MODERNE
eût été beaucoup mieux placée à l'isthme de Corinthc, au centre du royaume, entre l'Orient et l'Occident, à cheval sur les deux mers.
Elle eût été plus près de Trieste, de Marseille et de Londres, sans être plus loin d'Alexandrie et de Constantinople. Les bâtiments perdent deux jours à doubler le Péloponèse. La plaine de Corinthe est d'ailleurs plus fertile que celle d'Athènes ; le climat y est plus doux, l'air plus sain, l'eau
5 lus abondante. Corintbe pouvait evenir en peu de temps une ville de commerce et l'un des principaux marchés de l'Orient. Elle a deux ports, qui suffisent à la marine marchande : les bateaux du Lloyd abordent tous les jours à Loutraki et à Calamaki. Athènes n'est pas sur le grand chemin du commerce, et les navires se détournent de leur route, lorsqu'ils sont forcés d'y relâcher. Si on tenait à l'Attique, on eut dû placer au moins Athènes au Pirée. La capitale d'un peuple de marins doit être un port de mer. Le Pirée, d'ailleurs , est beaucoup moins malsain que l'emplacement qu'on a choisi. Mais la santé publique, aussi bien que l'intérêt du commerce, dut céder à l'archéologie.
C'est la présence du gouvernement qui seule a fait élever toutes les constructions d'Athènes, qui tient tant de monde assemblé sur un morne point. Cette capitale accidentelle n'a point de racines dans le sol. Elle ne communique point par des routes avec le reste du pays ; elle n'envoie pas au reste de là Grèce les produits de son industrie. La ville n'a pas de banlieue ; les rares villages qui l'environnent ne se soucient point de son existence ; la plaine est, en grande partie, inculte ; en un mot rien ne retiendrait plus à Athènes cette population de 20000 personnes , si le gouvernement se transportait à Corintbe , et l'on verrait bientôt Athènes aussi déserte et aussi ruinée qu'Egine et que Nauplie. »