite salle décorée de sculptures, et qui a été dém'olic en môme temps que les restes des deux temples. Sur la paroi de cet escalier qui est baignée par le Nil, on voit des échelles graduées cjui servaient à mesurer la croissance du fleuve. C'est sans uucun doute le nilomètre mentionné par Strabon. On y lit des inscriptions où sont notées plusieurs inondations remarquables, 4ePu's 'e règne d'Auguste jusqu'à celui de Septilne-Sëvère. Dans les nombreuses inscriptions hiéroglyphiques tracées sur les rochers qui bordent l'Ile du côté d'Assouan, on lit les noms des divinités locales auxquelles les deux temples étaient consacrés : Xoum ou Khnoumis (Khnouphis, Cnuphis, etc., selon les diverses transcriptions), et les déesses Anouké et Sati. Khnoumis est appelé seigneur de Kousch , ou du Midi, seigneur des Cataractes, seigneur d'Kb phantine ; cette dernière qualification est aussi donnée a Sati.
Les cartouches royaux de Touthmès I", d'Aménophis III et du grand Ramessès II sont mêlés à ces inscriptions.
Première Cataracte.— Ce qu'on nomme la cataracte de Syène (Chelldl, en arabe!, t la première en remontant le Nil, la dernière en le descendant, » n'est à vrai dire qu'une suite de rapides, de tourbillons et de remous occasionnés parles rocher* qui barrent le tleuve, et par la multitiidc d'Iles 9 et d'îlots qui en obstruent le cours " entre Syène et PhiUe. De cet amas d iles, ia plus avancée, au N., à 5 kil. environ au-dessus d'Klé-
fthantine, est celle de Schaïl. La argeur du fleuve sur ce point est de 1000 met. environ ; plus haut, cette largeur augmente considé-
RACTE DU NIL. 1079
rablcment. Séhaïl est particulièrement intéressante par le grand nombre de légendes niéroglyphiues gravées sur les rochers, et ont quelques-unes sont antérieures à la dix-huitième dynastie.
L'Ile avait aussi un petit temple de l'époque des Ptolémées ; il n en reste plus guère que les fondations.
La première barre est peu éloignée de Séhaïl; le rocher, qui coupe transversalement une partie du cours de h rivière, peut se comparera une muraille dentelée dont la crête se montre au-dessus de l'eau à des intervalles rapprochés, et y forme une suite d lies et d écucils. Même dans les grandes eaux, on peut compter sur ce point une vingtaine de sommités rocheuses. En arrière de cette première barre, il y en a beaucoup d'autres dirigées dans tous let^ sens. Le Nil, arrêté contre ces obstacles, se refoule, se relève et les franchit, et il forme ainsi une suite de petites cascades. Tout cet espace est rempli de tournants et de gouffres, surtout vers la rive droite ; chaque canal est un torrent dont les eaux se heurtent, se brisent et se précipitent en toutes sortes de directions contraires.
Près de la rive gauche le cours est plus égal, bien que d'une trèsgrande rapidité. Ici tous les ecueils sont recouverts par les hautes eaux, et il s'y trouve un canal qui est navigable. Les barques peuvent alors y passer, même à la voile ; pendant les basses eaux, elles remontent le courant à la cordelle et en serrant la côte :
« Une amarre est passée autour du grand mat ; cinquante Nubiens réunis parmi les rochers et surveillés par un chef oui les excite et les bat à coups de courbach, tirent à grands efforts sur ce cable pendant que cinquante autres hommes, montés à bord, halent sur une corde fixée h terre. Les matelots, armés de fortes perches, veillent à parer les chocs qui menacent le bateau-, à l'avant et k
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l'arrière, des hommes nus, entourés d'un grelin, sont debout et prêts a se jeter a la nage pour le porter là où il sera utile. {Maxime du Camp, le Nil, p- 139.)
A cette époque des basses eaux, la hauteur de la chute finale de la cataracte proprement dite est de 2 mèt. ou un peu plus. Le bruit, quand on en est proche, est réellement formidable, quoique les anciens l'aient fort exagéré. Audessous de la chute d'eau vers Eléphantine, et au-dessus jusqu'à Philce, il y a encore des remous et des refoulements; mais ces remous sont accidentels et n'ont pas à beaucoup près la même violence.
Les lies, dont la rivière est remplie sur une longueur de 4 ou 5 kil., n'y sont plus, comme celles qui forment la Cataracte, liées entre «lies par des barres sous-marines.
L'ile de Philae est à l'extrémité méridionale de cet amas d'ilotset d'écueils qui précèdent la cataracte. Sa belle végétation, et les monuments dont elle est littéralement couverte, en font, malgré son peu d'étendue, un des points les plus intéressants de la haute Egypte à laquelle elle appartient encore, quoique en dehors de la cataracte, et dont elle forma- l'extrême limite. Sa distance de Syènc est de 9 kil. La route par eau, où l'on a à lutter contre la violence du courant, est longue et difficile ; aussi est-ce par terre qu'on s'y rend en partant d'Assouàn . Le voyage se foi', à «ines.
Quand on a quitté la ville moderne et dépasse la ville ancienne, on descend dans une petite plaine, qui, sur la droite, va se terminer au Nil. A gauche est l'ancien cimetière arabe. Après cette plaine, dont l'étendue est d'un quart d'b.
environ, la route s'élève assez rapidement , ayant d'un cété un
rideau de rochers qui dérobe d'années seulement a la vue du Nil, et de l'autre de quête d'Alexandre. C
vastes fondrières au delà desquelles sont des carrières de granit.
Bientôt on voit de nouveau le chemin descendre, et l'on se trouve
[Roctf ITîî.]
au milieu d'un amas confus de rochers, entre lesquels, dans an* sorte de vallée, on s'avance l'espace de 1 h. 30 min. jusqu'au voisinage de la rive vis-à-vis àt Philœ. Deux choses sont à remarquer en traversant cette vallée:
les restes d'une ancienne murail e qui suit la direction générale de la route, et qui a dû avoir pour objet de protéger les approches de Phil* contre les incursions des nomade^ du désert (c'est le Mégaticho* ce Juba, cité par Pline), et les nombreuses inscriptions hiéroglyphiques gravées sur les rochers. Ces inscriptions se rapportent à tuute* les époques de l'antiquité pharae nique à partir de la xn« dynastie, plus de 2500 ans avant 1ère chrétien. Les divinités qui y sont invoquées sont, comme à Eléphantine, Noum-Ra ou Knouphis, San etAnké.
L'aspect de Philae, en débouchant de ces rochers arides, es:
ravissant. Des Barabrâ vous j transportent dans leurs légère* barques. L'ile a moins de 400 mèt.
dans sa longueur, sur une largeur de 135 mèt. Elle s'élève au-dessus de la rivière assez pour n'être jimais atteinte par les plus haute?
crues. Un rocher de granit, qui en forme la pointe méridionale, la domine de 4 à 5 mèt. ; c'est un excellent point d'observation pour embrasser du regard l'ile entière et ses monuments. Ils sont tous construits en grès et remarquables par leur blancheur. En face, dans la direction de Syène, est le temple principal, ainsi que d'autre* monuments ; à gauche, un obélisque et une longue colonnade, a droite, un édifice isolé percé i jour, et soutenu par des colonnes.
Ce dernier édifice est le reste d'un petit temple construit par Xectanèbos 1er (378-360), une trentaine
avant la conquête d'Alexandre. C'est le monument le plus ancien de l'Ile; tous les autres sont du temps des Ptolémée'sou des Césars. Il est dédié à Isis et à Sati.
Route 176.] ILE DE
Mais c'est surtout vers le temple principal que l'attention se porte.
Il fut élevé sous le règne de Ptolémée Philadelphe (285247!, et terminé par son successeur Ptolémée É verge te (247-222). Il se compose d'un premier pylône, d'une courpéristyle surlaquellc empiète à gauche une chapelle particulière, d'un second pylône, d'un portique, du pronaos composé de
f plusieurs salles et de chambres atérales, et enfin du naos ou sanctuaire.
La largeur du premier pylône formant façade est de 39 mèt.; sa hauteur de 18. Le temple est partout ornédedécorations sculptées, et les tableaux de chaque partie de l'édifice ont leur caractère propre. Des concessions de terres faites au temple par le septième Ptolémée ^Philométor) et par le neuvième ( Evergète II) sont inscrites sur une stèle de granit dans la grande cour, et au côté antérieur de la porte du premier pylône. Une inscription bien plus importante a été retrouvée sur une ues parois de la grande cour : c'est une des copies de l'inscription dite de Rosette. On sait que ce document, célèbre dans la science (î*. p. 927) est une inscription votive en l'honneur de Ptolémée Épiphane (205-181), et qu'elle devait être placée dans tous les temples de l'Egypte en caractères hiéroglyphiques, en caractères démotiques et en grec. On a ici le texte hiéroglyphique et la transcription démotique, mais le grec manque.
Le voyageur ne verra pas sans émotion , à côté de ces anciens souvenirs, une inscription commémorative tracée par des mains françaises en 1799: L'an VI de la République, le 12 messidor , une armée française, commandée par Bonaparte, est descendue à Alexandrie.
L'armée ayant mis, vinyt jours après, les Mamelouks en fuite aux Pyramides, Desaix, commandant la lr- division, les a poursuivis au delà des Cataractes, ou il est arrivé le 13 ventôse de l'an VIL Cette inscription
Orient.